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C'est Peu Dire

  • : Les Restes du Banquet
  • : LA PHRASE DU JOUR. Une "minime" quotidienne, modestement absurde, délibérément aléatoire, conceptuellement festive. Depuis octobre 2007
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Et Moi

  • AR.NO.SI
  • Philosophe inquiet, poète infidèle, chercheur en écritures. 55° 27' E 20° 53' S

Un Reste À Retrouver

11 août 2026 2 11 /08 /août /2026 02:23

Ah, les vacances ! Ce temps libre et sain pour retrouver l’essentiel noyé dans les contraintes de nos vies insensées. Ce temps essentiel pour redevenir libres et sains. Chips et rosé essentiels, quiz de jingles essentiels, querelles familiales essentielles, ping et tongs essentiels, embouteillages et coups de soleil essentiels…

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10 août 2026 1 10 /08 /août /2026 02:32

A vroom of one’s own.

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9 août 2026 7 09 /08 /août /2026 02:31

Il faut reconnaître que c’est assez bien fait. Imaginez que le moineau barrisse ou que le chacal roucoule, que le gorille croasse ou que la bernique rugisse. Oui, décidément, c’est assez bien fait.

Enfin, sauf pour cette injure abjecte faite à l’Espagne, cette attaque sournoise contre le cinéma populaire, ce blasphème insupportable. Mais qui a pu laisser passer ça ? Je parle bien sûr de ce cri monstrueux, pervers et belliqueux, cet odieux “léon” lâché par le paon mâle ­- par ailleurs l’une des merveilles de la nature.

Quelle honte ! Et le plus souvent, devant des jeunes filles.

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8 août 2026 6 08 /08 /août /2026 02:28

A groom of one’s own.

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7 août 2026 5 07 /08 /août /2026 02:59

Hier, vers quinze heures, au beau milieu d’une sieste légitime, sans cause ni raison, une idée terrifiante m’a douloureusement traversé l’esprit. Dans un peu moins d’un an aura lieu l’élection présidentielle.

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6 août 2026 4 06 /08 /août /2026 02:58

A beach of one’s own.

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5 août 2026 3 05 /08 /août /2026 02:04

Je crois que je n’aurais pas aimé en être une. Elles s’expriment peu, il est vrai, et il est difficile de savoir ce qu’elles ressentent. Elles se tiennent là, immobiles, indifférentes, peu soucieuses de plaire. Elles ne sont peut-être pas malheureuses, pourtant, non, je n’aurais pas aimé être une bernique (mais, rien de personnel).

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4 août 2026 2 04 /08 /août /2026 02:09

Je peux me tromper, mais je pense qu’on donne trop d’importance à la méthode, une voie pour tous qui laisse peu de chance aux voix singulières.

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3 août 2026 1 03 /08 /août /2026 02:01

Et des collèges “no kids” ?

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2 août 2026 7 02 /08 /août /2026 02:03

Je, un autre ! Alors un autre myope, partial et bien trop proche pour juger ou seulement voir. Non, je est le même.

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1 août 2026 6 01 /08 /août /2026 02:01

De mémoire, je ne pense pas avoir déjà été si vieux.

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31 juillet 2026 5 31 /07 /juillet /2026 02:37

