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C'est Peu Dire

  • : Les Restes du Banquet
  • : LA PHRASE DU JOUR. Une “minime” quotidienne, modestement absurde, délibérément aléatoire, conceptuellement festive. Plus, les aventures de Nubecito, un cumulus hawaïen perdu dans un feuilleton hebdomadaire. Depuis octobre 2007
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Et Moi

  • AR.NO.SI
  • Philosophe inquiet, poète infidèle, chercheur en écritures. 55° 27' E 20° 53' S

Un Reste À Retrouver

4 juin 2025 3 04 /06 /juin /2025 02:53

Incontestablement, des tournants se succèdent dans l’histoire du monde. Cela nous invite à reconsidérer l’idée que l’on se fait d’un mouvement progressif et linéaire pour demander plutôt si l’on “avance” en serpentant, en tournant en rond ou en errant éperdument.

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3 juin 2025 2 03 /06 /juin /2025 02:35

Le complexe est parfois le cache-misère de l’ignorance, mais le simple n’est pas toujours la lumière du juste. Et pourtant, si tu veux le boire, ton café, il faut le faire couler.

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2 juin 2025 1 02 /06 /juin /2025 02:00

L’insomniaque le sait, la veille est d’argent, le sommeil est d’or.

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1 juin 2025 7 01 /06 /juin /2025 02:00

– Dis donc, comment tu comprends la puissance du négatif, demanda l’éléphant en train de faire son gainage ?

– Il faut situer ça dans le cheminement du concept, sinon ça n’a pas de sens, lui répondit le rasoir électrique en train de tester son autonomie.

– Oui, c’est bon ça, dit le scénariste, tout en pensant qu’il lui manquait encore quelques répliques pertinentes.

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31 mai 2025 6 31 /05 /mai /2025 09:00

Jeudi, quatorzième jour

“Adieu, Modestine !” Dernier chapitre ; ce n’est pas mon préféré. Il ne s’est pas foulé, l’Écossais, en plus, je ne le trouve pas très sincère. Moins de deux pages qui se terminent par des larmes de crocodile. Il avait dû abandonner sa chère Modestine, sa “lady friend” (bon, là c’est plutôt mimi de l’appeler comme ça), trop fatiguée pour continuer. Il se retrouvait seul et à deux jambes pour finir son périple commencé avec leurs six pattes (with our six legs)” (là, c’est plutôt cucul). Il avait envie de pleurer. “Mais maintenant elle était partie (but now she was gone)”… et l’inspiration avec elle, apparemment. Finalement, se retrouvant dans une diligence avec “quatre ou cinq jeunes hommes agréables” (là, on ne voit pas le rapport), il se lâche : “je n’hésitai pas à céder à mon émotion (I did not hesitate to yield to my emotion)”. Pour ceux qui n’auraient pas compris : il pleure. Il semblait moins ému quand il marchandait pour en tirer un bon prix ; moins ému également d’avoir “acheté sa liberté avec ce marché (I had bought my freedom into the bargain)”. Pas grand-chose pour sauver ce chapitre. Allez, j’aime bien une idée, pour partie. “Les défauts de Modestine étaient ceux de sa race et de son sexe, ses vertus étaient les siennes (her faults were those of her race and sex ; her virtues were her own)”. On ne pouvait donc pas la blâmer, “la pauvre âme”, pour ses défauts alors qu’on devait la louer pour ses qualités. Quant aux défauts propres au sexe féminin, on va laisser Stevenson tranquille sur cette question. Son voyage se termine, il retrouve “un pays civilisé avec des diligences (a civilised country of stage-coaches)”. Notre ethnologue en a fini avec ses sauvages, il ne lui reste qu’à faire un livre de son périple… pour financer le suivant.

– Bon, tout le monde est là. Merci d’avoir répondu à mon appel, annonça Moby avec solennité. L’heure n’est pas grave mais importante, nous devons réfléchir au voyage de Nov. Laurence va passer en coup de vent, elle a une proposition à te faire, Nov. En fait, le problème, c’est la traversée de la Russie. Ce n’est pas interdit, ce n’est pas impossible, mais c’est compliqué, surtout avec un passeport français. C’est notre manie aussi de confondre les gouvernements et leur peuple. Les Français n’aiment pas les Russes et réciproquement. Pour moi, il n’y a qu’une solution : entrer en Russie par la Turquie. Nov, donne-nous un peu ton calendrier prévisionnel.

– Alors. Je dois retrouver mon père à Paris dans une petite semaine. Ensuite, lui, il doit passer par Genève et aller à Ljubljana pour un festival du film francophone où on restera quelques jours ensemble. Mais je pense passer plutôt par l’Italie, parce que les réunions à Genève, ça risque d’être long et soulant. Ensuite je pourrais rejoindre la Tur…

– … la Serbie, oui, bien sûr ! Excellente idée. Je t’accueille à Novi Sad, c’est sur ta route, et on fait quelques manifs ensemble !

– Je pense que ce n’est pas une mauvaise idée, Olga. Voici comment je vois les choses, dit Moby, en dessinant le trajet dans le vide comme s’il visionnait une carte. Paris, Milan, Trieste, puis la Slovénie avec papa. Ensuite, la Croatie et la Serbie avec Olga. Puis la Bulg…

– Correct. Je te ferai visiter, je te présenterai ma mère et mes amis et on descendra ensemble jusqu’à Istanbul en passant par Sofia que je ne connais même pas. J’ai une jolie Yugo qui n’a pas vingt ans et qui roule très bien encore. Tu connais ? En fait, c’était un projet de FIAT que le big boss avait été refusé. Pas assez classe et moderne pour les Italiens, mais parfait pour nous-autres, retardés de Yougoslaves, comme mon père et ma…

– Excellente idée Olga, interrompit Moby. Ça te conviendrait Nov ?

– Tu plaisantes. Évidemment, ça serait génial de faire la route avec Olga, après, je serai incollable sur l’histoire politique et culturelle des Balkans. Pour ta Yugo, on verra.

– Et peut-être, si vous voulez encore de moi, ajouta Moby avec un sourire espiègle, on se rejoint à Istanbul. Je descends en bateau en Turquie, j’y serai dans trois ou quatre semaines. On se retrouve tous les trois à l’Orient bar pour boire un café turc avec des graines de pistache.

