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C'est Peu Dire

  • : Les Restes du Banquet
  • : LA PHRASE DU JOUR. Une "minime" quotidienne, modestement absurde, délibérément aléatoire, conceptuellement festive. Depuis octobre 2007
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Et Moi

  • AR.NO.SI
  • Philosophe inquiet, poète infidèle, chercheur en écritures. 55° 27' E 20° 53' S

Un Reste À Retrouver

9 mars 2026 1 09 /03 /mars /2026 03:17

Penser donne à penser. Ne pas penser donne faim.

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8 mars 2026 7 08 /03 /mars /2026 03:17

On peut penser que l’on écrit pour exposer une idée ou partager une émotion, c’est satisfaisant ; on peut penser aussi que l’on écrit pour transmettre et durer un peu plus, c’est rassurant. Peut-être écrit-on simplement pour ralentir l’inexorable “fonte neuronale”, comme certains cherchent à retarder la fonte musculaire, c’est respectable aussi.

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7 mars 2026 6 07 /03 /mars /2026 03:18

De plus en plus de Parisiens marchent dans la rue un grand gobelet de café à la main. Hommage servile aux Américains ou affront grossier au café ?

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6 mars 2026 5 06 /03 /mars /2026 03:00

Je suis toujours agréablement surpris par le nombre quasi constant de fleuristes et par la diversité de leurs clients. Il n’y a plus de cordonniers, plus de tailleurs, très peu de serruriers, de moins en moins de bars et de merceries, mais toujours autant de fleuristes. Je peux me tromper, mais je me dis que voilà bien un métier qui n’a pas à craindre l’arrivée de l’intelligence artificielle.

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5 mars 2026 4 05 /03 /mars /2026 13:18

On se demande souvent d’où elles viennent tant elles semblent parfois surgir de nulle part, les idées. Moi, je demande où elles vont, celles qui me traversent le cerveau. Y aurait-il un cimetière d’idées ? Ou peut-être passent-elles dans un autre cerveau ?  Ou bien, elles se transforment en atomes d’azote.

Il doit bien y avoir un après comme il y a eu un avant, pour les idées aussi, car enfin, imaginer que ma pensée se dresse entre deux néants serait bien présomptueux.

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4 mars 2026 3 04 /03 /mars /2026 00:59

Certains cachent des caméras dans les douches des filles ; c’est mal. Moi, ce n’est pas bien, mais c’est moins grave, j’aimerais enregistrer secrètement les conversations des gens dans la rue ; je vous en confie deux, entendues rue de Rennes ce matin.

Deux hommes, deux femmes, tous bons sexagénaires, probablement deux couples de provinciaux. Les deux femmes : – … c’est comme la professeure de danse de Charlotte, elle est vraiment trop sévère et je ne sais pas comment le dire à sa mère. – Je sais, moi j’ai le fils de ma nièce, il a une activité tous les soirs, évidemment je ne dis rien, tu penses bien, mais… Les deux hommes, cinq mètres derrière, devant un magasin de poussettes (promis, je n’invente rien – presque rien) : – ... dis donc, elles ont bien changé depuis notre époque, les poussettes. – T’as vu celle-là, elle a même un porte-bière sur le châssis, comme mon fauteuil de camping ! – T’es con ou quoi, c’est un porte-biberon. – Oh merde ! T’as raison. C’est vrai, c’est plus comme avant, les jeunes, y picolent plus. – C’est sûr, en plus ils bouffent que des graines, enfin, moi ce que j’en dis…

Deux trentenaires, énervées et parisiennes (j’ai dû accélérer pour rester à leur hauteur) : – … alors je lui ai dit que je n’arrivais pas à le quitter. Il m’a demandé de lui envoyer les textos. ­– Ceux où il te traite d’assistante mal finie ? – Oui et j’ai envoyé tous les autres. Alors il m’a dit, c’est un narcissique, il ne t’aime pas et il y a très peu de chance qu’il change. Quitte-le. – Oui ben, encore une fois, je suis d’accord avec ChatGPT. Tu as la version payante ou la…

Alors, bien sûr, ce n’est pas du Proust, pourtant, il y a quelque chose qui me touche dans ces échanges volés et j’aime l’idée de les partager avec quelques receleurs.

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3 mars 2026 2 03 /03 /mars /2026 00:33

Je me demande depuis des années ce que je suis. Ne serais-je pas un “créateur de contenus” ?

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2 mars 2026 1 02 /03 /mars /2026 00:32

D’un Reste à l’autre, vous vous contredisez, me dit-on. Mais tout à fait, c’est soit ça, soit la répétition. Et puis, vous êtes bien exigeant. Demande-t-on au pâtissier, chaque matin, d’inventer un nouvel éclair au chocolat ?

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1 mars 2026 7 01 /03 /mars /2026 00:30

Des galets dans la salle de bain, du sable noir dans la chambre, de l’herbe et quelques fleurs sauvages dans le salon et un arbre, bien sûr, dans le bureau…

Oh ! pardon ! J’étais en train de délirer à haute voix, je ne savais pas que le micro était branché !

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28 février 2026 6 28 /02 /février /2026 03:57

Nov marchait. Swann se tut.

– Dad, on en parle ?

– Euh… oui, tu veux dire…

– Dad, il faut que tu m’expliques, c’est un ami à toi, ce rageux de mes deux ?

– Ah ? Tu as été surpris toi aussi ? En effet, je le connaissais un peu pour l’avoir rencontré plusieurs fois à Paris, mais là, je l’ai découvert sous un nouveau jour, il est spécial.

– Ce n’est pas le mot qui me vient, c’est un péteux frustré.

– Bon, on va aller d’abord à l’Institut, et on verra plus tard pour Metelkova. Nous sommes passés devant tout à l’heure, c’est à deux pas, il faut reprendre les berges de la Ljubljanica.

– Quand même, rassure-moi, il ne peut pas devenir ambassadeur, ce fielleux !

– Non, c’est un des avantages de la rigidité du système, même si c’est en train de changer, tous les parcours ne sont pas possibles. En fait, on ne sait jamais, c’est le sens de la réforme du corps diplomatique voulue par le président Macron que d’ouvrir les postes d’ambassadeurs à toutes sortes de profils.

