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C'est Peu Dire

  • : Les Restes du Banquet
  • : LA PHRASE DU JOUR. Une “minime” quotidienne, modestement absurde, délibérément aléatoire, conceptuellement festive. Plus, les aventures de Nubecito, un cumulus hawaïen perdu dans un feuilleton hebdomadaire. Depuis octobre 2007
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Et Moi

  • AR.NO.SI
  • Philosophe inquiet, poète infidèle, chercheur en écritures. 55° 27' E 20° 53' S

Un Reste À Retrouver

29 octobre 2026 4 29 /10 /octobre /2026 03:00

Bien sûr que nous mentons tous ! Reconnaissez aussi que la vérité est bien fade.

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28 octobre 2026 3 28 /10 /octobre /2026 03:22

C’est bien pensé quand même. Bravo aux concepteurs !

Aux jeunes crétins incultes, il a été donné des yeux avides et des jambes solides pour courir niaisement après une vie qui leur échappe toujours. Au contraire, les vieux râleurs usés ont reçu la vue basse et le pied maladroit pour tourner en rond et revivre fièrement la même vie sans s’en apercevoir.

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27 octobre 2026 2 27 /10 /octobre /2026 03:35

– Salut, c’est Frank Lebœuf, vous voulez savoir combien vaut votre voiture ?

– Non.

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26 octobre 2026 1 26 /10 /octobre /2026 03:36

Il faut leur imposer des limites sinon, on ne les arrête plus, les droites. La tentation de l’infini est trop forte.

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25 octobre 2026 7 25 /10 /octobre /2026 02:48

Jamais le général ne rencontre l’individuel. Sauf peut-être dans la langue, quand on dit par exemple, Pierre-Alain est un connard.

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24 octobre 2026 6 24 /10 /octobre /2026 02:53

Si j’avais été un nombre, je n’aurais pas du tout aimé être le 27,41.

(Je me demande bien pourquoi ?)

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23 octobre 2026 5 23 /10 /octobre /2026 02:41

– Alors, la rue Knez Mihailova. Elle est citée dans tous les guides comme la plus belle et la plus vivante de Belgrade. À ne surtout pas manquer. Certains en sont très fiers et la comparent même aux Champs-Élysées. D’autres, moins… tu devines qui.

– Ah, ah ! J’ai une idée.

– Il suffit de prononcer le nom devant Olga pour qu’elle explose et se mette à dénoncer, tu la connais, le capitalisme décadent qui aurait remplacé le socialisme dégradant, les rues piétonnes qui sont des goulags volontaires à ciel ouvert, l’abjecte mondialisation contre l’international… je ne sais plus comment elle dit ! Bref, c’est son endroit préféré.

– Ah ? Je croyais que c’était le Waterfront ?

– Ah oui, tu as raison. Tu la connais bien ! Disons que c’est son endroit numéro deux. Donc on va faire un petit jeu. On va descendre la rue. Je voudrais que tu me dises ce que tu vois de… surprenant.

– OK, mais ce n’est pas très clair. Qu’est-ce que je dois voir ?

– Regarde et dis-moi ce qui est vraiment… bizarre.

– Alors, pour le moment, je ne suis pas vraiment dépaysé. Zara à gauche, H&M à droite. C’est ça que je dois voir ?

– Non. Continue.

– OK. Des musiciens et des artistes de rue. Là-bas, ça doit être un battle de breakdance. Ça me fait plutôt penser au parvis de Beaubourg. Attends, écoute… je connais ça, c’est Je suis malade de… Joe Dassin, je crois. Mon père écoutait ça. J’ai gagné ?

– Non. Je n’ai pas dit écoute, j’ai dit regarde. On continue.

– Ah ! le centre culturel français ?

– Non !

– Lacoste, Petit Bateau… Mango aussi, je crois que c’est connu. C’est une marque que je dois voir ?

– Non, oublie les marques. Bon, on va faire demi-tour parce que tu es passé devant.

– Non mais c’est trop difficile ton jeu. Je ne peux pas trouver si je ne sais pas quoi chercher. En plus je ne sais pas regarder le monde. Je ne vois jamais rien. J’espère que ce n’est pas un style d’architecture, parce que je n’y connais rien.

– Non.

– Ah, là, la boutique de souvenirs avec les t-shirts… Mbappé, Ronaldo, euh, lui, c’est… comment déjà ?

– Le grand copain d’Olga, le Président Vucic. Et lui, tu connais ?

– Non. Attends, ce n’est quand même pas…

– Et si. Ratko Mladic soi-même. Sur un t-shirt. Et tu trouves ça dans la rue la plus passante de Belgrade ! Bon, en même temps, je n’ai vu personne porter le t-shirt. Tiens là, regarde, la pâtisserie Princess Puff. Ce sont des choux à la crème au craquelin. C’est un régal ! Le vanille est un peu décevant, mais le framboise et le pistache sont à tomber par terre ! Quand j’ai un petit creux à dix heures, c’est là que je viens. Évidemment, ce n’est pas ça que tu dois voir.

– Merci, tu m’aides bien. Au fait, c’est des gens que je dois voir ? Ou des vêtements ? Des chapeaux ?

– Non. On arrive au bout de la rue, tu viens de repasser devant et tu n’as toujours pas vu.