Belgrade, IN hotel, vendredi, une heure

Toujours pas sommeil, c’est la dernière fois que je fais la sieste. Qu’est-ce que je l’aime, ce Moby ! Je pense que c’est mon premier vrai ami. (Je ne compte pas Vera, bien sûr, elle, c’est autre chose. (Oui mais quoi ?)) Allez, chapitre 49, “L’hyène”. Un de mes chapitres préférés. Sauf pour le titre, à mon humble avis, la comparaison avec l’hyène (ça sonne bizarre, j’aurais dit la hyène) n’est pas très bonne. Les hyènes n’ont vraiment rien de commun avec Ismaël. Il faudrait vérifier auprès de Manon, mais pour moi, ce sont des charognards sournois, trouillards, profiteurs et le pire, c’est leur rire sarcastique qui a quelque chose de diabolique. Ou alors elles sont victimes, comme les requins, les cafards et les rats hongrois, d’un délit de faciès. Passons. D’abord, petit retour en arrière : après le naufrage de la baleinière de Starbuck et la nuit passée dans l’eau, les marins sont inespérément récupérés par le Pequod. Ismaël médite alors sur la mort, la vie, ce qu’on peut espérer et le sens de tout ça. C’est profond (enfin vu du bateau, parce que je n’ai pas plongé pour vérifier…) et assez drôle (disons, humour noir), j’aime assez cette philosophie moqueuse, même si je ne suis pas sûr de comprendre toute sa subtilité. (Mam, socorro!) En tout cas, on voit bien que c’est un changement de cap (métaphore de circonstance !) : dorénavant, après avoir côtoyé la mort et rédigé son testament, Ismaël mènera sa barque sans peur ni boussole (et moi, je file la métaphore, ah ah !), goûtant tranquillement chaque nouveau jour comme un supplément de vie. Telle est sa nouvelle “philosophie désespérée”. Philosophie libre, insouciante, joyeuse et… désespérée ! Un peu contradictoire comme expression, non ? C’est peut-être la traduction ? J’aurais dit plutôt, “philosophie de survivant”, mais pas au sens où il se bat contre le destin et la mort et s’acharne à vivre, plutôt au sens où il prend ce qui vient, sans rien attendre, sans rien espérer. Ce n’est pas non plus une “philosophie de fataliste” puisqu’il devient détaché et serein.  Il comprend qu’il n’y a rien à comprendre et accepte que tout, vraiment tout. Plus rien n’a d’importance, l’univers, l’existence, la vie, la mort… tout cela n'est qu’une grosse farce, une énorme blague sur laquelle on n’a aucune prise. Une phrase résume bien : « ce qui, l’instant d’avant, dans sa ferveur lui apparaissait si grave, ne lui semble plus qu’une scène de la farce universelle. » Comme si la corde de la vie n’avait plus qu’un seul brin, plus de liberté, plus de nécessité, seulement un immense hasard universel et délirant. Une “philosophie de bouffon”, peut-être.  J’ai envie de vous citer tout le paragraphe. Allez, encore la dernière phrase pour avoir le goût et l’odeur quand même : « Et maintenant, me disais-je, en remontant inconsciemment mes manches, en avant pour un plongeon glacé et de sang-froid dans la mort et la destruction. Chacun pour soi et Dieu po… »

*****

Nov ne dormait pas. Emil veilla.

« Il est deux heures, tu dois dormir encore. Pour demain. Plus sûr de venir en train, il pourrait y avoir beaucoup de monde et des embouteillages. Prends celui de 9 heures qui te fait arriver à 9 heures 43 à Novi Sad. Attention, la gare est toujours fermée (tu connais l’histoire tragique et scandaleuse de l’auvent, j’imagine), le train s’arrête à Petrovaradin, après, tu prends une navette gratuite qui part de la rue Preradovic, juste en face et qui te conduit au centre-ville, devant le Théâtre national serbe. On se retrouve là. Achète un sandwich et une bouteille d’eau avant de partir. Après la manif, on ira à un grand pique-nique citoyen au Danube Park, tu rencontreras beaucoup d’étudiants comme toi, Olga nous y retrouvera, elle va un peu mieux. En attendant de trouver un nouveau thymorégulateur (pour stabiliser l’humeur), on a modifié le dosage du lithium. J’aurai le temps de t’expliquer deux ou trois trucs, ce qu’elle a et comment il est préférable de s’y prendre avec elle. On est nombreux à tenir beaucoup à elle. On y arrivera. À tout’. »

*****

Belgrade, IN hotel, vendredi, deux heures vingt (du matin !)

