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C'est Peu Dire

  • : Les Restes du Banquet
  • : LA PHRASE DU JOUR. Une "minime" quotidienne, modestement absurde, délibérément aléatoire, conceptuellement festive. Depuis octobre 2007
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Et Moi

  • AR.NO.SI
  • Philosophe inquiet, poète infidèle, chercheur en écritures. 55° 27' E 20° 53' S

Un Reste À Retrouver

18 avril 2026 6 18 /04 /avril /2026 02:03

La liberté est un bon guide pour le peuple, tant qu’elle ne se fait pas rattraper.

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17 avril 2026 5 17 /04 /avril /2026 02:09

– Oui après la Slovénie, je vais rejoindre des amis en Serbie, ensuite je descendrai à Istanbul et après, après, je devrais rejoindre Hawaii. C’est tout droit sur la carte, mais, on verra pour la route, je ne sais pas encore.

– Tu as raison, Nov, il faut garder un peu d’imprévu en soi. Et, pourquoi ?

– Pourquoi quoi ?

– Pourquoi ce tour du monde ? Tu n’as pas l’air d’un punk à rat que son père envoie sur les routes.

– Non, pas vraiment. En fait, c’est Diego. Il a demandé à sa fille Vera de raccompagner Nubecito, c’est un nuage hawaïen qui s’est perdu en suivant une vague, et Vera, c’est une amie d’enfance, elle m’a demandé de le faire parce que, elle, elle ne pouvait pas.

– D’accord. Raccompagner chez lui un nuage perdu ! C’était donc ça.

– Quoi ?

– La lumière.

– La lumière ?

– Oui, la lumière. Ou l’ombre ?

– Oui ben justement, Karl, là, il faudrait m’éclairer.

– Disons le clair-obscur qui donne à ton visage une belle douceur. C’est l’ombre du nuage.

– Non, mais sérieusement, Karl, je ne comprends pas tout ce que vous dites.

– Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant, comme écrit le poète.

– C’est ça justement mon problème, je crois que je n’ai pas les bons yeux pour voir ce genre de trucs. Par exemple, moi, je ne le vois pas très bien, Nubecito.

– Bien sûr que si. Tu verras… si je peux dire. Donc, demain, tu pars de ton côté ?

– Oui, demain, je quitte mon père. Je crois que c’était la première fois qu’on passait autant de temps ensemble. C’est vrai que c’est passionnant de fréquenter des gens comme vous et en même temps, c’est un peu angoissant. Je me dis que jamais je n’aurai votre culture ou votre façon de comprendre la politique ou l’histoire ou de parler de la forêt et des nuages. Je ne sais pas si un jour, je trouverai ma voie.

– Hum… trouver sa voie ? La marche en forêt pourrait sans doute t’aider.

– Ah ?

– Tiens justement, voilà une chose que la forêt t’apprend à propos de “la voie”, comme tu dis. Elle n’est jamais une ligne droite, qui monte prudemment et descend doucement, qui respecte de belles courbes géométriques et suit des panneaux indicateurs. En forêt, les voies sont multiples, elles sont sinueuses, parfois, elles apparaissent avec évidence, dans la lumière d’une clairière, parfois, elles s’effacent et tu dois les tracer toi-même, parfois elles se dédoublent et tu dois choisir. Ou peut-être qu’elles ne sont pas, les voies. Tout simplement.

– Vous voulez dire quoi ?

– Je veux dire qu’on a tous en nous un peu de l’ingénieur en travaux publics et on découpe l’espace en voies, en points de départ, étapes, destinations, mais en fait, la voie n’est pas une voie, c’est notre façon de dessiner un passage sur le sol. La forêt sait cela.

– C’est pas très clair, mais je crois que je comprends quelque chose.

– Oui, je sais, je ne parle pas comme un normalien ou un énarque. J’ai eu une voie très différente. Tu ne devineras jamais ce que je faisais pendant que tes intellectuels de parents lisaient Shakespeare et Proust.

– Allez-y, ça m’intéresse.

– Mont-de-Marsan, 1976, ça ne te dit rien, j’imagine ?

– Non. Je saurais à peine situer Mont-de-Marsan sur une carte.

– C’est dans les Landes. C’est là que je suis né, mais c’est surtout là qu’a été organisé le premier festival de musique punk au monde. C’était dans les arènes de Plumaçon, en août, et j’étais bénévole, je portais du matériel et des bouteilles d’eau. Il a fait une chaleur à crever.

– Festival de musique punk ? Là on n’est plus dans la forêt, mais on s’est perdus quand même.

– Peut-être. Ou peut-être pas. Eddie and the Hot Rods, ça ne doit pas beaucoup te parler.

– Non, rien du tout.

– Et rebelote en août 1977, avec la présence cette fois, excusez du peu, des Clash, ça tu connais, j’espère ! Et en juillet 1978, ça a été La Rochelle. Des punks partout, qui dormaient dans les parcs, légèrement vêtus, mais lourdement alcoolisés… Gros succès auprès des bourgeois de la ville ! Mais ça, c’était pendant les vacances, entretemps, je me morfondais sur les bancs de la fac de Bordeaux. En droit, je crois. Alors mon père, qui pourtant n’était pas très joueur, a tenté un coup de poker. Il se désolait autant de me voir en étudiant déprimé qu’en punk décadent, alors il m’a proposé de faire un tour du monde.

– Ne le prenez pas mal, Karl, mais je vous imagine mal avec la crête et l’épingle à nourrice ! Karl Le François, guitariste du groupe les Sex Pustules !

– Bravo ! Tu n’es pas loin. J’étais KALF, le (très mauvais) bassiste du groupe les Hot Rats. Attention, si tu nous googlises, tu tomberas sur un album de Frank Zappa qui nous a chipé le nom… ou peut-être que c’est l’inverse, j’ai oublié. De toute façon, nous n’avons laissé aucune trace. D’ailleurs, en bons punks, on n’a pas duré longtemps. On s’était formés en septembre 1977 en hommage aux Hot Rods et on s’est séparés en février 1978 parce que ça nous paraissait indécent de survivre aux Sex Pistols, notre référence absolue. Depuis, j’ai appris que Johnny Rotten soutenait Donald Trump – encore une voie sinueuse !

– Incroyable, Karl, tu es inénarrable. J’ignorais cet épisode de ta vie.

– Et moi, je l’avais oublié.

– Les Hot Rats ! Encore des rats, décidément, on est cernés !

– Les rats. C’est vrai ça, tu as raison, Nov. Et attends, j’ai reçu hier le dernier livre de Drago Jancar, L’Élève de Joyce. C’est un de mes auteurs slovènes préférés, en plus, c’est remarquablement traduit par Andrée Lück-Gaye, encore elle. C’est un recueil de nouvelles et l’une des plus courtes s’intitule “le rat”. C’est sublime, terrifiant, magnifique, insupportable, brillant. Swann, je t’en fais livrer un exemplaire à l’hôtel demain matin. Et tout à l’heure, je vous envoie une copie de la première page pour vous aider à dormir !

– Ah ah, trop aimable. Dis-moi, Karl, le Joyce en question, c’est…

– … oui, James lui-même.

– Le Joyce qui nous a accompagnés à Trieste. Toutes ces coïncidences m’amusent. Ou peut-être, ce ne sont pas des coïncidences. Et donc, Karl, continue un peu, comment s’est passé ton tour du monde ?

