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C'est Peu Dire

  • : Les Restes du Banquet
  • : LA PHRASE DU JOUR. Une "minime" quotidienne, modestement absurde, délibérément aléatoire, conceptuellement festive. Depuis octobre 2007
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Et Moi

  • AR.NO.SI
  • Philosophe inquiet, poète infidèle, chercheur en écritures. 55° 27' E 20° 53' S

Un Reste À Retrouver

2 juillet 2025 3 02 /07 /juillet /2025 02:21

V. C. 1 (consterné) : Tu as vu les deux gamins, rivés sur leur téléphone, ils n’ont même pas dix ans.

V. C. 2 (affligé) : C’est consternant ! Et là, regarde l’ancien, quel âge peut-il avoir, soixante-quinze ans, et il est plongé dans la lecture du catalogue des promotions de Leclerc.

– V. C. 1 (accablé) : C’est affligeant, Homo sapiens sapiens est en voie d’extinction !

Les deux gamins et l’ancien (en chœur, in petto et sans même lever le nez) : Tiens deux vieux cons, ça, tu peux être sûr que c’est une espèce protégée.

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1 juillet 2025 2 01 /07 /juillet /2025 03:57

Allez, puisque l’on est entre nous, je vais vous faire une confidence peu glorieuse. Il m’arrive parfois d’avoir de mauvaises pensées. Tenez par exemple, ce matin, j’étais Plaça de Catalunya à Barcelone et j’imaginais (le plus grave, c’est que je n’en ai même pas honte) des pigeons géants fondant sur des enfants pour les effrayer.

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30 juin 2025 1 30 /06 /juin /2025 03:43

– Regarde ce flamboyant, c’est juste… comment dire ?

– ... rouge flamboyant et le code hexadécimal, c’est #C53634.

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29 juin 2025 7 29 /06 /juin /2025 03:06

On peut ne pas être d’accord, mais moi, je pense que l’aventure humaine aura été un échec. Allez, ce n’est peut-être pas encore perdu, on peut imaginer un sursaut. Admettons. Mais il y a pire. Là je dois avouer que je n’ai aucune preuve et que c’est invérifiable, mais je crois que si on avait une deuxième chance, on aboutirait au même résultat. La puissance a quelque chose de fascinant, c’est ainsi. Ce que dit très bien un grand poète contemporain, riche et puissant : ils veulent tous « me lécher le cul (kiss my ass) ».  

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28 juin 2025 6 28 /06 /juin /2025 03:18

– Et voilà ! Jumièges ! Première étape terminée, annonça Manon. On passe la nuit au Clos des Fontaines. Ce n’est pas donné, mais on voulait un peu de confort. Vous pouvez aller faire un tour à l’abbaye, c’est à trois minutes à pied, ou bien profiter de la piscine. Moi, je vais faire un petit footing de récupération parce que j’ai un peu forcé dans les derniers kilomètres. Profitez du luxe, demain c’est camping. Ça va, Nov, pas trop fatigué ?

– Ça va, il avance tout seul ce vélo. Parfois je réduis le niveau d’assistance pour bosser un peu quand même.

– C’est vrai aussi que tu as plus téléphoné que pédalé, plaisanta Magali. J’ai essayé de t’appeler trois fois, c’était toujours occupé.

– Ah, pardon ! Quinze jours sans communication, ça a été un peu long. J’ai appelé deux fois mon amie Vera et une fois ma mère.

– Nov, tu fais ce que tu veux et si tu te fais harceler, n’hésite pas à bloquer Magali, dit Laurence.

Manon partit courir, Laurence et Brad allèrent visiter l’abbaye et Magali opta pour un Spritz au bord de la piscine. Puis tout le monde se retrouva pour dîner vers vingt heures.

– Alors, les sportifs, jamais fatigués. Viens t’asseoir à côté de moi Nov, que nous fassions connaissance. Tu m’intrigues. Ne t’inquiète pas, je vais me tenir, c’est juste que je suis curieuse. Je ne sais pas d’où tu viens, ce que tu fais dans la vie, pourquoi tu fais un tour du monde et surtout, qui est cette Vera dont tu parles tout le temps…

– Je suis d’accord, on n’a pas eu le temps de beaucoup parler, mais je n’ai rien d’extraordinaire à raconter, tu vas être déçue. Je suis né à Saint-Cloud, mon père est conseiller culturel, donc j’ai beaucoup voyagé et ma mère est prof de littérature. Moi, disons que je me cherche, je suis en commerce international, mais ça m’ennuie de plus en plus et je crois que je vais arrêter, mais je ne sais pas quoi faire. Vera, c’est mon amie. Et je fais un tour du monde pour raccompagner chez lui un nuage hawaïen qui s’est perdu au Mexique où j’habite. C’est tout.

– Ah, ah, j’adore, un message codé, codé et poétique. Pour Vera, il faudrait que tu précises, mon amie, une amie, ma petite amie, ma copine, une pote, ma sex friend, ma fiancée… Tu sais, j’ai des ados à la maison et ils ne sont pas très doués en grammaire, mais sur ce vocabulaire spécifique, il ne faut surtout pas se tromper.