Deux bonnes nouvelles en même temps, Starbuck et son équipage ont été récupérés par le Pequod et Olga va mieux, je suis rassuré. Une mauvaise nouvelle, je n’ai toujours pas envie de dormir. J’ai lu qu’un des symptômes de la phase maniaque de la bipolarité, c’est l’absence de sommeil. Bon, on va peut-être attendre un peu avant de m’interner. (Pas sûr que je sois très drôle !) Je continue, chapitre 50 (encore 135 !), “La pirogue d’Achab, son équipage. Fedallah”. Le titre annonce trois parties. D’abord, une leçon de vocabulaire : nable, tolets, épinglettes de bois, bordé de cuisse, gouge. (Quand tu ne connais même pas les mots dans ta propre langue ! Je pense à la difficulté de traduire.) Ensuite l’explication de l’intégration rapide des quatre étranges fantômes jaunes, les Philippins : elle n’est pas due à leur sociabilité, mais aux autres marins qui sont tout aussi bizarres. Je cite : « des rebuts indicibles surgissent de nations étrangères, de coins inconnus, de dépotoirs de toute la terre, pour équiper ce hors-la-loi flottant qu’est un navire baleinier. » Charmante compagnie !  Enfin, une courte évocation de Fedallah, qui ne s’intègre pas, lui, et continue d’inquiéter, il est comme « un personnage que les habitants civilisés, domestiqués de la zone tempérée ne voient qu’en rêve et encore confusément », personnage de rêve, ou de cauchemar, qui semble avoir une sinistre influence sur Achab lui-même.

Chapitre 51, “Le souffle-esprit” (?). Melville décrit l’attente, le silence et l’absence qui règnent à bord. Enfin, le silence argenté d’une nuit de lune est rompu par une apparition fugitive et terrifiante, presque surnaturelle. « Ce fut tandis que nous glissions dans ces dernières eaux par une sereine nuit de lune, tandis que les vagues s’enroulaient en volutes d’argent et que leur doux bouillonnement diffus transformait la solitude en silence argentin, ce fut par une telle nuit silencieuse que bien au-delà de la blanche écume de l’étrave nous vîmes un souffle argenté. La lumière de la lune le faisait paraître céleste ; on eût dit, sortant des flots, quelque dieu étincelant, paré de plumes. » C’est beau ! Tout le monde s’agite, tout le monde s’excite et Achab traverse le pont dans tous les sens et donne des ordres à tout va. Ensuite, pendant plusieurs jours et plusieurs pages, ce souffle solitaire et blanc apparaît puis disparaît pour réapparaître un peu plus loin jamais très longtemps. Et pendant ce temps, Achab se tient en retrait, dans une “ombrageuse réserve”. Tiens, ce ne serait pas un épisode dépressif après l’épisode d’exaltation provoquée par l’apparition ? Ou peut-être que c’est tout l’équipage qui est bipolaire et passe en phase dépressive : « la nuit, les hommes opposaient un mutisme pareil aux cris aigus de l’Océan ; taciturnes, ils étaient bercés dans leurs boulines et sans mot dire. » Ou peut-être que je devrais arrêter de voir des bipolaires partout, depuis que je connais le mot ! Ou peut-être… Ah ! message de Mam. 

*****

« Mon voyageur-écrivain préféré, je lisais toujours avec un peu de retard ton journal qui me ravit, mais Vera vient de m’installer une notification qui me prévient chaque fois que tu mets en ligne un nouvel article. C’est tellement plus enlevé et rafraîchissant que les thèses de certains de mes étudiants. L’air du grand large, sans doute, et le souffle des belles rencontres. Et ne dis pas que j’exagère, je suis objective et impartiale ! Tu me demandes si Achab ou Melville sont bipolaires. Il y aurait tellement à dire et je sais que tu préfères des réponses succinctes.

