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C'est Peu Dire

  • : Les Restes du Banquet
  • : LA PHRASE DU JOUR. Une “minime” quotidienne, modestement absurde, délibérément aléatoire, conceptuellement festive. Plus, les aventures de Nubecito, un cumulus hawaïen perdu dans un feuilleton hebdomadaire. Depuis octobre 2007
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Et Moi

  • AR.NO.SI
  • Philosophe inquiet, poète infidèle, chercheur en écritures. 55° 27' E 20° 53' S

Un Reste À Retrouver

2 octobre 2026 5 02 /10 /octobre /2026 02:25

– On arrive bientôt. Deux heures pour rejoindre Belgrade, c’est interminable ! Ce pays est un chantier permanent, il y a des travaux partout et rien n’est jamais terminé. Encore une fois, c’est Olga qui a raison.

– Tiens, qui c’est là, peint sur le mur ?

– Ah ! il est toujours là, lui ! C’est le maréchal Misic, un héros de la Première Guerre mondiale. On est rue Nenadovica, c’est une des rues les plus fréquentées de Belgrade. C’est aussi le théâtre d’une guerre très particulière, la guerre des fresques.

– Vas-y, explique.

– Juste en face de Misic, il y avait une grande fresque de Ratko Mladic.

– Encore lui ! Le Boucher des Balkans ?

– Comme tu dis. Elle avait été réalisée après la confirmation en appel de sa condamnation pour crimes contre l’humanité, parce qu’ici, c’était toujours un héros national. C’est incompréhensible ! Heureusement, ça ne faisait pas l’unanimité, d’où la guerre des murs qui consistait à peindre sa fresque, puis l’effacer, la repeindre, l’effacer…

– Apparemment, les effaceurs ont gagné, non ?

– Non. Tu sais qu’il vient de mourir en prison, à La Haye, tu as suivi, non ? On vient de rapatrier sa dépouille. Eh bien devine quoi ? Il a été accueilli avec les honneurs, comme le sauveur de la Serbie.

– Mais tu crois qu’ils sont nombreux ceux qui le vénèrent encore ?

– C’est difficile à dire, mais non, je ne pense pas. Le problème, c’est qu’ils sont violents. Il y a beaucoup de hooligans parmi eux. En plus, ils sont très organisés et très efficaces. Pour les fresques, ils utilisent des peintures spéciales difficiles à effacer et ils les surveillent jour et nuit. En cherchant, on trouve encore aujourd’hui des portraits de Mladic sur les murs.

– Mais la police ne fait rien ?

– Tu sais, toutes ces questions autour de la guerre, c’est compliqué ici. Même parmi les ministres actuels de Vucic, il y a encore des sympathisants de Mladic. Ils restent discrets, mais ils sont très contents que des jeunes hooligans fassent le sale boulot à leur place. Tiens, on va faire un petit crochet par le boulevard Zoran Dindic, c’est à deux pas. Dindic, c’est un ancien Premier ministre qui a essayé de préparer la Serbie pour son entrée dans l’Union européenne. Donc, tu imagines bien, il a commencé par un gros travail de nettoyage, contre la corruption et le crime organisé. Et surtout, c’était une demande pressante de l’Europe, il a permis l’extradition de Milosevic pour qu’il soit jugé à La Haye. C’était le Président de la Serbie pendant la guerre. Tu comprends, ça, ça a été le geste de trop. On l’a considéré comme un traître et on l’a assassiné.

– Et donc, pour compenser, il a eu droit à un boulevard à son nom.

– Exactement. Mais même ça, ce n’est pas passé. C’était inacceptable pour les nationalistes nostalgiques de Milosevic et de Mladic, ils devaient passer tous les jours devant le nom d’un traître, alors ils ont posé de fausses plaques Bulevar Ratka Mladica.

– Et on a laissé faire ?