– C’est ma meilleure amie, on se connaît depuis longtemps, elle dit que je suis comme son frère.

– Aïe ! C’est pas bon ça, coincé dans la friend zone. Allez, je ne t’embête plus. Une question encore quand même – je suis affreusement curieuse et tu as le droit de me dire cierra el pico, comme dit parfois Paco pendant son cours de tango – oui, je me demandais ce que tu écris, je te vois avec ton carnet depuis tout à l’heure. Sauf si c’est intime, bien sûr.

– Non, pas du tout, ce sont des petits textes que j’envoie à ma mère et à Vera. J’en écris régulièrement.

– Vas-y, lis ton dernier. Ça doit parler de nous et du vélo ?

– Euh, non désolé. Ça parle de nuage.

Babillage futile en hommage aux nuages (de JB)

Saccage des codages

Pillage des rouages

Passent les nuages aux sillages subtils

Brouillage déréglage

Outrage des serrages

Passent et passent les nuages aux mouillages fragiles

Sabordage des métrages

Naufrage du bon usage

Passent les nuages aux ouvrages indociles

Missiles sans rage idylles sans bagage

Crocodile ou goupil drosophile immobile

Passent et passent les nuages aux images intranquilles

Coloriage volage de coquillages des îles

Passent les nuages et voyagent les villes

Du Tage à Paris-plage

Et du Nil à Blanc-Mesnil

– Euh, disons que je n’ai pas tout compris, bon, c’est particulier. Toi, tu donnes vraiment dans le codage, je crois que ce n’est plus de mon âge. Je suis déjà sénile, c’est un naufrage. Malgré le maquillage, je suis bonne pour la camomille.

– Bravo, Magali, super, sauf pour camomille, à la place, tu aurais pu dire, je suis bonne pour l’asile ! Et bravo à toi, Nov, j’adore ! Ça me fait penser à Apollinaire pour la musique et pour le sens, tu ne seras peut-être pas d’accord, mais ça me rappelle le monde marin. Plus je l’étudie et plus je m’aperçois qu’il est fluide et que notre obsession à classer, séparer, mesurer, tracer des frontières, géographiques ou mentales ne lui convient pas. Et JB, qui c’est ?

– C’est Joseph Brodsky, un poète d’origine russe dont ma mère m’a parlé. Mais, moi, je ne l’ai jamais lu. Apollinaire, je ne connais qu’un poème de lui, que j’ai présenté au BAC de français. En fait, je ne réfléchis pas trop quand j’écris. Au début, j’ai juste un bout d’idée et je tourne autour, je me laisse surtout guider par les sons.

– Sincèrement, moi, ça me plait. Et je pense, en effet, que tu devrais envisager autre chose que le business, quelque chose me dit que tu n’es pas fait pour ça. La climatologie, peut-être. Ou peut-être l’étude des crocodiles, suggéra Manon.

– Quelle horreur non ! Il a encore tellement de jolies choses à vivre et de belles expériences à faire, gardons-le en vie quelque temps. Ces monstres sont immondes et haineux ! Je le vois bien étudier les pandas plutôt. Il a quelque chose du panda d’ailleurs, avec toute cette douceur dans le regard.

– Et voilà, Magali nous rechante le refrain des animaux charismatiques. Il faut protéger les pandas et les baleines et exterminer les rats et les crocodiles. Tu sais qu’il y a beaucoup d’espèces de crocodiles qui sont menacées et certaines même en voie d’extinction. Je ne sais pas s’il y a de l’amour chez les baleines et de la tendresse chez les pandas, mais je peux t’affirmer qu’il n’y a aucune haine chez les crocodiles.

– OK, je m’incline, c’est toi la spécialiste, mais je n’ai jamais parlé d’extermination. Bon, je suis déçu, je pensais qu’il arrivait que des cachalots tombent amoureux de baleines et que leur fameux chant, c’était des déclarations langoureuses.

– Pas vraiment. Il y a des baleines mâles et femelles et des cachalots mâles et femelles. Et les cachalots ne chantent pas, ils émettent des clics et ils n’ont pas de fanons, ils ont des dents, comme Moby Dick, qui est un cachalot malgré les traductions courantes. Mais là où ça se complique, c’est que les Anglais appellent les cachalots sperm whales, baleines à sperme parce que dans la tête, ils ont une substance que l’on a confondue avec du sperme, mais qui sert leur flottabilité, entre autres.

– Tu connais Moby Dick ? C’est drôle, c’est le livre que je suis en train de lire.