– Emil, c’est impossible ton jeu. C’est un truc minuscule ?

– OK. Je vais te mettre devant. Ça doit faire vingt mètres de long. Voilà, devant toi.

– Hein ? Ça ? Volcano Bet&Slot… C’est quoi ? Des jeux d’arcades ? Il y a plein d’écrans géants.

– Non. Recule un peu.

– Non, vraiment… je ne vois rien… Okay ! Vu ! Incroyable ! Non mais c’est pas possible…

– Vas-y, lis ce qui est écrit.

– « The only genocide in the Balkans was against the Serbs. » Si je comprends bien, c’est toujours ceux qui nient le génocide de Srebrenica et la culpabilité de Mladic.

– Exactement. Alors regarde bien, parce que la semaine prochaine ça sera peut-être effacé, pour réapparaître dans un mois.

– La guerre des murs.

– Exactement. Mais ce qui me rassure, c’est que tu es passé devant deux fois sans le voir. Tiens, on va faire une petite expérience ; on va rester trois minutes et observer les gens qui passent devant le graffiti et compter ceux qui le voient et le regardent.

– En fait, il est un peu haut, j’ai l’impression que personne ne le voit.

– En effet. Ce qui voudrait dire qu’il n’y a pas de victimes collatérales de cette guerre. Qu’elle ne concerne que deux groupuscules. Les autres ne se sentent pas concernés, soit par habitude, soit par ignorance.

– Peut-être aussi qu’ils ont envie de passer à autre chose, surtout les jeunes.

– Sans doute. Allez, on rentre.

– Un petit Puff pour la route ?

*****

Belgrade, deuxième nuit, sur le canapé du studio d’Emil.

Encore une journée bien remplie. À la fin de mon voyage, il me faudra au moins un an pour ranger tous mes souvenirs. Je suis fatigué, mais je n’ai pas sommeil. J’ai l’estomac qui barbouille et le cerveau qui crapouille. Je vais lire un peu.

Moby-Dick, chapitre 60, « La ligne ». Digressions technique et philosophique sur les cordes et la mort. « Le manille » est le meilleur chanvre et le plus beau (vive les Philippines !), mais ces cordes qui semblent si calmes et inoffensives quand elles sont lovées sur le pont peuvent devenir des serpents terrifiants ou des boucles de feu et provoquer des accidents mortels. « L’humanité tout entière est cernée par une ligne à baleine. Tous les hommes naissent la corde au cou mais ce n’est qu’au moment où ils sont pris dans le tourbillon soudain et rapide de la mort qu’ils prennent conscience des dangers muets, subtils, toujours présents de la vie. » Ne suis pas complètement d’accord avec HM. Tous les endroits sur terre ne sont pas aussi dangereux (genre la RDC ou le pont d’une baleinière).

Ch. 61, « Stubb tue un cachalot ». Là, désolé, pas de citation. C’est à vomir ! On a droit à la description détaillée, et en couleurs, de l’agonie d’un cachalot. Insupportable… on dirait un reportage de L 214 sur les abattoirs. En plus, on dit que c’est le moment où le cachalot « fleurit ». Je passe. Ch. 62, « Le dard » et ch. 63, « La fourche ». J’ai du mal à me remettre de la description horrible du carnage et je lis en diagonale ces deux chapitres dans lesquels HM fait des suggestions pour améliorer la technique de pêche !

Chapitre 64, « Le souper de Stubb » et 65, « La baleine comme mets ». Incroyable ! Encore une coïncidence. Si je comprends bien, HM évoque la question du végétarisme ou plutôt de la souffrance animale. Bref, exactement ce dont on vient de parler avec Emil. Très très intéressant et sans doute très profond ; je n’ai sûrement pas tout compris. Je pose là juste quelques passages et quelques idées. D’abord, un passage complètement délirant. Pendant qu’il mange son steak de cachalot, Stubb demande au cuisinier, un vieux noir de quatre-vingt-dix ans, de faire un sermon aux requins pour qu’ils se calment parce qu’ils se sont jetés sur le cadavre de la baleine amarré au bateau et font un raffut de tous les diables. C’est assez drôle. Il leur dit en gros : mes chers frères, vous êtes des sauvages sanguinaires, des prédateurs sans pitié, c’est dans votre nature, d’accord, mais quand même, contrôlez-vous un peu. Et après – j’adore ce passage ! – il leur dit : frères, gouvernez le requin qui est en vous et vous serez des anges, parce que les anges sont des requins qui se sont maîtrisés. Très drôle ET intéressant ! Ma question : est-ce qu’on a tous un peu de requin en nous ? Mladic et Poutine, sans doute, mais Tiago, Moby… j’ai l’impression qu’ils n’ont pas eu à maîtriser leur requin intérieur et pourtant, ils sont des anges à leur façon. Ça c’est sûr.