– Profil de galeux mais face de rat !

– Nov, s’il te plaît. Je suis très partagé sur cette réforme, d’un côté, je pense qu’on ne s’improvise pas diplomate, qu’on peut sortir major d’HEC et faire un piètre ambassadeur, sans compter qu’ouvrir les portes, cela permet de faire entrer les copains et les cousins, d’un autre côté, la logique du statut peut être sclérosante, ça rappelle un peu les charges de l’ancien régime.

– Je vois. Tu as le choix entre l’odeur de moisi des clubs privés et des open spaces où tout est permis si on sait s’imposer.

– Une chose est certaine, l’époque des ambassadeurs-écrivains est révolue, Claudel, Saint-John Perse, la liste est longue, et je suis d’accord sur un point avec François, il faut prendre le monde comme il est plutôt que de se lamenter sur la disparition de ce qu’il a été.

– En même temps, ce n’est pas parce que tu es un dieu de la métaphore et que tu maîtrises le subjonctif que tu seras le roi du deal.

– Chéri, ne vole pas ce mot hideux à Trump, il n’en a pas beaucoup dans sa besace. Il y a de la place pour une autre diplomatie. Et pour revenir à François, en tant que “petit attaché culturel”, pour le citer, il n’est pas directement visé par la réforme. Je ne sais pas ce qu’il ambitionne exactement, je ne suis même pas certain qu’il puisse obtenir le poste de conseiller. Cela dépendra beaucoup de ses appuis éventuels là-haut et puis, il faut aussi envisager l’arrivée du Rassemblement national au pouvoir.

– Ça changerait quoi, selon toi ?

– Pour les nominations, il est probable que des profils plus identitaires seraient privilégiés.

– Explique…

– Disons des hommes et des femmes plus soucieux de la figure classique ou traditionnelle de la France, ses racines historiques, sa religion, ses valeurs…

– Tu peux donner des exemples.

– Oui mais il faut rester prudent, d’abord parce qu’on n’y est pas, ensuite parce l’Europe freinerait sans doute les élans souverainistes du RN et aussi parce que l’appareil administratif – c’est la qualité de son défaut ! – lisse toujours les ruptures idéologiques. Giorgia Meloni est en train de le découvrir. On peut s’attendre à un recentrage sur l’identité nationale, pour prendre un exemple précis, les expositions sur le colonialisme ou, je ne sais pas, le lesbianisme, la culture hip hop pourraient recevoir moins de subventions. Tu vois ce que je veux dire. On peut imaginer aussi un recentrement sur les alliés civilisationnels et une moindre attention portée, par exemple, au Maghreb ou aux outre-mer.

– Ah quand même ! Beurk !

– Attention, je fais de la politique fiction à ta demande et un militant RN pourrait dénoncer là un procès d’intention.

– Oui ben j’espère qu’on n’aura pas l’occasion de vérifier tes hypothèses. C’est surtout cette idée d’identité nationale qui me débecte. Nous, on voyage depuis longtemps, et on le sait bien, au Mexique, en Slovénie, aux Philippines, il y a des gens, ils sont différents et se ressemblent aussi et souvent ils ressemblent aux Français, mais personne n’est identique, enfin, tu vois ce que je veux dire. Là, je pense à Diego, souvent il me montrait la mer avec étonnement et il disait, “mira mira, no es el mismo mar”, alors je regardais et regardais attentivement et, comme un crétin, je disais, “si, si, c’est la même mer, la misma, elle est comme hier”. Et c’est moi qui ai 12/10 aux deux yeux !

– Ah ah, oui, quel homme exceptionnel, ce Diego ! Voilà, nous arrivons. Je vais te présenter Karl Le François.

*****

– Bonjour les amis, bienvenue, dobrodosla na Frankoskem institutu.

– Bonjour Karl, je te présente Nov, mon fils. Mille mercis de nous recevoir.

– Tu plaisantes, c’est un plaisir et un honneur. Je dois juste te demander une faveur, ne parle pas trop de moi à Paris. J’essaie de me faire oublier, j’aurai soixante-huit ans cette année et je continuerais bien quelques années encore.

– Promis, de toute façon, j’ai fait un petit détour par Trieste et Ljubljana surtout pour retrouver mon fils, c’est ensuite que les affaires vont reprendre, je vais en Hongrie et en Slovaquie.

– Eh bien, tu n’as pas choisi les destinations les plus faciles. Ces pays se polarisent de plus en plus et le sentiment anti-européen monte, même s’il me semble minoritaire dans la jeunesse et chez les artistes. Enfin, chacun son métier, j’aurais fait un très mauvais diplomate. Mais dis-moi, ça va être difficile de quitter le Mexique, non ?

– Ce n’est pas pour tout de suite, mais effectivement, nous sommes tous très attachés au Mexique et à l’Amérique du Sud, mais il va bien falloir tourner cette page. Tu sais, ces pays sont tellement grands, leur culture est tellement riche que parfois, on se sent tout petit et un peu inutile. Je ne dis pas que l’Europe centrale est moins intéressante, évidemment, mais on a l’impression d’un changement d’échelle.

– Ah ah, tout est vraiment relatif, je trouve la Hongrie tellement vaste. Je crois que ce que j’aime le plus, en Slovénie, c’est sa taille. Quelque part Aristote a écrit que la taille idéale d’une cité est donnée par la portée de la voix, tant qu’on peut se parler directement et s’entendre distinctement, alors on peut constituer une société harmonieuse. C’est une belle image. Tu vois, ici, je ne me fais jamais représenter, j’envoie peu de mails et jamais de message WhatsApp, je rencontre les personnes. Petite par la géographie, la Slovénie, mais tellement grande par l’histoire. C’est bête de dire ça, mais c’est ce qui fait pour moi l’humanité de ce pays, la proximité, la "procheté" des personnes.

– Je vois que tu as trouvé ta place ici.

– Disons que j’ai trouvé le lieu où j’aime me chercher !

– Jolie formule. Tu habites la Slovénie depuis quand ?