Je commencerai par Ismaël, le marin-narrateur, il est à la fois dedans et dehors, un pied à bord et un pied au bureau. Relis le premier paragraphe du premier chapitre et le dernier paragraphe du dernier chapitre, rapproche-les du fameux paragraphe du chapitre l’hyène où il expose sa “philosophie du desperado (desperado philosophy)” dont l’importance ne t’a pas échappée. Il y est question de mort, et plus précisément de cercueil, et de vie ou de sur-vie. Le premier chapitre commence avec les idées suicidaires d’Ismaël (sans doute l’incipit le plus extraordinaire de toute l’histoire de la littérature, et non, je n’exagère toujours pas !) qui s’arrête devant les magasins de cercueils et se glisse dans les cortèges funéraires quand il en croise. Est-il dépressif ? bipolaire ? À une époque où le mot n’existait pas encore, pas plus que des médicaments efficaces, Melville décrit avec précision des symptômes qu’il connaissait bien (je t’expliquerai) et évoque une thérapie originale. Je ne sais si ça parlerait à un psychiatre, mais c’est en tout cas terriblement beau. « Quand mon âme est comme un novembre humide et bruineux (whenever it is a damp, drizzly November in my soul) », alors, dit Ismaël, je prends la mer, « c’est une façon que j’ai de chasser la mélancolie (the spleen) et de réguler mes humeurs (regulating the circulation) ». Réguler les humeurs, n’est-ce pas ce que vise le traitement de la bipolarité ? D’ailleurs un peu plus bas, il évoque aussi (c’est tellement drôle !) son envie impérieuse d’aller dans la rue pour méthodiquement arracher aux gens leur chapeau ! Je suis comme toi, j’ai envie de citer chaque phrase, c’est beau, c’est amusant, c’est émouvant, c’est profond. Et c’est grave aussi quand on connaît l’environnement familial de Melville au regard de la maladie mentale. Un père hyperactif qui en mourra, une mère et une grand-mère sévèrement dépressives, une tante et un cousin internés et un fils qui se suicidera à dix-huit ans sans que l’on sache exactement pourquoi. Et Herman lui-même ? Des phases d’exaltation, d’autoritarisme et de travail acharné, des phases de dépression, de lassitude et de réclusion. Difficile de faire un diagnostic cent cinquante ans après.

Pour revenir à Moby-Dick, je voulais encore te signaler la toute fin du livre (une des plus démentes et théâtrales de toute l’histoire de la littérature… non, non, toujours pas !) Je sais que tu n’aimes pas que l’on dévoile la fin, alors je te dirai seulement qu’Ismaël finit dans un cercueil, mais pas comme tu le crois…

J’ai fait trop long, comme d’habitude, je m’arrête là. Un mot rapide concernant Achab. À mon humble avis, il n’est pas bipolaire, il est monomaniaque (Melville lui-même utilise le terme). Il y aurait tant à dire, la question est sujette à controverse et je ne suis pas compétente pour trancher. Je t’embrasse tendrement, mon petit fou. (Zut, je voulais aussi te parler de la philosophie du desperado… cela n’a évidemment rien à voir avec le désespoir comme tu l’as bien compris.) Plein d’amour, mon Nov. »

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30 juillet 2026 4 30 /07 /juillet /2026 02:20

J’envie ceux qui traversent l’existence avec assurance et détermination. Je suis moi, comme souvent, douloureusement partagé : crème brûlée ou tartelette au citron ?

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29 juillet 2026 3 29 /07 /juillet /2026 02:20

L’homme augmenté se vide, il s’exile hors de lui-même, comme une entreprise qui externaliserait son imagination, sa force, son intelligence et son endurance.

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28 juillet 2026 2 28 /07 /juillet /2026 02:18

Je suis inquiet, on est sans nouvelles des victimes américaines de l’épidémie de diarrhée explosive. Par chance, il semble qu’il n’y ait pas eu de victimes collatérales.

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27 juillet 2026 1 27 /07 /juillet /2026 02:20

Voyager, pour rompre et se perdre dans les lointains, pour se séparer de soi, oublier ses mots, hésiter et ne plus rien comprendre, voyager pour recommencer… Rupture, mais pas trop, perte, mais pas longtemps. Heureusement, le buffet du petit-déjeuner de l’hôtel est là qui rassure et restaure.

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26 juillet 2026 7 26 /07 /juillet /2026 02:24

Le beau n’est pas dans l’objet regardé, mais dans l’œil qui regarde. Malheureusement, le gras est bien dans le chichi, pas dans l’œil qui le regarde.

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25 juillet 2026 6 25 /07 /juillet /2026 02:25

Notre maison brûle et nous regardons le feu.