– Si je connais Moby Dick ! En fait, bon, j’ai un peu lâché l’affaire depuis quelques années, mais depuis que j’ai deux ou trois ans, je lis des livres sur les cétacés. Les cétacés m’ont accompagnée pendant vingt-cinq ans et puis, un jour, on a divorcé en quelque sorte. Je vous raconte l’histoire pendant que vous mangez. À dix ans, je vois le documentaire de Paul Watson, L’Œil du cachalot. C’est un premier choc. Mes copines regardent Pirates des Caraïbes et sont amoureuses de Johnny Depp, moi, mon pirate préféré, mon héros, c’est Captain Paul. Assez tôt aussi, je comprends que je n’aurai jamais son courage, alors je mets toute mon énergie dans les études. Après un BAC scientifique, je m’inscris en master de biologie marine. À l’époque, j’habite avec mes parents à La Réunion. Tu le sais peut-être, les baleines à bosse passent l’hiver austral près des côtes et il est très facile de les observer. C’est magnifique, c’est fascinant et moi, je suis dans mon élément. Ensuite, en 2015, avec une équipe de l’université, on va à l’île Maurice rejoindre l’équipe de François Sarano qui travaille sur les cachalots. Et là, c’est un deuxième choc. Il ne fait rien comme nous, il donne des prénoms à ses cachalots, il plonge avec eux et manifestement, il communique avec eux, surtout avec le jeune Eliott, avec qui il danse, je vous promets, ils dansent ensemble, je les ai vus. De retour à La Réunion, évidemment, je commence un doctorat d’écologie marine, je prépare une thèse sur l’interaction des baleines et des activités humaines (tourisme, pêche, navigation…) et l’évolution des comportements individuels et interindividuels des baleines face à ces environnements changeants. Tout se passe très bien. Et puis en 2020, patatras, tout bascule, tout s’écroule. Une succession de chocs. D’abord le COVID, ensuite la lecture d’un livre incroyable, magnifique et terrifiant, Cachalot de Daniel Besace qui compare le camion blanc de l’attentat du 14 juillet à Nice à Moby Dick, enfin last but not least, mon directeur de thèse qui me déconseille de faire mon post-doc sur les cétacés, les crédits diminuent, le nombre de candidats augmente, des capteurs, des caméras et l’IA font en plus un excellent travail. Alors dans ma tête , le confinement n’a sans doute pas aidé, ça ne tourne pas très rond, normal. Je repense à Paul Watson, à François Sarano et il devient évident qu’on ne peut pas étudier sereinement ces animaux, qu’il faut aussi être un militant, un combattant ou un communicant hors pair comme Sarano, tout ce que je ne suis pas. Bref, dépression, solitude et kleenex. Je passe alors beaucoup de temps sur les forums en ligne et je tombe sur un chercheur, spécialiste des étoiles de mer qui demande des informations sur une ophiure – vous savez, une sorte d’étoile de mer, mais avec des bras fins et souples. Je lui réponds qu’il y en a dans le lagon de La Réunion et que j’irai les observer dès le confinement levé. Ensuite, les choses se sont un peu précipitées. Après le confinement, il me propose de le rejoindre à Madagascar (à mes frais évidemment !) où il fait un voyage d’études sur l’observation et la valorisation des holothuries, les concombres de mer sont, disons, des cousins des étoiles de mer. Il me voit travailler, on s’entend bien, je lui raconte ma déception amoureuse avec les cétacés. Alors il me propose de faire un post-doc avec lui, sur les holothuries. Ce que j’ai fait. Pour vous distraire encore un peu, je vais vous donner quelques détails, avec les lasagnes, ça passera bien. Il se trouve que le concombre a d’un côté une bouche, souvent fermée et de l’autre un anus presque toujours ouvert parce qu’il respire par-là. Cet anus spacieux est un lieu accueillant et donc assez fréquenté, par des micro-organismes mais aussi par d’autres organismes, moins petits, comme des poissons et même des crabes. Voilà, c’était ça mon sujet d’étude, quelle est la nature du lien entre l’holothurie et le petit crabe qui squatte son anus. J’arrête là ?

– Oui, pitié, Manon, c’est cauchemar assuré cette nuit, j'ai déjà mal. Donc, finalement, c’est un peu comme moi, après une période difficile, aujourd'hui, tu peux regarder ton ex sans t’effondrer.

– Enfin, c’est un peu plus tordu que ça. En fait, depuis la naissance de mon fils Lucas, je suis devenu beaucoup plus sensible ; aujourd’hui, je ne peux plus voir une baleine d’un œil seulement scientifique, immédiatement des considérations écologiques et militantes passent au premier plan. C’est pour ça que je suis plus efficace avec les holothuries. C’est sans doute un manque d’audace, peut-être que je me protège derrière la connaissance. Mais j’ai besoin d’être solide et équilibrée pour mon fils. Et encore, je me demande, si je ne vais pas à nouveau me réorienter, parce que les holothuries ne sont pas à l’abri d’une exploitation excessive ou d’une pollution et donc d’une extinction et je supporte de moins en moins cette idée. J’ai une amie qui travaille sur le recyclage du plastique, mais au niveau moléculaire. Je trouve ça passionnant, Si, si, vraiment. Je pense de plus en plus à la rejoindre. Je sais que ce n’est pas glorieux, mais je serai plus utile comme ça. Je n’ai pas peur de monter sur un zodiac et de barrer la route à un baleinier japonais, surtout si Captain Paul est à la barre, mais je suis trop émue quand je pense à cette haine envers les animaux, je perds mes moyens.

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27 juin 2025 5 27 /06 /juin /2025 03:46

– Bonjour, dit la nuit sans intention de nuire.

