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C'est Peu Dire

  • : Les Restes du Banquet
  • : LA PHRASE DU JOUR. Une "minime" quotidienne, modestement absurde, délibérément aléatoire, conceptuellement festive. Depuis octobre 2007
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Et Moi

  • AR.NO.SI
  • Philosophe inquiet, poète infidèle, chercheur en écritures. 55° 27' E 20° 53' S

Un Reste À Retrouver

27 février 2025 4 27 /02 /février /2025 03:12

Qui ne voit qu’il faut ralentir, diminuer, parler moins, agir peu et chanter plus.

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26 février 2025 3 26 /02 /février /2025 03:44

À la fin, nous serons tous indifférents et indifférenciés.

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25 février 2025 2 25 /02 /février /2025 08:31

– Arrêtez de vous chamailler, personne n’est plus ceci, personne n’est moins cela.

– Euh, si quand même, répondit 879 641 à 3 745, qui rêvait secrètement du prix Nobel de la paix.

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24 février 2025 1 24 /02 /février /2025 03:00

– Swann, Darling, tu as été parfait. Donc, cette première rencontre, que je vous raconte. J’amène Swann à la maison pour le présenter. Nous étions en khâgne à Paris, c’était en septembre 1980. Il parle un peu de Lyon, de ses parents, il explique ce qu’il étudie, ce qu’il lit, ce qu’il aime. Alors Maman lui demande : – Et quel est votre auteur français préféré ? Il répond Proust et ajoute (le pauvre, c’était un peu maladroit, mais c’était sans arrogance) : – Vous l’avez peut-être déjà lu ? Sans répondre, Maman continue la conversation : – Et quel est votre livre préféré ? – Un Amour de Swann – Et votre passage préféré ? – Je crois que j’aime chaque chapitre, chaque page, chaque phrase. Bon là, tu as un peu voulu faire le malin, ce n’était pas la bonne réponse. Sans mauvaise intention, Maman repose sa question (Cariño, je te voyais te décomposer) : – Votre passage préféré ?

– C’est vrai, je n’en menais pas large et… tu as volé à mon secours et commis ce petit mensonge en disant : – mais tu sais bien, tu me parles toujours de la première rencontre de Monsieur Swann avec Odette de Crécy, quand il dit qu’elle est d’un genre de beauté qui le laisse indifférent ; tu aimes tant ce passage.

– Merci de ton honnêteté et de ta reconnaissance, mon Swann. En effet, ça s’est passé comme ça. La suite, c’est tout Maman ! Elle s’est levée, a fermé les yeux et a commencé à réciter avec ce ton monocorde qu’elle prenait toujours dans ces moments et qui était à l’opposé de sa voix si douce et chantante…

L’imitant, Swann et Nadja se levèrent et d’une voix grave déclamèrent ensemble :

« Mais, tandis que chacune de ces liaisons, ou chacun de ces flirts, avait été la réalisation plus ou moins complète d’un rêve né de la vue d’un visage ou d’un corps que Swann avait, spontanément, sans s’y efforcer, trouvés charmants, en revanche, quand un jour au théâtre il fut présenté à Odette de Crécy par un de ses amis d’autrefois

– Zut, j’ai oublié la suite.

Nadja continua seule.

– … qui lui avait parlé d’elle comme d’une femme ravissante avec qui il pourrait peut-être arriver à quelque chose, mais en la lui donnant pour plus difficile qu’elle n’était en réalité afin de paraître lui-même avoir fait quelque chose de plus aimable en la lui faisant connaître, elle était apparue à Swann non pas certes sans beauté, mais d’un genre de beauté qui lui était indifférent, qui ne lui inspirait aucun désir, lui causait même une sorte de répulsion physique, de ces femmes comme tout le monde a les siennes, différentes pour chacun, et qui sont l’opposé du type que nos sens réclament. »

– Bravo, Mam ! Et tout ça, c’est une seule phrase ? Le gars Marcel, quand il a lu son manuel de ponctuation, il a sauté le chapitre sur le point.