Krouta! Génial, surtout si c’est CMA qui régale, rigola Olga. En passant, Nov, si tu veux un café turc à Novi Sad, demande un café serbe. Même couleur, même odeur, même goût, mais nom différent. Qu’est-ce qu’on est cons parfois avec nos histoires de pays et de frontières ! Mais je te rassure, tout va très bien en ce moment entre Vucic et Erdogan, ils sont très copains, ils font du bon business ensemble. Moi, ce ne sont pas mes potes, ni l’un ni l’autre. Il est très copain avec ton Macron aussi, Vucic, depuis qu’il a acheté tes p. d’Rafales-la-mort.

Olga, Zamolchi!, dit fermement Moby en russe. On reste concentrés.

– Ça va, Moby, je commence à la connaître. Malheureusement, Olga, je ne possède aucun Rafale, sinon je le vendrais pour acheter des latrines à Dacca. Pour le reste, la politique du fric et du deal, je crois que je suis d’accord avec toi.

– … ensuite, continua Moby imperturbable, tu prends un vol Istanbul Moscou et enfin, tu poses tes fesses dans le Transsibérien. Il te faudra un visa et ton billet de train avant d’arriver en Russie et quelques documents. Je ferais bien le voyage avec toi. Je suis allé des dizaines de fois en Russie, mais je n’ai jamais dépassé Moscou.

– Eh bien vas-y, lança Olga. Tes enfants ne sont pas aux Philippines en ce moment et Esmeralda se débrouille très bien sans toi. Prends-toi de vraies vacances. En plus, tu imagines, pour Nov, avoir un guide et un traducteur comme toi.

Brilliant! Comme ça on se retrouve à Séoul, compléta Sam. C’est très facile par le ferry de rejoindre Donghae depuis Vladivostok. Après, Nov ira vers Hawaï et Moby vers Manille.

Qué guay! Je vais en faire des kilomètres et en plus toujours tellement bien accompagné.

Tout le monde était très excité, mais Brad sentait Moby hésiter, comme si quelque chose le retenait. Il avait tellement envie que son ami l’accompagne. Il pensa que la question financière le souciait, mais qu’il n’osait pas en parler. Brad voulait lui proposer de lui payer le voyage, mais avait peur de le blesser. Il lui fit quand même la proposition, mais en français, pour que la chose reste discrète.

– Écoute Moby, j’aimerais tellement faire le voyage avec toi. D’abord parce que tu es mon ami et en plus parce que tu pourrais m’aider. Rien que pour lire le nom des gares, je serais perdu. Alors voilà, je te propose de t’offrir le voyage. Pour moi, ce n’est rien. D’ailleurs, ce n’est même pas moi qui paye, c’est mes parents. Je ne veux pas te gêner, mais j’aimerais vraiment que tu acceptes.

– Oui moi aussi j’aimerais beaucoup, continua Moby en anglais, merci de payer pour moi, mais je dois encore régler un problème. Les enfants, ma femme, ils m’attendront, mais c’est Lope, le beau-père, il est très vieux et fatigué. Je dois téléphoner d’abord avant de décider, mais je crois que je vais dire oui.

Brad fut surpris sur le coup. L’idée de se faire payer le voyage ne semblait pas gêner Moby, il n’avait même sans doute jamais envisagé de le payer lui-même, tout simplement parce qu’il n’en avait pas les moyens. Son hésitation n’avait rien à voir avec l’argent. C’est presque comme s’il trouvait normal de ne pas payer. Rapidement, Brad se dit qu’il venait de recevoir une nouvelle leçon. On n’achète rien d’essentiel.

– C’est sûr que pour toi, ça serait plus simple et plus sûr, j’ai même un copain qui travaille aux douanes à l’aéroport de Vnukovo. Ça peut aider. Il y a de moins de moins de bakchich, mais un cadeau fait toujours plaisir, si tu vois ce que je veux dire.

– Cool, on serait tous plus rassurés, dit Sam. Surtout tes parents. J’ai un cadeau moi aussi, une balise GPS pour qu’on puisse te suivre en live pendant tout ton parcours. Je la commande maintenant et la fais livrer, on la retirera à la capitainerie après-demain, comme ça, je pourrais la paramétrer et te montrer comment ça fonctionne. C’est tout petit, ça a plusieurs mois d’autonomie, tu pourras la glisser au fond de ton sac et l’oublier. Et nous, on verra un petit bonhomme traverser la planète sur nos téléphones. Tes parents vont adorer.

Hi guys, dit Laurence qui venait d’arriver, puis elle continua en français. Bon Nov, j’ai juste trois minutes pour te faire une proposition. Je fais court. On devait remonter à Paris en vélo avec deux copines, le long de la Seine. 400 kilomètres à peine et 1300 mètres de D+. Malheureusement notre accompagnateur nous lâche. Alors voilà. Est-ce que tu veux le remplacer ? Ce n’est pas pour une balade, mais ce ne sera pas une course non plus. Disons entre les deux. Enfin plus course quand même. Nous, on sera en Gravel montés avec du 28 mm, il y a surtout du bitume, mais aussi du chemin blanc et du sentier, mais attention, on n’y va pas pour compter les brins d’herbe. Toi, tu seras en Gravel électrique, un Cube, la Rolls des VAE, en plus il est débridé, parce que sinon, dans les descentes, on te perdrait. Tu auras un sac avec toutes les affaires, mais on va vraiment s’alléger pour ne garder que le minimum. Tout est prévu, le matériel, la trace, les réservations. Quatre jours, trois nuits, un peu moins de cent kilomètres par jour, cinq heures grand maximum, sans les pauses. Qu’en penses-tu ? Tu me connais, je suis directe, alors n’hésite pas à me répondre franchement aussi.

Puis, avant de disparaître, elle lança en anglais :

Your answer before tonight, please.

What’s going on, demanda Sam ?

Chto proiskhodit, répéta Olga en russe ? Moby, traduis-nous s’il te plait.

– Ça c’est du Laurence tout craché, direct, carré et efficace, mais je n’ai pas tout compris. Nov, qu’est-ce que tu en dis ?

– Ah ah, moi non plus je n’ai pas tout compris, mais je vais dire oui évidemment.

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30 mai 2025 5 30 /05 /mai /2025 02:07

– Du coup, on en tire un ?

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29 mai 2025 4 29 /05 /mai /2025 02:45

Certains hommes parlent à la place de leur femme ; certaines femmes parlent à la place de leur enfant ; certains enfants parlent à la place de leur peluche. Petits joueurs. Un auteur peut parler à la place de dieu.

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28 mai 2025 3 28 /05 /mai /2025 02:05

Il y a des applications qui vous alertent régulièrement pour bouger. C’est commode et salutaire ; la sédentarité, quand elle ne tue pas, abîme. J’imagine une application qui nous alerterait aussi pour que l’on arrête de gesticuler et pense. Bip, bip, time to think.