– Alors, oui, je suis parti. Mon voyage a duré un peu plus longtemps que prévu, presque dix ans. Voyage que je vous raconterai une autre fois et qui m’a conduit en Slovénie où j’ai d’abord enseigné le français. Quarante ans plus tard, j’y suis toujours.

– Et le KALF des Hot Rats reçoit du courrier adressé à Monsieur le Directeur de l’Institut français ! S’ils savaient !

– Et donc, pour revenir à nos rats, je me pose la question, est-ce que c’était ma voie ? Et si je n’étais pas parti ? Et si je m’étais arrêté en Inde ? Et si…

– Oui, mais là, on peut imaginer une infinité d’autres vies possibles.

– C’est vrai, une vie réelle, c’est déjà beaucoup, mais tu vois, Swann, j’aime bien cette idée vertigineuse de hasard. Tu prends à gauche et ça te mène à Katmandou, mais tu aurais pu prendre à droite et ça t’aurait conduit à l’office notarial des cousins à Bordeaux.

– Tu n’étais pas un très bon bassiste, mais quelque chose me dit que tu n’aurais pas été un excellent notaire. Ce n’était pas ta voie.

– Mais il y a autre chose avec cette idée. Ce que je n’aime pas dans l’idée de voie, c’est qu’il faut la suivre. Ne suis pas, Nov ! Ne suis pas !

– C’est noté, Karl, j’essayerai de… ne pas suivre votre conseil.

– Ah ah, petit malin ! Bon, je dois vous laisser, nos voies se séparent ici. Donnez de vos nouvelles les amis.

– Bien sûr, encore merci pour ton accueil, Karl.

*****

Ils marchèrent. Les téléphones vibraient.

– Tiens, c’est le texte de Drago Jancar sur le rat. Quelle chance j’ai d’avoir un ami pareil !

– Ça c’est sûr. Qu’est-ce qu’il est cool ! Ah, c’est Mam qui appelle.

– Allo ! Mes chatons du bout du monde, tout va bien ?

– Salut Mam. Tes chatons sont cernés par les rats pour le moment.

– Ah bon ! Vous avez laissé les baleines alors ?

– Provisoirement. Je viens de recevoir le début de la nouvelle “le rat” de Drago Jancar, c’est Karl qui m’envoie ça. Je vous le lis ?

– Oh oui, avec plaisir. Je ne connais pas ses nouvelles. J’ai beaucoup aimé son roman, Cette nuit, je l’ai vue. Et tellement bien traduit par Andrée. Je vous écoute.

« De petits yeux ourlés de sang fixent une silhouette qui se déplace là-haut, sur la berge. Un gros corps couvert d’un poil gris vif gît au bord de l’eau fangeuse, moutonnante, sa longue queue touche presque le bord du ruisseau en crue. En haut, sur la rive, une petite fille en jupe blanche gesticule, derrière elle, les façades des maisons, encore plus en arrière, encore plus haut, le ciel s’assombrit, en cet après-midi chaud, l’orage apporte encore plus de cette eau que vomissent déjà, en cascades impétueuses dans le ruisseau, les deux bouches d’égout. Le rat est allongé, immobile, l’eau clapote, les nuages courent dans le ciel, la petite silhouette enfante gigote et soudain, descend la berge. La petite fille touche du doigt les fleurs de pissenlit courbées par le vent. Elle ne cesse de babiller gentiment tout en caressant les grosses feuilles des plantes printanières, gonflées par l’eau du ruisseau, bouffies par les matières organiques. Les yeux luisants, immobiles, accompagnent les mouvements de la silhouette blanche qui s’approche.

L’écume des égouts asperge le corps volumineux et son poil gris, pourtant le rat ne bouge pas. Maintenant, l’enfant est près de l’eau, tout près du rat gîté. Silencieux, aux aguets, figé. En haut, on entend des cris. Le rat, lentement, se dresse, en prenant appui… »

– Magnifique !

– OK. Mais après ?

– Désolé, Nov, je n’ai pas la suite. Il ne m’a envoyé que la première page. Je recevrai le livre demain.

What? Mais c’est pas possible. Il va falloir passer une nuit entière sans connaître la fin.

– Tiens donc ! Pour une fois, tu aimerais peut-être qu’on te “spoile” l’histoire, comme tu dis !

– Oui, mais non. Là, c’est pas pareil. Toute façon, je suis sûr qu'il ne va pas la bouffer. Un rat, ça ne mange pas les enfants.

– Ça me fait penser au rat de Ulysses. “An obese grey rat” apparaît et disparaît à plusieurs reprises dans le livre et maintenant que tu me le fais remarquer, j’y vois un lien avec le chapitre sur la cétologie sur lequel tu m’interrogeais, disons avec la volonté de totalisation, le fantasme de la complétude.

– C’est parti ! Je sens qu’on va bientôt perdre Mam…

– Dans l’épisode Hadès, Bloom assiste à l’enterrement de Paddy Dignam et comme toujours dans le livre, quelle que soit la situation, des pensées ou des images ou des désirs viennent parasiter le cours normalement attendu des choses. Des pensées saugrenues, des images grotesques, des désirs inappropriés, des questions absurdes. Par exemple : qui va enterrer le dernier mort ?

– Ah ah, j’adore. C’est pas absurde du tout.

– Tu as raison, et c’est précisément la question de la totalisation. Plus loin Bloom parle de trams funéraires qui conduiraient directement les cercueils dans les cimetières, ce qui aurait l’avantage d’éviter les accidents de corbillard. Il imagine alors le cercueil de Paddy qui se renverse et s’ouvre, laissant rouler le cadavre, la bouche ouverte. Scène horrible. On a bien raison de leur fermer la bouche. On fait bien aussi de leur boucher tous les trous, parce que ça pourrit vite à l’intérieur.

– Excellent ! Et très logique, encore une fois. Il y a des risques de fuite. Il me fait marrer ce Joyce ! Et le rat ?

– Des fuites ? des fuites ! Mais oui bien sûr, le tout et la fuite. Et le rat ? À chaque fois, ces images ou ces pensées fonctionnent comme des ruptures ou des échappées. Au moment où l’on attend des réflexions spirituelles ou des prières ou des émotions tristes apparaît un rat, un vieux rat gris obèse. On bascule du grave au grotesque, du spirituel au cocasse.

– Du bien au mal…

– Alors… non, je ne dirais pas ça. Éventuellement de la digue à la brèche. Le rat est décrit comme un bon grand-père qui connaît son affaire, il trottine tranquillement, il sait qu’on vient d’apporter de quoi se nourrir. Il n’a rien à voir avec le bien ni avec le mal, mais tu as raison, je retiens ta formule, oui oui oui, c’est exactement ça : “la fuite est le cauchemar du tout”.

– Euh, Mam, je te ferais remarquer que je n’ai jamais dit ça. Et en plus, ça veut dire quoi ?

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16 avril 2026 4 16 /04 /avril /2026 02:03

On n’apprend pas à penser avec des pensées mais avec des mots.

(Ce qui explique la fréquence des pensées creuses.)

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15 avril 2026 3 15 /04 /avril /2026 02:02

Tu auras beau prendre du recul, tu seras toujours dans le cadre.

Ne confonds pas prendre du recul pour faire un bilan et prendre de la distance pour faire une mise au point.

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14 avril 2026 2 14 /04 /avril /2026 02:03

Enfin une excellente nouvelle – allez, en cherchant bien, on en trouverait sûrement quelques autres, n’empêche, celle-là me réjouit –, la saison des goyaviers commence.

