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C'est Peu Dire

  • : Les Restes du Banquet
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Et Moi

  • AR.NO.SI
  • Philosophe inquiet, poète infidèle, chercheur en écritures. 55° 27' E 20° 53' S

Un Reste À Retrouver

24 juillet 2026 5 24 /07 /juillet /2026 02:14

Moby-Dick, chapitre 47, “le Tisserand”. Je continue ma lecture, mais je sens bien qu’il y a quelque chose d’absurde à résumer, je veux dire enlever ce qui serait inutile et garder l’essentiel. Là je crois que je comprends Mam quand elle dit que les mots valent autant que l’histoire et qu’il faut en prendre soin. Malheureusement, les mots, ils sont un peu comme l’eau (souvenir du cours de physique de monsieur Mollard, désolé, lecteurs, c’est une private joke pour Vera…), ils sont in-com-pressibles.  Tu peux compresser une histoire, pas des mots, sinon ça donne n’importe quoi. Imagine, tu prends la première phrase du chapitre et tu la mets dans la machine à compresser (que tu peux régler) : « C'était un après-midi nuageux et lourd ; les marins se prélassaient nonchalamment sur les ponts ou contemplaient d'un œil absent les eaux couleur plomb… », ça devient « C’étap nour mar pronchur poncon dabloulom », et si tu règles au niveau 2, ça devient « C’oum prodal » et au maximum, « Cal ». Avec les gros livres, il faudrait compresser les compressions, alors la baleine, les pages et les verbes disparaîtraient dans une purée dense et immangeable. Allez, j’arrête parce que vous allez me reprocher ce que je reproche à Melville, les digressions bavardes, en plus, vous avez compris mon idée. Donc, je résume…

J’aime bien ce chapitre. D’abord, il y a une métaphore qui fait assez bien comprendre une leçon de philosophie sur le hasard, après il y a un événement qui nous fait revenir à l’action, et on finit par une chute, pour le suspens. Je développe. 1/ La vie (si je comprends bien, parce que c’est un peu difficile) est comme le tissage d’une corde, il y a : a) la nécessité, c’est les fils du métier, on ne les a pas choisis, ils sont inchangeables ; b) la liberté, c’est la navette qu'Ismaël fait courir en tissant sa destinée ; c) le hasard, c’est l’épée de Queequeg, irréfléchie et indifférente, qui frappe la trame, sans règle. Nécessité, liberté et hasard s’associent pour tisser notre vie. Il faudrait que je réfléchisse davantage, mais je crois que je suis d’accord et que je pourrais appliquer ça à mon voyage et à ma vie. La nécessité, c’est le bus Zagreb-Belgrade, la route, l’horaire, tout ça… je ne peux pas les changer ; ma liberté, c’est que j’ai choisi de le prendre, celui-ci et à cette heure-ci ; le hasard, c’est ma rencontre avec Laszlo. J’aime bien comment Melville finit, « le hasard parfois est maître de l’un comme de l’autre, et modèle le visage ultime des événements ». Ça marche pour moi aussi : ici, c’est Laszlo qui a modelé le visage ultime de cette étape. 2/ Dans la suite du chapitre, on est brusquement tiré hors de la réflexion par les cris frénétiques de l’homme de vigie, « Elle souffle ! là ! là ! là ! Elle souffle ! Elle souffle ! ». Ça sent – enfin ! – la mise à l’eau des baleinières et on a envie de plonger directement dans le bouillon du chapitre suivant, mais Melville nous retient à bord encore quelques lignes. 3/ Stupeur générale, l’obscur Achab apparaît entouré de cinq “fantômes sombres”…

Chapitre 48, “Première mise à la mer”. On comprend qu’Achab a embarqué clandestinement cet équipage spécial pour sa propre baleinière. Il y a quatre « indigènes de Manille (!)… au teint jaune tigre (?)… une race célèbre pour sa ruse satanique (!?) » (Moby a dû apprécier.) Il y a aussi leur chef, un Perse d’Inde, et quelque chose me dit que c’est un personnage important. Je commence à connaître Melville et son timing : il a fallu attendre deux cents pages pour voir Achab, on n’a toujours pas vu MD et ici, apparaît un étrange étranger, Fedallah, en noir et blanc. La peau noire, les habits noirs, mais un turban d’une blancheur éclatante et « une dent blanche qui saillait cruellement entre ses lèvres d’acier ». (J’ai l’image. Magnifique !) Après ce petit paragraphe de descriptions (très réussies), on a plusieurs pages d’action, des moments de cinéma, les quatre baleinières sont mises à l’eau. Le vent durcit, la mer se forme, les quatre embarcations poursuivent les cachalots, chaque pilote ayant son style de navigation, son type de “management” et les mots qui vont avec. Ceux que l’impénétrable Achab lance à son “jaune équipage”, mieux vaut ne pas les répéter. « Seuls les requins mécréants des mers audacieuses peuvent prêter l’oreille à des mots pareils tandis qu’Achab bondissait après sa proie, l’ouragan aux sourcils, la pourpre du crime dans les yeux et l’écume aux lèvres. » Les mots d’Herman sont pour toutes les oreilles et il faut les répéter. Et puis, ça se complique. « Le vent s’enfla jusqu’au hurlement, les vagues entrechoquèrent leurs boucliers, le grain rugit, pétilla, s’embrasa tout autour de nous tel un feu blanc allumé sur la prairie, dans lequel nous brûlions sans être consumés, immortels entre ces mâchoires de mort ! » Un “feu blanc” dans lequel on brûle sans être consumés : il est vraiment fort le Melville, je ne peux pas tout citer, mais il faut absolument le lire ! Bon, ça se termine très mal parce que la baleinière de Starbuck, avec Queequeg et Ismaël, est renversée et ils se retrouvent tous à l’eau, perdus dans la nuit noire et glaciale, et malheureusement… Tiens, je vais appeler Moby.

*****

– Salut Moby, je viens d’arriver en Serbie, ça va ?

– Ça va, ça va, je suis toujours à Istanbul. On se voit dans quelques jours si j’ai bien compris.

– Oui. Tu sais que je lis toujours Moby-Dick, j’avance lentement. Au début, j’avais un peu le mal des pages, mais je m’habitue et j’aime de plus en plus, c’est un beau cadeau que tu m’as fait. C'est plus qu'un livre. Je suis en train de lire le passage avec Fedallah et ses compagnons clandestins. Ils sont de Manille, ça m’a fait penser à toi.

– Oui je me souviens de ce détail. Fedallah n’est vraiment pas mon personnage préféré, il a quelque chose du mauvais sorcier qui me fait peur. Je ne l’aime pas, c’est aussi parce qu’il est fataliste et moi aussi je suis fataliste, sans doute que je vois en lui mon défaut. Les autres sont des Philippins, c’est vrai. Ça n’a pas changé, un marin sur quatre est philippin aujourd’hui.