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26 juin 2025 4 26 /06 /juin /2025 03:57

J’aimerais apprendre le vocabulaire du forgeron pour dire, autrement, les choses divines, et puis apprendre le vocabulaire du soufi ou du brahmane pour dire, autrement, l’évolution du vivant, et puis apprendre le vocabulaire de l’herpétologue pour dire, autrement, les mystères de l’art, et puis apprendre le vocabulaire du céramiste pour dire, autrement, les maladies mentales, et puis… et puis toujours décaler, déplacer, détourner, déporter, dérouter. Altérer.

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25 juin 2025 3 25 /06 /juin /2025 03:48

Les enfants savent très bien être seuls, ils s’inventent des mondes peuplés et bavards. Malheureusement, avec l’âge et les téléphones, on désapprend cela. Aussi on s’associe, on s’acoquine, on s’accouple, mais cela, on ne sait pas faire durablement, alors on rêve d’être seul, oubliant que l’on ne sait plus faire.

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24 juin 2025 2 24 /06 /juin /2025 04:04

Le sablier est un objet magnifique et tellement intelligent, mais il est complètement raté car hypnotique et, conçu pour mesurer le temps, il nous le fait perdre.

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23 juin 2025 1 23 /06 /juin /2025 02:14

La passion a été inventée à une époque où l’espérance de vie ne dépassait pas cinquante ans, soixante exceptionnellement.

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22 juin 2025 7 22 /06 /juin /2025 02:13

Les historiens, anthropologues, sociologues sont quasi unanimes pour dire que l’humanité s’apaise et se civilise, que la violence diminue et que les guerres tuent moins. C’est possible. Peut-être que dans cinq siècles, quand on aura lissé les courbes, les graphiques attesteront clairement cela, mais je crains que nous soyons, pour le moment, dans le pli d’une courbe encore toute froissée.

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21 juin 2025 6 21 /06 /juin /2025 02:11

Les concepts sont la maladie de la philosophie et les définitions, sa mort.

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20 juin 2025 5 20 /06 /juin /2025 02:14

C’est curieux qu’aucune loutre de mer n’ait pensé à ouvrir un salon d’épilation.

Ces bêtes n’ont vraiment pas le sens des affaires et après elles vont se plaindre d’être exterminées.

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19 juin 2025 4 19 /06 /juin /2025 02:10

– Allo, allo, Manon’s speaking. Petit test de l’appli de Sam. Do you copy?

– Yes, répondit Magali, je t’entends et en plus je vois ton joli petit cul. Il est mimi ton corsage gris perle, plus plaisant à regarder que le paysage d’ailleurs.

– Tu veux dire son corsaire, rectifia Laurence. D’ailleurs ça irait très bien avec tes cheveux fuchsia. Oui ça marche Manon.

– Au fait, merci Laurence. Il est trop mignon le petit guide que tu nous as choisi, j’en ferais bien mon quatre-heur…

– Euh, les filles, désolé, mais je vous entends. En fait, quand vous appuyez sur votre propre icône, ça nous connecte tous les quatre. Si Laurence veut parler à Magali et Manon, elle clique sur les icônes M et m. Si Manon veut parler à Laurence seulement, elle clique sur L. C’est facile. Et merci pour le compliment, Laurence, ça fait toujours plaisir. Bon, je raccroche, je dois appeler maman.

– Et mierda! Je commence bien, moi. Par la boca muere el pesco… ou quelque chose comme ça.

– Ne t’inquiète pas Magali, personne n’est mort dans l’histoire, je trouve ça plutôt drôle comme premier contact. Dis-moi, tu t’es mise à l’espagnol ?

– Remise, tu veux dire, parce que j’ai déjà passé trois brevets et un bac. Oui je prends des cours avec Paco. Paco, c'est aussi mon professeur de tango.

– OK. Tu fais aussi du tango ! Je vois que ça va beaucoup mieux.

– Disons que je fais ce qu’il faut pour aller mieux. Je me concentre sur moi ; ça me change après avoir été pendant vingt ans une épouse docile et une mère disponible. J’avance. J’avance très vite.

– Vite ! Pas tant que ça, remarqua Manon. On se traîne un peu, alors si vous voulez toujours mater mon corsaire, il va falloir accélérer, il reste encore trente kilomètres avant le déjeuner.

– C’est vrai, j’ai une faim de loup, la dernière fois que j’ai mangé, c’était au siècle dernier.

– D’où ton envie de croquer le petit Mexicain du 9-2. Je comprends mieux !

– Arrête ! D’ailleurs, je vais l’appeler pour m’excuser. Enfin, quand il aura fini de parler avec “manman”.

*****

– Salut Mam, je ne te réveille pas, il doit être trois heures du matin à Mexico.

– Bonjour mon Unique. Non, tu sais bien que le sommeil est fâché avec moi depuis longtemps. Tu crois que c’est possible de t’avoir en visio. Je ne sais pas si je te reconnaîtrai, tu étais tout petit encore quand tu es parti, c’était il y a tellement longtemps.