– Je suis arrivé en juin 1990, un an avant la déclaration d’indépendance. Je suis entré à l’Institut, par la petite porte, en 2001 et je le dirige depuis sept ans. Ma femme est slovène, mon fils vit aux États-Unis, mais ma fille et ses deux enfants habitent à Ljubljana. Évidemment, ils sont tous bilingues, moi, je baragouine, c’est laborieux, mais ça amuse beaucoup mes petits-enfants ! Tu veux que je te parle un peu de ce que nous faisons.

– Oui, avec plaisir.

– Alors, il y a ce qui est déjà ficelé, ce qui est en cours de montage et ce qui a capoté. Je commence par ça, parce que, cette année, on a été gâtés !

– Ah, zut ! Raconte-moi.

– On devait faire une sorte de prolongement du festival de BD d’Angoulême. En plus modeste, bien sûr, mais avec quelques auteurs et éditeurs de la région et puis, patatras, il a fallu tout annuler.

– En effet, ça a mal tourné, j’en ai entendu parler.

– Oui, et ce n’est pas près de se calmer. L’ancienne équipe, tu sais 9e Art +, ils ont porté plainte contre la nouvelle association qui cherche un organisateur pour 2027. Ils les accusent, je cite, de “copier servilement” le festival, alors tu comprends, à Paris, on m’a demandé de surseoir…

– Oui, c’est une histoire malheureuse.

– En effet, une guerre fratricide, sans vainqueurs. On verra pour 2028, mais c’est bien regrettable, on avait réussi à avoir Tomaz Lavric, c’est un auteur de BD très apprécié ici, et il a aussi été traduit en français. Il était invité à Angoulême en 2020, pour sa BD Alerte rouge. C’est l’histoire de deux anciens membres d’un groupe de rock punk qui se retrouvent au début des années 2000, donc vingt ans plus tard et qui se rappellent leur adolescence musicienne et rebelle dans la Yougoslavie de Tito, alors qu’ils sont devenus sages et bedonnants. Je ne suis pas un grand liseur de BD, mais je dois reconnaître que celle-ci m’a beaucoup plu. En plus d’être drôle, c’est très instructif sur l’histoire de ces trente années. Si tu veux Nov, on va passer à la bibliothèque, je te le prêterai.

– D’accord, merci.

– Tomaz a aujourd’hui une soixantaine d’années, mais il publie toujours des dessins dans la revue Mladina.

– Mladina ! Attends, ça me dit quelque chose, j’ai lu quelque chose là-dessus à Trieste. Ce n’est pas une revue politique fondée entre deux guerres par Boris Pahor ?

– Presque… C’est Kosovel qui a fondé la revue, tu sais le poète slovène du Karst.

– Ah ! Comme Stalaper… ou Slataper, Il mio Carso. Mam nous a lu des extraits.

– Bravo ! En effet. Mais il y a un décalage d’une génération. Mladina, ça signifie “la jeunesse” et à l’époque, jeunesse signifiait contestation, renouveau, engagement. C’est tout le questionnement de Tomaz.

– Ça, c’est vraiment mon problème, non seulement je ne m’engage pas, mais en plus, je ne trouve pas de cause pour m’engager.

– Sois patient Nov, je pense que ce voyage pourrait changer les choses.

– La BD te plaira alors. Le dessin est un peu daté et le ton nostalgique, mais ça donne à penser aujourd’hui où l’autorité revient et où l’on cherche désespérément des manifestations de rébellion.

– Bien présenté !

– Ah ah, je triche, pour être honnête, je répète ce que m’a dit mon assistant qui était sur le projet. Mais pourquoi se priver, il a vu juste.

– En tout cas, vous avez un chouette métier, vous devez en rencontrer des personnes intéressantes et engagées.

– C’est vrai ça. Attendez que je vous parle de mon deuxième projet annulé, un échec qui s’est transformé en franc succès. J’ai eu des soucis avec le LIFFE, le Festival International du film. Enfin pas avec eux, ils nous ont toujours accueillis avec compétence et amitié, j’adore travailler avec eux. En fait, cette année, on avait prévu un cycle Bardot, pour être un peu plus léger, parce que l’année dernière, on avait plombé l’ambiance avec des documentaires sur le viol comme arme de guerre. Donc, cycle Bardot au programme et malheureusement, elle décède, donc tous les Instituts culturels de France, de Navarre et du Mexique l’ont programmé…

– Ah ah, oui, c’est vrai, je plaide coupable, c’est l’Alliance française de Texcoco à Mexico qui l’a programmé, avec un énorme succès, d’ailleurs. Pardon !

– C’est comme ça, très heureux pour vous. Donc, on s’est rabattu sur un cycle Chabrol, c’est moins sexy, mais finalement, ça a été passionnant. On a travaillé avec l’Académie de cinéma de Ljubljana. Il y a eu notamment l’intervention d’un professeur, dans un français impeccable en passant, sur la morale, comment avait-il intitulé cela, déjà ? “Entre le bien et le mal, une frontière poreuse et instable”, c’était remarquable, il a surtout commenté Le Boucher.

– What the f. !

– Pardon ?

Le Boucher, c’est le titre du film ? Non, c’est juste une coïncidence, mais avec Dad, on parle de boucher et de boucherie sans arrêt depuis 24 heures. Je vais finir par devenir végétarien…

– Ah oui, ça arrive ces coïncidences, ou peut-être que ce ne sont pas de simples coïncidences. Vous connaissiez le film, il date de 1970, avec le couple Jean Yanne et Stéphane Audran ?

– Non, mais ça devait être rare de montrer un couple d’homosexuels à l'époque.

– Non, chéri. Stéphane Audran était une actrice. Une grande actrice française. Je me demande, d’ailleurs, pourquoi elle s’était choisi un prénom masculin comme nom d’artiste, tu as une idée ?

– Alors moi non, mais le professeur slovène faisait remarquer qu’il y avait une belle cohérence esthétique entre ce prénom masculin et ses rôles ou son jeu. Audran était un peu une anti-Bardot. Dans le film, avec beaucoup de délicatesse, elle se refuse à Popaul, qui est amoureux d’elle, et à ses élèves – elle est institutrice –, elle dit ceci, “quand les désirs s’éloignent de la sauvagerie, ils deviennent des aspirations”.

– Quelle magnifique actrice, vraiment !