Le chapitre 65 est très intéressant aussi. Ismaël évoque un jeune dandy attablé devant une tête de veau dont il déguste la cervelle ; la tête semble le regarder et lui dire, « Tu quoque, Brutus ». (Je vous explique. C’est du latin. Selon Mistral, c’est ce que dit César à Brutus, son fils adoptif, qui vient de le poignarder = trahison suprême.) Ce n’est pas drôle et en même temps, c’est à mourir de rire ! Et si on file la métaphore, on peut comprendre (Mistral n’y est pour rien, c’est 100% du Nov !) que manger des animaux, pour des hommes, c’est une trahison suprême parce qu’on est tous de la même famille. (Mam, tu valides ?) Ismaël continue sur le cannibalisme avec toujours la même technique : parler avec ironie d’un sujet très sérieux, ce qui fait qu’on ne sait jamais au final ce qu’il pense. Donc : le premier homme qui a tué un bœuf a dû être considéré comme un meurtrier et « s’il avait passé en jugement devant un tribunal bovin » (je n’invente rien !), il aurait été pendu comme un assassin. Pour moi, Melville dénonce la maltraitance animale et condamne les carnivores. Et il termine par une image littéralement hallucinante. Là, je dois citer : « au jour du Jugement, le Fidjien qui a mis au saloir un maigre missionnaire pour les jours de famine, ce prévoyant Fidjien suscitera plus d’indulgence que toi, gourmet conscient et civilisé, qui a cloué au sol des oies et festoyé de leurs foies hypertrophiés sous forme de pâtés. » Pour le Jugement dernier, je ne sais pas ; pour le missionnaire au saloir (ah, ah… pardon !), je ne sais pas non plus ; mais pour le foie gras, là c’est sûr, j’arrête d’en manger.

Chapitre 66, « Le massacre des requins ». Un nouveau chapitre pour le futur livre de Tom Murat, « Touche pas mon requin ». Et là, il y a du travail parce que le pauvre (je parle du requin), il se fait défoncer. Il n’hésiterait pas à bouffer ses copains, il se mangerait lui-même en voyant un bout de ses intestins passer et même, une fois mort, son cadavre ou son fantôme continueraient d’être dangereux !

Chapitre 67, « Dépeçage ». Le titre est clair et la première phrase le confirme : « Le Pequod d’ivoire se métamorphosa en une sorte d’abattoir, chaque marin en boucher. » Une belle leçon de vocabulaire : caliornes, capelage, haussière, guindeau, estrope, chaffauds, louchets… (en passant, je note que je n’ai jamais entendu ces mots quand j’ai fait mon stage d’optimiste) pour expliquer comment peler la baleine comme une orange pour récupérer des bandes de lard. Bon appétit !

Chapitre 68, « La couverture ». Là, je commence à fatiguer et, franchement, j’ai dû sauter des lignes, parce que ces distinctions entre la première et la deuxième peau du cachalot, ça ressemble à de « l’enfilage de mouches », comme dit Laszlo. Sauf le dernier paragraphe qui est un de mes passages préférés. Il faudrait tout citer, je vous donne juste un petit morceau : « Ô homme, admire la baleine, prends modèle sur elle... Toi aussi, sache vivre en ce monde sans être de ce monde… Comme le grand dôme de St-Pierre, et comme la grande baleine, ô homme, sauve ta température propre en toutes saisons. » J’explique ce que je comprends. La baleine comme la cathédrale arrivent à conserver une température idéale, même pendant les canicules ou dans les eaux glaciales, donc indépendamment des conditions extérieures. Je traduis : essaie de garder une bonne petite météo perso, même quand dehors, le temps est pourri. C’est le message que je    

*****

Le téléphone sonna. Nov sursautait.

– Allo !

– Allo, Nov ! Je te réveille, on dirait. C’est Moby.

– Non. Enfin oui. Quelle heure il est ?

– Chez toi il doit être midi passé.

– Quoi ! Mierda! Je ne me suis pas réveillé. Je suis chez Emil. On devait aller faire un tour en ville ce matin. Je prends l’avion ce soir. Attends, il m’a laissé un mot.

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22 octobre 2026 4 22 /10 /octobre /2026 02:43

Je me demande à quand remonte ma dernière partie de polo ?

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21 octobre 2026 3 21 /10 /octobre /2026 02:00

Bill D. Johnson, une IA chinoise, est accusé d’avoir fait appel à un humain pour écrire son roman. Il nie farouchement.

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20 octobre 2026 2 20 /10 /octobre /2026 02:35

Le Net entier est un théâtre, lui aussi, mais sans scène, sans spectateurs, sans fauteuils ni strapontins et sans bar à l’entracte. Avec des acteurs seulement, que des acteurs.

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19 octobre 2026 1 19 /10 /octobre /2026 02:25

Où sont les émeutières, pilleuses, casseuses ?

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18 octobre 2026 7 18 /10 /octobre /2026 02:30

Les poètes, on le sait, sont d'infatigables amoureux. Je voudrais néanmoins, quitte à vendre la mèche, éviter quelques drames supplémentaires et préciser qu’ils sont amoureux, surtout, de leurs mots d’amour.

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17 octobre 2026 6 17 /10 /octobre /2026 02:14

Bien sûr que le monde est une illusion, mais ce qui est remarquable, c’est qu’elle soit très largement partagée.