– Moi je te reconnais bien, chère mère, toujours ce sens de la nuance. Quand je suis parti, j’avais deux semaines de moins qu’aujourd’hui. Mais c’est vrai que beaucoup de choses se sont passées. J’ai fait tellement de belles rencontres. Il n’est pas impossible que j’aie un peu changé dans ma tête. Et hop ! Voilà l’image…

– Oh mon ange ! Tu es encore plus beau. Je suis tellement heureuse de te voir. Est-ce que tu sais que je me régale aussi à te lire. Alors bien sûr, il y a tes petits poèmes qui m’amusent tant, tu es un virtuose de la rime, mais il y a aussi ta lecture du Voyage de Stevenson que j’ai reçue hier. Quelle fraîcheur, quelle liberté ! C’est drôle, c’est intelligent, c’est fantasque, vraiment, je me régale, c’est délicieux. C’est vrai que tu es un peu sévère avec ce jeune homme qui avait pratiquement ton âge lors de son périple. Il sera un mari attentionné et aimant et il n’a jamais été du côté des dominants. Quelques années après les Cévennes, il traverse l’Atlantique puis les États-Unis pour rejoindre en Californie son amoureuse et future femme Fanny, mère de famille encore mariée. Il raconte cela dans son livre l’Émigrant amateur. Il voyage en seconde classe, alors qu’il est malade, être gentleman, c’est savoir l’être partout dans le monde et avec quiconque, écrit-il. Il dénonce le raciste contre les Chinois, le mépris à l’égard des Indiens et la manipulation des Mexicains. Il y a aussi des descriptions de paysages dont il a le secret. Tu aimerais sûrement ce livre, tu devrais le lire. Et tu serais peut-être plus indulgent. Mais peu importe, tu n’es pas un historien. Et je t’assure que je relis le Voyage avec un œil neuf, maintenant. Tu me donnes envie de travailler un autre Melville l’année prochaine avec les étudiants, peut-être son Bartleby. J’espère que j’aurais l’occasion de lire ta traduction. Tu sais que tu as du talent, certaines de tes interprétations m’ont déroutée et ravie à la fois.

 – Et toi tu as du talent pour m’encourager toujours. À propos, je voulais vous dire à Dad et à toi que je ne suis pas sûr de vouloir terminer mes études de commerce international. À mon retour, j’aurais pratiquement perdu deux ans. Le problème, c’est que je ne sais pas quoi faire à la place. Bon, on en reparlera, je vais te laisser préparer ta journée.

– Mon bel amour, je n’ai aucune inquiétude. C’est bien plus de deux ans que tu auras gagné avec ce voyage, que dis-je, cette aventure, cette traversée des mondes et des langues. On trouvera ; tu trouveras. Tu es un printemps qui dure un peu, c’est tout, mais je sais que tu vas fleurir. Tu trouveras ; tu te trouveras.

– Peut-être. Une chose est sûre, j’ai bien progressé en anglais. C’est drôle, c’est comme si la langue était en moi, mais – comment dire ? – pas activée. En parlant avec Moby ou Sam, un truc s’est débloqué. Ah ! Encore quelque chose qui va te faire plaisir, je pense. Moby et Olga se sont mis en tête de m’apprendre à lire et parler le russe.

Mолодец (Molodetz)! Bravo ! Comme j’ai hâte de lire tes traductions libres de Brodsky !

– D’accord, mais tu vas devoir attendre un peu. J’en suis à apprendre les lettres.

– Brodsky, tu vas reconnaître, tu l’as déjà entendu quand tu étais dans mon ventre.

« “Passent les nuages…” chantent les enfants de la nuit.

De l’herbe aux sommets le monde n’est plus

que battement, tremblement de la voix.

Passent les nuages au-dessus des taillis, passent les nuages.

Au-dessus de nous, une ombre passe et meurt,

il suffit de chanter et de pleurer, il suffit de vivre »

Puis Nadja reprit le poème en russe, dans une mélopée à la fois mélancolique et exaltée.

– Je ne comprends pas, mais c’est beau à entendre. Allez, on s’appelle bientôt, besos, Mam.

Óблако (oblaka), c’est le nuage russe. Mon Dieu, que le russe me manque ! Et toi, tu te souviens ?

– Il va falloir que je révise un peu quand même, mais bon, je sais déjà écrire deux mots, Brest et nuage. Ça ne fait pas encore une conversation, mais c’est un beau début. Allez Mam, je te laisse, embrasse Dad. Je t’appelle demain. Plein de kisses.

– Oui, plein d’amour, mon poète préféré. Et bravo à Vera et à Nov pour leurs nouveaux prénoms, ils m’enchantent. Il faudra que je te parle de Věra Kunderová que ta grand-mère a bien connue, tu sais, la femme de Milan.

– Ah ? Je ne connais pas. Je t’embrasse fort, je vais appeler Ludmilla. Muchos besos… Allez, je raccroche.

*****

Hello beautiful! Je ne sais plus comment t’appeler, Ludmilla ou Vera ?

Hola guapo! Fais comme tu veux, mais j’aime beaucoup Vera. Nadja m’a fait un cours sur toutes les Vera de la littérature. Elle aime bien aussi. Ça me fait tellement plaisir de t’entendre. Dis, on peut passer en mode vidéo, s’il te plaît.

– Ah, ah, toi aussi. Pour des femmes de lettres, vous aimez bien les images.