– Oui, elle m’a presque fait oublier Brigitte Bardot. Elle portait souvent les cheveux courts, mais pas à la garçonne, plutôt pour échapper aux stéréotypes, elle était parfois froide, non, pas froide, mais dans la retenue et l’élégance, avec toujours un soupçon d’ambiguïté, juste assez pour servir le cinéma énigmatique de son mari de Chabrol.

– Donc la boucherie, rien à voir cette fois, avec la guerre ?

– Si bien sûr ! Jean Yanne est un ancien soldat. Il évoque sans cesse ses souvenirs de guerre qui l’ont profondément traumatisé. De retour au pays, il a repris la boucherie de son père, un homme violent et qu’il n’aimait pas. Dans le village, il est apprécié de tous, de l’institutrice notamment. Jusqu’à ce que l’on comprenne que le criminel qui poignarde sauvagement des jeunes filles, c’est lui.

– Tu me donnes envie de le revoir, tiens ! Donc, finalement, pour une fois, c’est Audran qui a éclipsé Bardot. Il y a là une certaine justice qui ne me déplait pas. Et tes autres projets ?

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27 février 2026 5 27 /02 /février /2026 03:58

L’Un : Tu ne devrais p…

L’Autre : Stop, tu connais la règle, tu ne m’empêcheras pas. 

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26 février 2026 4 26 /02 /février /2026 03:43

Allez les poètes, avouez, c’est quand même une sacrée planque, la langue !

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25 février 2026 3 25 /02 /février /2026 03:05

Supermarché, rayon lessive. Monsieur, en costume, au téléphone.

– Plutôt lavande ou grand frais ?

– …

– D’accord. Un litre ou deux litres cinq ?

– …

– Pardon ? Euh, 3 en 1 ? Non, 2 en 1. Attends, je cherche.

– …

– Hypo quoi ? Hypoallergène ? Non, y a pas !

J’en suis resté là et, malheureusement, le haut-parleur n’ayant pas été activé, je n’entendais pas les réponses. Ce pauvre homme m’avait l’air totalement dépassé par la situation et pourtant, je suis prêt à parier que pendant la semaine, avec dextérité et autorité, il passe des commandes et règle des factures de plusieurs milliers d’euros. On appelle cela le périmètre de compétence.  

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24 février 2026 2 24 /02 /février /2026 03:33

Sécheresse d’un côté, inondation de l’autre ; bavardage incessant ici, indifférence silencieuse là ; énergie débordante des uns, apathie désolante des autres. C’est bien dommage que l’on ne puisse pas additionner des choux et des carottes et diviser par deux.

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23 février 2026 1 23 /02 /février /2026 03:55

Avait-il prévu, Nietzsche, l’inversion de l’inversion des valeurs ?

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22 février 2026 7 22 /02 /février /2026 03:18

W Ce message a été supprimé

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21 février 2026 6 21 /02 /février /2026 03:25

Être bon, ce n’est pas facile, mais être meilleur, ça vraiment, je n’y arrive pas.

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20 février 2026 5 20 /02 /février /2026 03:45

– Nov, c’est l’heure. Nous devons être à l’ambassade dans trente minutes.

– Parfait, ça te laisse juste le temps de me rappeler qui était le “boucher de Boutcha”. Dans quelques jours je serai en Serbie avec Olga, il faut que je sois prêt.

– D’accord, mais il ne s’agit pas de la Yougoslavie. On reste dans l’horreur de la guerre, mais on change d’époque et de région. Il s’agissait d’un officier russe, enfin, je devrais dire, il s’agit, parce qu’il est probablement encore en activité, même si on n’a pas beaucoup de nouvelles de lui. C’est lui qui a commandé et organisé les massacres de plusieurs centaines de civils dans la petite ville ukrainienne de Boutcha, au tout début de l’invasion. Les Russes pensaient prendre la capitale en quelques jours, mais ils ont rencontré la résistance héroïque et ingénieuse des Ukrainiens. Ils ont occupé les alentours de Kiev pendant quelques semaines, puis ils ont dû renoncer et battre en retraite, dans le désordre et la précipitation. En partant, ils ont laissé à Boutcha, et ailleurs aussi, les traces de leur occupation barbare : des fosses communes, des civils exécutés, des cadavres dans les rues…

– C’est affreux ! C’est immonde ! Mais est-ce que ce n’est pas comme ça dans toutes les guerres ?

– Non. Disons qu’il n’y a jamais de guerres propres, mais comme les humains ne parviennent pas à les éviter, ils les ont encadrées par des lois, c’est le droit de la guerre.

– Drôle de formule, ça me semble cynique et sinistre.

– En un sens, oui, mais cela ne signifie pas que l’on a le droit de faire la guerre, cela veut dire que pendant qu’on la fait, il y a des règles à respecter, sinon, on commet des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité.

– Et qu’est-ce qu’il se passe quand on commet des crimes de guerre ?

– Pendant la guerre, pas grand-chose de plus que l’indignation de la communauté internationale, selon la formule, et le renvoi de diplomates. C’est ce qu’il s’est passé après Boutcha.

– Et le fameux boucher, qu’est-ce qu’il lui est arrivé ?

– Exactement comme dans ton chapitre de Moby-Dick, il a été décoré par Poutine. Parce qu’évidemment, la Russie a nié les faits et a même dénoncé une mise en scène théâtrale. Elle a accusé les Ukrainiens d’avoir utilisé des acteurs pour jouer les cadavres ! On sait aujourd’hui que les soldats russes ont tué délibérément des civils, on a retrouvé des corps avec des balles dans la nuque, les mains liées dans le dos. Ils jetaient des grenades dans les caves et posaient des mines devant les portails des maisons.

– C’est insupportable ! Et le boucher, il continue à vivre tranquillement ?

– Oui. Enfin, j’imagine qu’il se cache et qu’il est protégé. Il doit être dans le collimateur des services secrets ukrainiens, mais idéalement, et si l’on veut respecter le droit, il faudrait constituer une cour pénale internationale pour le juger avec les autres criminels de guerre russes, et Poutine éventuellement, comme il y a eu un tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie.

– Et ça va se faire ?

– C’est peu probable. La Russie n’est pas la Yougoslavie et elle a des alliés puissants et influents.

– Mouais… surtout si on doit ajouter les États-Unis.