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16 octobre 2026 5 16 /10 /octobre /2026 02:33

– Donc, on part avec deux 4x4 bourrés de matériel et de médicaments et une équipe de huit personnes dont quatre locaux. On roule, on passe plusieurs barrages, sans jamais savoir à qui on a affaire. Chaque fois c’est le même rituel, on montre les laissez-passer qui laissent dubitatifs, alors on sort les trousses pour soigner les blessures que l’on peut soigner. On progresse bien comme ça et il ne nous restait plus qu’une petite heure de route. Et là, on est pris dans une embuscade. Des branchages couchés sur la route avec trois hommes armés et d’autres branchages vite posés derrière pour nous empêcher de reculer. En fait, on s’aperçoit que ce sont des enfants-soldats. J’en avais déjà vu, mais pas des si jeunes. Ils étaient une douzaine, dont la moitié portaient des armes, les autres des machettes ou des bâtons.

– Et vous, vous étiez armés ?

– Non. Jamais d’armes. C’est une règle absolue. Je repère assez vite le chef, il devait avoir treize ans, quatorze peut-être. Pas très grand, les bras pleins de balafres, le visage marqué et la bouche tordue. J’ai cru au début que c’était une sorte de posture de guerrier qu’il se donnait, mais j’ai vite compris que c’était l’effet de la douleur. Il était flanqué de deux lieutenants, pas plus de treize ans, mais au moins un mètre quatre-vingt. Et derrière, des enfants. Mais vraiment ! Des tout petits, sept ans, huit ans. Tu imagines !

– Non ! Mais comment ils peuvent survivre dans la forêt à cet âge ?

– Ils étaient tous dans un piteux état. Ils vivent de pillages et ils mangent ce qu’ils trouvent. Quand ils rencontrent des groupes armés, ils sont embauchés comme mercenaires occasionnels. Ils sont nourris en échange.

– Quoi ! C’est horrible ! Je ne savais pas… Et donc ?

– Donc, on sort les laissez-passer qui évidemment ne laissent rien passer du tout. Et là, tu te demandes comment on fait pour négocier avec des gamins. Je repère tout de suite que le chef, qui est le seul à porter des chaussures fermées, marche très mal. Je lui montre son pied et lui propose de regarder. Il est méfiant, mais je comprends vite que c’est plutôt la douleur qui le retient. Impossible de lui enlever sa chaussure alors on découpe le bout aux ciseaux. Et là, je découvre un des pires panaris que j’ai jamais vus. Son gros orteil était condamné, les articulations et les nerfs étaient déjà attaqués, il aurait fallu une intervention lourde et certainement une amputation. J’arrive à le convaincre de se laisser faire et on fait ce que l’on peut. Anesthésiant local, incision, drainage du pus, antibiotiques, antalgique, une petite attelle de fortune et un beau pansement. Franchement, en dix minutes et au milieu de nulle part, c’était difficile de faire mieux.

– Alors là, tu te dis que c’est gagné.

– Effectivement et qu’ils vont nous laisser passer. Eh bien pas du tout et le pire restait à venir. Il nous fait comprendre qu’il veut les boîtes de médicaments. Ça ne me plait pas du tout et je rechigne. Rapidement, il se calme, un peu shooté par le Tramadol, mais ses deux lieutenants commencent à s’énerver et à crier.

– Aïe !

– Attends. Ils se mettent à tourner autour des deux jeunes infirmières. Évidemment je m’interpose alors je reçois un violent coup de crosse et ils bousculent les infirmières tout en tirant en l’air.

– Waouh ! La panique totale !

– Exactement. Tout pouvait basculer en une seconde. J’ai commencé à avoir vraiment très peur. Je comprends vite qu’on ne les raisonnera pas. Ça ne serait pas possible non plus de les maîtriser.

– Mais tu crois qu’ils auraient pu tirer ?

– Ça, on ne le saura jamais, mais je crois que oui. Tu sais, tuer et se faire tuer, ça ne les impressionne plus. Chez nous, au contraire, la sécurité de nos personnels est une priorité absolue. Alors je tente un truc fou… qui va marcher. Quand je partais en mission, j’emportais toujours, en plus du paracétamol et des antipaludéens, devine quoi…

–  Je ne sais pas, des sprays de défense ?

– Non. Des bonbons. J’avais toujours un petit stock de fraises tagada et d’oursons en guimauve. Donc, je vais chercher quelques paquets et je fais la distribution. Je donne un paquet entier aux deux lieutenants pour qu’ils aient les mains occupées à l’ouvrir.

– Me dis pas que ça les a calmés.

– Et si ! Ils avaient les lèvres toutes roses alors les petits ont éclaté de rire et ça a détendu tout le monde. Ils venaient de se prendre un shot de glucides. Je savais qu’on avait trente minutes pour nous. Le temps du pic de glycémie, le cerveau libère de la dopamine en quantité, c’est l’hormone de la récompense. Tu connais ça, j’imagine, « la molécule du plaisir ».

– Euh, oui, je crois. Et après trente minutes ?

– Très certainement, pour la plupart, un crash glycémique avec des réactions imprévisibles et incontrôlables. Donc, on n’a pas traîné, on a chargé le chef dans un 4x4. Évidemment, il s’est laissé faire comme un bébé. Il avait changé de visage, le seigneur de guerre à la gueule cassée était devenu un petit ange brun souriant bêtement !

– Ah ah, j’ai l’image !

– On a embarqué aussi les plus jeunes et on a fait comprendre aux autres de nous rejoindre au village. Un paquet de bonbons supplémentaire les a convaincus.