– Certes, les phrases peuvent être un peu longues. Je m’arrête là, dit Nadja... poursuivant, comme emportée par un appel irrésistible, « Pour lui plaire elle avait un profil trop accusé, la peau trop fragile, les pommettes trop saillantes, les traits trop tirés. Ses yeux étaient beaux, mais si grands qu’ils fléchissaient sous leur propre masse, fatiguaient le reste de son visage et lui donnaient toujours l’air d'avoir mauvaise mine ou d'être de mauvaise humeur. » Et Maman a continué comme ça pendant quinze minutes, vingt peut-être. Nous, nous étions habitués, mais pas Swann, et je voyais toutes les émotions traverser son visage, mon pauvre Swannito. L’admiration, l’étonnement, puis la stupéfaction, le trouble et finalement l’épouvante. Je crois même me souvenir que tu as regardé les pieds de Maman pour vérifier qu’elle n’entrait pas en lévitation.

– Chérie, non, là tu exagères. Mais c’est vrai que cette première rencontre avec Ana a été une sacrée expérience.

– Allez, peut-être que ma mémoire me trompe, concéda Nadja. Toujours est-il que Maman a fini par dire, bon, je ne vais pas vous imposer la suite, jeune homme. Puis, elle a quand même continué, reprenant de sa voix d’outre-tombe : « avec cette muflerie intermittente qui reparaissait chez lui dès qu’il n'était plus malheureux et qui baissait du même coup le niveau de sa moralité, il s’écria en lui-même : “Dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, que j’ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n’était pas mon genre !” » C’est comme ça que se termine le livre.

– La grande classe, commenta Brad ! Je parle de Monsieur Swann, quel goujat ! Et bizarrement, il a quand même fini par épouser Odette, si je me souviens bien !

– Hein ! Mais tu as lu le livre, s’étonna Ludmilla ?

– Non, j’ai vu le film avec Ornella Muti, rigola Brad.

– Toujours est-il que l’embarras de Swann a beaucoup amusé Papa qui l’a ensuite pris sous son aile.

– Ce qui est curieux, c’est que depuis, je me suis détourné de Proust. En fait, je pense que je n’ai pas du tout le même rapport aux livres et à la littérature que vous.

– Vas-y, raconte un peu, ça m’intéresse, demanda Ludmilla.

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23 février 2025 7 23 /02 /février /2025 03:10

Des pâquerettes des Carpates, des canettes de Papeete, des câpres de Trappes, des pastèques en plastique… Sacré Patrick ! il en met des trucs atypiques mais pas catholiques dans sa pâte à crêpes.

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22 février 2025 6 22 /02 /février /2025 03:09

Tergiverser, balancer, louvoyer, atermoyer… Tous ces synonymes ! J’hésite. Lequel choisir ?

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21 février 2025 5 21 /02 /février /2025 03:29

Il s’agit évidemment d’une guerre existentielle et l’on doit construire une défense commune, c’est capital et urgent. C’est pourquoi, dans l’attente de vos retours d’expérience, j’ai décidé de vous faire bénéficier de ma propre expertise.

Bien sûr, il y a l’arme chimique toujours possible, mais si l’on se risque au corps à corps, il y a des tactiques à connaître. Moi qui suis sur le front, j’ai noté ceci. Les moustiques parviennent à esquiver les attaques, avec une vivacité vicieuse, quand ils sont posés sur un mur, un plafond ou quand ils volent, mais ils deviennent mystérieusement désorientés quand on les prend de haut en bas car alors, les immondes crétins, tentent de fuir vers le sol. On peut les écraser beaucoup plus facilement. Cela étonnera, mais j’ai tué beaucoup plus de moustiques avec le pied qu’avec les mains. Malheureusement, ils se posent rarement sur le sol – là, ce serait un cadeau –, il faut donc les surprendre quand ils volent en rase-motte. Essayez.

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20 février 2025 4 20 /02 /février /2025 03:14

Tourmaline

Certains mots, comme certains visages, ont un charme trouble.

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19 février 2025 3 19 /02 /février /2025 03:23

– J’ai trouvé, annonça Ludmilla, devenue spécialiste en citations apocryphes. « Morre lentamente quem não viaja, il meurt lentement celui qui ne voyage pas ». Il s’agit du poème A morte devagar, la mort lente, écrit par la poète brésilienne Martha Medeiros en 2000, soit 27 ans après la mort de Pablo Neruda. L’histoire ne dit pas qui l’a traduit du portugais à l’espagnol, qui l’a attribué à Neruda et qui l’a répété à l’infini sur le net.