– Normal, avec toutes vos îles.

– En fait, ce n’est pas qu’on aime la mer plus que la terre, c’est qu’on est pauvres, que chez nous, il n’y a pas de travail et qu’émigrer est difficile et coute cher ! Tu as déjà lu la prophétie de Fedallah quand il annonce à Achab qu’il va…

– Non, non ! Ne raconte pas ! Autrement, ça va ?

– Pour dire la vérité, je suis inquiet. Le ciel s’assombrit, les hommes s’énervent partout sur la planète et puis trop de mauvaises nouvelles arrivent en même temps.

– Tu penses à quoi ? À Olga ?

– Oui, à Olga qui s’enfonce et aussi au typhon qui s’approche des Philippines. Mais tout ça est trop puissant et on ne peut rien faire. Comme d’habitude, on attend que ça passe. On réparera après.

– Et pour Olga, tu en penses quoi ?

– Je crois qu’il faut qu’on se méfie de nos impressions, nous deux. Fais plutôt confiance à Emil, c’est un chouette gars. Il est docteur et il connaît bien sa sœur, il a la bonne distance.

– Toi aussi tu la connais bien.

– Oui, mais je connais mal sa maladie et je m’y prends mal avec elle. Quand elle était high, à Manille, souvent je lui disais de ralentir, de se reposer, alors – ça je ne te l’ai jamais dit – elle entrait dans des colères noires, elle pouvait tout casser autour d’elle et insulter tout le monde. Et quand elle était down, je la surprotégeais. Je n’avais pas les bons mots. Emil m’a expliqué et il faudra aussi qu’il t’explique. Cette maladie est terrible. Pourquoi elle ? Si généreuse, si humaine. Dieu est quelquefois incompréhensible…

– C’est vrai que c’est injuste et incompréhensible, mais je ne sais pas si Dieu y est pour quelque chose.

– Esmeralda te dirait que si, et qu’il nous teste dans ces moments. Je ne sais pas… Je crois aussi, mais un peu moins qu’elle.

– Mais tu penses qu’on ne peut rien faire ? que tout est écrit ? Tu ne crois pas qu’on peut résister, qu’on peut s’opposer ou changer des choses ? Tu ne crois pas qu’on est – un peu – libre ?

– Ah ah, Nov, tu poses toujours des questions plus grandes que nous ! Pour la politique, je ne suis pas très compétent, mais je vois aux Philippines ou en Serbie, et c’était comme ça aussi avec mes amis russes, rien ne change jamais et quand quelque chose change, ce n’est pas parce que des petites gens comme moi ont agi. Alors je vis ma vie, j’essaie de me tenir droit et de bien faire, juste autour de moi. Je peux me tromper. Et puis je ne suis pas un guerrier. Olga est une guerrière.

– C’est vrai ça. Peut-être aussi qu’on ne voit pas le changement parce que ça change lentement. Et puis d’accord pour la politique, mais toi, Olga, Esmeralda, vous ne changez pas le président, mais vous changez la vie de beaucoup de gens, et encore plus quand vous ouvrirez votre école à Manille.

– Si Dieu le veut. Allez Nov, embrasse fort Olga et son frère pour moi. La prochaine fois qu’on se voit, ce sera… tu sais où ?

– Euh, rappelle-moi…

– Nov, tu as oublié ? On doit se retrouver à l’Orient bar pour boire un café turc avec des graines de pistache. Tu verras, c’est autre chose que Starbucks.

– Ah oui, je me souviens maintenant. Je devais descendre avec Olga et sa vieille voiture.

– Oui sa Yugo. Quelle tristesse ! Mais je sais qu’elle va s’en sortir, trop de personnes ont besoin d’elle encore. Au revoir mon ami, que Dieu vous protège, Nubecito et toi.

*****

c'est vraiment un drôle d'humain, ce Moby, je ne sais pas s’il me voit, mais il pense toujours à moi, par contre je ne comprends rien à leur débat compliqué sur la liberté et le hasard, la philosophie des nuages (j'emprunte leur mot) est beaucoup plus simple, pas de hasard, pas de liberté, seulement la nécessité des courants et des pressions, de la hauteur et de la température, ensuite, tout s’enchaîne et tout s’explique, même si on ne comprend pas, la pluie, les typhons, le brouillard, les mers de nuages, ça peut sembler injuste ou poétique ou cruel ou esthétique, mais en fait, c’est nécessaire, ça s’enchaîne, j’ai compris que les humains n’aiment pas l’idée d’enchaînement parce qu’ils pensent tout de suite à chaîne et à esclavage, nous on ne voit pas ça comme ça, tout s’enchaîne, tout s’enroule et se déroule, les nuages le savent bien, les vagues le savent bien aussi et elles ne s’imaginent pas avoir choisi librement de se former ou de déferler, si je réfléchis et cherche à les comprendre, les humains, je pense que c’est cette idée de “moi” qui les aveugle et les sépare, et ils refusent d’être enchaînés alors, ils se déchaînent

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23 juillet 2026 4 23 /07 /juillet /2026 02:31

Depuis la bicyclette, la pince à linge, le sous-marin et l’économe, on n’a plus connu aucune découverte capitale. À part, peut-être, les lacets élastiques, mais ils sont plus un détournement ingénieux qu’une percée révolutionnaire.

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22 juillet 2026 3 22 /07 /juillet /2026 02:55

Tout s’estompe.

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21 juillet 2026 2 21 /07 /juillet /2026 02:36

C’était une bonne idée de choisir le bleu pour la mer et un autre bleu un peu plus clair pour le ciel. C’est beau !

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20 juillet 2026 1 20 /07 /juillet /2026 02:37

Comme souvent, je suis partagé. Bien sûr que je suis pour la sobriété, évidemment, et avant tout, mais faut-il alors brûler la surproduction ? Je parle de sobriété littéraire, Homère, Proust, Shakespeare et Cervantès, ils ont tout écrit et cela suffirait. Oui mais les autres, petits crus, courts en bouche, au nom de quoi interdire la jubilation et l’ivresse de l’écriture ?

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19 juillet 2026 7 19 /07 /juillet /2026 02:01

Youpi, le taux du livret A passe de 1,5 à 1,7 ! Quand je pense que j’ai failli acheter des actions SpaceX.

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18 juillet 2026 6 18 /07 /juillet /2026 04:58

On doit dire en revanche, par contre, tu peux dire “aux chiottes l’Académie”.

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17 juillet 2026 5 17 /07 /juillet /2026 02:21

Nov appela. Nadja et Swann répondaient.