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27 mai 2025 2 27 /05 /mai /2025 02:00

Le plus douloureux pour moi dans les hémorroïdes, c’est l’ablation du h.

(Les Anglais l’ont gardé, hemorrhoids, pas les Italiens qui ont aussi coupé le h initial, emorroidi.)

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26 mai 2025 1 26 /05 /mai /2025 02:32

69% des lecteurs sont des lectrices et 58% des lectrices ont plus de soixante ans.

La bonne nouvelle – elles sont rares – c’est que l’espérance de vie des femmes est de 85 ans (six ans de plus que celle des hommes).

La mauvaise nouvelle, c’est que les lectrices, elles aussi, vieillissent et meurent.

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25 mai 2025 7 25 /05 /mai /2025 02:00

Mercredi, jour treize

“Le dernier jour” commence à Saint-Germain-de-Calberte. Difficile d’imaginer que ce petit hameau a été le lieu de troubles incessants à l’époque des camisards tant il est calme aujourd’hui. “Le pouls humain bat maintenant si lentement et si calmement (the pulse of human life now beats so low and still)". Plus rien ne s’y passait depuis ces temps de violence et cela explique la curiosité suscitée par le passage d’un voyageur étrange et étranger. On sort de chez soi pour mieux observer “l’événement” Stevenson, deux enfants le suivent même de près. Cette observation n’a rien de grossier ni d’effronté, elle rappelle plutôt le regard des bovins ou des enfants. Excuse me! Bob, tu as bien écrit ça ? Attends, je relis. “On le scrute d’un regard amusé et curieux, comme celui des bovins ou des enfants (it was but a pleased and wondering scrutiny, like that of oxen or the human infant)”. Je finis par me demander si ce n’est pas un compliment, sous la plume de l’Écossais, que de ressembler à une vache. Au regard doux de la biche ou perçant de l’aigle ou tendre du bouledogue, RLS préfère peut-être le regard riant et séduisant de la vache… Toujours est-il que son empathie bovine passe et que ces yeux étonnés le lassent ; il continue sa route. Il décrit ensuite un sentiment étrange et que je connais moi aussi. Je vous raconte. Il se trouve à dessiner dans un endroit charmant et apprécie le moment, mais c’est pour se demander si c’est le lieu qui est le motif unique de cet agréable sentiment ou s’il n’y a pas une autre cause. Il évoque alors “la possibilité que lui aient traversé l’esprit des pensées dont il n’a pas conscience, mais qui lui font du bien (perhaps some thought of my own had come and gone unnoticed, and yet done me good)”. Comme si un dieu avait ouvert la porte de la maison, jeté un regard bienveillant et été reparti sans même qu’on le voie. Je comprends. J’ajouterai même qu’il vaut mieux ne pas trop chercher la cause de ce contentement car en remontant à la conscience elle peut altérer l’état. Suit un passage court et dense, mais intéressant sur la conversion d’une religion à l’autre. Certains y voient une désertion. Pour Stevenson, c’est un geste courageux et douloureux, mais qui n’en vaut pas la chandelle. Lui-même n'échangerait pas ses vieilles croyances, car cela revient seulement à changer des mots contre d’autres mots “pour un progrès de l’esprit douteux (for a doubtful process of the mind)”.

« Enfin, je reçois de vos nouvelles ! Vera, Diego, Dad, Mam. Plus que deux jours de mer. J’adore ce voyage même si je n’ai pas vu grand-chose du paysage. Ni vu ni entendu ni senti. À bord, l’océan est partout et la mer nulle part. Rien à voir avec la barque de Diego, j’ai hâte de retourner faire un tour avec lui. Dites-lui que Nubecito va bien, Moby le surveille. Remarque, si je la voyais, la mer, je ne sais pas si je saurais la décrire. En plus, je crois que je préfère les gens aux vagues. On va revoir ma troisième étape et après-demain, Moby et le Chef ont prévu un repas d’adieu spécial. Mam, je suis content que ma “poésie” te plaise, je t’envoie ma dernière bradsodie.

Eh Brad, my comrade, on approche de la rade.

Tu cherches quoi, Sir Galaad, la amistad?

O quizás Nov, you look for love…

Eh Brad, don’t be sad, tu vas à Novi Sad.

Tu cherches quoi, Señor Sinbad, la libertad?

O quizás Nov, you look for love…

Eh Brad, don’t be mad, note tes mots de nomade.

Tu cherches quoi, Lord Jim Conrad, la veridad?

O quizás Nov, you look for love…

Eh Nov, il faut que tu innoves dans la mangrove

Is he in love, Nov? He is so glad, Brad

Shéhérazade s’est perdue dans la ZAD

Eh Nov, il faut que tu innoves dans la mangrove

Is he in love, Nov? He is so glad, Brad

Et Muhammad n’habite pas à Belgrade

Eh Nov, il faut que tu innoves dans la mangrove

Is he in love, Nov? He is so glad, Brad

Et sa ciudad, c’est la humanidad

“And it’s not so bad, it’s not so bad.”

Dad, tu me dis que rentrer en Russie par la Lettonie est impossible, qu’aller à l’Est devient très difficile puisqu’il faut éviter la Russie, la Syrie, l’Iran, L’Afghanistan, l’Inde, le Pakistan, la mer Rouge, le Yemen… Je réfléchis avec Moby et Olga. Ludmilla, merci pour tes jolis mots, j’ai tellement de choses à te raconter et merci de m’avoir un peu forcé à faire ce voyage. Je vous aime. Brad du Pacifique/Nov de l’Atlantique »

– Ah Nov, je te cherchais, j’ai besoin de toi pour préparer le repas de fin de traversée. On est en train de finaliser le menu avec Glenn, tu as des idées… à part les galettes au Nutella, bien sûr ? Voilà où nous en sommes, il faut garder deux entrées, deux plats, une viande, un poisson, et deux desserts. Après, on interrogera les marins et les passagers pour préparer le nombre exact de plats. Allez, je te laisse faire, ne traîne pas. Moi, il faut que j’écrive les menus et c’est un peu long. Voilà les propositions. En entrée : avocat du Michoacán et ses camarones au leche de tigre (façon Olvera) ; foie gras poêlé aux cèpes aillés (façon Lebascle) ; crabe girafe au rougail de mangues José (façon Rangama). En plat : quenelles de brochet à la Lyonnaise (façon Bocuse) ; Saint-Jacques rôties à la truffe blanche (façon Gauthier) ; filet d’agneau en croûte d’herbes, romarin et coriandre (façon Geisser). Accompagnements (mélange possible) : trio de purée (navets, carottes, petits pois) ; gratin de pommes de terre suisse ; crème de panais ; mesclun. En dessert : figues pochées à la sangria (façon Darroze) ; cheese-cake limoncello (façon Michalak) ; crème au caramel au beurre salé et à la vanille de Bourbon (façon Glenn).