– OK. J’arrête avec les citations. Mais comment tu fais, Mam, pour savoir si c’est du vrai ou du faux ? Une citation, c’est pas comme un sac Vuitton, si ?

– Un peu, si. J’aurais envie de te dire que tout grand artiste est pleinement et entièrement dans chaque fragment de son œuvre, mais un peu d’analyse aide aussi. L’anaphore « Muere lentamente » est belle et puissante, elle pourrait être nérudienne, mais comme un do#-mi pourrait être schubertien, il faut lire la suite. Le poème fait exactement ce qu’il dit de ne pas faire : il dénonce, comme tout le monde, l’esclavage de l’habitude, il répète, comme un coach en développement personnel – perdão Martha que não conheço ! – qu’il faut s’aimer et finalement, en disant qu’il meurt lentement celui qui ne prend pas de risques… eh bien, il ne prend aucun risque. Déclare plutôt ta flamme à l’habitude, mon rappeur préféré, là tu as des chances d’être original, voire poétique. Quant aux citations, fais ton bouquet toi-même, va chercher tes fleurs là où elles poussent, dans les livres, pas sur Internet, là où des cueilleurs maladroits ou malhonnêtes assemblent des bouts de végétaux sans racines.

– Je crois que je vois ce que tu veux dire. C’est vrai que j’en passe du temps sur le Net. Au moins, pendant trois semaines, il va falloir que je fasse sans. Sur le bateau, ils ont des problèmes de connexion.

– Au fait, quelles sont les dernières nouvelles concernant cette transat, demanda Swann ?

– Tout est calé grâce à Ludmilla et Karolyn.

– Karolyn a tout organisé. Donc départ d’Altamira vendredi à 18 heures. À bord du… ? Vous ne devinerez jamais. À bord du Françoise-Sagan. Incroyable, non ? Je ne sais pas quel patron de la CMA CGM était fan de littérature. On se trompe parfois sur les marins et les marchands.

– « Adieu tristesse / Bonjour tristesse / Tu es inscrite dans les lignes du plafond / Tu es inscrite dans les yeux que j’aime / Tu n’es pas tout à fait la misère / Car les lèvres les plus pauvres te dénoncent / Par un sourire / Bonjour tristesse / Amour des corps aimables / Puissance de l’amour / Dont l’amabilité surgit / Comme un monstre sans corps / Tête désappointée / Tristesse beau visage »

– Merci Mam pour la minute poésie. C’est du Sagan ?

– Non, c’est le poème de Paul Éluard qui a inspiré Françoise Sagan. Enfin, pour le titre de son premier roman, parce que pour le reste, ils ont peu en commun. Mais c’est vrai, je serais curieuse de savoir qui a choisi de donner à un monstre des mers, lent, lourd et rentable, le nom de ce petit bout de femme qui aimait aller vite et dépenser sans compter.

– Décidément, je suis cerné par la littérature. Ce porte-conteneur est peut-être une bibliothèque clandestine.

– Ah ah, j’en doute, s’amusa Nadja. Mais tu verras que les mots ne cernent pas, ils portent et emportent au contraire, ils ouvrent et dessinent un monde. Certains disent qu’ils nous masquent la réalité, je ne crois pas. Peut-être même que les mots ne sont pas que des mots. En effet, ils sont partout, on ne peut exprimer la moindre émotion sans eux ; ils ne nous cernent pas, ils ne nous enferment pas, ils sont notre sol et notre horizon.

– Sauf quand on rêve. Quand je m’allonge sur le sable, à l’ombre de la barque de Diego, je n’ai pas de mots dans la tête. J’entends le bruit de la mer et je sens le souffle du vent, il y a un grand silence dans ma tête, je suis vide de mots.

– Je ne crois pas que tu entendes un bruit mais plutôt le son des vagues qui déferlent, le roulement des petits galets ballottés par la marée, la brise qui fait sonner le cordage sur la coque, etc. Tu entends des microhistoires que tu te racontes avec des mots.