 – Mam, j’ai vu que tu avais essayé d’appeler. Je n’ai pas répondu, j’étais dans le bus. Il se peut aussi que je dormais. Salut Dad.

– Bonjour mes amours ! Oh, s’il te plait, ma star de l’Est, mets la vidéo, je veux être sûr que c’est bien toi et qu’une intelligence artificielle n’a pas pris le contrôle de ta personne et de ton téléphone. Tu dois être épuisé et affamé.

– Voilà. C’est bien moi. Tout va bien, Mam, regarde, je n’ai pas encore les joues creuses même si je suis passé des restaurants gastronomiques avec Dad aux en-cas du resto de la gare. Je suis à Belgrade où je vais passer la nuit, demain je rejoindrai Olga et son frère à Novi Sad. Et toi Dad, toujours à Budapest ? Raconte un peu.

– Bonjour vous deux, oui, oui, toujours à Budapest, et vous tombez bien, je fais une pause à l’hôtel, je repars tout à l’heure. Je sors d’une rencontre passionnante avec les responsables de l’Institut français, ils sont jeunes et dynamiques et tous les acteurs hongrois que j’ai pu rencontrer sont incroyablement européens. C’en est presque décevant tant ils nous ressemblent. Nul besoin d’être grand clerc pour annoncer qu’ils ont choisi l’Ouest. D’ailleurs, je ne sais pas si ça a encore du sens de parler d’Europe de l’Est, géographiquement, oui, mais culturellement, géopolitiquement et surtout idéologiquement, j’en doute.

– Tu as raison, Swann, les fleuves et les montagnes ne bougent jamais, les frontières se déplacent un peu parfois, ce sont les esprits et les espoirs qui se métamorphosent en profondeur. Sauf peut-être dans ma belle Russie qui contredit la géographie et dérive toujours plus vers l’Orient, la haine et le mensonge. Pendant que Budapest passe à l’Ouest, Moscou rêve de Pyongyang. J’espère que ce n’est qu’un chapitre et qu’un courant généreux et vigoureux nous la ramènera. Budapest ferait une belle capitale de l’Europe, non ?

– Oui, capitale des États-Unis d’Europe, quelle belle idée ! Un jour peut-être. Nous n’y sommes pas encore, mais, paradoxalement, si les ennemis de l’Europe, à l’Est comme à l’Ouest, continuent de s’acharner contre elle, cela pourrait venir plus vite que prévu. Budapest est une ville extraordinaire, je n’aurai malheureusement pas le temps de découvrir une Hongrie moins urbaine, mais le Hongrois des villes m’a séduit.

– C’est drôle, moi j’ai rencontré un Hongrois des champs dans le bus. Laszlo, il s’appelait. Enfin un Franco-hongrois… disons un ex-Franco-hongrois, mais ce serait un peu long à expliquer. Mam, il m’a parlé d’un écrivain qui s’appelle aussi Laszlo, je ne suis pas sûr qu’il soit très connu en France.

– Tu veux dire Laszlo Krasznahorkai ?

– Exactement…

– Mon Nov, c’est le dernier prix Nobel de littérature. Quel génie ! Un virtuose de la mélancolie loufoque. Je ne sais si l’Europe de l’Est a disparu, mais la littérature de l’Est est bien vivante. Comme ils sont délicatement grinçants, comme ils illuminent la décadence. Bien sûr, Krasznahorkai est immensément connu, d’ailleurs j’ai plusieurs fois rencontré sa traductrice, Joëlle Dufeuilly. Une plume brillante et malicieuse, et grinçante quand il faut.

– Le traducteur est encore une femme. Je me trompe peut-être, mais j’ai l’impression que deux traducteurs sur trois sont des traductrices.

– Tu peux dire quatre sur cinq. Il faut savoir séjourner dans l’ombre et le silence pour traduire et ce n’est pas une aptitude très masculine, et c’est sans parler de statut social et de conditions économiques, mais ne généralisons pas, nous avons aussi d’excellents traducteurs et de grandes écrivaines.

– Je dois confesser que je suis un peu passé à côté de lui. Chérie, qu’est-ce que tu nous conseillerais de lire ?

– Commencez par son délicieux Petits travaux pour un palais, c’est…

– … l’histoire d’un bibliothécaire fou qui déteste les lecteurs et veut transformer la bibliothèque en un palais inaccessible d’où les livres ne sortiraient jamais, un lieu pur et sacré où les livres ne seraient pas lus et resteraient intacts.

– Tout à fait, Nov. En effet, les livres resteraient à jamais intouchés. Ni maltraités ni mal interprétés. Tu as aimé ?

– Je ne l’ai pas lu, c’est Laszlo qui m’a raconté l’histoire, j’ai trouvé ça complètement braque, mais ça doit être bien, si tu le conseilles.

– Et puis, passez ensuite à l’un de ses chefs-d’œuvre, la Mélancolie de la résistance. Swann, tu aimeras beaucoup, c’est une poétique de la catastrophe, c’est évidemment, très Europe de l’Est. Pour revenir à ton sujet, je dirais que c’est une esthétisation du chaos en butte à l’irréalisme politique.

– Ma chérie, je ne suis pas sûr de te suivre, mais j’adore la formule ! Je vais voir si je peux trouver le livre en français.

– Nov, c’est aussi un livre pour toi. Il est un peu plus long que les Petits travaux, mais l’un des personnages principaux est une baleine. Alors qu’on se demande si la fin du monde arrive, alors que la situation semble désespérée, un cirque arrive avec comme seule attraction un énorme cadavre de baleine, sans que l’on sache si c’est un signe ou si cela vient s’ajouter à la liste interminable d’événements absurdes. C’est absurde et terrifiant, puisqu’il les forains sont escortés par une armée de vandales hypnotisés qui pourraient peut-être saccager la ville.

– Excellent ! On dirait une histoire de zombies. Au fait, vous pourriez m’expliquer simplement ce que ça veut dire réalisme politique.

– Oh, quelle jolie question ! Je suis très impatiente d’entendre mon bel idéaliste de mari répondre. Je serais tentée de dire que le réalisme politique est la religion de l’ordre, un ordre sacralisé et prioritaire. D’ailleurs, à la fin du livre, un certain ordre est rétabli, la caravane est chassée du pays, les complices des forains sont emprisonnés et les forains sont accusés de travailler pour le compte de services secrets étrangers, mais je ne dis pas tout.

– Intéressant. Pour le réalisme politique, je peux essayer de donner mon avis, oui. Disons… ah non, ce sera pour plus tard. Appel de l’ambassade, je dois y aller. Merci d’exister, vous deux.