– Incroyable, j’en ai déjà l’eau à la bouche. C’est un trois étoiles, ce cargo ! C’est comme ça à chaque escale ?

– Non. C’est aussi parce que c’est la dernière traversée du commandant. Et puis, il a parié avec Glenn que si on arrivait à le surprendre, il l’inviterait à Menton, chez le chef argentin Colagreco. Je ne sais pas comment ils vérifieront, mais je pense que c’est déjà gagné. Glenn a lancé une petite cagnotte plutôt que de faire un cadeau de départ débile, genre une maquette ou un conteneur de jardin, parce qu’on a un peu dépassé le budget. Tout le monde est ravi.

– Bon, je garde l’avocat pour le Mexique, le foie gras pour le foie gras, les quenelles parce que ça vient de chez mon père, l’agneau pour les herbes, le cheese-cake mon dessert préféré et la crème au caramel parce que c’est celle du Chef. Mais vous avez tous les produits ?

– Presque. Le frais et deux invités arriveront avec la pilotine. Le repas se fera à quai. Allez, au travail.

Moby s’installa sur le plan de travail de la cuisine et ouvrit un vieux cartable. Il sortit de belles feuilles de papier épais, un stylo à encre, une règle, un buvard et commença à écrire.

Brad n’en revenait pas. Moby écrivait, non dessinait avec une incroyable maîtrise des lettres, non des volutes d’encre. C’était magnifique.

Qué bonito!  Tu es un artiste Moby ! Je pourrai en garder un ? Mais tu inventes des lettres ! Le Q majuscule en forme de 2, ça existe vraiment ? Tu as appris ça où ?

– Alors, assieds-toi que je te raconte. J’ai appris à écrire et à lire à 25 ans, avant, avec les Russes, je ne pouvais déchiffrer que quelques mots en cyrillique et avant encore, je ne savais ni lire ni écrire. Donc, quand je suis rentré chez les Saadé, j’étais presque analphabète, mais personne ne le savait parce que personne ne m’avait demandé. Faut dire aussi que je parlais cinq langues et que je connaissais aussi bien la géographie que les commandants. Régulièrement, comme tout le monde, je recevais des propositions de formation, mais rien ne m’intéressait jamais. C’était des trucs comme résolution de conflits ou team building ou circulation de l’information ou optimisation de l’espace et du temps, enfin tu imagines, vraiment rien pour moi. Un jour, j’ai été convoqué à Marseille par la DRH qui m’a demandé, un peu sèchement, pourquoi je refusais toutes les formations. Elle m’a dit, et elle ne rigolait pas, que ce n’était pas obligatoire, mais qu’on aimait bien ici, que le personnel se forme. Ensuite, elle m’a tendu un catalogue et m’a demandé de regarder à nouveau. J’ai fait semblant de lire et je lui ai dit que je ne voyais rien qui m’intéressait, en un sens c’était vrai. Alors, elle s’est un peu énervée et a dit, non, ce n’est pas possible. À ce moment, encore une fois, un ange a croisé ma route. Un monsieur un peu âgé, son patron peut-être, est entré dans le bureau et a demandé s’il y avait un problème. Elle a expliqué. Le monsieur m’a regardé et m’a demandé de le suivre. J’ai tout de suite compris que c’était une bonne personne. Il m’a demandé de lui raconter un peu mon histoire. Il m’a écouté longuement sans rien dire, puis il m’a demandé – je te promets que c’est vrai, ça va te scier comme ça m’a scié – si ça me plairait d’apprendre à lire. Ensuite tout est allé très vite. J’ai dit oui, bien sûr. Il a donné un coup de téléphone et m’a fait revenir dans l’après-midi. Alors j’ai rencontré une femme, d’un certain âge, comme lui, très élégante, comme lui et souriante, comme lui. Elle m’a dit que pour l'écriture, ça serait facile et elle m’a donné des cahiers d’écriture. Tu sais, il y a des points pour te guider et reproduire toutes les lettres. Pour la lecture, ça serait peut-être plus long, on travaillerait avec Skype, tu n’as peut-être pas connu ça. J’avais des livres pour enfants et une fois par semaine, on s’appelait. Alors contrairement à ses prévisions, pour la lecture, c’est allé très vite parce que je connaissais déjà beaucoup de mots sans le savoir. J’avais eu une approche “globale” selon elle, “excellente méthode, malgré ce qu’on en dit” – je n’ai pas compris. Pour l’écriture, j’ai tellement aimé que je n’ai plus jamais arrêté de faire des lignes et jusqu’à aujourd’hui, j'essaye de nouvelles lettres.

Amazing, dit Sam qui venait d’arriver ! Tu sais Moby, pour gagner du temps, je pourrais scanner chacune de tes lettres et te faire comme une nouvelle police, tu taperais sur l’ordi et c’est ton écriture manuscrite qui sortirait à l’impression. Avec une bonne laser, tu pourrais monter à cinquante pages par minute.

Formidable, dit Moby en français ! Comme ça, avec le temps gagné, je pourrai écrire d’autres lignes sur mes cahiers et d’autres menus sur mon papier vélin !

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24 mai 2025 6 24 /05 /mai /2025 02:40

Comme un vêtement osé, les mots cachent mal la réalité.

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23 mai 2025 5 23 /05 /mai /2025 02:29

– Dis-moi Dieu, tu ne crois pas que l’on devrait changer de narratif ?

– Et toi, Pierre, tu ne crois pas que tu devrais changer de laxatif ?

– N’importe quoi !

– Affirmatif !

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22 mai 2025 4 22 /05 /mai /2025 02:11

Évidemment, l’art, c’est la production d’œuvres qui nous séduisent, nous bousculent, nous émeuvent, nous édifient et tout ce que vous voudrez, mais il ne faut pas oublier la folie du geste artistique, geste injustifiable, inexplicable, imprévisible, geste de ceux qui peignent ou écrivent ou chantent pendant que d’autres récoltent, construisent, soignent, vendent ou jugent. Il ne faut pas oublier la folie de ce geste et accepter de ne pas comprendre.

