Je suis toujours à l’heure, mais rarement au bon endroit.
Je suis toujours à l’heure, mais rarement au bon endroit.
Il y a un râleur qui squatte en moi et je peux vous dire que des beignes, je lui en file, mais ma plus grande fierté, c’est que je fais ça avec un large et beau sourire.
Je suis trop lourd pour être poète, trop léger pour être philosophe, trop honnête pour être tragédien, trop paresseux pour être romancier, trop vieux pour être champion, trop jeune pour être sénateur. J’ai juste le bon âge pour écrire une ou deux bêtises par jour et aller vite me reposer à écouter les alizés indiens en compagnie d’une jeune chatte à l’ombre des bougainvillées.
Je suis plutôt marathonien que sprinter. Enfin, sauf en amabilité. Disons que je suis alors demi-fondeur, mais je m’essouffle vite et mets longtemps à récupérer.
Quand je cours, on dirait un peu – on me le dit souvent, mais c’est sans malveillance et je n’ai aucune raison d’en douter même si du dedans, je n’ai pas cette impression – un ours qui imite un canard.
Marcel Mauss nous a appris que marcher, courir, nager, mais aussi pêcher la crevette, planter des choux de Bruxelles ou tenir son téléphone portable sont des gestes culturels qui marquent un désir inconscient d’imiter un modèle prestigieux afin d’appartenir à une communauté.
Je suis sincèrement très heureux d’apprendre que j’imite l’ours, que je tiens effectivement pour un être vivant exemplaire, et désire appartenir à la famille des canards dont j’aime la sage indifférence.
C’est agaçant et touchant à la fois. J’en dis souvent du mal, il m’arrive de le maltraiter, j’ai même essayé plusieurs fois de m’en débarrasser et pourtant, il me reste fidèle, mon petit bidou, ce bout de gras qui me ceint la taille comme un obi lipidique.
Fine lame à la crapette, je joue au tennis comme un manche. Par ailleurs, mais cela n’explique probablement pas ceci, je porte le nom de l’un des meilleurs couteaux français.
(Merci pour votre temps.)
J’ai l’œil toujours un peu éteint, le cheveu grisâtre et la peau plutôt terne. Heureusement, j’ai un long nez qui rougit vite au soleil et me rend, sinon lumineux, à tout le moins visible de loin.
En toute modestie mais très sérieusement, je dois dire que j’ai quelque chose de Proust, Dostoïevski et Borges. Vraiment.
Comme eux, je suis insomniaque.
– Moi : Je ne me comprends pas toujours, qu’en penses-tu ?
– Moi : Oh je sais, toi non plus.
– Moi : Non mais c’est vraiment n’importe quoi !
Qu’est-ce que tu as fait aujourd’hui ?
Voilà bien une des questions que je redoute le plus. Je ne peux décemment pas répondre, j’ai pensé aujourd’hui. Alors, comme quand j’allais me confesser enfant, j’invente quelques mensonges : j’ai jardiné, bricolé, cuisiné, visité un musée…
Je pense que je suis
Je sens mais ne puis
Je mens et m’épuise
Je ne pense pas être l’invité modèle car je me déplace toujours en bande.
Je ne me sépare jamais de mes fantômes et mes rêves, mes morts et mes silences ; ça fait beaucoup et me rend parfois peu disponible.
Parfois je me dis (hier par exemple, je me suis levé tard puis j’ai paressé un peu et flâné beaucoup ensuite pour finalement me coucher assez tôt) que s’attaquer à ma biographie risque d’être une entreprise aisée mais peu exaltante.
Cela étant, la chose n’est, à ce jour, pas prévue.
La nuit − et l’avouer m’embarrasse − je suis irrésistible ; touchant mais brillant, élégant mais sensible, facétieux, tendre et tellement différent ; à mon corps défendant − le nier serait mentir − je séduis, je transporte, j’éblouis, pour le dire simplement. Le matin, je me réveille.
Suis duplice, mais de face seulement, soit triple (compte non tenu des profils).
Le temps fraude et je ferme les yeux.
Le matin, je suis tout impatient et je voudrais, vite vite, que le soir arrive.
Et après on dira que je suis lent et paresseux !
Sans se méfier, c’est un matin d’août qu’il entra dans la vie. Il fut vite saisi par l’ampleur de la tâche et le manque de moyens.
J’aime les livres qui font lever les yeux et les sentiers qui font baisser la tête.
Je suis un imposteur.
Il fallait que j’avoue, c’est mon côté honnête.
Borgne, non pas aveugle.
Et me manque, non la moitié du monde, mais sa profondeur, son goût, sa musique.
J’aime mâchouiller ces mots étrangers qui sentent fort et brûlent un peu la langue.
J’habite un sursis.
J’ai un peu décoré.
C’est précaire mais pas insalubre.
Ma vie, en clair-obscur, sauce aigre-douce.