– Ça roule. Moi je vais essayer de dormir un peu. Kissous Mam…

*****

Belgrade, IN hotel, jeudi, tard dans la nuit

Impossible de fermer l’œil, j’ai dû beaucoup dormir dans le bus. Remarque, j’étais bien dans mon rêve avec… zut, j’ai déjà oublié son nom, la vieille femme aux bottes de jardinage. Jules avait raison, j’aurais dû l’écrire. Je pense à Olga aussi. Bipolaire ? Je vais regarder sur Wikipédia. « Trouble de l'humeur caractérisé par une succession d'épisodes maniaques et d'épisodes dépressifs. » D’accord ! Donc, épisode dépressif quand elle était enfermée dans sa cabine sur le Françoise-Sagan et épisode maniaque – quel nom terrible ! – quand elle m’a écrit sa lettre d’injures. Bon, je dois me tromper, mais ça ne m’a pas l’air extrêmement grave jusque-là, en tout cas, ça ne mérite pas d’être interné de force et attaché à son lit. En même temps, si Emil est inquiet, il doit avoir ses raisons.

Allez, je vais lire un peu, ça va peut-être faire venir le sommeil. Chapitre 43, “Écoutez !”. Bon, là, l’auteur veut nous prévenir que quelqu’un est caché quelque part dans le bateau. Il va falloir attendre pour comprendre. Chapitre 44, “La carte”. Très, très intéressant. Le titre évoque les cartes marines qu’Achab consulte, mais pas seulement pour tracer sa route, surtout pour essayer de deviner celle de MB et prévoir le moment où, de façon probable ou quasi-certaine, ces deux routes se croiseront. En fait, le chapitre porte surtout – encore une coïncidence ! – sur la “folie” du capitaine. Melville n’est pas psychiatre, il parle de folie. Emil n’aime pas ce mot et je le comprends. Je me demande si Achab souffre aussi de bipolarité. Si j’en crois Wikipédia, il coche pas mal de cases. « Sa folie prenait un galop effréné jusqu’à ce que la lassitude lui vienne et que défaille sa pensée ! », là on a bien les deux épisodes. Les épisodes de dépression, je pense que c’est surtout à terre qu’il les avait, sur le bateau, ce qui est décrit, c’est son hyperactivité, la diminution du sommeil, l’estime de soi démesurée, et puis, évidemment, les comportements à risque… ça, j’ai bien peur que ça arrive bientôt. On parle aussi d’automutilation, est-ce qu’on n’y est pas là : « Il dort les poings serrés et s’éveille les clous sanglants de ses ongles transperçant ses paumes » ? Il y a encore ce paragraphe terrifiant, « l’esprit torturé qui brillait dans ses yeux et semblait être Achab, n’était en fait qu’une forme vide, une apparition vague et somnambulique, un néant en soi. Que Dieu te vienne en aide, vieil homme, car tes pensées ont engendré un étranger en toi ». Je me demande ce qui a pu inspirer Melville dans ces descriptions. Est-ce qu’il avait ce genre de malades dans son entourage ? est-ce qu’il avait lu ça dans des livres de médecine ? est-ce qu’il a inventé purement et simplement ? ou est-ce qu’il était… ?  

Chapitre 45, “Témoignages”. Alors là, je sais que je vais choquer certains et certaines, mais pour moi, c’est vraiment le genre de chapitre dont on aurait pu se passer. Tout retombe, c’est nul ! On quitte le Pequod, on oublie Achab et on se fait assommer par des pages de références à d’autres bateaux et d’autres baleines. Quand on a déjà écrit trois-cents pages et qu’on va en écrire encore deux-cents, on évite les digressions bavardes. C’est l’avis d’un lecteur déjà fatigué, qui ne voit plus depuis longtemps le port de départ et qui est loin de distinguer le port d’arrivée… qu’il n’atteindra peut-être jamais.

Chapitre 46, “Conjectures”. Retour à l’analyse psychologique du capitaine Achab. C’est court et monstrueux et ça explique bien ce qu’il se passe. « Pour arriver à ses fins, Achab avait besoin d’instruments ; et de tous les instruments les hommes sont les plus exposés à se détériorer. » Bon, c’est officiel, on a affaire à un grand malade, mais un malade diaboliquement intelligent. Il craint une rébellion de Starbuck et une mutinerie de l’équipage ; il a réussi à manipuler ses marins, mais, comme il dit, ils sont capricieux et changeants comme le temps et leur enthousiasme fou risque de retomber, alors il faut ruser. Pour les garder sous emprise, il faut satisfaire leur “sordidité” (je me permets une remarque, j’aurais dit plutôt, mesquinerie ou médiocrité…) et les laisser pêcher normalement pour se remplir les poches en attendant la rencontre avec MB. « Il fallait rester fidèle au but normal, présumé de la croisière du Pequod, s’en tenir aux us et coutumes, et même se contraindre à afficher l’intérêt passionné qu’on lui savait pour son métier. » Bref, il fallait simuler la normalité. Je crois que c’est exactement ce qu’Emil appelait le masking. Mais pour Olga, elle n’a jamais manipulé ou exploité les gens pour servir ses intérêts, elle faisait toujours passer les autres avant elle. D’ailleurs, il faut que j’arrête de comparer Achab à Olga, ils n’ont vraiment rien à voir.

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16 juillet 2026 4 16 /07 /juillet /2026 02:49

D’accord, il te l’a donné, mais sérieusement, qui accepte ça, du fil ? et à retordre en plus ?

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15 juillet 2026 3 15 /07 /juillet /2026 02:52

– Il n'est pas encore 9h et je suis déjà exténué, 24 heures pour une journée, c’est trop long ! Tu imagines si la Terre tournait sur elle-même en 2h36, tu partirais bosser à 8h, normal, et 17 minutes plus tard, ce serait déjà l’heure de rentrer.