– Oui et non. Les faits et les jugements ne suffisent pas. On est les champions du révisionnisme et comme ça, doucement, on met dans la tête de jeunes souvent peu éduqués une autre histoire. L’ignorance est le meilleur allié du pouvoir, ce n’est pas nouveau.

– D’où l’importance de l’histoire ! Ça j’ai compris. Quand je pense que j’ai bâché presque tous mes cours d’histoire…

– Heureusement… je crois, je ne sais pas… peut-être que je suis trop optimiste… Olga te présenterait les choses différemment, mais je crois que ces ultranationalistes sont minoritaires.

– Minoritaires, mais comme leur peinture, on dirait qu’ils sont résistants.

– Exactement. Les livres d’histoire, les débats, les procès… ça n’a aucune influence sur des convictions. D’ailleurs, si mon père était encore vivant, je sais qu’il aurait accueilli la dépouille de son général au garde-à-vous et la larme à l’œil. Tu sais, une grande partie de sa famille a été exterminée par les Oustachis.

– Zut, j’ai entendu ce mot, mais j’ai oublié.

– C’étaient des fascistes croates. Des nationalistes alliés des nazis qui rêvaient d’une Grande Croatie, un État croate « pur », nettoyé des Serbes, des juifs et des Roms. Cette fois, les bourreaux étaient de l’autre côté de la frontière. Alors tu comprends, pour mon père, Mladic avait vengé ses oncles et sa tante qui étaient tous morts en camp de concentration.

– En Allemagne ?

– Non, en Croatie.

– Je vois. C’est ce que mon père appelle le « télescopage des mémoires ». Peut-être que je simplifie, mais j’ai quand même l’impression que le problème vient toujours du nationalisme.

– Ah, ça, tu prêches à un convaincu !

– Quand même, je pense que ça touche surtout les anciens.

– Peut-être. J’aimerais que tu aies raison, mais les gros bras qui défendent les fresques de Mladic, ce ne sont pas des anciens combattants ou des papis grabataires.

– Hé, là ! la fresque ! On dirait Morrissey, le chanteur.

– Exactement, c’est lui. Il y a aussi Joe Strummer, le chanteur des Clash et George Orwell. Je connais un gars qui organise un tour des fresques murales de la ville, c’est passionnant.

– Ça plairait à Vera, ça ! Explique, pour Morrissey. Ne me dis pas qu’il est serbe !

– Ah ah, non ! Cette série de fresques est plus culturelle qu’historique ; on les doit aux supporters du Partizan Belgrade, le club de foot. Tu dois connaître, maillot noir et blanc, ceux qui s’opposent depuis quatre-vingts ans à l’Étoile rouge. Je ne saurais pas exactement t’expliquer pourquoi. Je crois que c’est une sorte de philosophie qu’ils pensent partager, quelque chose comme un romantisme déprimé. Tu comprends le texte qui l’accompagne ?

– Attends. « To die by your side is such a…, Mourir à tes côtés est tellement… » Il me manque un mot.

– « … a heavenly way to die. » La mélancolie morbide, typique de Morrissey. Mourir à tes côtés est une façon tellement divine de mourir, c’est comme être au paradis ! C’est une déclaration d’amour adressée à leur club.

– C’est quand même bizarre pour des supporters !

– Peut-être aussi que c’est un moyen de comprendre les Serbes. C’est comme leur maillot, noir et blanc. En fait, ce club, il perd souvent, c’est un peu notre OM à nous. Bien sûr, ils détestent perdre, mais ça n’empêche pas la fidélité et même l’amour. C’est comme ça que je comprends le truc. Les défaites font mal, mais peu importe, on aime notre club et on souffre avec lui. C’est noir et ça fait mal, mais il y a quand même de la lumière et de l’amour.

– C’est drôle, je n’imagine pas des hooligans penser comme ça, ça leur donne un côté attachant.

– Oui, c’est possible. Au fait, tu as suivi le parcours de Morrissey ?

– Un peu. Je ne suis pas un spécialiste, mais je l’écoute de temps en temps, surtout la période des Smiths.