Bon, c’est brillant, comme d’habitude avec Nadja, mais je suis plutôt d’accord avec Brad. Je crois au silence sans mots. Je crois aux émotions pures. Je crois aux rencontres muettes. Je crois aux regards qui disent beaucoup sans rien dire. Par exemple, quand on se laissait porter par les courants avec Ola, avant d’arriver au Mexique. On ne parlait pas, on était seulement, seulement une vague, seulement un nuage, des émotions pures. J’ai l’impression que les humains ne savent pas être seulement, il faut toujours qu’ils rajoutent des mots partout. En même temps, en disant ça, j’en utilise des mots…

– Je dois dire aussi que je n’ai pas de racines géographiques ni même culturelles, ou plutôt, c’est un réseau multiple et inextricable. J’habite les langues depuis toujours. À la maison, tous les jours, chacun à son tour, et depuis très jeune, on récitait quelques vers ou quelques lignes appris par cœur. C’était comme ça à Cracovie où je suis née, puis à Saint-Pétersbourg, ça a été comme ça à Londres où nous nous sommes installés en 1971, j’avais dix ans, puis à Paris en 1975, où j’ai rencontré Swann, à Henri IV. Mon grand frère Andrzej était très attaché à sa slavité, il disait du Maïakovski ou du Milosz. C’est drôle, il a épousé une Espagnole et après son divorce, il est parti vivre aux Canaries où il est skipper sur des voiliers de luxe. Ma petite sœur Daria, dès ses deux ou trois ans, récitait des comptines russes apprises à l’école. Moi, j’étais déjà sous le charme de la culture française et je pouvais citer – en français bien sûr – aussi bien Racine ou Ronsard que Desnos ; en arrivant à Paris, j’ai d'ailleurs découvert qu’on ne parlait pas comme dans les livres. Mon père était le seul à avoir recours à un carnet. Il nous a fait découvrir l’Amérique, il lisait des extraits de Conrad, Melville ou Dos Passos. Parfois Daria ne comprenait pas, alors je traduisais à voix basse, sans interrompre Papa. Et puis il y avait ma mère, Ana. Elle était hypermnésique et comme elle a eu très tôt des problèmes de santé, elle restait à la maison et lisait, lisait, lisait… Elle retenait tout. Je ne t’ai jamais raconté, Ludmilla, la première rencontre de Swann avec elle.

– Ça y est, ça va être ma fête.

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18 février 2025 2 18 /02 /février /2025 03:36

C’est bien vu – et je ne sais qui doit être félicité – ce découpage du temps en vingt-quatre heures.  C’est très bien vu oui, en plus on peut moduler, un peu plus pour le jour, un peu moins pour la nuit. D’ailleurs, personne ne demande à modifier cela.

Il reste – mais c’est un détail, je suis perfectionniste – que cette heure perdue entre dix-sept et dix-huit heures me semble inutile. Il est trop tard pour s’engager dans une activité, trop tôt pour dîner. Je me demande si l’on ne pourrait pas la supprimer. Ou peut-être, la déplacer à un moment plus opportun.

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17 février 2025 1 17 /02 /février /2025 03:42

La mémoire est un organe curieux, elle conserve les souvenirs lointains de l’enfance, avec leurs odeurs, leurs couleurs, leurs rires et petits drames, mais elle efface nos souvenirs récents de vieux adultes, sans goût ni folie.

Quelle chance ! Imaginez le contraire…

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16 février 2025 7 16 /02 /février /2025 03:47

Il ne leur manque que le silence, pensaient les vaches en regardant les humains s’agiter.

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15 février 2025 6 15 /02 /février /2025 03:33

Écrivez : épuisez le dedans pour révéler le dehors.

(Ne vous trompez pas, ne faites pas le contraire, vous risqueriez de nous épuiser.)

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14 février 2025 5 14 /02 /février /2025 03:27

Levons-nous !

Pour découvrir l’autre ? reculer nos limites ? Pour dénoncer l’injustice ? imposer notre présence ? faire la révolution ?

Levons-nous parce que nous alimentons notre propre fatigue à rester assis. Pour le reste, on verra.

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13 février 2025 4 13 /02 /février /2025 03:48

– Donc, long story short, le circuit Frida, j’ai adoré, j’ai détesté. Je ne sais pas. Je m’interroge.