– D’accord, donc tu rentres à 8h17, tu dînes, tu te brosses les dents et tu vas directement te coucher. Ça veut dire, pas le temps de regarder “Mariés au premier regard” et surtout, 16 minutes plus tard, tu dois te lever et foncer au bureau. Et attends, imagine que tu ne trouves pas un dossier hyper important, tu le cherches, dans le bureau, dans le salon… ouf, il est là, oui mais bam !, il est déjà 8h21, évidement, c’est toujours dans ces cas-là que l’ascenseur est en panne, donc tu arrives en retard. Le patron te convoque, bla bla bla, tu rentres chez toi, il est trop tard pour dîner, en plus tu ne trouves pas le sommeil, tu dois te lever, tu pars bien au travail à 8h, mais tu es épuisé, ton système immunitaire est affaibli et tu attrapes la grippe, alors, tu dois t’arrêter dix jours, ce qui fait à peine 24h. Allez, tu reviens au bureau un peu moins fatigué, ça pourrait être une bonne nouvelle, mais en fait, ça irrite tes collègues qui ont dû faire ton travail, rentrer chez eux à 8h18, voire 8h19 pour les plus lents, l’atmosphère se dégrade, ça dégénère franchement, insultes, coups bas, dénonciations, une bagarre éclate et Pauline, la jeune stagiaire, est gravement blessée, évidemment, tu es licencié pour faute grave, ton travail et celui de la stagiaire est réparti, tes collègues se mettent en grève et la boite fait faillite. Donc, le chômage augmente de 17 %, ça entraîne des émeutes, les gens manifestent, quand ils ne sont pas dans la rue, ils sont en prison, dès qu’ils en sortent, ils font des A.G. interminables pour élaborer des plans de luttes, plus personne n’a le temps ni l’envie de faire l’amour, la natalité baisse de 19 %, le nombre de dépressifs augmente de 22 %, les boulangers sont touchés comme les autres, donc une pénurie de pain s’installe, le mécontentement augmente, les manifestations se durcissent et deviennent des révoltes sauvages, le gouvernement est renversé, le nouveau pouvoir n’a plus les moyens de payer les militaires aux frontières, les pays voisins en profitent pour nous envahir, les influenceurs sont kidnappés et ne peuvent plus créer du contenu, les salles de sport ne sont plus entretenues, les sources de frustration se multiplient, plus aucun antidépresseur n'est disponible dans aucune pharmacie, les gens n’ont plus d’argent pour nourrir leurs animaux, ils les relâchent, les rues sont envahies de chats, de chiens et des cochons d’Inde qui redeviennent sauvages, les points de deal ne sont plus alimentés, les stations-service sont à sec, les sociétés d’aide à la personne ferment, les personnes âgées et les handicapés meurent, impossible de trouver des corbillards, les cadavres s’accumulent dans les appartements, une odeur pestilentielle envahit les villes, ça attire les charognards qui eux-mêmes attirent les…

– Tu as raison, finalement vingt-quatre heures, c’est bien.

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14 juillet 2026 2 14 /07 /juillet /2026 02:23

Les nuits de notre hiver austral sont plutôt fraiches cette année, mais je sens bien que ce n’est pas le moment de me plaindre.

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13 juillet 2026 1 13 /07 /juillet /2026 02:49

Une culture de la référence est en train de s’installer massivement. C’est une version 2.0 de la citation. Inutile de perdre son temps à regarder un film jusqu’à la fin ou à lire un livre en entier, puisqu’une âme charitable isole pour vous, sur le Net, les passages à connaître, pour les citer ou les reconnaître.

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12 juillet 2026 7 12 /07 /juillet /2026 02:03

L’époque du stylo plume et du râteau est révolue. On ne touche plus. Cela aurait-il quelque chose à voir avec notre manque de tact ?

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11 juillet 2026 6 11 /07 /juillet /2026 02:33

– Salut, attention, tu as fait tomber ton livre. C’est bientôt le terminus.

– Salut, tu parles serbe toi aussi !

– Hou là, reviens frère, je suis français, comme toi, et je parle français. On va arriver à Belgrade. Tu dormais depuis un bon moment, j’ai dû te secouer un peu, désolé. Fais gaffe, tu as fait tomber ton livre.

– OK, merci ! Et la dame qui était assise à côté de moi, elle est où ?

– Quelle dame ? Je n’ai vu personne à côté de toi. Il y a deux femmes un peu devant.

– Non, non, la vieille dame toute fine, avec des bottes de jardin.

– Dis, tu as pris quelque chose ou quoi ? Attention, ce n’est pas très conseillé, ici. Tu sais que c’est chaud en ce moment, à Belgrade. Ça bouge de plus en plus et on peut vite passer pour un “agent de l’étranger”, comme ils disent. Je te conseille d’être prudent. Ils peuvent être très sévères avec les étrangers qui consomment. Tu es tout seul ici ?

– Non, il y a un ami qui doit m’attendre.

– OK, c’est mieux comme ça. Ça va aller ?

– Oui, c’est juste que j’ai fait un rêve complètement improbable. C’était la vieille dame en bottes… elle m’a raconté cette histoire de nuage… un échange de pieds de deux soldats morts… on les a déterrés… parce qu’un garçon avait vu un nuage en forme de pied… il a fallu donner un esturgeon au douanier…

– … ben oui, normal. Dis, tu es un artiste, toi !

– Attends, le plus incroyable, c’est la dame, elle était tellement réelle dans mon rêve. Là, tout près, assise à côté de moi. Je n’arrive pas à croire que c’était un rêve tellement c’était réaliste.

– C’est un peu le principe du rêve. C’est rare que tu te dises dans ton rêve, calmos, le gars avec un couteau qui me poursuit, c’est un faux, pas la peine que je m’enfuie, je vais me réveiller dans quelques minutes.

– Oui, c’est vrai, mais il y avait encore autre chose de vraiment bizarre, je parlais couramment serbe avec elle.

– Ah oui ? Vas-y, dis-moi quelque chose en serbe.

– Non mais maintenant, je ne sais plus. En fait, c’est comme si je savais des trucs que normalement, je ne sais pas. Sur l’histoire de la guerre, par exemple, ou les noms des gens ou des villages.

– Ça, ça arrive souvent, on est capable de faire des choses incroyables dans les rêves, comme soulever un camion pour dégager un chaton ou jouer un concerto au piano, sauf qu’en fait, on ne fait pas réellement ça. Et puis les trucs bizarres, dans les rêves, c’est un peu la norme. Faut pas s’inquiéter. Heureusement qu’on n’interne pas les gens parce qu’ils font des rêves de détraqués, sinon, il n’y aurait plus personne pour conduire les bus… et plus de passagers pour les remplir. Moi, j’ai moins d’imagination que toi, je fais très souvent le même rêve.

– Vas-y, raconte.

– Je dois prendre l’avion et j’ai des tonnes de bagages à faire et je n’arrive pas à ranger tout ça dans mes valises et je vois l’heure passer et j’angoisse parce que je vais rater l’avion ou le train. Rien de très méchant apparemment, sauf que je fais ce rêve au moins une fois par semaine. C’est pénible.

– Et tu rates souvent ton avion ?

– Je ne sais pas, je me réveille toujours avant. Mais c’est bizarre parce que, dans la vraie vie, je voyage avec un simple sac à dos, j’y fourre rapidement toutes mes affaires en moins de deux. Autre chose, est-ce que tu as reconnu des gens que tu connaissais dans ton rêve ?

– Oui, maintenant je me rappelle. Trop bizarre ! À un moment, il y a ce garçon qui est surexcité et qui crie qu’il voit un nuage en forme de pied. Bon, jusque-là, ça va, sauf que le garçon, il a la tête de mon père.

– Ah ah, ton père encore enfant.