– En effet, au moins les États-Unis de Trump.

Swann et Nov discutaient. Janek salua.

– Ah, vous sortez déjà ! Il fait encore très chaud.

– Oui nous allons faire un tour à Metelkova, mais d’abord nous devons passer à l’ambassade de France, on en a pour dix minutes à peine, n’est-ce pas ?

– Oui mais mon conseil c’est, allez par les berges de la rivière, c’est plus beau et c’est à l’ombre. Tournez à la droite car si vous allez à la gauche vous vous retrouvez sur le pont des Bouchers. Remarque, c’est à voir. C’est mon pont préféré, mais je ne sais pas dire si il est beau ou si il est monstrueux !

– Décidément, on reste dans le thème… Et pourquoi ça ?

– Il est plein de contradictions. On l’appelle aussi le pont de l’Amour car les amoureux viennent pour accrocher un cadenas et après ils jettent la clé dans la Ljubljanica. C’est pour prouver que leur fidélité est forte comme le métal, je pense, et que rien ne peut la casser. C’est beau et c’est effrayant aussi. Je n’ai pas d’amoureuse, mais je crois que je n’ai pas envie d’enfermer nous avec un cadenas.

– Oui, c’est un symbole ambivalent. À Paris, le pont des Arts accueillait aussi les cadenas de milliers d’amoureux depuis des années, mais sous le poids de cette ferraille, le pont menaçait de s’écrouler, alors il a fallu tout enlever. À la meuleuse électrique.

– Dad ! mon cœur saigne. J’espère que ça n’a pas eu d’effet sur les couples qui étaient encore unis !

– L’histoire ne le dit pas. Ils ont depuis installé des panneaux de verre sur lesquels on ne peut rien accrocher.

– Oui, oui, je connais le pont des Arts. C’est où Nakamura à traverser pour l’ouverture des Jeux olympiques avec l’orchestre des militaires. C’était tellement génial ! Vous êtes forts pour les shows, vous les Français. Et ça m’a donné envie de travailler encore plus mon français car je n’avais pas tout compris aux paroles de la chanson. Notre pont ici est une construction moderne et un artiste a posé dessus des sculptures bizarres, enfin, elles sont belles et aussi monstrueuses. Il y a une qui ressemble beaucoup au vodyanoy, vous vous rappelez, le génie de l’eau qui a emporté Urska.

– Oui bien sûr, la copine de Preseren qui devrait nous bercer cette nuit. Mais dis-moi, Janek, pourquoi s’appelle-t-il le pont des Bouchers, ne me dis pas que c’est lié aux amoureux !

– Non, non, c’est moins tragique que ça, et moins romantique aussi, c’est parce qu’il va aux boucheries du marché, de l’autre côté du pont, c’est tout !

– Bon, c’est un peu décevant, mais rassurant en même temps.

– Vous voyez, je disais ça, ce pont est plein de contradictions. Allez, vous devez partir maintenant ou vous serez en retard. Au fait, vous avez parlé de visiter Metelkova mesto, c’est mon lieu préféré, car c’est plus qu’un endroit, mon conseil c’est, allez plus tard, en début du soir, car dans l’après-midi, on ne voit rien de spécial, la plupart des bars et des théâtres sont fermés et les artistes travaillent ou font la sieste. Là-bas, c’est pas un musée avec des statues, c’est des Slovènes vivants qui habitent et travaillent et font la fête pour de vrai !

*****

L’attaché accueillit. Swann et Nov saluaient.

– Cher Swann, toujours un plaisir de te voir. Bonjour jeune homme. Vous avez fait bon voyage ? Tu m’excuseras, je ne vais pas avoir beaucoup de temps pour vous.

– Bonjour François. Nov, mon fils. Je te rassure, c’est juste une rapide visite de courtoisie, je ne reste que vingt-quatre heures.

– En tout état de cause, Ljubljana est une petite bourgade, on en a vite fait le tour. Alors, qu’est-ce que je peux faire pour vous ? Quel est votre programme ? Si tu veux quelques conseils, n’hésite surtout pas.

– Je dois rencontrer Ivo Svit qui monte une adaptation contemporaine de la traduction du Voyage autour de ma chambre, le dernier prix Nodier. Ensuite je voudrais passer voir Karl Le François à l’Institut pour connaître un peu son programme et son fonctionnement.

– Mais explique-moi, tu es en mission, tu as été mandaté par le quai d’Orsay ? Parce qu’on ne m’a rien dit.

– Non, non, ne t’inquiète pas, je fais du tourisme utile, c’est tout.

– Bon. En tout état de cause, ta spécialité, c’est l’Amérique du Sud. Tu sais, ils sont spéciaux ici. Et puis, je ne te cache pas que la situation est tendue. L’ambassadeur est à Paris et le conseiller culturel est malade. Très malade. Tu comprends ce que cela signifie ? Définitivement malade. Évidemment, absurdité de l’administration oblige, son poste n’est pas officiellement vacant, donc impossible à pourvoir. Alors, sans en avoir ni le titre ni le salaire, c’est moi, petit attaché, qui dois faire le travail. Bon, humainement, je reconnais que c’est délicat de lui demander s’il est toujours en vie. De toute façon, il ne répond pas au téléphone. Et puis, c’était vraiment la vieille école, il faudrait tout changer. Tu n’es pas d’accord ?

– Écoute, tu me prends au dépourvu, je ne connais pas la situation dans le détail.

– Je vais être franc avec toi, c’est une question de génération. Ne le prends pas mal, mais je pense que vous n’avez pas vu le monde changer, vous restez corsetés par de vieux réflexes. En tout état de cause, la diplomatie n’est plus celle que vous avez connue et pratiquée pendant des années et ça, tu le sais bien.

– Que le monde change, je te l’accorde, pour le reste, je ne sais pas à quoi tu fais précisément allusion.

– Swann, ouvre les yeux ! On n’a pas pris la mesure de l’affaiblissement de la France et surtout, on refuse d'en chercher les causes.

– Et tu les verrais où, les causes ?