– Oui alors il faut savoir que Ludmilla est entrée dans le temps de l’interrogation et n’en sort plus, expliqua Brad.

Claro, c’est magnifique et tellement émouvant. Par exemple, voir les vêtements qu’elle porte sur ses autoportraits, voir ses plâtres et ses corsets qu’elle avait décorés. La Casa Azul est vraiment bien aménagée et n’a rien d’un musée froid et savant. Bien sûr il y a des cheminements obligés, mais on sent qu’on est dans une maison qui a été habitée ; quelquefois c’est presque troublant, on sent un peu comme des présences, c’est tellement chaleureux et généreux. Sans parler de son fauteuil roulant ou de l’urne de ses cendres posée sur son bureau. Malheureusement, on ne peut pas rêver longtemps à cause de ce flux ininterrompu de touristes – dont je viens augmenter le nombre, d’ailleurs. Si vous restez trop longtemps immobile, ce qui est en soi déjà un exploit, on vous fait des remarques. Je sais bien ce qu’on va me dire, toi la fille d’un indien qui défends les sans voix, les exclus, les dominés, tu voudrais une culture réservée à l’élite avec coupe-file pour les VIP. Non. Bien sûr que non. Enfin, c’est compliqué, je ne sais p…

– … tu t’interroges, quoi.

– C’est vrai, entre le surtourisme et la Fridamania, je ne sais pas comment la Casa Azul tient encore debout, remarqua Swann. À propos de Fridamania, j’ai vu dans une pharmacie à Orly une brosse à dents Frida Kahlo. C’est Pierre Fabre qui commercialise ça. Après la poupée Barbie, le vernis à ongle, les serviettes hygiéniques, les vêtements Shein, rien n’arrête la Frida Kahlo Corporation.

– Ce qui m’indigne le plus, s’énerva Ludmilla, c’est la justification récurrente pour se donner bonne conscience en plus de se remplir les poches : « pour que toutes les petites filles, même les plus modestes, puissent s’identifier à un modèle de courage et de réussite. » Genre, brosse-toi les dents avec une Frida et tes rêves se réaliseront ! Quelle est cette magie noire et perverse qui a transformé la femme la plus originale, la moins conformiste, la plus contestée en un argument de vente efficace qu’on retrouve sur les mugs, les T-shirts ou les magnets ?

Ludmilla se calma, se perdit dans on ne sait quelle terre lointaine, puis revint avec gravité : 

– Est-ce qu’on arrive trop tard ?

– Est-ce que Sepulveda nous enverrait aujourd’hui ses Dernières nouvelles de la Terre. Il y a plus de trente ans déjà, dans ses magnifiques Últimas noticias del Sur, il disait faire « l’inventaire des pertes », dans ses histoires on sentait « le souffle de ce qui se perd inexorablement, el hálito de lo inexorablemente perdido ». Quant à Le Clézio, je l’écouterai parler du Mexique avec intérêt, il était déjà si critique et si pessimiste il y a quarante ans.

– OK boomers, interrompit Brad, alors on fait quoi ? On s’installe sur une mule et on regarde le TGV passer ?

– C’est vrai, tu as raison en un sens. Je réfléchis. Jack ne pense qu’à une chose, me laisser l’agence en gérance et marcher plein sud, le plus loin possible, Patagonie, Terre de Feu, Ushuaïa, parce qu’« ici, c’est fini », comme il dit. Mais moi, j’ai vingt ans, je n’ai pas le luxe du pessimisme. Même si je comprends les Jack, les Sepulveda et les Le Clézio, la nostalgie n’est pas une option pour moi. Je ne vais pas passer soixante ans de ma vie à regretter un monde que je n’ai pas connu en faisant el inventario de pérdidas même si je me reconnais si peu dans celui que j’habite. Je ne sais pas, je m’interroge… Ayuda papá !

– Ayuda   me pregunto / Donde ‘stá   l’Eldorado / Ushuaïa  Terre del Fuego / Tout en bas   Sur del mundo / Et mierda   y’a pas d’réseau / Ni pizza   ni big-orneau / perdida sans son Diego / la gringa de Mexico / qui ama Sepulve-do / pij-ama  Valparaiso.