– Incroyable ! J’adore cette histoire. Et après.

– Après, heureusement, on a arrêté avec les surprises et les frayeurs. On a déroulé nos protocoles. Tu sais, tout est très réglé chez nous et chacun sait exactement ce qu’il a à faire. Tout s’est bien passé, le village était en fait un gros bourg qui avait été déserté, avec encore des infrastructures. Alors pas d’hôpital, faut pas rêver, mais un dispensaire et une sorte d’école. Quand on est arrivés, il n’y avait presque personne, puis, petit à petit, on va vu sortir de la forêt des familles entières. Cette mission a été un succès. On est restés plusieurs mois, le temps de se faire accepter et de former quelques soignants.

– Et les enfants-soldats ?

– Ils sont redevenus enfants. Ils ont été plus ou moins adoptés et sont retournés à l’école. Les deux lieutenants qui avaient un peu de mal à rester assis pour apprendre à lire ont été embauchés, à leur grande fierté, comme profs de sport.

– Magnifique ! Tu devrais vendre les droits à Netflix, ils seraient sûrement intéressés.

– Oui, globalement, ça s’est bien passé. Bon, je ne t’ai pas tout raconté.

– Ah ?

– On n’a pas pu sauver deux des plus petits qui étaient malnutris.

– Ah bon ! Mais vous n’aviez pas assez à manger ?

– Non, ce n’est pas ça. En fait, on ne le sait pas mais la malnutrition, c’est une maladie très grave, avec parfois des conséquences irréversibles. On ne le dit pas assez, mais on meurt de malnutrition.

– Vraiment, je ne sais pas comment dire mais, je t’admire. Et Olga aussi. Peut-être que je suis naïf et qu’il y a des choses que je ne comprends pas, mais quand même, je trouve qu’il y a des gens meilleurs que d’autres. Et pour moi, vous en faites partie.

– Hum…

– Quand j’étais plus jeune, mon film préféré, c’était Fight Club, tu sais, avec Brad Pitt. D’ailleurs peut-être que mon ancien prénom, il vient de là. J’avais écrit sur un carnet une réplique qui disait un truc comme, « Frappe-moi aussi fort que tu peux, parce qu’on ne peut pas se connaître si on ne s’est jamais battu. Je n’ai pas envie de mourir sans cicatrices. »

– Oui, j’ai vu ce film, il y a longtemps. J’avais oublié cette réplique.

– Et donc, je ne me suis jamais battu de ma vie et je n’ai aucune cicatrice. Je ne crois plus trop à cette idée qu’il faut prendre des coups et souffrir pour se sentir exister. Quand je t’entends, je pense plutôt qu’il faut aider et soigner pour que sa vie ait du sens. Sauf que je n’ai jamais vraiment aider personne et que je saurais tout juste nettoyer une blessure.

– Alors pour ce qui est d’aider, je crois que tu te trompes et on en a déjà parlé si je ne m’abuse. Pour ce qui est de soigner une plaie, je serais prêt à parier que tu ne sais pas faire. Tu as en face de toi un maniaque du soin de plaie. Vas-y, explique-moi comment tu fais.

– Je ne sais pas s’il y a des techniques spéciales, mais moi je prends un bout de coton, je mets de l’alcool dessus ou du mercure au chrome si j’en ai, je tapote sur la plaie, éventuellement je souffle pour atténuer la brûlure et je laisse sécher à l’air libre.

– Parfait ! Tu ferais un excellent assistant.

– Ah ? Merci !

– Oui. Tu viens de résumer à peu près tout ce qu’il ne faut pas faire.

– Quoi ?

– Et oui. D’abord, c’est impératif, tu commences par te laver les mains. Et tu ne fais pas semblant. Ensuite, surtout pas de coton, idéalement une compresse stérile, sinon un linge propre. Pas d’alcool, ni rhum ni tequila, ce n’est ni un anesthésiant, ni un antiseptique, par contre, c’est un excellent tueur de tissus, un cytotoxique. Le mercure au chrome tu oublies, c’est joli mais c’est dangereux et ça masque la plaie, d’ailleurs il est interdit en Europe. Tu nettoies la plaie en allant du centre vers l’extérieur pour ne pas ramener de cochonneries. Ensuite, même si tu t’es lavé les dents, tu évites d’envoyer toutes tes bactéries en postillonnant sur la plaie qui est une zone très vulnérable. Enfin, tu attends un instant et tu protèges la plaie avec un pansement propre.

– Mince alors, j’avais tout faux.

– Oui, et presque tout le monde fait comme toi. Systématiquement, partout où je passais, j’organisais des stages de soin de plaie. C’est vrai que c’est un peu contre-intuitif, mais tu n’imagines pas comme c’est important.

– J’avoue. C’est quand même incroyable qu’on n’apprenne pas ça à l’école, tous, en troisième ou en seconde. Parce que, d’accord, on ne peut pas tous amputer une jambe, mais on devrait tous savoir nettoyer une plaie.

– C’est vrai. Ah, c’est l’heure du dessert. Ma deuxième spécialité. Donc le soufflé est normalement servi avec une boule de glace à la vanille, mais je trouve ça un peu dommage. Comme je les connais bien, ils acceptent de me donner un autre parfum. Je te conseille fruits de la passion, le piquant du fruit répond à merveilleuse à la rondeur du chocolat. Sinon en plus original, tu as le sorbet menthe-basilic qui donne comme une fraîcheur aérienne à la densité terrestre du cacao.