– Mais dans l’Europe, bien sûr. Ou plus exactement dans la façon dont on la pense naïvement depuis cinquante ans, en philosophes et en juristes. Attention, je ne suis pas en train de te dire qu’il faut se réarmer, se réindustrialiser, brûler les livres et fermer les théâtres. Tu me connais, je suis un homme de culture et pas un marchand. Je dis simplement qu’il ne faut pas confondre moral et politique, ni littérature et civilisation. Et puis on ne peut partager que ce que l’on possède.

– Je ne suis pas sûr de te comprendre.

– Mais c’est pourtant clair. Regarde à qui l’Europe a profité depuis sa création et regarde qui a payé. Je ne suis pas trumpiste, tu me connais, mais il a raison sur beaucoup de sujets. On donne trop, on ne reçoit pas assez. On va bientôt aller au Portugal ou en Lituanie, non pas pour faire du tourisme, mais pour y trouver du travail. Je ne dis pas ça contre toi, mais les méthodes d’hier ne conviennent pas au monde d’aujourd’hui et encore moins au monde de demain. Il faut passer à une autre diplomatie, peut-être plus transactionnelle, je ne te dis pas de faire payer l’aide au développement, mais au moins la conditionner à un échange.

– Et tu as des idées en tête ?

– Bien sûr ! Je sais que ça ne va pas te plaire, mais il faut arrêter de réduire le soft power à la diplomatie culturelle. Pour être très clair je vais prendre un exemple. Prends le prix Nodier dont tu parlais, il nous coûte beaucoup et ne rapporte absolument rien. Pas sûr que ça n’apporte quoi que ce soit à la Slovénie non plus. Alors pourquoi continuer à financer ce prix de la traduction littéraire ? L’année dernière, il a été attribué à la traduction de l’immonde Vernon Subutex de la pornographe Virginie Despentes par je ne sais plus qui – ils ont tous des noms impossibles à retenir, ces Slovènes. Dis-moi qui a été gagnant dans l’histoire. La France ? les lecteurs slovènes ? la littérature ? Et cette année, c’est le ridicule opuscule qui a fortuitement été remis au goût du jour par le COVID, Voyage autour de ma chambre. Qu’est-ce que ça rapporte à la France ? à la littérature française ? à l’esprit français ? Rien. D’ailleurs, cinq ans plus tard, la traduction slovène arrive alors que le texte français est déjà retombé dans l’oubli, et personne ne s’en plaindra.

– Tu es sévère et injuste.

– Mais pas du tout, et je vais même aller plus loin, c’est la fin de la traduction avec l’IA. La traduction littéraire a peut-être un petit répit, disons cinq ans, peut-être dix, mais bientôt tu pourras demander une traduction des œuvres complètes de Shakespeare, et le travail sera fait en moins d’une heure. Et un travail de grande qualité. C’est irresponsable de ne pas se préparer à ça et continuer à traduire Xavier de Maistre !

– Tu es radical, on en est encore loin et je ne suis pas sûr qu’on s’en rapproche.

– Swann, je te provoque, parce que je t’apprécie, tu le sais. En tout état de cause, on doit se réveiller parce que le fond de ma pensée, c’est que dans cinq ans, on n’aura plus besoin de traducteur et dans dix, on n’aura même plus besoin d’auteur, ni de musicien.

– Je pense qu’il y a de la place pour tout le monde. Tu parles de musique, regarde comment la musique électronique cohabite avec toutes les autres musiques, et notamment la musique classique.

– Et voilà. Tu ne comprends pas. Je ne te parle pas d’exécution, je te parle de composition. Demain, on ne se contentera pas de jouer avec des machines, ce seront les machines qui composeront. Allez, je te l’accorde, on n’y est pas encore. Avec un peu de chance, tu ne verras pas ces mutations. Enfin, ne le prends pas mal, tu vois ce que je veux dire. Tu as quel âge, soixante-trois, soixante-quatre ?

– Non, tu me vieillis, tu vas devoir me supporter dans le réseau pendant quelques années encore.

– Ah ah, j’aime ton humour. Je t’apprécie, Swann, tu le sais bien. Bon, c’est regrettable, mais je vais devoir y aller. Tu vas donc à Metelkova, n’est-ce pas ? Chez les punks assistés… les autonomistes dépendants… la contre-culture subventionnée… j’arrête là, parce que j’ai idée que nous divergeons sur ce point aussi.

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19 février 2026 4 19 /02 /février /2026 03:18

Marcel Duprès n’est pas un antifa, n’a pas fréquenté Epstein, ne pratique pas le half-pipe, il n’écoute pas Bad Bunny, il n’est jamais allé à l’IMA et n’a pas goûté au chocolat Dubaï, il ne connaissait pas Valère Novarina, il est probable, même, qu’il n’ait pas existé. Pourtant, j’avais envie de parler de lui.

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18 février 2026 3 18 /02 /février /2026 03:29

Ce n’est pas glorieux, mais c’est comme ça, nous avons besoin de témoins pour exister.

Se montrer et être vu est vital ; voir n’est pas désagréable mais pas indispensable non plus.   

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17 février 2026 2 17 /02 /février /2026 03:02

– Quel livre a changé votre vie ?

–  Question facile. Sans hésiter, La République de Platon, en deux tomes. Ils ont changé ma vie, il y a vraiment eu un avant et un après. Ils m’ont aidé à soigner mon insomnie : un volume sous chaque pied arrière de mon lit. J’avais d’abord essayé avec les deux Robert, mais l’inclinaison était trop importante et le sang me montait à la tête.

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16 février 2026 1 16 /02 /février /2026 03:00

Chez les éphémères, on ne procrastine pas, on prend son temps.

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15 février 2026 7 15 /02 /février /2026 03:22

Un urologue, un neurologue, un oncologue, un néologue et un néphrologue discutent à la machine à café du CRUPOCC.

– Putain, y’a pas de cappuccino !

– Gnan gnan gnan…

– Prout !

– C’était mieux avant, on avait des touillettes.

– Vos gueules.

Le port du logos en suffixe n'assure ni l'élégance ni l'éloquence.

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14 février 2026 6 14 /02 /février /2026 03:42

Marie-Rose, la doyenne des Français, vient de mourir. Une femme remarquable, probablement, et on lui souhaite le meilleur, mais franchement, je me mets à la place des rédacteurs de notices nécrologiques, ça va devenir difficile pour eux si tout le monde attend 115 ans pour décéder. Je leur conseille de se reconvertir dans la relation des refus d’obtempérer, le genre va se développer et trouvera son public.

