Si Dieu existe, il est tisserand, pas potier.
Si Dieu existe, il est tisserand, pas potier.
Je balance entre Hegel et Vince (mon copain coach de life). Certes, ce n’est pas le but [Zwecke], mais le développement progressif de la réalisation [Ausführung] qui importe. OK mais d’un autre côté, cocher des cases sur sa to-do list, c’est tellement cool.
C’est bien regrettable que l’on perde au réveil notre talent d’écrivain et de cinéaste. C’est invérifiable et il faudra me croire sur parole, mais mes rêves n’ont rien à envier ni à Almodovar ni à Murakami.
Ou peut-être est-ce cela l’art, un rêve que la nuit n’a pas retenu.
Comme tout ce qui se fait assis, l’écriture est sans risque, mais presque tout ce qui se fait debout n’a ni style ni profondeur. Alors, nous coucherons-nous ?
On assiste à une curieuse inversion des courbes. Nos constructions se délabrent de plus en plus vite quand nos corps tiennent de plus en plus longtemps. Elle est finie l’époque où l’on ne pouvait voir la construction d’une cathédrale du début à la fin. Aujourd’hui, c’est le pont ou le hangar qui ne voient pas mourir ceux qu’ils ont vus naître.
Je ne suis ni statisticien ni sociologue et je ne veux tirer aucune conclusion, je note simplement ceci : d’une part l’augmentation des violences conjugales et d’autre part le boum du marché des animaleries (nourritures, jouets, vêtements, produits de toilettage…).
C’est tout.
Comme certains cueillent les champignons, je cueille moi les sourires. Quand j’en trouve un – et on trouve souvent de bien jolis spécimens, mais curieusement les saisons sont inversées par rapport aux champignons –, cela me met en joie, cela augmente ma puissance d’agir pour le dire avec Spinoza qui ne souriait pas du visage mais de la pensée.
Laisse-toi porter par le vent de la vie au lieu de résister, de t’imposer ou de programmer. Et puis, regarde comme elle est belle la feuille du platane quand vient l’automne, vois comme elle illumine l'ennui dans une chorégraphie de feu, vois comme elle sublime le dénouement dans une calligraphie du hasard. Non ?
Les coachs et les enseignants sont différents. Ces naïfs s’imaginent qu’il est nécessaire de savoir-faire pour transmettre.
Le problème avec les autres, c’est qu’ils sont beaucoup trop nombreux. Il en faut toujours un et quand il y en a un, ça va, mais huit milliards, ce n’est plus jouable.
En plus, allez savoir pourquoi, juste le jour où je veux visiter la Sagrada Familia, ils s’y donnent tous rendez-vous. À croire qu’ils me suivent, tous, et m’imitent…
Même quand ça coule pas, ça coule quand même, aurait dit Jean-Claude Lumière, exégète mal connu d’Héraclite l’Obscur.
Il faut savoir être reconnaissant. Le monde moderne travaille à l’intégration des gens comme moi qui se perdent partout et toujours. Prenez par exemple ce que j’appellerai les cheminements accompagnés. On les trouve de plus en plus dans ces lieux hostiles où l’excès de signalisation vous désorientent inévitablement. Je pense aux aéroports, magasins (enfin les "concept stores"), musées… Impossible désormais de s’égarer, vous êtes aimablement chaperonné dans des parcours sinueux et ludiques, mais toujours clairement balisés.
La moindre des choses, c’est bien de n’être pas ingrat et d’acheter un mug “Montres molles” au musée Dali ou un Toblerone géant à l’aéroport de Marrakech.
La pensée est au langage ce que la purée est à la pomme de terre. Pas de purée sans pomme de terre, mais toute pomme de terre ne devient pas purée.
Il existe des liens, non pas secrets mais ténus, entre beauté et santé, entre lenteur et bonté, entre joie et mouvement, non pas fragiles mais peu visibles, entre voyage et silence, entre récit et paix, entre littoral et avenir, des liens qui accordent, entre chemin et estime, entre corps et connaissance, mais qui pourraient rompre.
C’est bien les téléphones portables au restaurant, maintenant vos voisins de table, tout occupés qu’ils sont à tapoter, sont totalement silencieux.
Hier, colique néphrétique. Douleur suraiguë. Insupportable. J’ouvre au hasard les Entretiens d’Épictète. Heureusement pour lui, il n’était pas en face de moi autrement je lui aurais balancé le livre à la figure avec une bonne mandale en supplément. Le con !
C’est une hypothèse que je n’ai pas les moyens de vérifier, mais je pense que les lecteurs disparaîtront avant les écrivains. On verra si un écrivain survit longtemps sans lecteurs.
Bon j’avoue, d’autres problèmes sont sans doute plus urgents et plus graves.
Le temps manque. Le temps manque pour lentement prendre le temps de penser.
Comme tout le monde, en vieillissant, le funambule devint presbyte. Le sol, jusqu’alors lointain et flou, se rapprocha brutalement pour devenir clair et net. Il comprit vite que ce qu’il prenait pour de charmants champs de tournesol n’étaient que des mines de phosphate à ciel ouvert. Horrifié par sa découverte, le funambule chercha à se suicider, mais ne trouvant ni corde, ni pistolet, ni strychnine, il décida de tenter le grand saut. Utilisant son balancier comme une perche, il s’élança le plus haut qu’il pût, visant – on ne sait jamais – le paradis. C’est à ce moment précis que votre serviteur perd la trace de son personnage ; il se voit contraint de s’arrêter là et vous prie de bien vouloir l’excuser.
Elles ont toujours quelque chose à dire, nos mains.
Prenez trois mots. Par exemple, crème catalane, orgasme et alpaga. Vous en trouverez facilement la définition dans n’importe quel dictionnaire. La définition, c’est-à-dire selon ces mêmes ouvrages, les caractéristiques essentielles, le sens, les propriétés, le contenu…
Moi qui aime beaucoup la crème catalane, je reste sur ma faim avec sa définition qui n’a vraiment pas le goût d’une crème catalane, ni d’une crème brûlée d’ailleurs. Quant à la définition de l’alpaga, elle ne permet pas de sentir la douceur de ses poils. Pour l'orgasme, c'est encore plus frustrant.
Certes, les définitions renseignent, mais ne laissent-elles pas de côté l’essentiel de ce qu’elles définissent ?
… hier, je voulais conclure par un claquant ‘vivre, c’est texter’, mais le mot est déjà pris. Il y a aussi ‘vivre, c’est textualiser’, mais ça fait trop technique. ‘Vivre, c’est texister’, ou ‘vivre, c’est texciter’… là, ça devient n’importe quoi.
Bon, la vida quoi !
La vie est un songe ? un mensonge ? une ombre ? une illusion ? une frénésie ?
Je dirais plutôt un texte. Parfois on l’adresse aux autres, parfois on se l’adresse, mais toujours on (se) raconte, même quand on (se) tait.
Je crois que le grand absent de la recherche et de l’enseignement aujourd’hui est le corps, notre corps. Nous devrions tous commencer par apprendre à respirer, manger, déféquer, parler, courir, faire l’amour, dormir, crier, mimer. Hier on disait, ces choses-là sont viles et d’autres objets plus nobles doivent nous occuper l’esprit. Aujourd’hui on dit ces choses-là sont naturelles, il est inutile de les apprendre.
Bref, on a tous entre les mains un Stradivarius et on répète, sans même savoir s’accorder, Douce Nuit sur une seule corde.
Je me pose une question dont je n’ai pas la réponse. Une même personne écrit-elle différemment selon qu’elle utilise un ordinateur ou un cahier et un crayon ?