– J’adore, merci de me faire rire, Brad. Désolé Luis. Au fait, qu’est-ce que c’est les big hornos, demanda Ludmilla ?

– Non, bi-gorneaux. Ce sont les bigaros, très agaçant à manger, précisa Nadja. Poeta  mío tesoro / bla bla bla   encore bravo / pour ta ma-   magie des mots. Aïe, j’ai encore de gros progrès à faire. Vraiment tu es doué. C’est plus difficile qu’il n’y paraît.

Puis elle poursuivit, perdida à sa façon : 

« Amo, Valparaíso, cuanto encierras, y cuanto irradias, novia del océano, hasta más lejos que tu nimbo sordo... »

Ludmilla traduisait en simultané.

– « J’aime, Valparaiso, combien tu enfermes et combien tu irradies, fiancée de l’océan, plus loin encore que ton nimbe sourd… »

– « Amo la luz violeta con que acudes al marinero en la noche del mar… »

– « J’aime la lumière violette avec laquelle tu vas vers le marin dans la nuit de la mer… ». C’est Neruda, non ?

– Oui, c’est dans le Chant général.

– Mam, je ne sais pas comment tu fais pour retenir ces centaines de phrases ?

– Et moi je ne sais pas comment tu fais pour improviser tes petites convulsions poétiques ?

– Tiens, à propos de Neruda, j’ai trouvé un passage à écrire sur mon carnet. Je te le lis directement en espagnol.

« Muere lentamente quien se transforma en esclavo del hábito. Muere lentamente quien no viaja, quien no lee, quien no oye música, quien no encuentra gracia en sí mismo. »

Nadja fronça les sourcils.

– Trouvé sur Internet, je parie. Et je parie aussi que ce n’est pas de Neruda. Tu pourrais vérifier Ludmilla s’il te plait.

Non mais là ils m’épuisent avec leurs entassements de mots. Que les humains sont bavards ! Heureusement, dans deux jours je vais retrouver le chant silencieux des houles vagabondes, moi le fiancé de l’océan… Oh, voilà que je me mets à parler comme eux, remarqua Nubecito avec un mélange de fierté et d’inquiétude.

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12 février 2025 3 12 /02 /février /2025 03:07

Une petite touffe d’herbe pousse au pied du mur, indifférente au béton qui l’entoure. Elle est un peu jaunie, n'est pas très fournie, pas très jolie. Oui mais voilà, aujourd’hui, j’avais envie de tourner le dos au monde, celui de Trump et du Hamas, du budget et des drones, des incendies et de l’IA, pour parler de cette petite touffe d’herbe.

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11 février 2025 2 11 /02 /février /2025 03:01

J’apprends, horrifié, que l’on vient de découvrir près de la surface, le monstre marin le plus effrayant jamais rencontré, justement nommé “diable noir des abysses”. (Il se fait appeler baudroie pour tromper son monde, mais personne ne s’y trompe.)

J’apprends aussi, terrifié, que ce prédateur des profondeurs a la hideur arrogante : sa ridicule lampe frontale télescopique ne lui sert pas à éclairer, mais à s’illuminer comme un sapin de Noël pour briller devant ses malheureuses victimes.

J'apprends enfin, mon sang se glace, que la remontée de cette chose innommable s’expliquerait par la présence d’un monstre plus terrible encore qui l’aurait fait fuir de peur.

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10 février 2025 1 10 /02 /février /2025 03:41

Deux doses pour mon café. J’abuse, je sais, mais quel plaisir !

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9 février 2025 7 09 /02 /février /2025 03:58

– Tiens-toi droit, veux-tu bien !

Saulito se tordit de rire. Il adorait quand sa maman imitait les humains. Quelle chance j’ai eue de naître saule pleureur, pensa-t-il !

– Et qu’est-ce qu’ils disent encore, demanda-t-il entre deux balancements de rire ?

– Ils disent comme ça, pleure, tu pisseras moins !

Saulito se secoua de rire de toutes ses branches.

– Ce n’est pas très gentil, mais comme c’est drôle. Et qu’est-ce qu’ils disent encore, maman ?

– Ils disent, ne mets pas tes mains dans la terre, c’est sale.

Ils sont quand même bizarres, ces bipèdes en vêtements. Oui vraiment, quelle chance j’ai eue, se redit Saulito !