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24 juillet 2026 5 24 /07 /juillet /2026 02:14

Moby-Dick, chapitre 47, “le Tisserand”. Je continue ma lecture, mais je sens bien qu’il y a quelque chose d’absurde à résumer, je veux dire enlever ce qui serait inutile et garder l’essentiel. Là je crois que je comprends Mam quand elle dit que les mots valent autant que l’histoire et qu’il faut en prendre soin. Malheureusement, les mots, ils sont un peu comme l’eau (souvenir du cours de physique de monsieur Mollard, désolé, lecteurs, c’est une private joke pour Vera…), ils sont in-com-pressibles.  Tu peux compresser une histoire, pas des mots, sinon ça donne n’importe quoi. Imagine, tu prends la première phrase du chapitre et tu la mets dans la machine à compresser (que tu peux régler) : « C'était un après-midi nuageux et lourd ; les marins se prélassaient nonchalamment sur les ponts ou contemplaient d'un œil absent les eaux couleur plomb… », ça devient « C’étap nour mar pronchur poncon dabloulom », et si tu règles au niveau 2, ça devient « C’oum prodal » et au maximum, « Cal ». Avec les gros livres, il faudrait compresser les compressions, alors la baleine, les pages et les verbes disparaîtraient dans une purée dense et immangeable. Allez, j’arrête parce que vous allez me reprocher ce que je reproche à Melville, les digressions bavardes, en plus, vous avez compris mon idée. Donc, je résume…

J’aime bien ce chapitre. D’abord, il y a une métaphore qui fait assez bien comprendre une leçon de philosophie sur le hasard, après il y a un événement qui nous fait revenir à l’action, et on finit par une chute, pour le suspens. Je développe. 1/ La vie (si je comprends bien, parce que c’est un peu difficile) est comme le tissage d’une corde, il y a : a) la nécessité, c’est les fils du métier, on ne les a pas choisis, ils sont inchangeables ; b) la liberté, c’est la navette qu'Ismaël fait courir en tissant sa destinée ; c) le hasard, c’est l’épée de Queequeg, irréfléchie et indifférente, qui frappe la trame, sans règle. Nécessité, liberté et hasard s’associent pour tisser notre vie. Il faudrait que je réfléchisse davantage, mais je crois que je suis d’accord et que je pourrais appliquer ça à mon voyage et à ma vie. La nécessité, c’est le bus Zagreb-Belgrade, la route, l’horaire, tout ça… je ne peux pas les changer ; ma liberté, c’est que j’ai choisi de le prendre, celui-ci et à cette heure-ci ; le hasard, c’est ma rencontre avec Laszlo. J’aime bien comment Melville finit, « le hasard parfois est maître de l’un comme de l’autre, et modèle le visage ultime des événements ». Ça marche pour moi aussi : ici, c’est Laszlo qui a modelé le visage ultime de cette étape. 2/ Dans la suite du chapitre, on est brusquement tiré hors de la réflexion par les cris frénétiques de l’homme de vigie, « Elle souffle ! là ! là ! là ! Elle souffle ! Elle souffle ! ». Ça sent – enfin ! – la mise à l’eau des baleinières et on a envie de plonger directement dans le bouillon du chapitre suivant, mais Melville nous retient à bord encore quelques lignes. 3/ Stupeur générale, l’obscur Achab apparaît entouré de cinq “fantômes sombres”…

Chapitre 48, “Première mise à la mer”. On comprend qu’Achab a embarqué clandestinement cet équipage spécial pour sa propre baleinière. Il y a quatre « indigènes de Manille (!)… au teint jaune tigre (?)… une race célèbre pour sa ruse satanique (!?) » (Moby a dû apprécier.) Il y a aussi leur chef, un Perse d’Inde, et quelque chose me dit que c’est un personnage important. Je commence à connaître Melville et son timing : il a fallu attendre deux cents pages pour voir Achab, on n’a toujours pas vu MD et ici, apparaît un étrange étranger, Fedallah, en noir et blanc. La peau noire, les habits noirs, mais un turban d’une blancheur éclatante et « une dent blanche qui saillait cruellement entre ses lèvres d’acier ». (J’ai l’image. Magnifique !) Après ce petit paragraphe de descriptions (très réussies), on a plusieurs pages d’action, des moments de cinéma, les quatre baleinières sont mises à l’eau. Le vent durcit, la mer se forme, les quatre embarcations poursuivent les cachalots, chaque pilote ayant son style de navigation, son type de “management” et les mots qui vont avec. Ceux que l’impénétrable Achab lance à son “jaune équipage”, mieux vaut ne pas les répéter. « Seuls les requins mécréants des mers audacieuses peuvent prêter l’oreille à des mots pareils tandis qu’Achab bondissait après sa proie, l’ouragan aux sourcils, la pourpre du crime dans les yeux et l’écume aux lèvres. » Les mots d’Herman sont pour toutes les oreilles et il faut les répéter. Et puis, ça se complique. « Le vent s’enfla jusqu’au hurlement, les vagues entrechoquèrent leurs boucliers, le grain rugit, pétilla, s’embrasa tout autour de nous tel un feu blanc allumé sur la prairie, dans lequel nous brûlions sans être consumés, immortels entre ces mâchoires de mort ! » Un “feu blanc” dans lequel on brûle sans être consumés : il est vraiment fort le Melville, je ne peux pas tout citer, mais il faut absolument le lire ! Bon, ça se termine très mal parce que la baleinière de Starbuck, avec Queequeg et Ismaël, est renversée et ils se retrouvent tous à l’eau, perdus dans la nuit noire et glaciale, et malheureusement… Tiens, je vais appeler Moby.