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13 février 2026 5 13 /02 /février /2026 03:33

– Bien, voilà ma proposition de programme, Nov. Nous devons laisser la voiture au parking Kolodvorska parce que tout le centre-ville a été piétonnisé ; tu verras, c’est un régal d’y flâner. Avant, nous allons essayer de trouver un en-cas, on mangera mieux ce soir. Regarde si nous sommes loin de Novel Burek, tu vas goûter le burek – ça se prononce “bou” – c’est une spécialité locale, comme une sorte de rouleau feuilleté garni.

– Alors, Novel Burek… c’est tout droit, juste après KFC, ensuite, le parking, ce sera la troisième à droite.

– Parfait. Tu dois choisir ta garniture. Je te conseille d’éviter la viande, prends fromage ou épinards. On accompagne ça d’un yaourt non sucré, mais tu peux prendre autre chose. Tiens, c’est là. Pourrais-tu me prendre un épinards, s’il te plaît, je t’attends dans la voiture.

– Ça marche, avec un yaourt.

Nov acheta. Swann s’étirait.

– La ville est vraiment petite, tout est près de tout. Du parking nous irons sur la fameuse place Preseren – ça se prononce “Préchéran” – et on appellera un kavalir, parce que ton sac a l’air vraiment lourd. Ce sont des voiturettes électriques qui sont autorisées à circuler dans le centre-ville.

– Quelle orga, Dad, tu vas couler Get your guide ! J’imagine que tu as choisi un hôtel sympa et que tu as repéré les bonnes tables aussi.

– Oui. Pour l’hôtel, c’est le Zlata ladjica, c’est l’ambassade qui me l’a conseillé et pour les restaurants, tu verras.

– Tiens, qu’est-ce que c’est que cette statue ?

– Et voilà, nous sommes déjà place Preseren. Arrêtons-nous pour manger tranquillement. Preseren, c’est leur héros national, un poète romantique comme tu les aimes. Regarde-le bien.

– Bon, d’accord, c’est une sculpture en bronze ; au-dessus, il y a une deuxième sculpture, une femme, à moitié nue et plus petite comme d’habitude, son amoureuse peut-être, et puis il y a les fientes de pigeons qui contrastent bien avec le bronze.

– C’est la muse de la poésie. Mais regarde son regard.

– Pardon ?

– Qu’est-ce qu’il regarde ? Tourne-toi.

– Ah oui, là-bas, de l’autre côté de la place ! Trop fort ! Tu vois tout. Il y a une autre sculpture dans le mur. Encore une femme, elle est à la fenêtre et le regarde. Cette fois, ça doit être son amoureuse.

– Oui, c’est Julija Primic, c’est elle qui a été sa véritable muse.

– Allez, continue, j’attends le pire. Elle s’est suicidée comment ?

– Non, elle ne s’est pas suicidée, mais elle a refusé ses avances, alors en bon poète romantique, il a transformé son dépit amoureux en sonnets, pour le bonheur des amateurs et la fierté des Slovènes. Comme Joyce à Dublin, Preseren a sa journée ici, en Slovénie.

– Intéressant. Dad, regarde, on est à cinq minutes à pied de l’hôtel en longeant la rivière. Je préfère y aller en marchant plutôt qu’en voiturette, mon havresac, comme dit Mam, n’est pas si lourd.

– Tu as raison. Que cette ville est agréable à vivre ! Et quel temps magnifique, pas un seul nuage.

*****

Eh ben si monsieur Je-vois-tout, mais faudrait un peu lever le nez pour me voir, dis-moi ce que tu regardes, je te dirai qui tu es, je dis ça, mais en fait, c’est parce que je suis jaloux, j’aimerais bien voir ce qu’il voit, question de point de vue, c’est quand même très intéressant cette idée de point de vue, c’est Swann qui en parle tout le temps, oui intéressant et frustrant aussi – tiens ! voilà que je me mets à ressentir comme les humains, mauvaise nouvelle ! –, frustrant parce que je me sens comme condamné à voir et penser comme un nuage, de mon point de vue, de là-haut, ce qui fait quand même un point très éloigné et une vue très imprécise, voilà, j’aimerais bien me rapprocher, voir le monde de face ou de dos, mais pas seulement de haut, voir des nuques et pas seulement des crânes ou des parapluies ou des toits, perdre de la hauteur pour mieux voir, et surtout j’aimerais voir leur regard, les voir regarder, bref, j’aimerais voir comme un humain, est-ce qu’ils savent seulement la chance qu’ils ont de voir des nuques, eux qui ne rêvent que de voler, remarque si je suis honnête je dois avouer que je ne les ai jamais entendu dire, j’aimerais voler comme un nuage, non, c’est toujours comme un oiseau qu’ils aimeraient voler, les humains, et même presque toujours comme un aigle, pas comme un pigeon qui fiente ou comme un moineau qui piaille, non, c’est toujours comme un aigle, ils sont comme ça les humains, ils nous trouvent beaux, les nuages, mais comme un décor et jamais ils ne disent, j’aimerais être un nuage, d’ailleurs, ils ont raison parce qu’un nuage, ça n’est pas, mais de ça, j’en ai déjà parlé

*****

– Bonjour, bienvenue à Ljubljana, bienvenue au Zlata ladjica. Vous êtes des Français ?

– Oui, bonjour.

– Je m’appelle Janek, je vais vous montrer la chambre. Elles ont des noms, les chambres, pas des numéros. La vôtre, c’est Povodni moz, disons, “l’Homme de l’eau”, vous allez bien aimer. Ça vient d’un poème de France Preseren, vous connaissez ?

– Ah oui, la statue sur la place qui regarde son amoureuse coincée dans le mur ?

– Oui, oui, bravo, c’est lui. C’est notre héros national, c’est lui qui a composé Zdravljica, l’hymne national, on en est très fiers. « Živé naj vsi narodi, ki hrepené dočakat' dan, Que vivent tous les peuples qui aspirent à voir le jour … ne vrag, le sosed bo mejak!, pas un ennemi, mais un voisin sera notre frontalier ! » C'est fort, non ?