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21 mai 2025 3 21 /05 /mai /2025 02:38

Quoi, j’ai déjà mangé mon carré de chocolat ! Flute, je pensais à autre chose et je ne m’en suis pas aperçu.

Perso, je suis à fond pour le mindfulness, enfin vous savez, la pleine conscience, quoi. Surtout à l’heure du café.

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20 mai 2025 2 20 /05 /mai /2025 02:13

Le réel, c’est infiniment complexe, voilà pourquoi les histoires, toujours simples et finies, n’en viendront jamais à bout.

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19 mai 2025 1 19 /05 /mai /2025 02:00

Mardi, douzième jour

The hart of the country”. Cassagnas, tout récemment relié par une route, était un hameau perdu dans une vallée sauvage, “à part du courant des affaires humaines (a part from the current of men ‘s business)”, profitant de son isolement, il a été un arsenal secret des camisards, mais aussi un hôpital de guerre, un entrepôt et un site de fabrication d’armes et de poudre. Les armes ont été déposées depuis longtemps et aujourd’hui, catholiques et protestants, quoique toujours solidement ancrés dans leur religion propre, vivent en bonne intelligence, fidèles mais tolérants. Les catholiques sont restés catholiques et les protestants, protestants. “Les gens de cette origine rude et simple ne varient pas en matière de religion (people of this tough and simple stock will not prove variable in religion)”. Je traduirais bien par les péquenots “de souche”, pour faire simple. Sauf que là, ce n’est pas une qualité présumée… passons. Seul (ce détail amuse Stevenson et nous aussi, après son passage douteux) un prêtre défroqué qui s’est installé avec une institutrice n’est ni catholique ni protestant ! Stevenson rencontre des locaux qui lui semblent intelligents, autant qu’on peut l’être à la campagne, disons intelligents en mode paysan (intelligent after a countrified fashion)” et “dignes et sans chichis dans leurs manières (plain and dignified in manner)”. Il m’énerve le Robert, on dirait un des premiers colons qui découvrent les bons sauvages… passons. Ces braves paysans s’intéressent à son voyage, mais lui font remarquer que ça peut être dangereux : entre les loups et les brigands, les dangers ne manquent pas. En réponse, RLS le warrior nous livre un petit passage “même pas peur”. C’est absurde de craindre de si “petits périls (small perils)”, assène super-Boby, alors que la vie elle-même est “une affaire bien plus risquée (a far too risky business)”. Vous enfermer à double tour chez vous ne vous protège pas d’un AVC. L’idée est juste, mais pas non plus révolutionnaire. Et puis, il n’est pas en train de gravir l’Himalaya. Cela dit, j’écris ça confortablement installé dans ma cabine… passons. Allez, on finit avec un petit passage un peu fleur bleue, mais que j’aime bien. Entendant une bergère chanter au loin, il se met à méditer sur l’amour et il a ce mot, “l’amour est le talisman qui fait de ce monde un jardin (to love is the great amulet which makes the world a garden”). Je ne sais pas. Il ajoute, avec mélancolie, “le monde donne et reprend, il ne rapproche les amoureux que pour les séparer à nouveau dans des pays lointains et étrangers (the world gives and takes away, and brings sweethearts near only to separate them again into distant and strange lands)”. Je ne sais pas. Je demanderai à Moby son avis. Moi, je pense à Sam et Sunny et je pense à Ludmilla, bien sûr… passons.

– Cette fois, tu ne vas pas y couper Olga, tu vas nous parler des flying toilets comme promis.

– Bien sûr, mais on va quand même laisser Nov finir sa mousse au chocolat, il pourrait y avoir des interférences. Alors, par où commencer ? C’est un peu comme quand je vais voir ma mère. Elle souffre du syndrome de Diogène, vous connaissez ?

– Bien sûr, répondit Sam le premier, comme si c’était un jeu. C’est un vieux philosophe qui vivait dans un tonneau. Souvent il se masturbait en public pour calmer son désir et il disait quel dommage que l’on ne puisse pas aussi calmer sa faim en se frottant le ventre.

– Excellent ! Alors selon mon prof de philo, précisa Brad, c’était une amphore, parce que les tonneaux ont été inventés plus tard par les Gaulois. Diogène, c’est lui qui mendiait devant des statues pour s’entraîner à ne rien recevoir et ne pas être déçu ensuite par les radins réels. Autrement, si vous voulez un jour dormir dans un tonneau, mon amie Vera, organise ça à Tequila au Mexique. On passe la nuit dans un tonneau aménagé, pour se mettre dans la peau de la tequila, enfin dans la peau, vous comprenez…

– Passionnant tout ça, j’ai une adresse moi aussi, pour dormir dans un taudis et se mettre dans la peau d’un slumdog. Je vois que vous êtes prêts pour jouer à Who Wants to Be a Millionaire? Jamal Malik n’a qu’à bien se tenir. Sauf que je parle du syndrome, pas du philosophe. Ça consiste en une accumulation d’objets maladive. Mon père était un grand bricoleur et il récupérait toujours des pièces mécaniques ou électriques sur des objets cassés qu’il entreposait dans son atelier, il les réutilisait parfois, et parfois, en fait très souvent, il ne les réutilisait pas. À sa mort, il y a quinze ans, ma mère a continué cette manie, sauf qu’elle ne bricole pas et qu’elle garde tout. Mais absolument tout. Une revue, un ticket de caisse, un bidon de lessive, des chiffons… enfin j’arrête la liste, vous savez ce que “tout” veut dire. Et comme l’atelier de Papa est plein, elle a commencé à remplir les autres pièces de la maison. Quand je rentre, avec des amis, on essaie de lui ménager des espaces vides et des passages.

– Tu es sûre que tu sais où tu vas, Olga, demanda Moby dubitatif ?

– Euh, tu as raison, je n’ai pas pris le chemin le plus court. Ce que je voulais dire c’est que Dacca me fait un peu le même effet. Bref, allons à l’essentiel. Alors les futurs millionnaires, une question. Quelle est la priorité des priorités dans ces bidonvilles, selon vous ?

– Manger.

– Boire.

– Vous avez raison, c’est important. Mais il y a plus important.

– La santé.

– Certes, fondamental. Et pourtant vraiment pas la priorité.

– L’éducation.

– Ben voyons ! Tu ne veux pas aussi une initiation à l’opéra ! Non, la priorité des priorités, c’est chier.

Face à la moue dubitative des deux garçons, Olga poursuivit, contente de son effet.