*****

– Salut Moby, je viens d’arriver en Serbie, ça va ?

– Ça va, ça va, je suis toujours à Istanbul. On se voit dans quelques jours si j’ai bien compris.

– Oui. Tu sais que je lis toujours Moby-Dick, j’avance lentement. Au début, j’avais un peu le mal des pages, mais je m’habitue et j’aime de plus en plus, c’est un beau cadeau que tu m’as fait. C'est plus qu'un livre. Je suis en train de lire le passage avec Fedallah et ses compagnons clandestins. Ils sont de Manille, ça m’a fait penser à toi.

– Oui je me souviens de ce détail. Fedallah n’est vraiment pas mon personnage préféré, il a quelque chose du mauvais sorcier qui me fait peur. Je ne l’aime pas, c’est aussi parce qu’il est fataliste et moi aussi je suis fataliste, sans doute que je vois en lui mon défaut. Les autres sont des Philippins, c’est vrai. Ça n’a pas changé, un marin sur quatre est philippin aujourd’hui.

– Normal, avec toutes vos îles.

– En fait, ce n’est pas qu’on aime la mer plus que la terre, c’est qu’on est pauvres, que chez nous, il n’y a pas de travail et qu’émigrer est difficile et coute cher ! Tu as déjà lu la prophétie de Fedallah quand il annonce à Achab qu’il va…

– Non, non ! Ne raconte pas ! Autrement, ça va ?

– Pour dire la vérité, je suis inquiet. Le ciel s’assombrit, les hommes s’énervent partout sur la planète et puis trop de mauvaises nouvelles arrivent en même temps.

– Tu penses à quoi ? À Olga ?

– Oui, à Olga qui s’enfonce et aussi au typhon qui s’approche des Philippines. Mais tout ça est trop puissant et on ne peut rien faire. Comme d’habitude, on attend que ça passe. On réparera après.

– Et pour Olga, tu en penses quoi ?

– Je crois qu’il faut qu’on se méfie de nos impressions, nous deux. Fais plutôt confiance à Emil, c’est un chouette gars. Il est docteur et il connaît bien sa sœur, il a la bonne distance.

– Toi aussi tu la connais bien.

– Oui, mais je connais mal sa maladie et je m’y prends mal avec elle. Quand elle était high, à Manille, souvent je lui disais de ralentir, de se reposer, alors – ça je ne te l’ai jamais dit – elle entrait dans des colères noires, elle pouvait tout casser autour d’elle et insulter tout le monde. Et quand elle était down, je la surprotégeais. Je n’avais pas les bons mots. Emil m’a expliqué et il faudra aussi qu’il t’explique. Cette maladie est terrible. Pourquoi elle ? Si généreuse, si humaine. Dieu est quelquefois incompréhensible…

– C’est vrai que c’est injuste et incompréhensible, mais je ne sais pas si Dieu y est pour quelque chose.

– Esmeralda te dirait que si, et qu’il nous teste dans ces moments. Je ne sais pas… Je crois aussi, mais un peu moins qu’elle.

– Mais tu penses qu’on ne peut rien faire ? que tout est écrit ? Tu ne crois pas qu’on peut résister, qu’on peut s’opposer ou changer des choses ? Tu ne crois pas qu’on est – un peu – libre ?