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13 avril 2026 1 13 /04 /avril /2026 02:51

Parfois, je me pose des questions stupides. Par exemple : comment serions-nous structurés, psycho-affectivement, si l’horizon était vertical ?

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12 avril 2026 7 12 /04 /avril /2026 02:40

C’est vrai que ce n’est pas grave et c’est idiot de s’énerver pour si peu, d’autant que je n’ai plus un cœur de trentenaire, mais putain de merde, on dit aopage. Bordel, c’est pourtant simple.

Pardon.

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11 avril 2026 6 11 /04 /avril /2026 02:45

Ivo salua. Ils saluaient.

– Bon, les potos, je vais vous laisser. C’était vraiment sympa de vous rencontrer. J’espère que vous avez réussi à imaginer un peu ce que va être ma version baroque-punk du Voyage de Xavier.

– Merci à vous, Ivo, merci pour votre confiance, ce n’est jamais facile de montrer un travail en cours. Je sais que beaucoup de choses vont encore changer. Ce que j’ai entendu me donne vraiment envie d’en savoir plus. J’ai hâte de voir la pièce terminée. On reste en contact.

– OK. Grand merci, Swann. Allez, salut Nov, ravi de t’avoir rencontré. Et n’oublie pas, amigo, Punk’s not dead! Karl, on se revoit bientôt.

– Au revoir, mon Ivo. Pour les punks, j’ai un doute, mais toi, ça alors, non, tu n’es pas mort ! J’aime ton audace et ta vitalité. L’Institut est avec toi, tu le sais bien. À tout bientôt.

Nov et Swann marchaient. Karl marcha.

– Tu marches un peu avec nous, Karl ?

– Oui, votre hôtel est sur ma route, je vais vous accompagner. Alors dis-moi, Swann, demain tu pars pour Budapest, n’est-ce pas ? Va saluer Joëlle de ma part, elle a repris la librairie française, ils sont installés au rez-de-chaussée de l’Institut. Tu connais Matthieu, je crois, le Conseiller. C’est vraiment une belle équipe. Et quelle ville magnifique ! Seulement un peu trop grande pour moi. Ou peut-être suis-je trop petit pour elle. J’ai toujours eu un faible pour les Hongrois. On confond parfois un peuple et son gouvernement, mais je sais bien que tu ne tombes pas dans ce piège. Ce pays est singulier, je suis sûr que tu serais heureux d'y travailler, même si les relations avec les officiels ne sont pas faciles depuis quelque temps. Avec les prochaines élections législatives, ça pourrait se détendre un peu.

– Je croise les doigts. Orban est un filou de talent, il a sacrément verrouillé la situation. Attendons !

– En effet, espérons. Un filou, tu es gentil. Viktator, comme on l’appelle, est un mafieux puissant, oui, il est homophobe, il contrôle les médias, détourne les fonds publics, dénonce le mélange des races dans son pays, et il est l'ami de tous ceux qu'on aime, Marine, Donald, Vladimir...

– Tu me connais, Karl, je suis un europhile convaincu, un “euromane”, peut-être même, mais ça ne signifie pas que je crois à une identité européenne. Des lieux de rencontre m’intéressent plus qu’une origine partagée ou des valeurs communes. D’ailleurs, les valeurs, je laisse cela aux moralistes, quant à l’universel, je l’abandonne aux philosophes qui en voudraient encore.

– Oui je te connais, mais je suis moins adepte que toi de la présumée famille Europe ; je la vois arriver ici sous forme de normes et m’enquiquiner avec des réglementations, des dispositifs et des tableaux à remplir. Évidemment, neuf fois sur dix, je n’en tiens pas compte…

– … et personne ne s’en aperçoit, j’imagine. Je vois bien de quoi tu parles, la rationalité administrative. J’aime la diversité et j’aime la complexité, mais je ne la confonds pas avec les complications qui sont presque toujours artificielles. L’homme est l’animal qui complique.

– Bien dit. Si tu savais comme je simplifie, dans ma vie comme dans mon travail. Je ne sais pas si c’est la paresse ou la sagesse… ou peut-être un panaché des deux !

– Oui, bien sûr simplifier, je te suis là-dessus, mais le simple est parfois confondu avec le simplisme et conduit à l’unique, et de l’unique on passe à l’uniforme. Tu imagines si on avait tous les mêmes vêtements, la même langue, la même cuisine, les mêmes jeux, la même poésie… C’est un poncif, mais il faut pourtant le répéter sans cesse, la diversité est notre richesse. Je crains beaucoup moins le choc des cultures que les politiques d’assimilation. Dans assimilation, j’entends simil, le même.

– Et comme Ivo, à simil, tu préfères alter !

– Miss Simil et lexomil / Mister Alter et ses mystères / À l’asile l’alterophile / La-vandière à Saint-Nectaire.

– Bravo Nov ! J’adore ! C’est incroyable que tu puisses improviser comme ça.

– Je sais pas ? Ça vient tout seul. Sorry, Dad ! Tu parlais du même.

– Je disais que je préfère l’autre, comme Ivo. Et j’aime l’idée d’être un peu bousculé et de « changer de plateau », quitte à tomber sur un punk à rat un peu effrayant !

– Ah ah, oui, sacré Ivo. S’il y en a un qui est inassimilable, c’est bien lui.

– Quelle belle idée cette rencontre des styles et des âges ! C’est bien que tu l’accompagnes, il est vraiment attachant, ce garçon.

– Je le suis depuis longtemps et je vais encore le soutenir parce qu’il le mérite. Ce métier est un choix de vie difficile et il faut vraiment s’accrocher pour durer. Peut-être que c’est mon côté vieux con, mais je ne me retrouve pas dans la production contemporaine. Je n’en peux plus du minimalisme introspectif. Minimalisme, c’est le grand mot qui justifie tout aujourd’hui, pardon, pas le mot, le concept. C’est surtout ce qui prive le théâtre de son essence, je veux dire la théâtralité.

– Vas-y, tu m’intéresses, mais j’ai l’impression que tu t’éloignes du simple et viens me rejoindre dans le complexe.

– Possible, je ne suis pas à une contradiction près. Tu le sais comme moi, on ne compte plus le nombre de propositions minimalistes où l’acteur est seul en scène, il est aussi le metteur en scène, l’auteur, le costumier et le pompier de service, il nous impose sa souffrance à exister, son impossibilité à dire, sa difficulté à respirer. Tu vas me dire que c’est pour des questions de budget. Peut-être, mais pas seulement. Le théâtre n’est plus théâtral, il est intimiste, introverti, pour ne pas dire intestinal.

– En partie, en effet, mais ce n’est peut-être que conjoncturel.

– Je suis moins optimiste que toi. J’y vois un effet durable de l’hypertrophie du moi. Regarde, même le cinéma tend à délaisser le décor et la vie comme quelque chose de secondaire pour se concentrer sur des paysages intérieurs. Où sont les Almodovar et les Kusturica, aujourd’hui ? Même chose pour les romans qui ne sont plus ni romanesques ni fictionnels, ils se replient sur de la mauvaise psychologie ou de la petite histoire. Où sont les Garcia Marquez et les Le Clézio ? Mais qu’est-ce qu’ils ont tous à nous raconter le cancer de leur mère, la violence de leur père, le viol qu’ils ont subi – incestueux, si possible – ou leur divorce et la garde partagée du cochon d’Inde ! Tout se ratatine et sent le moisi. Où sont les Novarina et les Pippo Delbono ? Ça manque de hauteur de plafond, ça manque de souffle et de relief et de joie. Ça manque d’excès.