– C’est vrai. J’aimerais aussi que tu me montres ce que tu vois. Mais quand même, c’est de parler avec toi qui me manque le plus. Quinze jours sans t’entendre et sans même pouvoir te lire, c’était trop. J’espère que ça n’arrivera plus jamais. Remarque, ça a fait l’affaire de Jack Paradise qui fuit de plus en plus l’enfer de l’agence, il m’a fait accompagner un groupe de touristes pendant quatre jours. Tu sais, il faudra qu’on en parle, mais je me demande de plus en plus ce que je vais faire l’année prochaine. Je ne sais pas où tu en es toi. Ce n’est pas le meilleur moment pour en parler, mais je ne sais pas si le commerce international, c’est vraiment fait pour nous.

– C’est drôle que tu me parles de ça maintenant, c’est exactement ce que je me disais. J’ai rencontré Olga, c’est une Serbe qui travaille pour Architectes sans frontières et je trouve ça dur mais tellement passionnant. Peut-être que je vais essayer de trouver des stages dans des ONG. Le problème, c’est que je ne sais rien faire, je ne sais pas comment je pourrais aider, je ne suis pas médecin, pas architecte, pas ingénieur, pas enseignant, pas cuisinier. Et toi, tu penses à quoi ?

– J’ai fini par être d’accord avec ce que tout le monde me répétait depuis longtemps, utiliser les langues. Je vais me renseigner sur le master en interprétariat et traduction de l’université. Ton père m’a proposé un stage en juillet à l’ambassade à Mexico et la semaine prochaine, il sera à Genève, à la mission permanente du Mexique de l’ONU, il m’a dit qu’il chercherait de bons contacts. Je ne veux pas quitter le Mexique pour le moment, mais je sens que c’est par là qu’il faut que j’aille. J’aime le travail de traduction que l’on fait avec ta mère, c’est tellement autre chose qu’une transposition mécanique. « La traduction, c’est le mariage catastrophique du même et de l’autre », comme elle dit en début d’année, en forçant un peu sur son accent russe – j’adore ! Mais j’aimerais tellement découvrir aussi la traduction simultanée, je crois que ça irait bien à mon tempérament.

– Découvrir ! Mais tu fais déjà ça depuis longtemps. Bien sûr, c’est génial comme idée.

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18 juin 2025 3 18 /06 /juin /2025 02:51

Avons-nous besoin d’art, demandait-on hier aux candidats du BAC ?

Bien sûr que non, en revanche, l’art a besoin de vous alors, achetez des livres et visitez des musées, bande de radins incultes !

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17 juin 2025 2 17 /06 /juin /2025 02:17

Je ne suis pas assez exigeant avec moi-même et je devrais m’assigner des missions plus audacieuses. Tenez, deux ou trois fois par jour, après avoir fait mes besoins – ce qui se passe toujours plutôt honorablement – eh bien, je me félicite comme si j’avais gravi quelque Everest. Vraiment, je ne suis pas assez exigeant.

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16 juin 2025 1 16 /06 /juin /2025 02:15

L’avantage du lance-boulettes, c’était que sa portée et sa puissance étaient limitées par les poumons du lanceur. Avec la génération de sédentaires au souffle court qui nous arrive, la chose ne risquait pas d’évoluer.

C’est bien regrettable que les états-majors aient préféré les missiles balistiques et les drones kamikazes.

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15 juin 2025 7 15 /06 /juin /2025 02:01

Souvent, on en reste à nos premières impressions et, si elles ont été mauvaises, on se prive de belles rencontres. Quand je pense que j’ai failli passer à côté du délice des endives pochées tout simplement parce qu’il y a soixante ans, on s’était vraiment détestés.

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14 juin 2025 6 14 /06 /juin /2025 02:45

Bien sûr, on sait ce que l’on sait et on ignore ce que l’on ignore. C’est dommage, ça nous aurait rendus un peu plus modestes.

Et d’ailleurs, nos experts, qu’est-ce qu’ils fabriquent ?

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13 juin 2025 5 13 /06 /juin /2025 02:09

Mourir ? Oui, ça m’arrivera bien un jour.

Mon dieu, j’espère que ce jour-là, je n’aurai pas oublié de tirer la chasse d’eau !

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12 juin 2025 4 12 /06 /juin /2025 02:12

[Troisième partie du feuilleton Le Voyage de Nubecito. Après s’être perdu sur les côtes mexicaines, le jeune cumulus hawaïen a été pris en charge par Ludmilla et Brad qui ont pour mission de le ramener chez lui. La première étape les a fait traverser le Mexique. Puis Brad, devenu Nov, a rejoint Le Havre à bord d’un porte conteneur. Il continue sa route, direction Istanbul, en vélo d’abord.]

 

– Dernier petit déjeuner à bord, Nov, si tu veux, je peux te réchauffer les quenelles de brochet, mais j’ai pensé que tu préférerais tes tartines de Nutella. Alors, comment se présente votre remontée de la Seine ?

– Pour le moment, tout va bien, répondit Laurence. On a rendez-vous au Colombus Café avec Manon et Magali. Départ prévu vers dix heures.