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8 février 2025 6 08 /02 /février /2025 03:00

Quand je serai vieux, je voudrais être histoiriste. Pas romancier, pas historien, pas fabuliste, non, pas chroniqueur, pas conteur non plus, mais histoiriste, celui qui écrit des histoires.

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7 février 2025 5 07 /02 /février /2025 07:59

– Bonsoir, les enfants. Désolé pour le retard, j’étais retenu par Le Clézio, excusez du peu. On essaie de le faire venir pour parler de son dernier livre Identité nomade, ce sera plus probablement une visio-conférence ; pour compenser, il pense écrire quelque chose sur le Mexique, trente-cinq ans après son Rêve mexicain. Tiens, j’ai noté ça pour votre thème, « je ne voyage pas pour écrire ce que j’écris, mais j’écris pour pouvoir voyager. ». On en reparlera. Bon, tout le monde est prêt ? Très bien pour les tenues. On a réservé une table à 21h, c’est l’heure. Vous nous raconterez en détail votre journée Kahlo. Ludmilla ?

– C’était magnifique, frustrant, émouvant, turbador, épuisant, inspiring

– … et healthy, délicieux, économique, compléta Brad. Je parle des torsadas au poulpe du marché de Coyoacán. C’était brutal ! Enfin une tuerie, quoi.

– D’accord. On va vite voir si le chef Ricardo est lui aussi brutal.

Tengo hambre de tu boca, de tu voz, de tu pelo. Estoy hambriento de tu risa resbalada, quiero comer tu piel como una intacta almendra. Quiero comer la sombra fugaz de tus pestañas…, Pablo Neruda.

– Merci pour ta participation, Mam. Je résume et traduis : Pablo a les crocs.

– Oui mais la poésie préfère les détours. C’est un des nombreux poèmes d’amour que Neruda a composé pour Matilde. « Je veux manger l’ombre fugace de tes cils ».

– Mouais… J’aime bien les mots moi aussi, mais je préfère quand je comprends quelque chose. Je sais bien qu’un poème ce n’est pas un mode d’emploi, mais quand même, j’aime bien comprendre.  Tiens par exemple, écoutez, j’ai noté ça sur mon nouveau carnet. « Voyager, c’est quitter la maison ; c’est laisser ses amis ; c’est essayer de voler. Voyager, c’est s’habiller comme un taré, c’est dire je m’en fous, c’est vouloir rentrer. » Alors ? C’est de Gabriel Garcia Marquez.

– Tu es sûr de toi, mon chéri ? J’aimerais bien avoir le texte en espagnol. Tu pourrais faire la recherche Ludmilla, s’il te plait.

– Voilà, on arrive, dit Swann. Place aux plaisirs des sens et aux nourritures du corps sans vouloir offenser vos esprits insatiables.

Swann choisit le menu dégustation et picora, en plus, dans toutes les assiettes. Brad opta pour les camarons a la talla au beurre de maïs grillé. Ludmilla, tout en faisant une recherche sur son téléphone et en racontant sa journée, se régala avec un filet de bœuf sauce avocat. Nadja, faisant flèche de tout bois, se lança dans une lecture trilingue de la carte qui semblait beaucoup l’amuser : « breaded fromage frit dans une sauce de frijoles negros, purée de cilantro et laminas de papa en mode street food ; thon aleta amarilla al pastor avec son grilled pineapple, ses oignons al vino tinto and a salad de coriandre ; pour les desserts, churros and rompope custard, le traditionnel lime pie avec tequila et meringue asada, le pastel de queso au piment poblano et à l’ice cream de vainilla a la veracruzana, arroz con leche aux trois textures with cinnamon… ».

– Bienvenue à bord, la cuisinière s’amuse !

– J’ai trouvé, interrompit Ludmilla ! El que busca, encuentra, comme dit Marcos. Alors, ton poème Viajar a bien été écrit par Gabriel García Márquez. Brad, primer juego. En espagnol, ça donne Viajar es marcharse de casa, es dejar a los amigos, es intentar de volar… Viajar es vestirse de loco, es decir ‘no me importa’, es querer regresar, etc.