Cagar. To shit. Cacare. Et srat’, en russe. Vous comprenez ? Dans les slums, chier est un parcours du combattant avec, comme d’habitude, des obstacles supplémentaires pour les femmes. Souvent des sorties collectives sont organisées à la tombée de la nuit et on doit parfois marcher longtemps pour trouver un coin retiré, à l’abri des pervers et des violeurs. Et parfois, on n’a pas le temps ou la force d’aller loin, alors on fait son business dans un sac, on monte sur le toit et on l’envoie le plus loin possible. Évidemment, cette pratique est réciproque et on reçoit aussi de nombreux colis volants en retour ! Et voilà, ça vous fait rire. Nous, on pose notre noble postérieur sur une cuvette, dans un lieu discret et propre, on s'essuie, on parfume et on nettoie tout avec cinq litres d’eau potable. En fait, ce n’est pas drôle, c’est triste à mourir. Et en même temps, la pudeur qui les retient de ne pas lever la patte comme un chien, c’est ce qui leur reste d’une humanité qui semble se refuser à eux. Moi, je ne suis pas philosophe comme Diogène, mais architecte et j’ai cherché des solutions. En travaillant dans le Railway slum de Tejgaon – vous avez sûrement vu des reportages sur ce bidonville construit le long de la voie ferrée, c’est très photogénique – j’ai compris l’importance du mouvement et du vide. Le problème des toilettes volantes, c’est l’atterrissage, quand le mouvement dans le vide cesse. Tant que ça vole, tout va bien pour tout le monde. De même le bidonville construit au bord du chemin de fer semble “respirer” un peu plus, justement parce qu’il y a un espace vide inconstructible. Attention, ce vide est exploité, mais de façon éphémère, sinon on se fait arracher un bras ou une jambe, ce qui arrive évidemment régulièrement. Les enfants jouent sur les rails, le linge y est étendu pour sécher et des milliers de personnes suivent cette voie à pied pour se déplacer de façon assez fluide. Dans les bidonvilles, le vide est un luxe et là, on a un vide incompressible pour une raison évidente et c’est rare, parce que la pauvreté a horreur du vide. Chaque centimètre carré disponible est immédiatement occupé.

Donc on est en 2001 et pendant dix ans, je vais faire des séjours longs à Chittagong et à Dacca. Vous vous souvenez, je vous ai parlé du match de pingpong sanglant entre deux familles. Au pouvoir, il y a une femme, Khaleda Zia, c’est la veuve du Président Ziaur Rahman qui avait été assassiné, son parti a gagné les élections et elle devient Première ministre à la place de son éternelle rivale, Sheikh Hasina, elle, c'est la fille du Président Sheikh Mujibur Rahman, qui a été assassiné avec toute sa famille. En fait, Zia revient au pouvoir, car elle était déjà aux manettes en 1991, avant d’être battue par… vous savez qui. D’ailleurs, un peu après mon départ en 2009, Hasina battra à nouveau Zia, mais cette fois, elle s’enkystera dans son fauteuil de Première ministre pendant quinze ans. Hasina n’oubliera pas entre temps de faire mettre Zia en prison en l’accusant de corruption et de détournement de fonds prévus pour des associations caritatives ; si c’est vrai, c’est la grande classe. Et puis on arrive à 2024, c’est la fuite de Hasina en Inde, je vous ai déjà raconté. Mais attention, on n'en a peut-être pas fini avec Zia qui a été libérée et compte bien se représenter aux prochaines élections. Pour Hasina, ça va être plus compliqué, elle est poursuivie pour crimes contre l’humanité. Affaire à suivre… C’est comme aux Philippines, et peut-être ailleurs, mais c’est un mystère pour moi, le peuple ne se lasse jamais de ses tyrans.

À cette instabilité il faut ajouter les catastrophes naturelles, le carnage du cyclone Gorky en 1991. Cent cinquante mille morts, dix millions de déplacés sans abris. Une vague de marée a tout emporté sur des kilomètres. Tu ajoutes aussi des attentats d’islamistes radicaux qui veulent remplacer le droit et les tribunaux laïques par des tribunaux religieux et la charia. Vous connaissez la charia ? Tu ajoutes encore des grèves massives qui sont réprimées dans le sang, des assassinats d’intellectuels et d’opposants. Et tu as une petite idée de l’ambiance dans laquelle on travaillait.

Avec Architectes sans frontières je me retrouve donc à Dacca. Une équipe s’occupe de dessiner et construire des petites maisons modulaires, économiques, fonctionnelles et solides, moi, j’essaie, avec un succès relatif, de faire le vide, c’est-à-dire tracer des voies pour que tout circule plus facilement, les gens, les biens, les déchets, les éléments et, bien sûr, la merde. C’est redoutablement difficile de pérenniser l’espace dédié aux voies, parce que, pour ceux qui n’ont rien, le vide, c’est du plein gâché ! Alors il faut expliquer et nommer des responsables pour la protection du vide. J’ai aussi essayé de construire des places ; plus difficile encore. Des places, donc encore des espaces vides, mais qui peuvent être occupés de façon éphémère et diverse et pour des raisons liées à ce qu’on appelle des besoins secondaires, en gros la culture. J’ai eu de beaux succès, par exemple avec une conteuse qui venait une fois par semaine dans le “forum” qu’elle appelait elle-même le “rond des mots”.

– C’est beau ! Tu vois Olga, on avait raison quand on t’a dit que l’éducation et la culture étaient aussi des priorités. Disons que, une fois les intestins vidés, c’est bien de remplir les cœurs et les esprits.

– Cent pour cent d’accord avec toi, Nov, ajouta Moby, j’aime bien comme tu dis les choses. Bon, désolé de vous interrompre, mais il va falloir qu’on l’on réfléchisse à la suite de ton tour du monde, il reste deux ou trois jours de mer à peine.

– Déjà ! Mais je n’ai pas parlé de la pente et du diamètre des drains d’évacuation des latrines ni des lignes de désir…

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18 mai 2025 7 18 /05 /mai /2025 02:48

Je vais peut-être dire une bêtise, mais il me semble que les personnages de fiction sont plus “libres” que les personnes réelles. Ils ont une mystérieuse cohérence intérieure qui rend les circonstances peu influentes.

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17 mai 2025 6 17 /05 /mai /2025 02:08

Les progrès technologiques sont aussi un défi lancé aux langues, car il faut bien dire ce qui est nouveau. Par exemple, après le débit, on a eu le haut débit, puis le très haut débit, et déjà Orange annonce l’ultra haut débit. Mais ensuite – et j’en tremble – comment appellera-t-on ce qui remplacera le très ultra haut débit ? 