– Bien. Vous avez trois jours de beau temps prévus. Sam arrive, il a des choses pour vous. Moi aussi Nov, j’ai un petit cadeau. Tiens, tu sais que je ne suis pas un grand liseur, comme on dit. J’adore écrire, mais je n’ai lu qu’un seul vrai livre de toute ma vie. Le voilà, je te le donne, c’est Moby Dick.

– Merci Moby, ça me touche. Mais il est énorme ce bouquin. Six cents pages. Je vais mettre un an à le lire.

– Alors tu seras plus rapide que moi. Ça m’a pris cinq ans. C’est de là que vient mon surnom, on me voyait tout le temps avec ce livre. Mais bon, c’est normal, il y a plein de livres dans ce livre, c’est comme si tu lisais une bibliothèque entière. Regarde, j’ai souligné un passage au chapitre 99. « Mais halte ! à partir de là, toi le bouquin, tu mens. En vérité, vous devriez savoir mieux rester à votre place, vous les livres ! » J’ai même écrit le texte original :  “Book! you lie there; the fact is, you books must know your places.” Je ne sais pas exactement ce que ça veut dire, mais j’aime bien l’idée que les livres doivent rester à leur place, je veux dire ne pas remplacer le monde, la mer, les baleines et les marins, enfin, c’est ce que je comprends. Je ne sais pas ce que tu en penses ; peut-être que ta mère ne serait pas d’accord.

– Je lui demanderai. Je ne sais pas. Vera aussi aime les livres, mais souvent c’est pour les lire aux autres, à Diego son père ou à moi. Ça nous lie. C’est drôle d’ailleurs, tu as remarqué, en français, à l’oreille, on ne peut pas distinguer je lie de lier et je lis de lire, ou tu relies et tu relis.

– Je ne voudrais pas toujours tout ramener à moi et à mes idées d’urbaniste, mais regarde Moby. Tu demandes aux livres de rester à leur place et toi, tu en dé-places un pour le faire voyager. Moi non plus je ne suis pas très livre, mais ce que je comprends, c’est que leur place, ce n’est pas un endroit, mais un mouvement. Même les livres risquent l’embolie !

Elle a souvent des idées bizarres, Olga, mais je crois que je commence à comprendre sa philosophie. C’est difficile pour un nuage d’imaginer ce que c’est que lire un livre, mais je vois les humains faire. Apparemment, les livres contiennent des choses intéressantes, à l’intérieur, mais ce qui est intéressant aussi, c’est ce qu’ils font dire ou faire, à l’extérieur. Comme dit Olga, il faut du mouvement, il faut que les livres passent de mains en mains et que leurs mots passent de bouche en bouche. Je pense que c’est un peu pareil avec les amis. Il faudrait que j’approfondisse la réflexion, mais je crois que l’ami, ce n’est pas seulement celui qui est bon, à l’intérieur, c’est celui qui te rend meilleur, toi, son ami.

– Les bibliothèques sont des cimetières de livres, continuait Olga, et les livres sont souvent des alibis pour paresseux.

– Bonjour tout le monde, interrompit Sam, déjà à planer, à sept heures du matin ! Bon on va redescendre, j’ai quelques explications techniques à vous donner. D’abord, le traceur GPS pour Nov. Facile. Tu le mets au fond de ton sac et tu n’y touches plus. Il y a six mois d’autonomie. J’ai pris la couverture mondiale. Tu peux aller où tu veux, on sera avec toi. À la douane, si ça bipe, tu dis que c’est pour suivre ton sac en cas de perte ou de vol ; beaucoup de gens ont ça maintenant. J’enverrai un lien à ceux qui veulent te suivre. Deuxième chose, je vous ai prévu une petite application, Laurence. Il me faudrait les numéros de tes deux copines, comme ça, vous verrez en temps réel où vous vous trouvez tous les quatre et vous pourrez même vous appeler en visio à deux, trois ou quatre, juste en cliquant sur votre icône. Je n’ai pas eu le temps de mettre votre photo, donc ce sera votre initiale. Attention, ça pompe pas mal, alors rechargez votre téléphone tous les soirs. Toi Nov, tu auras sûrement une prise USB sur ton vélo, pense à brancher ton téléphone s’il est déchargé. J’aurais bien aimé vous accompagner jusqu’au café, mais on va faire un tour avec Sterren, elle va me faire visiter son pays. Puis il ajouta en français nous allons où finit le Terre.

– Ah ah, j’avais bien remarqué, hier soir, une joyeuse complicité, rigola Olga. Après le soleil couchant coréen, tu vas découvrir l’étoile montante bretonne. Remarque, avec quelqu’un de lunaire comme toi, on reste dans le thème et puis là où finit une route, une autre commence toujours. Je vous le répète, le mouvement, c’est la vie.

– Hier soir, on a tellement ri, Sterren et moi. Il faut que je vous raconte. Elle me dit dans son anglais – If you want I show to you my lovely Brest. Mais moi je comprends mal et je lui dis – What do you mean ! Your breast ?Yes Brest, my lovely city. Mais qui a eu l’idée d’appeler une ville comme ça ?

Tout le monde éclata de rire.