– Je parle de son parcours idéologique. C’est devenu un facho raciste et islamophobe. Et complotiste.

– Quoi !

– Oui, c’est incroyable quand on sait d’où il vient. Tu as écouté le morceau Notre-Dame qui vient de sortir. Ce n’est pas explicite, mais il suggère que l’incendie était criminel et que c’est des terroristes d’une autre religion – devine laquelle ! – qui ont fait le coup. « Notre-Dame, we know who tried to kill you, Notre-Dame, we will not be silent. » Et sur scène, il chante ça en brandissant la croix qu’il porte sous sa chemise.

– Mais non ! C’est peut-être son côté provoc. D’accord, c’est excessif et de très mauvais goût, mais c’est peut-être juste de la provoc, son côté punk.

– Non. Tu sais qu’il soutient Nigel Farage aussi.

– Qui ça ?

– Nigel Farage. C’est le patron de Reform UK, le parti anglais d’extrême droite. C’est le grand copain de Jordan Bardella.

– Mais non ! C’est pas possible ! Pas Morrissey ! Pas lui. L’anti Thatcher qui chantait Margaret on the guillotine, « When will you die? »

– Et si ! Alors, peut-être qu’il faut séparer l’homme de l’œuvre. Vous adorez faire ça en France. Moi, je ne peux pas. J’ai pris mes distances, et pourtant, les Smiths, j’étais vraiment fan.

– Je n’en reviens pas !

– Mince, je ne sais pas pourquoi, je suis en train de plomber l’ambiance. Pourtant, on n’a pas besoin de ça. C’est l’effet Belgrade. Je préfère tellement Novi Sad. On arrive bientôt à la base de MSF ; le studio est juste à côté. Tiens, regarde ce que je te disais, juste en face du bâtiment de la RTS, une fresque de Mladic. Elle est encore toute fraîche, je ne la connaissais pas, celle-là.

– Qu’est-ce qui est écrit ?

– « Heroji ne umiru! Les héros ne meurent pas ! Oni žive večno!!!  Ils vivent éternellement !!! Generale, hvala za Srebrenicu. Général, merci pour Srebrenica. » Non mais c’est odieux ! Et Srebrenicu a été rayé et remplacé par ljubav, amour. « Général, merci pour l’amour. » Tu te rends compte ! C'est à vomir ! Et le commissariat est à cent mètres ! Ça vient d’être peint pour fêter le retour de son corps. On n’avance pas. Ça me désole !

– Oui mais là ça veut dire autre chose. Peut-être que ses fidèles sont une poignée de hooligans et quelques survivants de l’époque, mais ils ont aussi des appuis bien placés.

– C’est ce que dit Olga. Et bien sûr qu'elle a raison.

– Elle dit beaucoup de mal de Vucic, tu penses comme elle ?

– Comme je t’ai dit, tout ce qu’elle dit est excessif, mais il y a toujours un fond de vérité. Pour moi, chez Vucic, il y a plus d’opportunisme que d’idéologie. C'est peut-être pire, d'ailleurs. Mais par exemple, Sapic, le maire de Belgrade, il a défendu publiquement Mladic et le ministre de la Justice, il a assisté à ses obsèques. Tu imagines ? La glorification d'un génocidaire par des officiels. Allez, j’arrête. Tiens, regarde, on passe devant le musée Tesla, on pourra le visiter demain, c’est à cinq minutes du studio.

– Tesla ? Encore ? Mais je croyais que le musée était à Zagreb ?

– Oui, tu as raison, il a aussi un musée là-bas.

– Et donc, il était serbe ou croate ?

– Hé, hé, bonne question ! Et ça nous ramène à notre sujet préféré, le nationalisme. Ouf ! on est arrivés.

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1 octobre 2026 4 01 /10 /octobre /2026 02:06

Il me semble qu’on ne critique plus la publicité qui, pourtant, ment, manipule, ruine, pollue, agresse, discrimine, abêtit et désespère.