– C’est sûr que ça change de notre chant, « qu’un sang impur abreuve nos sillons ».

– C’est vrai, ça parle de paix, de liberté et de fraternité. Et puis il a écrit ça à une époque où on n’était pas un pays, c’est un des premiers à rêver d’une Slovénie libre, ça c’est important pour nous. Il a quand même fallu attendre 1992 pour qu’on devienne un État indépendant. Suivez-moi, je vous accompagne.

– Donc, “l’Homme de l’eau”, ça raconte quoi ?

– Ah oui. C’est l’histoire de “l’Homme de l’eau” et de Urska, c’est une histoire d’amour malheureux.

– Ben voyons, comme c’est original !

– “Il n’y a pas d’amour heureux”, c’est votre poète Aragon qui le dit, pas moi. Enfin, Preseren doit sûrement être d’accord avec lui. Donc, je vous raconte. Une très belle jeune Slovène attend à un bal. C’est Urska, elle refuse à toutes les demandes pour danser parce qu’elles pensent les garçons ne sont pas assez beaux pour elle. À la fin du bal, il vient un homme plus beau qui l’invite, alors elle accepte, mais c’était un vodyanoy, c’est comme un mauvais esprit de l’eau qui peut faire des métamorphoses pour tromper les humains et les emmener au fond de la rivière. Alors ils dansent et tournent de plus en plus vite. Elle, elle dit, stop, c’est trop vite, mais c’est trop tard, ils tournent encore et ils disparaissent dans un tourbillon et plus personne ne vit jamais Urska encore. Tous les enfants connaissent par cœur les poèmes de Preseren : “valovi šumeči te, Urš’ka, želé, le urno, le urno obrni peté!, les eaux assourdissantes t’attendent, Urska, allez, vite, plus vite, tourne les talons”. “le urno, le urno obrni peté!

– Sympa comme conte pour enfants, je pense qu’on va bien dormir.

– Ah ah, oui, en plus ça s’est passé juste là, un peu plus haut sur la Ljubljanica. Il y a des nuits où certains clients entendent Urska, parfois elle chante, parfois elle pleure, mais toujours ça réveille. Si elle vous réveille, je vous changerai de chambre. Ma préférée, c’est Goljufevi peki, “les Boulangers qui trichent”.

– Et ça raconte quoi ?

– Au Moyen-âge, le prix du pain était fixé et quand le prix des céréales augmentait, alors des boulangers malhonnêtes pratiquaient déjà la shrinkflation, vous connaissez ? Même prix, mais pas même poids. Ceux qui étaient déclarés coupables étaient jetés dans la Ljubljanica.

– Dis donc, ça doit en faire du monde au fond de la rivière.

– Oui et eux, ils étaient jetés du pont des Cordonniers, juste en face de l’hôtel.

– Dis-moi, Janek, tu parles remarquablement bien le français.

– Ah, merci Monsieur. En fait, je suis étudiant, ici c’est un travail pour aider à la maison, je suis seul avec ma mère et ma grand-mère. Je veux devenir professeur de français. Mon grand-père maternel était français. J’ai encore des cousins en France, à Nice, j’aimerais y aller.

– Je comprends mieux.

– Mais vous savez, Monsieur, les Slovènes sont doués en langues. En fait ils n’ont pas le choix, mais c’est bien comme ça. Dans les restaurants ou les magasins, vous verrez, tout le monde parle anglais et aussi allemand ou français ou italien, surtout les jeunes. Bon, je vous laisse vous installer, si vous avez besoin de moi, vous faites le 10.

*****

– Parfait, nous avons le temps de prendre une douche et de nous reposer un peu, vers 14h30 nous irons à l’ambassade, c’est à deux pas.

Swan lisait. Nov écrivit.

Ljubljana, hôtel Zlata. Jour 1, 13h30.

Retour à Moby-Dick, j’en étais au chapitre 23, “Terre sous le vent”. J’adore ce chapitre, je ne comprends pas tout et je crois que je ne suis pas complètement d’accord, mais j’aime vraiment comment c’est dit. En plus, je ne sais pas pourquoi mais ça me fait penser à Diego. L’idée générale c’est qu’en mer, c’est dangereux et même mortel, mais la vie y est vraie et forte, à l’inverse, à terre, c’est plus sûr, mais on s’ennuie et on ment. Enfin, un truc comme ça. Je cite quelques passages. “Mais, comme loin de toute terre seulement, demeure la vérité la plus haute, sans rivages, et comme Dieu illimitée, mieux vaut périr dans cet infini hanté de clameurs, que d’échouer honteusement à la sécurité de la terre sous le vent !” Je trouve ça bien écrit, mais je le dis franchement, si je comprends bien Melville, ce n’est pas ma philosophie à moi, enfin, philosophie, je me comprends. La suite, je la trouve moins intéressante. Chapitres 24 et 25, “Le plaideur” et “Post-scriptum”, il défend la pêche à la baleine que l’on accuse d’être une tuerie. C’est vrai que c’est une boucherie, mais il y a d’autres “bouchers” comme les militaires qui font pire et à qui on donne des médailles (c’est lui qui le dit, pas moi). Je tourne les pages pour voir la suite, on va avoir droit à la présentation des officiers Starbuck et Stubb et enfin, ouf il était temps, chapitre 28, du capitaine Achab avec son “visage de crucifié”.

– Dad, écoute. C’est Ismaël, il défend la chasse à la baleine qu’on accuse d’être un carnage, il reconnaît que c’est une boucherie, mais il dit que ce n’est rien à côté de la guerre. « Quel pont visqueux et en désordre d’un baleinier est comparable au charnier répugnant de ces champs de bataille dont tant de soldats reviennent pour boire aux applaudissements de toutes ces dames ? » Nous sommes des bouchers, c’est vrai, mais on n’est pas les seuls et nous, on ne se fait pas décorer et pourtant, on est utiles. Pour la pêche à la baleine, heureusement, c’est en train de changer, mais pour la guerre, les charniers, la boucherie, tu crois que ça change ?

– Ça me fait penser au “boucher de Boutcha”.

– Oui, ça me dit quelque chose, rappelle-moi…

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