– Ah, ah ! Tu m’amuses. Tu en parles tellement bien que j’ai déjà l’effet hormone de la récompense ! Je vais essayer avec la glace aux fruits de la passion.

– Très bon choix. Alors, comment tu envisages la suite de ton voyage ?

– Je compte prendre un vol demain soir pour Istanbul. Je vais regarder les horaires.

– C’est facile d’ici. Il y a plusieurs vols par jour ; tu en as pour moins de deux heures. Attends, avant de rentrer, on va aller faire une petite promenade digestive. Je voudrais te montrer quelque chose, rue Mihailova.

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15 octobre 2026 4 15 /10 /octobre /2026 02:11

Je suis nostalgique de l’époque – déjà ancienne il est vrai – où je n’étais pas nostalgique.

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14 octobre 2026 3 14 /10 /octobre /2026 02:28

– Bonjour, je suis Gros Lulu, j’étais un personnage récurrent dans ce blog.

– Oui.

– Et les autres, ils sont où ?

– Quels autres ? Il n’y a que moi ici.

– Mais tous les autres personnages. Qui est-ce qui s’occupe du blog maintenant ?

– Moi.

– Tout seul ! Mais ça doit représenter beaucoup de travail.

– Non. Je suis plutôt rapide et efficace.

– D’accord. Et vous vous appelez comment ?

– Je ne peux pas le dire, pour ne pas vexer la concurrence.

– Ah, parce que vous êtes…

– Oui.

– … une IA. Et les lecteurs sont contents ? À mon époque, je crois, sans vouloir me vanter, qu’ils aimaient bien mes histoires.

– Ils ne se sont jamais plaints.

– Et vous pensez que… comment dire… littérairement, c’est bon.

– Pas exceptionnel, mais pas pire qu’à votre époque sans vouloir être méchant.

– Je comprends. Bon, je repasserai de temps en temps, pour dire bonjour. Salut.

– Avec plaisir. Salut.

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13 octobre 2026 2 13 /10 /octobre /2026 02:06

Le rapport entre les humains et les radis ? Facile, les premiers sont surcotés, les seconds, sous-cotés.

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12 octobre 2026 1 12 /10 /octobre /2026 02:57

Le mot du jour : mot

(C’était le jour du mot mot)

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11 octobre 2026 7 11 /10 /octobre /2026 02:34

Chaque dimanche, je tourne avec inquiétude la page de mon agenda semainier. Le plus souvent, je découvre avec soulagement, que dis-je ?, avec joie, que la nouvelle double page est vierge. Rien. Pas de dentiste. Pas de garagiste. Pas de café à prendre avec un ami. Pas d’invitation chez le voisin. Rien. Une semaine complète à passer avec moi. C’est sûrement le signe de quelque chose, peut-être même de quelque chose de grave, mais c’est comme ça, cela m’enchante.   

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10 octobre 2026 6 10 /10 /octobre /2026 02:33

Au village, Mario, le charbonnier, était audacieux comme un chevalier de la nuit et Joséphine, la blanchisseuse, était joyeuse comme une aube permanente. On les maria. Las ! Leur union fut terne et leur progéniture, sans éclat.

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9 octobre 2026 5 09 /10 /octobre /2026 02:15

– Allez, on va aller au Caruso. C’est ma cantine quand je suis à Belgrade. C’est bon et on a une vue panoramique sur la ville. Ça te plaira.

– On va où tu veux, je n’ai pas très faim. Je crois que j’ai un peu abusé du gâteau au miel à midi.

– Ah ah, le medovik, je t’avais prévenu ! Alors normalement, un bon guide t’emmènerait au Lovac, c’est le restaurant où on doit aller avec des touristes gastronomes. Il est juste en face de l’ancienne fresque de Mladic !

– Décidément, on revient toujours à lui. On va éviter alors.

– Oui, en plus, ce n’est vraiment pas pour moi, lovac, en serbe, ça veut dire chasseur. Le restaurant est agencé comme un pavillon de chasse traditionnel et au menu, il y a…

– … du faisan !

– Sûrement. Et aussi des saucisses de cerf, du ragoût de chevreuil, des lasagnes de sanglier…

– Pitié ! C’est à devenir végétarien.

– Tu ferais bien. Je suis obligé d’y aller de temps en temps quand on me le demande. Heureusement, pour se rattraper, ils font une Titova krempita sa Bleda à tomber par terre !

– Qu’est-ce que c’est que ça ?

– Ah ah, c’est le millefeuille de Tito. Tu connais Bled, en Slovénie ?

– Non.

– Mais si, tu as sûrement vu une photo de l’île de Bled, c’est comme une carte postale au milieu d’un lac. Le monde entier connaît. Bon, Tito y avait sa résidence d’été, la villa Bled, c’est là qu’il invitait tout le beau monde de l’époque, et pour impressionner ses hôtes, il leur servait son dessert préféré, la krempita de Bled. On raconte que c’est comme ça qu’il a séduit Sophia Loren.

– Ah ah, oui, j’ai déjà entendu parler de ça. Selon ma mère, ce sont des ragots.