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16 mai 2025 5 16 /05 /mai /2025 02:14

– Le pessimiste : Deux jeunes sur trois confondent les courgettes et les concombres, et trois vieux sur quatre ne distinguent pas un iPhone d’un Samsung.

– L'optimiste : Tant qu’ils font la différence entre un légume et un téléphone, rien n’est perdu.

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15 mai 2025 4 15 /05 /mai /2025 02:35

Est beau ce qui nous rappelle quelque chose que l’on trouve beau. Ça conforte et réconforte. Voilà pourquoi les artistes en font peu de cas.

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14 mai 2025 3 14 /05 /mai /2025 02:51

Elle est curieuse cette expression roulez au pas. Et pourquoi pas skiez au trot ou nagez à clochepied ou courez accroupi ?

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13 mai 2025 2 13 /05 /mai /2025 02:14

Lundi, jour onze

Stevenson arrive à Florac. Spécialités du coin. Sa confiture de châtaignes ? Non. Son château, ses trois rivières ? Non. Ses “jolies femmes (hansome women)”. RLS se rattrape avec une idée que j’aime bien. Il dit parler la même langue que les protestants cévenols, non pas en utilisant la même grammaire et le même vocabulaire, mais en partageant les mêmes valeurs, “parce que la vraie Babel, c’est une divergence sur les valeurs morales (for the true Babel is a divergence upon morals)”. C’est comme moi avec Diego, on ne parle pas la même langue, mais on se comprend et on s’aime, et c’est beaucoup plus que de la morale. Après Florac, la vallée du Mimente. Beau chapitre où alternent descriptions de paysages dont il a le secret et réflexions sur la force de la foi de ces paysans. Une description de coloriste, le rouge du champ de millet, le noir des hameaux, le gris perle de l’ombre du soir, le bleu gris doux et enchanteur du petit matin, la dorure des coteaux ensoleillés… c’est joliment peint, vraiment. L’Office du tourisme du coin devrait s’en inspirer. Puis RLS évoque la foi invincible du Cévenol. Il me semble sincère, mais je ne peux m’empêcher de sentir encore ce même fond d’arrogance ; peut-être que j’ai l’esprit mal tourné. Je vous laisse juge : “les personnes rustiques qui vivent au grand air n’ont pas beaucoup d’idées, mais celles qu’ils ont, sont des plantes robustes qui prospèrent de façon florissante sous la persécution (outdoor rustic people have not many ideas, but such as they have are hardly plants, and thrive flourishingly in persecution)”. Est-ce qu'il s’y prendrait autrement s’il voulait vendre de bons poulets élevés en plein air et nourris au grain ? Toujours est-il que ni les documents officiels ni les sabots ni les armes d’un régiment de cavalerie n’ont pu venir à bout des croyances et des idées de cet “homme simple (simple fellow)” parce qu’elles n’avaient rien à voir avec des dogmes ou des raisonnements logiques. Cette religion est “la poésie de son expérience, la philosophie de l’histoire de sa vie (the poetry of the man’s experience, the philosophy of the history of his life)”. Deux passages encore m’ont amusé. Une fois installé pour dormir, des bruits d’enfants tombent dans son oreille, “à (son) grand dégoût (to my disgust)”, écrit-il sans plaisanter, le sauvage. Il compare ensuite le chien, qu’il craint bien plus que le loup (qu’il n’a jamais rencontré, je note), à un prêtre ou un homme de loi, car il représente “le monde sédentaire et respectable dans sa forme la plus hostile (the sedentary and respectable world in its most hostile form)” avec son sens du devoir et de la propriété. Le chien, fayot et possessif comme un notaire. C’est original et ça se tient !

« Chers tous du Mexique. Je n’écris pas beaucoup, c’est aussi que je n’ai toujours rien reçu de vous, alors je me dis que vous ne recevez rien de moi non plus. On a fait les deux tiers de la traversée déjà. J’ai presque fini le Voyage de Stevenson ; c’est le contraire de la bière, je n’ai pas aimé les premières gorgées, maintenant, je me régale. Je parle anglais toute la journée, un peu espagnol avec Moby de temps en temps et français avec le Chef ou quand je vois Laurence. Je prends des leçons d’urbanisme et d’histoire avec Olga, d’imagination virtuelle avec Sam et de diplomatie avec Moby. Si j’avais fait ce voyage plus tôt, j’aurais eu le BAC avec mention (et du premier coup !). Incident diplomatique hier au mess. Le Chef avait fait des galettes avec de la farine de sarrasin, j’en ai mangé une au Nutella. Il m’a insulté en me disant que c’était de la bretonophobie primaire et qu’à une époque, on était passé par-dessus bord pour moins que ça. “Époque révolue, malheureusement”. Je pense qu’il plaisantait, pourtant il ne riait pas. Lots of love. Nov (ici tout le monde m’appelle Nov, ils trouvent tous ce prénom original. Bravo Ludmilla-Vera). »

– Dis-moi Nov, tu as une idée de l’histoire du Bangladesh, me demanda Olga ?

– Non, aucune.

– Et du Pakistan ?

– Non.

– Et de l’Inde ?

– Ah oui quand même. Je sais que c’était une colonie anglaise et que c’est devenu indépendant grâce à Gandhi qui faisait souvent des grèves de la faim. Après, sa fille Indira est devenue Première ministre. Mais je veux bien en savoir plus.

Caramba ! Resta muito por fazer, dit-elle en portugais, l’air un peu dépité. Moby ?

– En bon français, on dirait “c’est pas gagné”, précisa Moby. Mais si, justement Olga, c’est déjà gagné, il est au printemps de sa vie, tout se réveille chez lui. Here comes the spring !

– Si tu le dis…

Et elle se met à chantonner Here comes the sun de Georges Harrison, accompagné de Moby et Sam.   

– Merci Moby pour la transition. Nov, le concert pour le Bangladesh à New York en 1971, ça te parle ? Tu n’y étais pas et moi non plus, j’avais quelques mois à peine. Mes parents écoutaient ça en boucle quand ils n’étaient pas dans les rues de Belgrade pour manifester contre Tito. Bon mais là, il ne faut pas que je me perde, ça, c’est ton prochain chapitre. Donc, Georges Harrison, tu connais, ex-Beatles épris de spiritualité orientale, il est mis au courant par son ami, l'immense Ravi Shankar, de la situation dramatique au Pakistan oriental. Il organise alors le Concert for Bangladesh au Madison Square Garden.