– Ça alors ! Je n’ai jamais lu ce poème nulle part. Il a dû l’écrire à dix ans. Ça lui ressemble tellement peu. Tu as l’année de publication. De mémoire Gabo est né en 1927.

– Attends ! Poème écrit par Gabriel García Márquez, journaliste et écrivain… Mexicain toujours vivant. Homonyme du Márquez Colombien – Juego, set y partido para Nadja. Il a fini par signer Gabriel Gamar, parce que ça l’agaçait qu’on le confonde avec le prix Nobel !

– Ah ah, my bad ! Normal, moi aussi ça m’agacerait qu’on me prenne pour Brad Pitt alors que ma référence c’est Ray Bradbury. J’ai adoré Fahrenheit 451

– Ah bon ! Tu as lu ça, toi, s’étonnèrent ensemble Swann et Ludmilla !

– … enfin, pas le livre, j’ai adoré le film que j’ai vu au moins cinq fois.

– Oui, l’histoire du pompier qui brûle les livres et dénoncent les lecteurs parce que lire est un acte antisocial, lire fait réfléchir donc nuit au bonheur. Décidément, j’ai l’impression que tout nous ramène toujours au livre.

– La vie des livres / Est vide et vile / Rire du devil / Viré des villes / Ridé vrillé / Délit de vie / Des vies débiles / Nada nihil / Brad qui délire / Guadalquivir / Dad qui dérive / Mam qui délivre / Y última / La Ludmilla / Que no rima.

– Bravo mon Pablito ! J’aime beaucoup ta prosodie syncopée et ta façon de décaler les accents toniques.

– Tu veux dire mon flow…

– Ah mais il peut en sortir un par jour, comme ça. Le plus incroyable, c’est qu’il improvise. C’est vraiment dommage de ne pas les noter.

Oui enfin, ce n’est pas non plus une perte inestimable, nota Nubecito, on n’est pas encore sur du García Márquez… C’est vrai qu’on en revient toujours au livre. Mais eux, ils ne se contentent pas de lire, en plus ils parlent des livres qu’ils lisent. Décidément, je n’aurais pas pu être un humain. Ni voulu. Ni aimé surtout. Ce que j’aime dans le fait d’être nuage, c’est le lent changement permanent qui fait qu’on est toujours autre chose. On ne reste jamais en place et on ne reste jamais ce qu’on est. On change, on se transforme, on se mélange, on disparaît, réapparaît… En fait on n’est pas. Il nous faudrait un autre verbe... Je ne sais pas s’ils ont écrit des livres là-dessus. Eux, je les vois bien, derrière des visages qui changent, ils essaient toujours de rester les mêmes, identiques.

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6 février 2025 4 06 /02 /février /2025 03:20

Après une décision du tribunal administratif, l’arrêté préfectoral a été suspendu. Alors qu’elle était soumise à une O.Q.T.F., on vient de régulariser sa situation, la laie Rillette n’est plus obligée de retourner chez les sauvages et peut rester en territoire familier.

Il n’y a pas de petite victoire dans un monde qui se recroqueville et se dessèche.

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5 février 2025 3 05 /02 /février /2025 03:27

Trésors d’écume tragédies noires

Elle est câline elle est colère

Condamne parfois mais ne juge pas

La mer

Palais de sable épaves en bois

Jeux de soleil geôle sans toit

Elle est histoires

La mer

Elle est chansons ou larmes et brûlures

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4 février 2025 2 04 /02 /février /2025 03:49

Quand j’écrirai un roman, je mettrai en sous-titre, et avec une belle police de caractères, inspiré de fictions vraies.

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3 février 2025 1 03 /02 /février /2025 03:39

J’en ai assez de ce gros voisin qui gare son gros 4x4 sur mon petit trottoir. Je vais te lui coller des droits de douane, à lui. Pareil pour celui qui écoute Chéri FM du matin au soir, fenêtres ouvertes. Allez, vingt pour cent. Et la petite de la résidence d’à côté, elle est vraiment trop laide. Bam ! droits de douane. Je sais que ce n’est pas de sa faute, et alors ? Allez, quinze pour cent. Et pareil encore pour la dengue et la canicule, droits de douane. Vingt pour cent, pour commencer.

Pour la dette, j’hésite, ça pourrait être contreproductif.

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