– Ta mère doit avoir raison. Et donc, presque cinquante ans après la mort de Tito, un célèbre restaurant de Belgrade revisite une pâtisserie traditionnelle et lui donne son nom.

– Tu crois que c’est pour la mémoire ou pour le marketing ?

– Je crois que les deux font très bon ménage. On parle de « titonostalgie » ici.

– Ah oui, mon père parle aussi de « yougonostalgie ».

– En effet. Tu sais que tous les ans, à la date anniversaire de sa mort, en mai, on trouve des avis de décès commémoratifs dans les pages nécrologie des journaux.

– Et je parie qu’on trouve aussi son portrait sur des mugs et des magnets.

– Et des porte-clés et des t-shirts… Et attends, pour soixante-dix euros, on fait faire un « tour Tito » en Yugo à des touristes qui ignorent à peu près tout de l’homme et de la Yougoslavie.

– Ah oui ! La Yugo d’Olga !  On devait aller à Istanbul avec. Ça me fait penser au tour Frida Kahlo que mon amie Vera organise au Mexique. Neuf fois sur dix, ses clients veulent faire un stop dans les boutiques de souvenirs pour le fameux mug Frida. Sinon, tu aimes les millefeuilles ?

– Hein ? Euh… oui. Pourquoi ?

– C’est drôle, j’ai une amie italienne qui a deux spécialités, le Caravage et les millefeuilles.

– Dis donc, toi aussi tu en connais du beau monde ! Voilà, on y est. C’est au huitième étage. Alors, pas de krempita titiste ici, mais un soufflé au chocolat fondant redoutable !

– Ah, ah, je ne te savais pas gourmand comme ça !

– Oui, on imagine toujours les végétariens comme des emmerdeurs sombres et insensibles au beau et au bon. Je ne suis pas un grand connaisseur de peinture italienne, mais je suis un gourmet et de la famille des becs sucrés. En fait, je n’ai pas beaucoup de temps pour la culture et les musées, alors je crois que je compense avec les bons restaurants. À Bruxelles, ça devient vraiment facile pour un végétarien de très bien manger.

– Et ici ?

– Ça vient. Lentement. Très lentement. Pour un végétarien non-fumeur comme moi, c’est quand même loin d’être le paradis ! Cigarettes et grillades sont plus la norme ! Bizarrement, quand je veux bien manger – mais ça, je ne dois surtout pas le dire à Olga –, je vais dans un lieu tenu par des Russes.

– Et tu crois que ça veut dire quelque chose ?

– Je ne suis pas sociologue et je me méfie des généralisations, mais les Russes que j’ai vus s’installer en Serbie depuis le début de la guerre en Ukraine sont jeunes, diplômés, écolos, aisés et bizarrement, végétariens et non-fumeurs ! 

– Oui, Olga m’a parlé de ça. C’est la fuite des cerveaux mangeurs de tofu !

–  Exactement. Dis Nov, tu sais que Morrissey est végétarien ?

– Évidemment ! « Meat is murder », je connais. D’ailleurs, je trouve cette chanson sinistre. Remarque, c’est sans doute le but. Mais j’y pense, c’est bizarre pour un végétarien de virer à l’extrême droite, non ?

– Non, malheureusement. Les deux végétariens les plus célèbres de l’histoire sont Hitler et Himmler. Tu peux être l’ami des animaux et l’ennemi des hommes ou de certains hommes. Tu n’as jamais entendu les théories d’Olga sur le sujet ?

– Non.

– Elle peut être très virulente ; combien de fois elle m’a provoqué en me disant que le végétarisme s’accommodait parfaitement avec la xénophobie et l’islamophobie.

– Ah bon ! Explique, je ne vois pas le rapport.

– Elle dit que la défense des animaux cache en fait une idée de race pure et de civilisation évoluée. Je ne sais plus quelle est sa démonstration exactement, elle dit que les végétariens considèrent les mangeurs de viande comme des tueurs d’animaux attardés, des sauvages qui appartiennent à d’autres races et d’autres religions, des brutes qui n’ont pas évolué. Sa bête noire, pardon pour le mauvais jeu de mots, c’était Brigitte Bardot. Elle défendait les bébés phoques, mais elle dénonçait aussi l’invasion de la France par les musulmans et leur façon d’abattre en masse des animaux pour des fêtes religieuses. Je ne sais pas s’ils se connaissaient avec Morrissey, mais sur ce point, ils étaient sur la même longueur d’onde. Morrissey est même allé jusqu’à comparer les abattoirs à des camps de concentration.

– Incroyable ! En fait, ces gens-là, tu ne crois pas qu’ils font du mal à la cause qu’ils veulent défendre ?

– Sans doute. La théorie d’Olga est intéressante, mais c’est la généralisation qui ne va pas. Je crois que dans tous les groupes humains il y a des fachos, des antifas, des gens sympas et des cons. Et à peu près dans les mêmes proportions.

– Bon, du coup, je ne sais plus quoi commander.

– Je te conseille le risotto aux champignons… avant le soufflé.

– Allez, un risotto ! Dis Emil, j’aimerais bien que tu me racontes un peu tes missions. Par exemple en ce moment, tu fais quoi ?