– Vous êtes vraiment des gamins. Même toi Moby, ça te fait rire, dit Olga. Vous savez, des Brest, il y en a dans tous les Balkans et même en Serbie.

– C’est vrai, c’est idiot, mais c’est drôle quand même. Tu as raison Olga, il y a aussi un Brest célèbre en Biélorussie. D’ailleurs, Nov, j’ai pensé que nous allions t’apprendre un peu de russe, Olga et moi. Première leçon aujourd’hui, quelques lettres de l’alphabet cyrillique. Brest en russe s’écrit Брест. Б c’est le B, р c’est le r, е c’est le e, с c’est le s et т c’est le t.

– D’accord. Pour les paroles, je débute, mais pour la musique, je l’ai déjà entendue quand j’étais bébé. Ça va peut-être revenir. Bon, c’est l’heure de partir. Sam, on se retrouve à Séoul, et nous, Moby, on se voit à Istanbul.

Après des adieux émus, il fallut bien se séparer. En allant vers le café Colombus, Laurence préféra expliquer deux ou trois choses à Nov.

– Tu auras le temps de faire connaissance avec Manon et Magali lors des étapes et tu te feras ta propre idée, bien sûr. Elles sont géniales, mais il y a seulement des sujets à éviter en ce moment. Magali est en plein divorce, c’est compliqué, alors on évite les débats sur le couple, la famille, les hommes… enfin, tu vois. Ne sois pas choqué non plus, elle est en “phase de reconstruction”, selon sa formule. C’est “découverte et expérimentation d’une quadra en liberté”. Elle se lâche un peu parfois, elle s’est coupé les cheveux et les a teints en rose fuchsia. Je te laisse découvrir le personnage. Manon, rien à voir. Elle est plus jeune, un petit de trois ans, en couple avec un homme “déconstruit” comme on dit, tu le verras, c’est lui qui descend les filles et le matériel en van. Ils sont chercheurs tous les deux. Tu peux parler couple et sentiment avec Manon, tu risques juste de l’ennuyer. Elle, c’est plutôt la trentenaire hyperactive qui performe en tout. En revanche, il y a un sujet à éviter : les baleines et les dauphins. Elle a vécu un drame.

– Sans blague ! Un accident, une noyade ? C’est horrible !

– Non, un drame professionnel. Après sa thèse sur les baleines à bosse, pour des raisons de financement, elle a dû changer de sujet de recherche et se consacrer aux concombres de mer. C’est déjà moins sexy. Un peu comme si tu étais formée sur un 32 tonnes et que tu doives ensuite conduire une voiturette. Les baleines, c’était ses amours de jeunesse. Alors elle a eu du mal à s’en remettre.

– Ah bon, c’est ça ! Je ne veux pas juger, mais de l’extérieur, ça ne me paraît pas si grave. Ça tombe mal quand même avec mon nouveau livre. Je vais essayer d’être discret. Et avec toi, poursuivit Nov, non sans malice, il y a des sujets à éviter.

– Ah, ah, gros malin. Eh bien, je te laisse chercher. Mais attention, ne te trompe pas ! Tiens, voilà on arrive, je vois le van. Bonjour tout le monde. Je fais les présentations. Voici Nov, qui a la gentillesse de nous assister. Nov, je te présente Manon, l’intello qui a tout organisé, son mari Clém, il va t’expliquer pour ton vélo, et voilà Magali, la clown du groupe.

– Rien de bien compliqué, enchaîna Clém. Voilà la bête.  Freins hydrauliques, cadre et roues en carbone, moteur et batterie Bosch avec une autonomie de 120 kilomètres, 13 kg sans les bagages. Deux sacoches et le porte-bagage. Vous avez droit à un sac de cinq kilos chacun. Et si vraiment vous aviez un gros pépin, je serai à Paris et je pourrai redescendre.

– Aujourd’hui, c’est l’étape la plus courte, explique Manon. Quatre-vingt-cinq kilomètres, jusqu’à Jumièges et la pause déjeuner à Lillebonne, on y sera dans deux heures. Allez, dix heures cinq. On y va. Je passe devant, Nov, tu fermes la marche et tu ramasses les blessés.

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11 juin 2025 3 11 /06 /juin /2025 02:16

Je me disais qu’il y avait quelque chose de bien présomptueux à écrire chaque jour une phrase et à espérer, de surcroît, qu’elle soit lue. Et puis, en déambulant innocemment dans la rue, je me suis aperçu que ça n’arrête pas de parler, que des centaines, des milliers et peut-être des millions de phrases sont proférées chaque jour avec l’espoir, de surcroît, qu’elles soient entendues.

On parle beaucoup.

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10 juin 2025 2 10 /06 /juin /2025 02:39

Le chant n’est pas une modalité de la parole. Il est l’ivresse du souffle.

On parle beaucoup, on ne chante pas assez.

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9 juin 2025 1 09 /06 /juin /2025 02:08

On nous apprend beaucoup de choses, certaines sont intéressantes et utiles. On ne nous apprend jamais, nulle part, la solitude.

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8 juin 2025 7 08 /06 /juin /2025 02:36

La vache la plus puissante du monde meugla, alors la vache la plus riche du monde bousa.

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