La réalité augmentée existe déjà, c’est la littérature.
La réalité augmentée existe déjà, c’est la littérature.
Voilà qui est fort embarrassant. D’un côté on en fait trop à construire, échafauder, structurer, goudronner, opérer, fabriquer, édifier, bétonner, entreprendre, exécuter, procéder, produire, usiner et de l’autre, à s’affairer sans faire, on se désole dans une existence insatisfaite et se dissipe dans une agitation inconsistante et contrefaite.
La question est donc simple à poser, comment être bien-faisant ?
J’ai décidé de ne plus lire que les livres de moins de cent trois pages. Ça réduit beaucoup, d’autant que je ne lis jamais les livres de moins de quatre-vingt-onze pages. Et tout ceci sans la moindre raison, parce que j’ai aussi décidé, en ce début d'année, de donner tort à Leibniz et son principe de raison suffisante.
À chacun ses bonnes résolutions.
Les plus fins connaisseurs du langage sont les poètes et les dictateurs.
Le monde est un théâtre, oui, et s’il est des zones moins éclairées que d’autres, il n’y a ni loges, ni fosses, ni gradins, ni coulisses, car être c’est apparaître.
Alors je nous souhaite une très belle a… Non, je déconne.
Cessons de souhaiter, voulons !
Le moi – on en parle beaucoup ; on l’interroge peu – me paraît ressembler à ces boules à facettes des boites de nuit d’antan. On s’essaierait à l’effeuiller, enlevant une à une les facettes, on ne découvrirait pas un je nu, pur, profond, mais un vide, un creux, une absence. Les facettes font la boule, mais la boule est sans face et le moi, sans fond.
Qu’est-ce que tu as fait aujourd’hui ?
Voilà bien une des questions que je redoute le plus. Je ne peux décemment pas répondre, j’ai pensé aujourd’hui. Alors, comme quand j’allais me confesser enfant, j’invente quelques mensonges : j’ai jardiné, bricolé, cuisiné, visité un musée…
Trop proche pour qu’on la quitte, trop lointaine pour qu’on la retrouve, elle nous en donne du souci la nature.
– Poule, tu as déjà envoyé des nudes ?
– Des nioudes ?
– Oui, des photos de tes parties intimes, précisa Œuf.
– Non mais ça va pas, sale petit morveux.
– Encore vous, s’émerveilla Panda, vous êtes intarissables. Le sujet est délicat. Je dirais que l’expérience fondatrice de l’intime est toujours, contre toute attente, une exposition, quelque chose qui se joue dehors, à l’extérieur, mais du dedans. Du dedans, faute de quoi on s’exclue et se dissipe.
– Hé Pandoche, enlève le bambou que tu as dans la bouche, on ne comprend pas quand tu parles, s’énerva Œuf.
– Allez viens Œuf, je préfère encore tes obscénités aux incongruités de Panda.
– Ah d’accord, merci Poule. C’est quoi une incongruité, c’est sale ?
Tu peux ou tu veux pas
Devine d’où je t’appelle, demandent-ils souvent à leurs téléphones intelligents ?
Je donnerais cher pour connaître la réponse, où est donc ce je qui appelle à l’être, ce moi introuvable.
Tous ces inconnus qui me saluent !
Notoriété ou vue qui baisse ?
« L’espace est une métaphore utile de l’être qui aide à comprendre les grands messages de la philosophie antique : être soi-même, c’est trouver sa place… »
Il éteignit la radio et refit un troisième tour du pâté de maisons, cherchant désespérément à se garer.
Jour : À toi.
Nuit : Quoi, déjà ! Mais il fait encore jour.
Comment peuvent-ils confondre être et avoir, s’étonnait monsieur Bescherelle ?
Les mots ne sont pas tout.
Il y a les phrases aussi.
À l’époque du complotisme et des fake news, le grand perdant c’est moins la vérité que le doute. Les temps sont durs pour les sceptiques.
Libère ton phrasé aime l’hiver laisse la porte ouverte soigne tes orteils cultive les aubes danse quand tu chantes et chante quand tu vas accueille les voix basses garde un peu de nuit dans tes jours salue la pluie salue le toit salue le vent et le matin offre tes mains au temps qui vient
Admettons, un coucher de soleil, ça peut être beau, mais comment ne pas s’extasier à chaque mot, à chaque ligne, à chaque phrase devant ces merveilles que sont les langues ?
– Moi : Bon, à vous !
– Lui : À moi ?
– Toi : Oui à toi.
– Moi : Oui, mais à vous aussi.
– Lui : À lui aussi vous voulez dire.
– Moi : Oui, si vous préférez.
– Toi : Moi, ça m’est égal.
– Lui : Mais tais-toi donc, ce n’est pas à toi qu’il parle.
– Moi : Certes, mais restez courtois.
– Toi : Mais je n’ai rien dit, moi ?
– Lui : C’est vrai ça, il n’a rien dit.
– Moi : Je sais, c’est à vous que je parlais. Bon, passons, à vous.
– Toi : À moi ?
– Lui : Oui
– Moi : À vous aussi.
– Toi : À toi aussi.
– Lui : À nous alors.
– Moi : Voilà, si vous trouvez ça plus clair.
– Toi : Non, pour moi, ce n’est pas plus clair.
– Lui : Mais arrête, ce n’est pas à toi qu’il parle.
– Moi : Mais si.
– Toi : Ah tu vois. Ce n’est pas clair pour toi non plus.
– Vous : Coupez ! Bravo, le texte, à la virgule près. Vous êtes très doués.
– Moi : Merci !
– Toi : Eh, il n’y a pas qu’à vous qu’il dit ça.
– Lui : Eh non, ce n’est pas à vous qu’il parle.
– Moi : Je sais, je n’ai jamais dit ça.
– Vous : Bon, ça va, merci, je vois que vous appréciez mon texte, mais on s’arrête là.
L’impossible équation : être soi-même, comme les autres.
Je suis inquiet pour mon avenir ; un peu comme avec un Seurat, plus je m’en approche et moins il a de sens.
Jusqu’à la limite.
Et un peu au-delà.
Si lundi tu es très gentille
Alors mardi je te cueille des myrtilles
Si mercredi tu fais la grimace
Alors jeudi je te donne une limace
Si vendredi tu m’envoies un sourire
Alors samedi je t’emmène sur mon navire
Si dimanche… euh, non dimanche on ne fait rien
C’est le jour des vacanches
Si lundi, oh pardon, ça, tu sais déjà
Alors, c'est fini pour la poésie