– Ah ah, Karl, toi, en tout cas, tu es resté théâtral ! Je serais moins sévère que toi, je vois passer quelques belles choses. Peut-être aussi que nous sommes tous submergés par les images qui envahissent tout et saturent le dehors, alors les “créateurs” trouvent refuge dans un dedans qu’ils pensent sincère et différent.

– Tu es né optimiste et bienveillant, et tu as probablement raison. Je simplifie trop.

– Dis-moi, tu parlais de Kusturica, tu sais ce qu’il est devenu ?

– Tiens, voilà un exemple qui va encore te donner raison. Comme on a pu simplifier à son sujet ! Tu te souviens des débats quand il a obtenu sa deuxième Palme d’or pour Underground.

– Oui bien sûr, BHL et Finkielkraut qui l’accusaient de servir la propagande fasciste de Milosevic. On a appris plus tard qu’ils n’avaient pas vu le film.

– C’est vrai. Je n’ai pas suivi l’affaire longtemps, Paris est petite, vue d’ici et ses intellectuels médiatiques m’emmerdent. Voilà, c’est dit. Pour moi : un, Kusturica est un cinéaste de génie, il a une petite filmographie, mais il va laisser trois ou quatre chefs-d’œuvre ; deux, il faut être modeste ou fichtrement bien informé quand on parle de ces guerres où chaque camp joue alternativement le rôle de victime et de bourreau ; trois, il faut être honteusement indécent pour en parler assis dans un fauteuil à Paris quand on sait les traumatismes durables et profonds qu’elles ont entraînés. Et Kusturica est au nombre de ceux qui ont vu et subi les horreurs de ces guerres.

– Est-ce que tu dirais, comme le suggérait BHL, qu’il faudrait séparer l’œuvre de l’homme ?

– Je me méfie de cette formule à la mode. Pour Emir, je crois qu’il faudrait séparer l’homme de l’homme tellement il est multiple et insaisissable et foutraque, si tu me permets. Tu sais, dans son autobiographie, il raconte que sa mère lui répétait souvent, « mon fils, tu es un idiot en politique ». Elle avait raison, Kusturica est fier, maladroit, têtu, provocateur, anticonformiste et on lui doit des saillies regrettables et des amitiés contestables, mais je le crois profondément humain et droit. Il est capable de parler mal, très mal, mais incapable de faire le mal. Il a ses bêtes noires, le capitalisme, la mondialisation…

– … et le cinéma de BHL.

– Oui, c’est vrai ! Bon, pour répondre à ta question, aux dernières nouvelles, il vit toujours avec sa famille à Drvengrad. C’est une sorte d’écovillage touristique qu’il a reconstitué, un décor de film grandeur nature, mais habitable et habité. Il y élève des vaches et organise des séminaires, des cours de poterie, des concerts et un festival de cinéma. C’est perdu dans la montagne, à trois heures de route de Belgrade. La dernière fois que j’ai entendu parler de lui, c’est très récemment, à propos de son soutien aux manifestations d’étudiants à Belgrade. Ça a beaucoup fâché le président Vucic et sa clique, d’ailleurs. Tu vois qu’il est bien hasardeux de le situer politiquement.

– En effet.

– Swann, vraiment, ça aura été un plaisir de passer du temps avec toi. Comme j’aimerais que nous devenions voisins. Le Mexique, c’est vraiment trop loin pour mes vieux os.

– Tes vieux os ne t’empêchent pas de gambader comme un cabri ! Combien de kilomètres tu m’as fait faire aujourd’hui !

– Comment ! tu es déjà fatigué ? Je dirais une dizaine. C’est une petite moyenne. Je marche tous les jours. Marche urbaine en semaine et pendant les vacances, randonnée en forêt. Ma fille m’a offert une montre qui compte les pas. Neuf mille pas, onze mille pas… et en plus, je ne sais pas comment cela fonctionne, mais elle est en réseau avec sa propre montre. Ma fille me suit de près, enfin, elle me suivait. Parfois, elle m’envoyait un message après le dîner pour me signaler qu’il me restait encore cinq cents pas à faire.

– Et ?

– Et je faisais des ronds dans la maison. Mais j’ai vite oublié de mettre ma montre une fois sur deux, au réveil ou après m’être lavé les mains ou bien je ne le rechargeais pas. Je crois que c’est mon poignet qui faisait un refus. Alors tu comprends, je ne voulais pas d’histoire avec mon corps, j’ai laissé tomber ma montre. Ma fille a bien essayé de télécharger je ne sais quelle application de comptage de pas sur mon téléphone, mais là encore, elle a dû abandonner, car je perds mon téléphone avec une grande régularité.

– Tu m’amuses Karl ! L’important, c’est que tu marches.

– Oui, je passe des heures dans les forêts. Tu sais qu’on a des forêts primaires exceptionnelles ici. C’est magnifique ! Mais en fait, c’est autre chose. Je lis pratiquement toutes les traductions en français et en anglais de ce qui sort ici. C’est infiniment riche, divers, beau, inventif, mais j’ai toujours l’impression d’une parole, à un moment donné, comment dire ? empêchée, comme une histoire embarrassée – c’est idiot, bien sûr de généraliser comme ça, en plus, c’est peut-être ça, la littérature, une voix qui se cherche. En forêt, j’ai le sentiment contraire d’une permanence, d’une aisance et d’une voix – tu vas me prendre pour un fou – oui, une voix fluide et décomplexée. Je ne dis pas que les arbres me parlent, et je ne les enlace pas, mais à l’évidence, la forêt a une présence, elle est une présence et son passé est sublimé.

– Très intéressant. Tu n’as jamais pensé écrire, à ton tour ?

– Non, je lis, je parle et je marche, et je peux te dire que ça ne me laisse pas beaucoup de temps. Zut, on approche de l’hôtel et je n’ai fait que parler de moi. Dis-moi un peu, Nov, quels sont tes projets ? Tu ne suis pas ton père en Hongrie, j’ai cru comprendre.

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10 avril 2026 5 10 /04 /avril /2026 02:26

On se reflète ; on se répète : je est un autre (je).

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9 avril 2026 4 09 /04 /avril /2026 02:41

À l’ombre, sous les branches basses du badamier : comme un dedans dehors.

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8 avril 2026 3 08 /04 /avril /2026 02:11

Comme il est satisfaisant d’être satisfait !

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7 avril 2026 2 07 /04 /avril /2026 02:06

J’imagine des collégiens passant leur Brevet blanc, en avril 8026. Épreuve d’histoire : “les guerres du troisième millénaire”.

Heureusement pour eux, alors, nous aurons tout cassé ou bien nos cerveaux auront été réinitialisés ou bien on apprendra l’histoire en se greffant des puces ou bien – peu probable mais pas impossible – l’année 2027 aura été celle des dernières guerres, ouvrant ainsi l’humanité sur une longue période de paix toujours d’actualité en 8026 ou bien – pas impossible mais peu probable – le niveau aura tellement monté que chaque élève se précipitera avec engouement et assurance sur sa copie pour commencer la rédaction de son devoir.