– Oui et non. C’est bien un garçon d’une dizaine d’années, il a un corps d’enfant, mais la tête de mon père adulte. Disons, la quarantaine. Ah oui, je me rappelle aussi du douanier qui ne veut pas laisser passer la glacière avec le pied et l’esturgeon, c’est Macron !

– T’es un comique, toi. Tu devrais noter tout ça, parce que tu vas vite oublier. Remarque, quelquefois, ce n’est pas plus mal qu’on oublie. Au fait, Jules.

– Enchanté, Nov.

– Bon, on arrive, je te laisse. N’oublie pas ton livre, il a glissé sous le siège devant toi. Salut et ne te fais pas trop remarquer.

– OK. Salut.

*****

Emil appela. Nov répondait.

– Ah, je suis content de te joindre enfin, j’ai essayé plusieurs fois cet après-midi, en vain.

– Bonjour Emil. Oui, je pense que je dormais. Je viens d’arriver, je suis à la gare. J’ai un grand sac gris et un petit nua…, enfin, tu devrais me reconnaître facilement.

– En fait, j’ai une mauvaise nouvelle, Nov. J’ai dû aller en urgence à Novi Sad. Olga a fait une rechute. On réfléchit avec son psychiatre, on pense l’hospitaliser. Je te donnerai des nouvelles dès que possible. Pour ce soir, je t’ai réservé une chambre au IN Hotel, c’est dans la rue Antifasisticke borbe, ça veut dire rue des luttes antifascistes, c’est la rue préférée d’Olga. C’est à 15 minutes à pied de la gare, tu dois prendre le pont pour les piétons au-dessus de la nationale qui vient de Zagreb.

– Ah oui, la E 70.

– Hein ? Ce n’est pas plutôt la E 75… je ne sais plus.

– Oui, c’est la route de Zagreb. Zagreb, Ljubljana, Turin.

– Dis donc, un vrai globe-trotter. Bon, Nov, je suis désolé, mais le programme est un peu chamboulé. Ce soir, tu te reposes à Belgrade et demain matin, tu nous rejoins à Novi Sad en bus, tu en auras pour un peu plus d’une heure.

– Vers quelle heure ?

– Attends mon appel.

– Et Olga, qu’est-ce qui s’est passé ?

– Tu sais, ces maladies psychiatriques, c’est autre chose qu’un petit rhume. Elle est bipolaire. Tu connais un peu ?

– Non, pas du tout. C’est grave ?

– Disons que c’est une vraie maladie. Officiellement, on dit trouble pour épargner je ne sais qui, mais je n’aime pas ce mot, parce que ce n’est pas seulement une petite bizarrerie ou un comportement qui dérange, c’est un vrai chaos. C’est une maladie, et une maladie complexe et grave, oui. En plus, souvent, il faut dix ans pour être diagnostiqué, après il faut des années pour trouver les bons médicaments et le bon dosage et pour finir, un traitement efficace un jour, peut cesser de l’être le lendemain. C’est ce qui arrive à Olga ; elle était très sensible au lithium, mais depuis quelque temps, ça marche moins bien. Il va falloir trouver autre chose et ça peut prendre du temps.

– Aïe ! Et en attendant ?

– Dans l’immédiat, la question, c’est de savoir si on l’hospitalise ou pas.

– Et elle, qu’est-ce qu’elle en pense ?

– Malheureusement, ce sera probablement une hospitalisation sous contrainte.

– Ah bon, c’est autorisé en Serbie ?

– Oui, c’est autorisé. En France aussi. Je t’expliquerai tout ça demain si ça t’intéresse, ce qu’il faut que tu comprennes, si ça peut te rassurer, c’est que la vraie contrainte, c’est la maladie, pas l’hospitalisation, c’est la maladie qui l’enferme, c’est la maladie qui lui vole sa liberté, c’est la maladie qui la met en danger et qui la brutalise.

– Je comprends, mais je n’arrive pas à imaginer Olga malade mentale.

– Je sais, c’est une des caractéristiques des bipos, ce sont de très bons simulateurs, ils s’épuisent à faire du “masking”, tu comprends, ils simulent tant qu’ils peuvent la santé et la normalité. Et c’est une douleur de plus.

– Et elle restera longtemps hospitalisée ?

– Non, ça peut ne durer que quelques jours, le temps de la stabiliser, mais les premières heures peuvent être très dures et il arrive que l’on doive recourir à la contention.

– Qu’est-ce que ça veut dire ?

– Ça veut dire qu’on sangle le malade s’il présente un danger pour lui ou pour les autres. On a toujours réussi à éviter ça à Olga.

– Non ! Je pensais qu’on ne faisait plus ça aujourd’hui. Et c’est autorisé aussi en France ? Ça me paraît être une pratique moyenâgeuse, non ?

– Oui, c'est autorisé. Je suis d’accord avec toi, en un sens, c’est un échec pour la médecine et un sentiment terrible d’impuissance, surtout quand on a été baigné dans la culture antipsychiatrique, comme moi. Écoute, on parlera de tout ça demain. Après la manif, on ira à un grand pique-nique et on aura du temps. J’ai entendu récemment votre ministre de la santé, j’ai oublié son nom, qui disait qu’elle voulait une psychiatrie sans contention à l’horizon 2030. Évidemment, tout le monde le souhaite, et les proches des malades les premiers, j’espère sincèrement qu’on y viendra, nous aussi. Mais tu sais, comme il y a un réalisme politique, il y a un réalisme psychiatrique, si tu vois ce que je veux dire.

– Non, pour être honnête, je ne vois pas bien, mais quelle tristesse ! J’ai vraiment envie de la voir, demain. Je ne sais pas ce que je pourrai faire. Je ne comprends pas, j’ai l’impression que tu me parles d’une autre personne.

– Ça lui fera du bien de te voir, elle m’a parlé de toi, mais il faudra absolument que je t’explique deux ou trois choses sur les bipos. On parlera de tout ça. Va te reposer, je t’appellerai assez tôt, vers six ou sept heures, pas besoin de répondre si tu dors encore, je laisserai un message. Bonne soirée. Une dernière chose. Nov, ne porte pas un fardeau qui n’est pas le tien, viens plutôt chargé d’une belle énergie.

– D’accord. À demain.

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10 juillet 2026 5 10 /07 /juillet /2026 02:04

Je voudrais signaler aux amateurs de football qu’on ne voit jamais de joueurs de tennis se faire des croche-pieds, se tirer par le maillot ou se donner des coups de boule.

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9 juillet 2026 4 09 /07 /juillet /2026 02:19

Alors que les cafards, les moustiques et les punaises pullulent, les coccinelles et les papillons disparaissent. Y aurait-il un darwinisme esthétique inversé qui verrait les plus laids survivre ?