Olga se mit à chanter vite rejointe par Moby.

“Bangladesh, Bangladesh

Such a great disaster, I don’t understand

But it sure looks like a mess

I’ve never known such distress

Relieve the people of Bangladesh

Relieve the people of Bangladesh”

– OK, ce n’est pas le meilleur titre de Harrison, mais ça a fait le job, en partie. C’était le premier concert de charity rock de l’histoire, malheureusement, seule une petite partie de l’argent est allé à l’Unicef, le reste a été avalé par le fisc. Mais on s’en fout, le point positif, c’est que, dans le monde entier, on entendait parler du Bangladesh. 1971, ça n’allait vraiment pas fort là-bas. Après le passage d’un cyclone dévastateur, sans doute le plus destructeur de l’histoire, au moins 500 000 morts, encore un record pour le Bangladesh, les autorités du Pakistan occidental tardent à intervenir et sont peu efficaces. Tu suis ?

– Oui, sauf pour le Pakistan oriental, occidental. C’est où ?

– Ah pardon. Petite récapitulation. Tu iras voir dans tes livres pour les dates et le détail. En gros, l’Angleterre quitte l’Inde en disant à ces peuples colonisés et réunis de force, maintenant, démerdez-vous ! L’Inde britannique est alors divisée en deux pays mais en trois parties. Du pur génie administratif ! À gauche le Pakistan musulman, à droite l’Inde hindouiste. Résultats des millions de passages de frontières dans les deux sens pour rejoindre le pays de sa religion. Et des millions de morts lors de ces migrations croisées. Tu as noté que quatre-vingts ans plus tard, ils continuent à se taper dessus, sauf que maintenant, ils ont tous les deux de grosses bombes qui peuvent faire très mal. Mon coup de gueule, en passant. Moby surveille le compte-tour ! C’est encore et toujours des guerres de religion. Les juifs et les musulmans, les musulmans et les hindouistes…

– … et avant, dans les Cévennes, ça a été les protestants contre les catholiques qui se sont mutuellement massacrés, ajouta Nov.

– Ah ! Tu entends Moby, Nov est de mon côté. J’ai toujours des débats animés avec Esmeralda, la femme de Moby, qui me dit que je confonds la religion et les hommes. Mais voilà, ce que je vois, ce sont des hommes qui s’entretuent. Dieu, les anges, la religion, moi, je ne les vois jamais à l’œuvre.

– Tu sais, sur ces questions, personne n’a jamais complètement tort et personne n’a jamais entièrement raison.

Good shot, Nov. Bon, je redescends. Donc j’ai dit deux pays et trois parties parce que, pour simplifier, ils ont coupé le Pakistan en deux parties séparées par mille six cents kilomètres. Tu imagines la Serbie avec une moitié du côté de Manille. Bref, rapidement, la partie Est (spoiler : celle qui deviendra le Bangladesh) veut son indépendance, mais la partie Ouest qui est plus riche et se croit plus intelligente, refuse et réprime les manifestations, comme on dit dans les journaux. En fait elle massacre une bonne partie des “rebelles”. Ça s’appelle un génocide. Trois millions de morts, trente millions de déplacés et comme toujours, des centaines de milliers de femmes violées, des viols systématiques, organisés, autorisés. Mais, comme les ennemis de tes ennemis sont tes amis, l’Inde, qui déteste le Pakistan, intervient et aide le Pakistan oriental à gagner sa guerre d’indépendance. La suite est assez triste. Comme aux Philippines, il y a deux familles qui se haïssent et prennent le pouvoir alternativement et en profitent pour assassiner leurs opposants. Et dans les périodes de calme, il y a des coups d’État, ratés le plus souvent. Comme ça, on arrive en 2024. Là, ce n’est plus de l’histoire. La Première ministre Sheikh Hasina fuit le pays suite à un soulèvement de la population. On lui reproche d’avoir truqué les élections (c’est vrai), de vouloir légiférer pour favoriser sa communauté (c’est vrai) et d’avoir réprimé avec violence des manifestations (vrai aussi). Elle était déjà là en 1996. Elle avait échappé au massacre de presque toute sa famille, dont son père, Mujib, le premier Président. Aujourd’hui, 2025, on a un gouvernement de transition avec le prix Nobel de la paix Muhammad Yunus. Il est connu dans le monde entier, c’est l’inventeur du microcrédit. Toi qui étudies le business, Nov, tu dois connaître plutôt les stock-options, les fonds de pension et les GAFAM.

– Eh bien non, je vais t’étonner, mais je connais le microcrédit et le “banquier des pauvres”. Un jour, notre professeur était malade, alors il nous a passé une conférence TEDx sur Yunus à la place de son cours. Tu connais les conférences TED ?

– Ah, bien ! Non, je ne connais pas. Donc, là, on n’est plus dans l’histoire et même plus dans l’actualité. Il faut attendre et espérer. Yunus est certainement un gars bien, mais je pense, c’est mon opinion et j’espère me tromper, qu’il n’a pas les épaules pour supporter tous ces problèmes et les étudiants qui ont lancé la révolution sont déjà en train de se diviser. Enfin, ils ont quand même une longueur d’avance sur les étudiants serbes. J’espère que les nôtres vont bientôt réussir à chasser Vucic, en Hongrie ou en Russie puisqu’il a l’air de s’y plaire. Mais en fait, toutes ces histoires, c’est pour nourrir les journalistes et occuper leurs lecteurs parce que, en bas, dans les bidonvilles, presque rien ne change et on continue à faire voler la merde. Et merde, justement, je n’ai pas le temps de vous parler des chiottes volantes ce soir. On continuera demain…

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12 mai 2025 1 12 /05 /mai /2025 02:26

Voir, ou même viser, c’est se préparer à chasser ; les gazelles deviennent, indifféremment, des morceaux de viande. Regarder, c’est renoncer à consommer ; le léopard se fait esthète (ou s’endort).

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11 mai 2025 7 11 /05 /mai /2025 02:29

Pour voir, il faut gommer les différences, faute de quoi on se perd dans le divers. Pour regarder, il faut ignorer les ressemblances, faute de quoi on se noie dans l’identique.

Les ressemblances sont construites et imposées du dehors aux “ressemblants”, les différences sont perçues et appartiennent en propre aux “différents”.

Le léopard qui chasse doit gommer les différences de ses proies ; une fois repu, il pourra admirer à sa guise la robe de telle ou telle gazelle.

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