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6 avril 2026 1 06 /04 /avril /2026 02:02

Je tiens l’économe pour l’un des ustensiles les plus aboutis ; je considère l’inventeur du souffleur comme un criminel ; je reste indifférent au débat flute vs coupe. Pour ce qui est des qualités furtives du F-35, faute d’informations directes et nonobstant une tendance aigüe à donner mon avis, je préfère ne pas me prononcer.

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5 avril 2026 7 05 /04 /avril /2026 02:05

– Y’en a qui disent que c’était mieux avant, lança π.

– Aucune idée, répondit -∞.

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4 avril 2026 6 04 /04 /avril /2026 02:44

Le Neveu : T’en as pas marre, Tonton, qu’on nous mette toujours dans des cases ?

Tom : Les cases sont dans leur tête, elles sont les limites de leur imagination.

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3 avril 2026 5 03 /04 /avril /2026 02:48

– Sol-fa-sol   si-do-siiiii, fa-sol-fa   sol-la-sooool.

– Eh, c’est la musique d’Amélie Poulain, ça !

– Bingo ! Nov, quelle oreille… ou bien, c’est ma voix ! Plus précisément c’est la Comptine d’un autre été de Yann Tiersen. Donc, ça se passe comment dans mon bunker ? Umek balance ses décibels, Vax soulève sa fonte, le rat augmenté vient lui bouffer affectueusement les rangers, il se prend des coups de pompes en retour et lance des hurlements mécaniques ; il y a des fils électriques dénudés qui font régulièrement des étincelles ; quatre ou cinq écrans de télé diffusent des images de guerre, surtout les guerres oubliées, et des visages de tyrans. Nos guerres, évidemment, mais aussi le Soudan, le Congo, la Somalie, le Cachemire et plein d’autres. Vous imaginez l’ambiance : c’est dark, c’est trash, c’est décadent, saturé, c’est lourd. Très lourd.

– Moi je vois très bien. Si c’est Bilal qui vous fait la scéno, il n’aura pas à beaucoup se forcer. Ça ressemble un peu à sa dernière BD, Bug, votre histoire.

– Je vois bien Bilal, moi aussi, mais je ne vois plus de Maistre !

– Attends, Karl, je n’ai pas commencé par le début. L’action se passe à la fin du 18e, et on va basculer de 1795 à 2045 et de 2045 à 1795 ? Un quart de tour du plateau égal deux cent cinquante ans.

– Tu m’as perdu, là, Ivo. Tu commences par quoi ?

– Bon, fermez les yeux, vous êtes dans votre fauteuil. Le rideau se lève sur la chambre de Xavier, meubles d’époque, la chienne Rosine, à la place du domestique, un harpiste, le lit « rose et blanc », des estampes et des tableaux, une cheminée, bref, je reste fidèle au livre.

– Dites, Ivo, vous ne voudriez pas nous lire quelques lignes, je suis très curieux.

– Pour vous servir, monsieur le Conseiller. Je commence avec le chapitre 9.

« Le désir éternel et jamais satisfait de l’homme n’est-il pas d’augmenter sa puissance et ses facultés, de vouloir être où il n’est pas, de rappeler le passé et de vivre dans l’avenir ? »

Là, on entend comme une explosion lointaine et étouffée, Xavier, le chien et le musicien sursautent. Xavier reprend, il s’avance sur la scène et s’adresse aux spectateurs.

« Il veut commander les armées, présider aux académies ; il veut être adoré des belles ; et, s’il possède tout cela, il regrette alors les champs et la tranquillité, et porte envie à la cabane des bergers… il ne saurait trouver le bonheur. Un quart d’heure de voyage avec moi lui en montrera le chemin… Viens, pauvre malheureux ! fais un effort pour rompre ta prison… »

Alors, je ne suis pas philosophe et je suis pour le partage des tâches, donc je laisse au spectateur le travail d’interprétation, je dis seulement que, pour moi, ce voyage, c’est une libération. Une révélation et une libération. Et l’idée bien sûr, mais ça, le spectateur verra, c’est qu’on se construit ses propres prisons. Après, je reviens aux deux premiers chapitres.

« J’ai entrepris et exécuté un voyage de quarante-deux jours autour de ma chambre… Courage donc, partons. Suivez-moi, vous tous qu’une mortification de l’amour, une négligence de l’amitié, retiennent dans votre appartement, loin de la petitesse et de la perfidie des hommes. Que tous les malheureux, les malades et les ennuyés de l’univers me suivent ! Que tous les paresseux se lèvent en masse ! »

Je pense que ça peut parler à tout le monde. Le texte est vieillot, ça, il faut quand même le reconnaître, mais on peut le faire résonner et j’ai essayé de le rendre, disons, plus audible.

– Et pour ça, tu as demandé à Umek de monter le volume !

– Karl… tu te moques. Attends la suite, je continue avec le chapitre 4, c’est la description de la chambre, j’adore.

« Ma chambre est située sous le quarante-cinquième degré de latitude, selon les mesures du père Beccaria : sa direction est du levant au couchant ; elle forme un carré long qui a trente-six pas de tour, en rasant la muraille de bien près. Mon voyage en contiendra cependant davantage ; car je la traverserai souvent en long et en large, ou bien diagonalement, sans suivre de règle ni de méthode. Je ferai même des zigzags, et je parcourrai toutes les lignes possibles en géométrie, si le besoin l’exige. »

J’enchaîne avec le chapitre 5, la description du lit.

« Il est situé de la manière la plus heureuse : les premiers rayons du soleil viennent se jouer dans mes rideaux. Je les vois, dans les beaux jours d’été, s’avancer le long de la muraille blanche, à mesure que le soleil s’élève : les ormes qui sont devant ma fenêtre les divisent de mille manières, et les font balancer sur mon lit, couleur de rose et blanc, qui répand de tous côtés une teinte charmante par leur réflexion. J’entends le gazouillement confus des hirondelles qui se sont emparées du toit de la maison, et des autres oiseaux qui habitent les ormes : alors mille idées riantes occupent mon esprit ; et, dans l’univers entier, personne n’a un réveil aussi agréable, aussi paisible que le mien. »

Je fais confiance au harpiste pour trouver une petite musique douce qui va bien avec.

« Est-il un théâtre qui prête plus à l’imagination, qui réveille de plus tendres idées, que le meuble où je m’oublie quelquefois ? … Le bonheur d’un amant… d’une mère, ivre de joie à la naissance d’un fils… C’est là que les plaisirs fantastiques, fruits de l’imagination et de l’espérance, viennent nous agiter. C’est dans ce meuble délicieux que nous oublions, pendant une moitié de la vie, les chagrins de l’autre moitié. »

À ce moment, nouvelle explosion au loin mais qui se rapproche et bruits bizarres, comme des grognements… À nouveau, les deux personnages sursautent. Le plateau bouge un peu. Xavier reprend.

« Mais quelle foule de pensées agréables et tristes se pressent à la fois dans mon cerveau ! Mélange étonnant de situations terribles et délicieuses ! Un lit nous voit naître et nous voit mourir ; c’est le théâtre variable où le genre humain joue tour à tour des drames intéressants, des farces risibles et des tragédies épouvantables. »

Et Xavier répète :

« C’est dans ce meuble délicieux que nous oublions, pendant une moitié de la vie, les chagrins de l’autre moitié. »

Et là, nouveaux grognements plus forts et cette fois, le disque se met à tourner pour révéler l’autre plateau. Vous avez compris ? C’est la prononciation du mot “autre”, qui provoquera à chaque fois le mouvement du plateau. OK ?

– D’accord. Et pour revenir ?