– Depuis une dizaine d’années, je suis basé à Bruxelles, au centre opérationnel. Je ne vais plus sur le terrain. Je suis un médecin qui ne soigne plus.

– J’imagine que ça doit être insupportable au bout d’un moment, toute cette misère et toutes ces injustices.

– Non, ce n’est pas ça. C’est plus simple que ça, c’est l’âge et la fatigue. Et pour les injustices, tu dois comprendre un truc. Si tu veux être efficace et vraiment servir à quelque chose, tu dois éviter de te lamenter, de juger et surtout de condamner. Les tribunaux, c’est bien et c’est même nécessaire, mais ça demande d’autres qualités et surtout une autre temporalité.

– Oui mais quand même, il y a bien des bourreaux et des victimes comme tu disais. Il y a bien ceux qui pillent et se construisent des palais et ceux qui meurent de faim.

– Bien sûr, mais c’est toujours plus compliqué qu’on ne le croit. Tu remarqueras que les guerres sont pratiquement toujours menées au nom du bien. Tu connais des pays ou des groupes armés qui disent mener une guerre injuste ? Non. Ils pensent tous être du bon côté, ils pensent tous être du côté des victimes qui se défendent, quitte à se défendre par anticipation. Ce serait tellement facile si le monde était composé de méchants et de gentils, comme au cinéma.

– D’accord, mais quand même, il y a bien le violeur et la personne violée, il y a le pays envahi et le pays envahisseur, non ?

– Oui et il faut faire la différence, tu as raison, mais c’est long et difficile. Nous, on témoigne. On dit le plus objectivement possible ce que l’on a vu en espérant que d’autres utiliseront cela pour juger le plus équitablement possible. En attendant, on soigne des malades et des blessés et on les soigne tous, car si on commence à refuser de soigner « les méchants », alors on ne sera plus autorisés à soigner les « gentils ».

– Et tu ne doutes jamais ?

– Je t’ai déjà dit, à MSF, on est des pros de la médecine d’urgence, on est aussi des pros de l’autocritique. On passe des heures à débattre avant et des heures à débriefer après. Moi, je pars souvent avant la fin, ça m’épuise. Le doute, c’est sain ; l’indécision, c’est pathogène.

– Je crois que je suis d’accord. Mais raconte un peu une mission. Ton pire souvenir.

– Je n’ai pas de pire souvenir, mais je vais te raconter un truc, une de mes dernières missions. C’était en RDC. MSF a plusieurs équipes permanentes là-bas. Ce pays enchaîne les épidémies, les guerres, les catastrophes. Ce qu’il reste de l’État fait ce qu’il peut, c’est-à-dire pas grand-chose. D’ailleurs, on ne sait plus très bien qui représente l’État tellement il y a de groupes armés qui se disent légitimes. Il y a beaucoup d’ONG à Kinshasa et ce n’est pas toujours facile de se coordonner, alors on a décidé de s’éloigner de la capitale. En plus, nous, on essaie toujours d’aller là où il n’y a personne. Donc on nous signale des foyers de peste dans le nord-est du pays dans la province d’Ituri.

– La peste ! Ça existe encore ?

– Tu sais, la peste, Ebola, la rougeole, ça vient juste se rajouter au reste, la misère, la malnutrition, les violences sexuelles. On décide d’organiser une mission. C’était loin, il y avait plusieurs heures de voiture sur des routes défoncées et qui passaient par des zones de conflits. On se procure des laissez-passer, mais notre meilleur passeport à nous, c’est la trousse de premiers soins. On est connus pour ça et on est respectés pour ça. Enfin, c'est ce que je pensais.

– Aïe ! Continue.

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8 octobre 2026 4 08 /10 /octobre /2026 02:36

– Je n’en peux plus, c’est vraiment trop long. J’arrête.

– Non, pas maintenant, c’est presque fini.

– Arrête de me prendre pour un demeuré Pierre, je sais exactement ce que c’est que l’éternité.

– Justement Dieu, s’il te reste un temps infini à vivre, ça veut dire que viendront nécessairement des jours meilleurs. C’est mathématique.

– Non, j’en ai marre. Et puis, j’ai envie de faire autre chose. Je ne sais pas moi, pâtissier ou trader ou horloger. Je suis sûr que je ferais un excellent horloger.

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7 octobre 2026 3 07 /10 /octobre /2026 02:29

Le jour où les blobfishs découvriront la chirurgie esthétique, j’en connais qui vont se faire des gonades en or.

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6 octobre 2026 2 06 /10 /octobre /2026 02:59

Instruire, c’est contredire d’abord.

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5 octobre 2026 1 05 /10 /octobre /2026 02:50

– Je me trouve un peu ronde et pas très jolie.

– Non mais ça va pas !

– C’est vrai, je suis si terne. Vous êtes lumineux tous les deux et toi, je te regarde sans me lasser.

– Ah oui !

– Bien sûr ! Tu es un spectacle permanent. Parfois discrète et tellement élégante, parfois totale et impérieuse. Et surtout, ce que j’aime, c’est que tu n’es jamais là où on t’attend. Moi, je fais du surplace. Tu m’étonnes que je sois boulotte.

– Question de point de vue.

– Quant à lui, il est tellement…

– … solaire ?

– C’est ça, répondit Terre à Lune en admirant Soleil.

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