– Ah ah, Nov, tu poses toujours des questions plus grandes que nous ! Pour la politique, je ne suis pas très compétent, mais je vois aux Philippines ou en Serbie, et c’était comme ça aussi avec mes amis russes, rien ne change jamais et quand quelque chose change, ce n’est pas parce que des petites gens comme moi ont agi. Alors je vis ma vie, j’essaie de me tenir droit et de bien faire, juste autour de moi. Je peux me tromper. Et puis je ne suis pas un guerrier. Olga est une guerrière.

– C’est vrai ça. Peut-être aussi qu’on ne voit pas le changement parce que ça change lentement. Et puis d’accord pour la politique, mais toi, Olga, Esmeralda, vous ne changez pas le président, mais vous changez la vie de beaucoup de gens, et encore plus quand vous ouvrirez votre école à Manille.

– Si Dieu le veut. Allez Nov, embrasse fort Olga et son frère pour moi. La prochaine fois qu’on se voit, ce sera… tu sais où ?

– Euh, rappelle-moi…

– Nov, tu as oublié ? On doit se retrouver à l’Orient bar pour boire un café turc avec des graines de pistache. Tu verras, c’est autre chose que Starbucks.

– Ah oui, je me souviens maintenant. Je devais descendre avec Olga et sa vieille voiture.

– Oui sa Yugo. Quelle tristesse ! Mais je sais qu’elle va s’en sortir, trop de personnes ont besoin d’elle encore. Au revoir mon ami, que Dieu vous protège, Nubecito et toi.

*****

c'est vraiment un drôle d'humain, ce Moby, je ne sais pas s’il me voit, mais il pense toujours à moi, par contre je ne comprends rien à leur débat compliqué sur la liberté et le hasard, la philosophie des nuages (j'emprunte leur mot) est beaucoup plus simple, pas de hasard, pas de liberté, seulement la nécessité des courants et des pressions, de la hauteur et de la température, ensuite, tout s’enchaîne et tout s’explique, même si on ne comprend pas, la pluie, les typhons, le brouillard, les mers de nuages, ça peut sembler injuste ou poétique ou cruel ou esthétique, mais en fait, c’est nécessaire, ça s’enchaîne, j’ai compris que les humains n’aiment pas l’idée d’enchaînement parce qu’ils pensent tout de suite à chaîne et à esclavage, nous on ne voit pas ça comme ça, tout s’enchaîne, tout s’enroule et se déroule, les nuages le savent bien, les vagues le savent bien aussi et elles ne s’imaginent pas avoir choisi librement de se former ou de déferler, si je réfléchis et cherche à les comprendre, les humains, je pense que c’est cette idée de “moi” qui les aveugle et les sépare, et ils refusent d’être enchaînés alors, ils se déchaînent

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23 juillet 2026 4 23 /07 /juillet /2026 02:31

Depuis la bicyclette, la pince à linge, le sous-marin et l’économe, on n’a plus connu aucune découverte capitale. À part, peut-être, les lacets élastiques, mais ils sont plus un détournement ingénieux qu’une percée révolutionnaire.

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22 juillet 2026 3 22 /07 /juillet /2026 02:55

Tout s’estompe.

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21 juillet 2026 2 21 /07 /juillet /2026 02:36

C’était une bonne idée de choisir le bleu pour la mer et un autre bleu un peu plus clair pour le ciel. C’est beau !

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20 juillet 2026 1 20 /07 /juillet /2026 02:37

Comme souvent, je suis partagé. Bien sûr que je suis pour la sobriété, évidemment, et avant tout, mais faut-il alors brûler la surproduction ? Je parle de sobriété littéraire, Homère, Proust, Shakespeare et Cervantès, ils ont tout écrit et cela suffirait. Oui mais les autres, petits crus, courts en bouche, au nom de quoi interdire la jubilation et l’ivresse de l’écriture ?

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19 juillet 2026 7 19 /07 /juillet /2026 02:01

Youpi, le taux du livret A passe de 1,5 à 1,7 ! Quand je pense que j’ai failli acheter des actions SpaceX.

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18 juillet 2026 6 18 /07 /juillet /2026 04:58

On doit dire en revanche, par contre, tu peux dire “aux chiottes l’Académie”.

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