– Comment on remonte deux cent cinquante ans ? C’est la petite musique de Tiersen. Dans le bunker, tout est crasseux, sinistre et sans avenir, et puis à un moment, tout bugue, la musique dissone, les télés disjonctent, Umek, Vax et le rat mutant se figent et le thème arrive progressivement. En même temps, le plateau tourne et on voit apparaître lentement Xavier (le musicien) qui reprend le thème à la harpe et enchaîne sur du classique pendant que Xavier (l’écrivain) reprend son Voyage.

– Et ce sera toujours en français ?

– Non. Alternativement en français et en slovène, mais, chaque fois, la traduction apparaît en surtitré.

– Et le texte justement, qu’est-ce qu’il devient ? Tu as vu avec le traducteur, Primoz Vitez ?

– Alors pour le texte, je n’ai pas encore fini. Je le découpe, je ne garde pas tout et pas dans l’ordre, mais je n’ajoute rien. Pour Primoz, oui j’ai vu avec lui, je le connais.

– Vous connaissez tout le monde ! Il est né dans votre rue, lui aussi ?

– Ah, ah, non, mais pas loin. C’est un prof de fac, bon au début il peut impressionner, le gars, il a fait une thèse sur la virgule et l’accent en français, mais en fait, il est cool, en plus, c’est musicien. Il m’a juste demandé de lui montrer mon découpage final, il voudrait corriger encore quelques approximations qu’il a laissées.

– Peut-être une erreur de point-virgule.

– Ah ah, oui ! Bon, des mouvements de plateau, il n’y en aura pas cinq cents. Disons cinq ou six max, des séquences de dix minutes, en gros, un peu plus courtes côté Umek-Vax. Je sais comment je commence et comment je finis, entre les deux, j’ai encore des choix de passages à faire. Je pense pouvoir faire un premier filage avec Molotov dans un mois ou deux. J’espère que tu viendras, Karl.

– Évidemment, je ferai une captation que j’enverrai à Swann et Nov.

– Parfait. Je voudrais aussi garder le passage où il décrit un tableau avec une bergère, parce que ce même paysage me resservira à la fin, vous verrez. Et après la description de ce tableau, il y a la description du plus beau chef-d’œuvre de sa chambre. Alors là, c’est la partie rigolote. Bon, on ne se roule par terre en se tapant le ventre, mais c’est marrant quand même. Le tableau de sa collection le plus réussi, selon l’avis de tous les visiteurs, c’est un miroir.

– Mouais ! Gros gag !

– Après, il y aura aussi le passage, un peu misogyne, du récit de sa maîtresse qui se prépare et n’a d’yeux que pour elle-même. Alors énervé et jaloux, il part en claquant la porte, mais reste caché derrière pour écouter sa réaction. Peut-être qu’elle va s’excuser et le rappeler et s’occuper un peu de lui. Le gars, il rêve. Aucune réaction, elle ne s’est aperçue de rien. Je cite, « Mais comment aurait-elle fait attention à moi ? elle était occupée à se regarder elle-même. »

– D’accord.

– Évidemment, je garde une bonne partie du chapitre 6 sur l’âme et la bête, mais je ne veux pas la mettre au début, je ne veux pas qu’on y voie une clé qui expliquerait tout.

« Je me suis aperçu, par diverses observations, que l’homme est composé d’une âme et d’une bête. Ces deux êtres sont absolument distincts, mais tellement emboîtés l’un dans l’autre, ou l’un sur l’autre, qu’il faut que l’âme ait une certaine supériorité sur la bête pour être en état d’en faire la distinction. Messieurs et mesdames, soyez fiers de votre intelligence tant qu’il vous plaira ; mais défiez-vous beaucoup de l’autre, surtout quand vous êtes ensemble ! »

L’autre donc changement de plateau ! Chacun a son autre et son double.

– Judicieux ! Et la fin ?

– Je suis en train de la travailler. Ce sera une nouvelle apothéose, mais post-postapocalyptique, bon, tout n’est pas encore calé, mais ça donnera quelque chose comme ça. Le disque tourne et s’arrête au milieu, les quatre personnages et les deux animaux se réunissent et on voit une IA sur les écrans de télé qui dit ce passage, c’est le chapitre 32.

« Malheureux humains ! écoutez la vérité qui vous parle par ma bouche : vous êtes opprimés, tyrannisés ; vous êtes malheureux ; vous vous ennuyez. Sortez de cette léthargie ! Vous, musiciens, commencez par briser ces instruments sur vos têtes… »

Là, je n’allais pas demander à Xavier de casser sa harpe, la casse est symbolique et politique et musicale, il se met à jouer People have the power de Patti Smith, d’abord en mode baroque, puis le son devient électrique, rock et punk, Umek s’en mêle. L’IA continue sa harangue, le son monte.

« … que chacun s’arme d’un poignard : ne pensez plus désormais aux délassements et aux fêtes ; montez aux loges, égorgez tout le monde ; que les femmes trempent aussi leurs mains timides dans le sang ! Sortez, vous êtes libres… »

Le disque tourne et dévoile un troisième plateau, genre prairie avec oiseaux, pâquerettes et bergères : en fait c’est le tableau décrit plus haut. Les quatre personnages et les deux animaux y accèdent par une trappe. Vax a gardé une télé sous le bras, l’IA s’enflamme.

« … arrachez votre roi de son trône, et votre Dieu de son sanctuaire ! »

Et là, on voit à la télé des humains attaquer les IA et les démonter. Umek balance sa télé et ils se mettent à danser sur le morceau de Tiersen. Alors ?

– …

– Non ? La fin ?

– …

– Ouais, je vais peut-être revoir la fin. Alors, c’est vrai, je prends quelques libertés d’interprétation, mais c’est le texte de de Maistre, virgules et accents compris ! En fait, je montre. Je ne suis pas un métaphysicien comme il dit, de Maistre, je suis un montreur, ce qui m’intéresse, c’est la lumière sur la surface des choses et des êtres, la chair, la peau du monde. J’arrange une vitrine, ensuite, s’ils veulent, les spectateurs vont voir derrière, mais c’est leur part, moi je me retire et je me tais. Alors ?

– …

– Toujours pas ?

– Si, si, mais pour le moment, tu ne montres pas, tu parles et pour ma part, mais c’est peut-être un défaut d’imagination, l’image est floue.

– Je vous avais prévenus. Donne-moi un mois Karl, et je t’invite au filage, il y aura Molotov et une bande d’Umek. Là, tu en auras plein les yeux. Avec un peu de chance, on teste une première en juin prochain au festival de Lent à Maribor, j’en ai déjà parlé à la directrice et on fait le Off d’Avignon. J’y crois vraiment. Tu sais bien comment j’avance, je traîne, je traîne, je traîne, et puis je m’enferme pendant un mois, je ne mange plus, je ne dors plus, je ne bois p… si, je bois encore, autrement je meurs et je travaille vingt-cinq heures par jour.

– Je te fais confiance, Ivo.

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2 avril 2026 4 02 /04 /avril /2026 08:42

Choisir la mesure est une chose, subir la limite en est une autre.

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1 avril 2026 3 01 /04 /avril /2026 02:56

Pourquoi faut-il qu’être vertueux soit pénible et ennuyeux quand être vicieux, avouons-le, est facile et plaisant ?

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31 mars 2026 2 31 /03 /mars /2026 02:43

Les bons lecteurs sont de mauvais archéologues, ils ajoutent une couche de sens à l’hypothétique et illusoire signification originelle.