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8 juillet 2026 3 08 /07 /juillet /2026 02:40

Je te tiens tu me tiens par l’esperluette

Le premier de nous deux qui rimera

Sera un poët

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7 juillet 2026 2 07 /07 /juillet /2026 02:19

La nostalgie s’attrape de plus en plus tôt. C’était vraiment mieux avant, quand les jeunes laissaient, au moins ça, aux vieux.

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6 juillet 2026 1 06 /07 /juillet /2026 02:27

De nombreux problèmes viennent de ce que l’on croit que les êtres humains sont dans le monde, dans la ville, dans la maison, dans leur couple, etc., comme un œuf est dans sa boîte de douze et qu’on pourrait donc les en retirer, pour les soigner, les instruire, les juger, les comprendre.

L’humanité est un grand “emberlificotement”.  

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5 juillet 2026 7 05 /07 /juillet /2026 02:43

La vieille dame s’assoyait. Nov s’étonna.

– Bonjour, je peux m’asseoir là ? Ton père ne vient pas avec toi ?

– Désolé, je ne parle pas…

– Oui, le gros monsieur avec un accent allemand qui était avec toi à la gare. C’est bien ton père, non ?

– Ah, Laszlo ! Non, c’est un ami. Il est Hongrois… mais désolé, je ne parle pas croate.

– Ah oui, bien sûr, j’aurais dû reconnaître son accent. À propos, félicitations, le tien est parfait, où as-tu appris à parler le serbe ?

– Ah mais non, moi, je ne parle pas croate… je suis français... ni serbe…

– Ah ah, tu te moques de moi ! Tu parles drôlement bien. C’est très rare pour un Français. Dis-moi, Nov, j’ai une question à te poser encore.

– Mais… c’est du serbe que je parle là !

– Absolument, du bon serbe de Belgrade. Mais tu sais, serbe ou croate, c’est presque pareil, on ne s’aime pas beaucoup, mais on se comprend très bien. C’est juste qu’il y a des politiques qui inventent de nouveaux mots pour faire croire qu’on est différents. Dis, je voulais savoir aussi…

– Du bon serbe de… mais non, ce n’est pas possible…

– Arrête, Nov !

– Et comment vous connaissez mon prénom ?

– Donc, je voulais savoir, ce petit nuage qui te suit, il est avec toi ?

– Hein ! Quoi ? Ce petit nuage qui…

– Oui, le petit nuage, d’ailleurs pas si petit que ça. C’est lui que j’ai vu en premier à la gare, mais je ne savais pas s’il était avec toi ou avec ton ami hongrois.

– Le nuage ? Vous le voyez ? Vous voyez Nubecito ? Mon ami hongrois…

– Bien sûr ! C’est difficile de le rater. D’abord, il vole un peu plus bas que les autres et en plus, ça te fait une drôle de lumière sur le visage.

– Une drôle de lumière…

– Bon tu parles bien le serbe, mais pour le moment, tu répètes ce que je dis.

– Je répète… oui, pardon ! C’est parce que, Nubecito – c’est mon nuage –, souvent, les gens ne le voient pas.

– Ça, ce sont les gens des villes, ils regardent par terre ou devant, parce que c’est de là que viennent la plupart des dangers. Enfin, dangers, tu me comprends, je ne parle pas de mines ou de snipers comme au bon vieux temps, je parle des trottinettes et des pavés irréguliers – tu verras à Belgrade, il y en a partout. On raconte que le pouvoir est de mèche avec le lobby des kinés et le syndicat des contre-manifestants.

– Ah bon !

– Mais non ! Il y a aussi les téléphones qui promènent leurs humains. Eux, ils sont prioritaires et tu dois toujours les éviter. C’est comme ça en ville. Quand on habite la campagne, on regarde toujours en l’air et on surveille de près les nuages. Mais mon petit doigt me dit que tu ne viens pas de la campagne, je me trompe ?

– Non, non, j’habite Mexico.

– Ah ah, tu as de l’imagination, moi j’habite Ravok avec Janka.

– Parce que vous connaissez Janka aussi ?

– Je connais une Janka, oui, ma sœur, on vit ensemble. Ravok est un petit village au bord du Danube, juste en face de Vukovar. Tu comprends, nos hommes, la guerre nous les a pris, alors on s’est dit qu’on n’allait pas les remplacer et on s’est installées ensemble, avec ma sœur. C’était il y a trente-trois ans.

– Désolé, je ne savais pas. Et Nubecito ? Enfin, avoir un nuage qui vous suit, vous en pensez quoi ?

– Tu sais, ce n’est pas si rare que ça, ici, les gens qui ont un nuage.

– Ça alors, il faudra que je raconte ça à Moby. Et à votre avis, qu’est-ce que ça veut dire ?

– Ça, je ne sais pas, mais je peux te raconter une histoire de nuage que tout le monde connaît, ici, au village.

Nov s’étonnait. La vieille dame raconta.

– C’est l’histoire de Nadia et Aïdan. C’était deux Yougoslaves. Nadia habitait au village et Aïdan, à Vukovar, juste en face, de l’autre côté du Danube. C’est une histoire que m’a racontée Macha, moi, je n’ai rien vu, mais Macha, je la crois. Ça remonte à la guerre, vers 1990, par là, les deux maris se battaient sur le front. Le mari de Nadia, Marko, était dans l’armée yougoslave qui attaquait Vukovar et le mari de Aïdan, j’ai oublié son nom, il était avec les volontaires croates qui défendaient la ville. Tu sais que ça a été un sacré carnage, surtout du côté croate. Bon, les deux hommes meurent. On ne sait pas trop comment, peut-être une mine, peut-être un bombardement, peut-être une exécution… on ne saura jamais. J’espère que tu n’es pas fragile, parce que la suite, ce n’est pas joli joli. Je continue ?

– Oui, oui, allez-y, j’ai déjà entendu des histoires horribles sur ce massacre.

– Comme tu veux. Le corps de Marko, disons les morceaux qui restaient, sont ramenés au village, et là, on s’aperçoit qu’il a deux pieds droits et pas de gauche, il lui manquait aussi une bonne partie de la mâchoire et il avait un gros trou dans le dos. On n’a pas cherché plus loin, on a nettoyé le corps, on lui a mis des habits propres et on l’a laissé pieds nus. Tu sais, je dis corps, mais le cousin de Macha, c’est lui qui a vu, il lui a expliqué qu’il fallait être médecin pour recomposer le bonhomme dans le bon ordre, autrement, tu ne comprenais rien. Bref, Marko est enterré au cimetière du village. Bon, ensuite, la vie a continué. On a fait deux pays différents, tu as dû apprendre ça à l’école, et chacun a essayé de vivre avec ses souvenirs et ses morts. Voilà.

– C’est triste. Et pour le nuage ?