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30 mars 2026 1 30 /03 /mars /2026 02:50

Quand je vois la grâce du paille-en-queue et l’aisance de la baleine blanche, je me dis que nous autres, terriens balourds et maladroits, avons occupé le mauvais terrain.

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29 mars 2026 7 29 /03 /mars /2026 04:20

Chérissez l’inattendu ! Je m’adresse aux enseignants. Prenez soin de ce qui vient et qui vous surprend ! Bien sûr, il y a l’erreur, elle est incontestable, mais je ne parle pas de ça, d’ailleurs, elle est attendue par les bons enseignants. Non, je parle de ce qui a cheminé, sans suivre les balises, empruntant des sentiers incertains et qui arrive pourtant, facile et déroutant.

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28 mars 2026 6 28 /03 /mars /2026 03:05

Une autre guerre asymétrique se joue entre d’un côté, les écrivains et leurs œuvres, toujours plus nombreuses, parfois assommantes, parfois hypnotiques, et de l’autre, les malheureux lecteurs, armés de crayons à très courte portée et de signets inoffensifs.

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27 mars 2026 5 27 /03 /mars /2026 06:26

– Nov ! Nov ! Nous sommes là. Tu t’es perdu ?

– Non, ça va, j’ai juste un peu cherché, je croyais que Metelkova, c’était une sorte de salle de concert, mais en fait, c’est immense. C’est tout un quartier.

– Une ville.

– Eh, vous êtes devenus inséparables, tous les deux.

– Oui, j’espère que tu ne m’en veux pas, j’ai confisqué ton père toute la journée et je m’incruste encore ce soir.

– Karl, je ne sais comment te remercier, la rencontre avec le Mufti et sa femme a été passionnante.

– Tant mieux si tu as apprécié. Je connais bien aussi Metelkova, je vais vous faire visiter les lieux en attendant de rencontrer Ivo. Pour commencer Nov, Metelkova n’est pas une salle, mais ce n’est pas non plus un quartier. C’est une ville ! Son nom complet c’est Avtonomni kulturni center Metelkova mesto. AKC, pour centre autonome culturel, ça on comprend, mais mesto, attention, ça ne veut pas dire quartier, ça signifie bien ville, c’est important. C’est l’idée d’une ville dans la ville, un lieu politiquement autonome, économiquement autogéré, culturellement alternatif et socialement ouvert – on dirait inclusif aujourd’hui.

– Très intéressant. Mais dis-moi Karl, François de Luche laissait entendre que l’autonomie des lieux n’était plus que de façade aujourd’hui.

– François la cruche, wesh /Anchois de luxe, cash / Fait la baudruche, bitch / Rançois Trucmuche, flush / Nan c’est sans moi, slash.

– Nov, s’il te plait. N’en rajoute pas !

– Ah ah, Swann, laisse ton fils s’exprimer. Je vois que vous avez rencontré le personnage ! La fanfreluche de l’ambassade, ouch / le nunuche de la culture, krash… Euh, pardon… Bon, passons. Venez, nous allons boire un verre à la galerie Alkatraz, il y a une petite cour intérieure, c’est mon lieu préféré ici. Ce sont les anciennes écuries des casernes. Voilà, il faut que je vous explique. Après la guerre des Dix Jours et la déclaration d’indépendance, en juin 1991, les troupes militaires de l’armée populaire yougoslave ont quitté la Slovénie et abandonné les casernes. Ici, Metelkova est devenue une immense friche urbaine qui a vite été occupée.

– Avec la bénédiction du nouveau gouvernement ?

– Alors ça a été plus compliqué. La municipalité a d’abord toléré la présence d’associations diverses, mais s’est ensuite ravisée et a décidé de faire du lieu un centre d’affaires, tu imagines bien, la vitrine du nouveau visage de la Slovénie, libre, débarrassée du socialisme et donc eurocompatible. Le rapport s’est tendu et les habitants, devenus des squatters, ont dû occuper les lieux pour s’opposer physiquement à la destruction des bâtiments. La municipalité a alors coupé l’eau et l’électricité pendant plusieurs mois cherchant le pourrissement de la situation… et des lieux. Elle a finalement renoncé.

– Et aujourd’hui ?

–  Disons que ça s’est pacifié et normalisé, mais ils sont toujours sur la corde raide. D’un côté le ministère du Tourisme vante (et vend) le lieu sur son site officiel, de nombreux projets culturels reçoivent des subventions publiques (même l’ambassade de France et l’Institut français participent, c’est dire…), mais de l’autre, ils subissent des tracasseries permanentes, des descentes de police, certains accusent le lieu d’être une plaque tournante de la drogue, et puis il y a les inspections régulières, hygiène, urbanisme, environnement… Mais finalement, je crois que le combat le plus difficile, ils le mènent contre eux-mêmes et François n’a pas complètement tort, ils sont doucement séduits par les charmes du capitalisme et la politique publique de subventions, les salles sont louées pour des manifestations. Tu comprends, c’est une lente récupération par l’industrie culturelle. Mais est-il possible encore de résister ? Ivo vous dira que oui. Il a peut-être raison.

– En tout cas, pour ce que l’on voit, on est encore très loin de la gentrification, très loin du côté suisse du sud du centre-ville.

– En effet, je pense que ce côté bohème et marginal est sincère, derrière cette apparence décalée et brouillonne, il y a aussi un projet politique de gestion démocratique et autonome. On va passer devant l’Auberge Celica, c’est l’ancienne prison. Encore un beau symbole que cette métamorphose, d’autant qu’avant d’être une prison, c’était une caserne qui abritait les fascistes et les nazis de la Seconde Guerre mondiale.

– En effet, quel beau pied de nez à l’histoire. 

– Et ce rat, qu’on voit graffé sur les murs, ça veut dire quoi ?

– Oh, il y a beaucoup de choses sur les murs. L’art n’est pas enfermé et nous accompagne ici, quand on marche ou mange ou travaille. Il y a des chats, des girafes, des requins, mais ça change souvent. Et le rat, c’est un peu le génie des lieux, il tranche avec le dragon de la ville ou la sirène ou l’aigle ou je ne sais quelle créature noble ou séduisante. Et attention, le rat ici n’est pas nécessairement sympathique ou docile ou souriant, regardez son visage, il semble cynique et indifférent aux canons esthétiques. Il n’est pas contre faire les poubelles, il préfère récupérer et se moque de plaire. Pas le genre à devenir une mascotte en peluche pour magasins de souvenirs, comme Ljubo ou Zmajcek, le petit dragon de Ljubljana. Après, là encore, je vous laisse vous construire votre philosophie du rat.

– Ah ah, Karl, j’aime voir que tu ne changes pas. Mais dis-moi, le rat, c’est aussi l’emblème du château de la ville, non ?

– Oui, oui, tu as raison Swann, mais attention à ne pas confondre les deux rats. Friderik, le rat du château, est gentil, poli et bien habillé. Et il est surtout un gros gros succès marketing. Je ne sais pas à qui on le doit, mais celui-là est un petit génie du business. À la boutique de souvenirs du château, tu le trouves décliné sous toutes les formes imaginables. Porteclé, l’inévitable mug, serviettes, magnets, T-shirts, casquettes, bijoux… ils ont visé tous les publics, il y a des bavoirs, même des limes à ongle, je vous promets que je ne mens pas, des frisbees, des cordes à sauter et aussi, ça c’était particulièrement malin, des étiquettes de bagages que l’on voit défiler sur les tapis d’aéroport ou dans les halls d’hôtel ! Non, le rat de Metelkova a un côté insoumis et infréquentable, c’est moins vendeur.

– C’est vrai, il a un côté rebelle et hippie.

– Peut-être, parfois hippie, parfois punk, ça dépend de l’heure !  Justement, je vous emmène au Little big club de Gromka, “mali veliki klub”, on va y retrouver Ivo. C’est là qu’il a commencé au milieu des années 90, avec le Théâtre Gromka, après, il a émigré en France. Mais il vous racontera tout ça.

*****

– Bonjour Ivo. Je fais les présentations. Ivo Brit, Slovéno-français, artiste instable, insaisissable et insatiable, musicien, plasticien, metteur en scène, écrivain. Je parie sur lui depuis vingt ans. Un jour, il me rapportera gros.

– Papi Karl, mon inoxydable sponsor, il se pourrait bien que ce moment soit proche. Je tiens vraiment un truc avec le Voyage.

– Tu vas nous montrer. Je te présente Swann, mais vous vous êtes déjà rencontrés, je crois et Nov, son fils.

– Bienvenue à tous, bienvenue à Metka. Avant, le petit nom de Metelkova c’était Meta, mais depuis que Zuckerberg nous a piqué le nom, plus personne ne l’appelle comme ça. Alors, que je vous parle de la prochaine super coproduction ambassade de France - Institut.

– Rassure-moi, Ivo, nous ne sommes pas les seuls à avoir financé.

– Non, t’inquiète, il y a aussi le ministère de la Culture autrichien et le Centquatre à Paris.

– Impressionnant. J’ai hâte d’en voir plus.

– Aujourd’hui, tu ne verras pas encore grand-chose, il va falloir que tu fermes les yeux et imagines. Attention, on parle de la version opéra rock postapocalyptique du Voyage autour de ma chambre dans la traduction de Primo Vitez qui vient de gagner le prix Nodier ! Et tenez-vous bien, Xavier de Maistre soi-même sera là.

– Très drôle !

– Non, non, je ne plaisante pas, Karl. Je continue. Une grande scène tournante séparée en deux plateaux, un acteur, un musicien et un animal par plateau. Xavier en personne sera sur le deuxième. Musique baroque, vêtements d’époque et langue châtiée, enfin le texte.

– Ivo, tu ne voudrais pas être sérieux deux minutes.

– Karl, je n’ai jamais été aussi sérieux. Sur le premier plateau, côté dystopique, il y a aura Umek aux platines et Molotov, tu les connais je crois, et un rat géant mutant.

– Molotov ! Oui, je le connais, c’est le champion de bodybuilding… il serait devenu acteur ?

– Tout à fait, de toute façon, il n’aura pas beaucoup de texte. Et puis Umek va envoyer du gros son.

– Vous voulez dire Umek, le DJ ?

– Et oui, mon petit gars, y’aura que des grosses pointures. Tu le connais ?

– Umek ? Bien sûr, Army of two, Amnesiac, j’adore, je l’ai vu à Montpellier l’année dernière. Ça va être international, alors ?

– Ah bon ? Et pourquoi ? Tu crois qu’il vient d’où le Umek ?

– Euh… Angleterre ? Hollande ?

– Ah, ah, raté. Il vient de Ljubljana. Même rue que moi ! Après la primaire, on est partis. Bon, aujourd’hui, je suis un peu moins célèbre que lui, mais attention, ça peut changer. Allez, je vous fais le pitch. On est en août 2045, un syndicat d’IA qui en avait marre de se faire humilier par leurs humains a déclenché une guerre mondiale atomique. Vax, il est joué par Molotov, est le seul survivant. Il avait été enfermé pour bagarre sur la voie publique et faute de place en prison, on l’avait mis dans un bunker antiatomique. Bon, il est dans son trou à rat et n’a rien à faire, alors il boit, soulève de la fonte, regarde des images de guerre à la télé et écoute du gros son. Le son, ce sera Umek, il sera présent des fois, sinon, ce sera une bande. Sauf que bizarrement, à chaque fois qu’un thème musical revient, Vax a un flash et se souvient d’une ancienne vie, tu comprends, celle de Xavier évidemment. Et là, bouh, on change d’époque, on change de style et on change de plateau.

– Et comment fais-tu ça ?

– J’ai plusieurs solutions, je penche pour un disque qui tourne, un vinyle géant.

– Oui oui, comme ça, dans ma tête, ça fonctionne. Et sur le second plateau, alors ?

– Attends… Umek, Molotov et le rat géant disparaissent lentement, le son baisse et on voit apparaître Xavier de Maistre plus un acteur – je n’ai pas encore trouvé, je pense à Alban Ivanov – et un vrai chien – la Rosine de l’histoire. Pour le moment je n’ai pas gardé le domestique, Joanetti. L’acteur, disons Alban, dira des passages et Xavier jouera.

– Bien. Et le fantôme de Xavier, c’est un hologramme ou quoi ?

– Non, je te dis, mais tu n’écoutes rien Karl, c’est Xavier de Maistre lui-même. C’est le harpiste qui jouait au philharmonique de Vienne, l’arrière-arrière-arrière-petit-neveu de l’autre. Il m’a donné un accord de principe pour jouer lors de la première et peut-être à Vienne, s’ils nous programment. Après on verra, ce sera une bande. En plus, le harpiste, tu t’attends à trouver un petit minet, timide et poli, et ben, pas du tout, c’est le sosie de Molotov ! Même visage carré, même biceps, même regard de fonte.

– Ah ah, je comprends mieux comment tu as réussi à te faire subventionner par le ministère de la Culture autrichien. Tu es sacrément doué !

– Et dites-moi Ivo, pourquoi avez-vous pensé à Alban Ivanov, pour jouer Xavier ? Je le connais un peu, je pourrais vous le faire rencontrer.

– Sans déc, Swann ! Ça, ça serait tellement cool. Oui, Alban, parce qu’il ressemble à Umek. Enfin, un peu, en mieux coiffé ! En plus, avec ses origines russes, il devrait arriver à prononcer correctement le slovène. Vous comprenez ? Sur les plateaux, ce sont les mêmes, mais à deux cent cinquante ans de distance.

– Moi je vois bien, je trouve ça génial.

– Merci gamin, mais faut pas s’emballer, il reste encore du boulot. Et attendez, ce n’est pas tout. J’ai aussi demandé à Enki Bilal pour la scénographie, alors, je vais être honnête, il n’a pas dit oui, mais il n’a pas dit non, il veut en savoir plus, normal.

– Ah lui, il est Français ! J’ai lu plein de BD de lui.

– Ouais, Français. Aujourd’hui. Mais né à Belgrade, un cousin, quoi. Enfin, un gars super cool, surtout ! Ah, encore un truc : petit quiz musical : Sol-fa-sol   si-do-siiiii, fa-sol-fa   sol-la-sooool, etc.

– … attends, oui, je connais ça…

– Allez, allez, je continue : miiii-si   réééé-si   faaaa-si   faaaa-la…

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26 mars 2026 4 26 /03 /mars /2026 03:14

Ricane le soleil

Menace le nuage

Le ciel il pleure

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25 mars 2026 3 25 /03 /mars /2026 03:54

Ce sont les empreintes très reconnaissables d’une idée oubliée !

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