– Attends Nov, je bois une gorgée. Je te raconte la suite. Plusieurs années plus tard, un monsieur de Belgrade est venu avec son fils pour pêcher l’esturgeon, pas très loin du village. À un moment, pendant que le père pêchait, le fils s’est mis à courir comme un fou en hurlant, « regardez, regardez, là-bas, un nuage en forme de pied ». Le père était occupé à sortir une belle pièce de plus d’un mètre, alors tu penses bien que les nuages en forme de pied, il s’en moquait un peu. Mais l’enfant continuait à hurler, « regardez, là, c’est un vrai pied ». Évidemment, on a commencé à regarder et il a bien fallu se rendre à l’évidence : un nuage, juste de l’autre côté de la rivière, avait une forme de pied. Après, tu sais comment est l’être humain, il suffit qu’une personne regarde quelque part pour que tout le monde regarde et il suffit qu’une personne voie un truc pour que tout le monde le voie. Donc, rapidement, la nouvelle circule et arrive aux oreilles de Nadia. Tout le monde s’accorde vite sur la forme de pied, mais il y a ensuite un débat : pied gauche ou pied droit ? « C’est le gauche, regardez, le pouce est en haut » ; « Non, c’est le droit, le pouce est en haut, mais le pied est vu du dessus, on ne voit pas le talon ». Bien sûr, on n’a pas mis longtemps à faire le rapport avec Marko et ses deux pieds droits. Luka, qui avait été brancardier pendant la guerre, trancha en disant que d’ici, on ne pouvait pas trancher. Et pourtant, il était, de tous et de loin, celui qui avait vu le plus de pieds arrachés. Une décision fut rapidement prise : il fallait organiser une expédition à Vukovar pour voir la chose de plus près. Problème, Vukovar était à cinq cents mètres à vol d’oiseau, mais par la route, il fallait aller chercher un pont, il y en avait pour deux heures en car et en plus on pouvait tomber sur des douaniers tatillons. Qu’à cela ne tienne, l’expédition est organisée et l’équipe est composée : Luka, Macha, Branka sa voisine et Mirna, la nièce de Luka qui avait fait des études. Le lendemain, ils partent pour Vukovar, guidés par le pied dans le ciel. Tout se passe bien, le car ne tombe pas en panne et le passage de la frontière se fait sans encombre. Les difficultés commencent à Vukovar parce que le pied était assez haut, pratiquement au-dessus du centre-ville et on ne pouvait pas interroger tous les passants. Heureusement, Luka avait un ancien collègue à la morgue, un Serbe.

– Ah ! Il y a des Serbes en Croatie ?

– Bien sûr ! C’est pour ça, justement, la guerre. Partout où il y a un Serbe, c’est une terre serbe, disait Milosevic. Bon, je continue. Luka va trouver son ex-collègue et lui demande s’il y a des endroits où on range les morceaux de corps sans propriétaire reconnu, et notamment des pieds. Il lui explique et lui raconte l’histoire du nuage. L’ex-collègue lui répond que non. Lui, il ne voyait pas le nuage, mais ça ne voulait rien dire parce qu’il était myope et n’avait pas l’argent pour changer ses lunettes. Mais surtout – attention, renversement de situation, tu es prêt ?

– Bien sûr, allez-y.

– Il dit qu’une fois, il a recomposé un corps, avant de l’enterrer, avec deux pieds gauches. Ou deux droits peut-être. Ce n’était pas vraiment rare des histoires comme ça, parce que les fosses communes avaient été plusieurs fois déplacées avec des gros bulldozers. On disait aussi qu’on avait mélangé exprès les parties des corps, mais ça, il ne savait pas si c’était vrai. Bon, je passe les détails, l’équipe se met à la recherche de la femme du défunt et ils la trouvent.

– Et c’était Aïdan.

– Bravo ! Alors, elle confirme que son mari a bien été enterré avec deux pieds gauches, mais sans main droite. Ils regrettent pour la main, ils ne pourront rien faire, mais ils proposent de faire l’échange des pieds après vérification.

– C’est hallucinant, cette histoire ! J’ai du mal à croire qu’elle est vraie !

– Et pourtant… Mais attends, ce n’est pas fini. Il restait une difficulté de taille : passer la frontière avec les pieds. Exhumer les corps et récupérer les morceaux échangés a été facile, mais pour passer la frontière, il a fallu réfléchir. C’est Luka qui a trouvé. Il avait une grande glacière pour transporter les esturgeons. Tu devines la suite. Luka et Mirna sont repartis avec la glacière et dedans, un esturgeon, beaucoup de glace et un pied droit.

– Et comment ils ont su lequel était celui de Marko ? Ils avaient des pointures différentes ?

– Ah ! Excellente question. Ils n’ont pas su. Je dis pied, mais il faudrait dire morceau de corps. Les deux morceaux rentraient facilement dans les chaussures de Marko, alors ils ont choisi au hasard. Au poste-frontière, tu sais comment ça marche, il a fallu s’arranger. Le passage a couté, après une négociation serrée, un esturgeon. Le problème, c’est que c’était difficile de repasser une deuxième fois avec l’autre pied, en plus il n’y avait plus d’esturgeon. Alors Aïdan a joué gros, elle l’a envoyé par la poste, de Vukovar à Belgrade, chez l’ex-belle-sœur de Luka où il l’a récupéré. Dans le colis, elle avait ajouté un saucisson au paprika qui sentait assez fort. Et c’est passé… comme une lettre à la poste.

– C’est du délire !

– Attention, Nov, tu as fait tomber ton livre.

– Quoi ?

– Eh, gars, attention, tu as fait tomber ton livre, il a glissé sous le siège. On arrive bientôt.

– Hein ?

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4 juillet 2026 6 04 /07 /juillet /2026 02:17

Le mélancolique est celui qui n’a pas encore l’âge d’être nostalgique.

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3 juillet 2026 5 03 /07 /juillet /2026 02:23

Déjà, à la base, je suis dysrythmique (je ne parle pas de mon cœur qui bat très bien, merci, mais de mon aptitude à suivre des cadences musicales), alors vous imaginez bien que tourner à trois temps, sur deux pieds, a toujours été pour moi un problème de géométrie dans l’espace insoluble.  

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2 juillet 2026 4 02 /07 /juillet /2026 02:05

Pour votre summer body, désolé, c’est trop tard, en revanche, vous pourriez dès maintenant travailler votre autumn mind.

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1 juillet 2026 3 01 /07 /juillet /2026 02:17

Dès qu’on la revendique pour soi, on se prend celle de l’autre en pleine figure ; tel est le problème de la liberté. Ou peut-être se trompe-t-on sur son sens.

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30 juin 2026 2 30 /06 /juin /2026 02:58

Pour l’attirail, je ne sais

mais à la courte paille

elle compte, la taille.

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