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30 septembre 2026 3 30 /09 /septembre /2026 02:59

Il faut bien le reconnaître, l’enfant était devenu le roi. Je peux me tromper, mais il me semble qu’un renversement est en cours au profit du pet, chien, chat ou cochon d’Inde. Je parierais aussi pour la montée prochaine d’un mouvement no pets.

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29 septembre 2026 2 29 /09 /septembre /2026 02:57

Sans vouloir offenser quiconque, je ne suis pas très pape. Ni pope. Je préfère le rap et la pop. Alors là, il faut que je m’échappe, sinon il y a des risques que je chope une papite aiguë. Donc je regarde sur Map4Trip, et hop, un flip-flap (ça c’est pour la rime, mais en vrai, je ne sais pas faire) et je me carapate à Savigny-la-Trappe. (Clap de) fin.

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28 septembre 2026 1 28 /09 /septembre /2026 02:36

Quand j’étais enfant, j’adorais la mousse au chocolat, maintenant que je suis vieux, j’aime toujours beaucoup la mousse au chocolat.

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27 septembre 2026 7 27 /09 /septembre /2026 08:46

Pendant ce temps, infatigable et indifférent, le banian se tient là.

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26 septembre 2026 6 26 /09 /septembre /2026 02:56

Un peu après l’aube et avant la foule du stade de France, le Pape est allé se recueillir dans le parc de Bagatelle. Il fut surpris d’entendre son nom scandé avec ferveur, d’autant qu’il n’y avait âme qui vive, n’était quelques paons bleus.

Pavo cristatus, se demanda-t-il en bon ornithologue mais en mauvais latiniste, ça ne signifierait pas… ?

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25 septembre 2026 5 25 /09 /septembre /2026 02:06

– Hé ! Emil ! Alors, quelles sont les nouvelles ?

– Salut Nov, j’espère que tu as pu te reposer un peu. Ça y est, j’ai déposé Olga à la clinique Vita. Ils sont spécialisés dans les addictions, mais ils soignent aussi les troubles de l’humeur. Comme ça on va faire d’une pierre deux coups. Son psy m’a dit qu’on devait prendre très au sérieux son alcoolisme et contrôler son hypertension. Ce sont des effets qui deviennent des facteurs aggravants et même des causes de décès, tu comprends, et il faut les traiter comme tels. Cette maladie est une pieuvre vicieuse !

– Je vais peut-être dire une bêtise, mais l’hypertension, c’est moins grave, non ?

– Non, c’est très sérieux. Comment te dire ? On est face à un dérèglement de tout l’individu. On dit maladie mentale, mais l’esprit, le corps, l’âme, l’humeur ou je ne sais quoi encore, ce sont des mots. Ça aide à dire la maladie, mais pas à la soigner. L’individu, ce n’est pas seulement une tête, c’est aussi un corps, c’est-à-dire un cœur, des artères, une thyroïde, un foie, etc., tu comprends. Et il faut surveiller tout ça. Et plus encore, je t’ai déjà expliqué ça, un individu, c’est aussi un écosystème familial, social, professionnel, culturel. C’est pour ça que, dans l’idéal, il faudrait une véritable armée pour se battre ; en plus du psychiatre, il faudrait un généraliste, un addictologue, un sociologue, un psychologue, un nutritionniste… Tu imagines ! Et évidemment, il faut la participation active du patient. Bref, on n’y est pas encore.

– Je vois. Et le psychiatre, il est inquiet ?

– Il n’est pas inquiet, mais il dit que c’est très sérieux et qu’il faut tout reprendre à zéro. Il veut faire de nouvelles analyses. Olga a une forme atypique et multirésistante de bipolarité.

– Ça ne me rassure pas et en même, ça lui ressemble tellement, « atypique et multirésistante » !

– Donc, elle va être prise en charge par une nouvelle équipe, on va essayer de nouvelles molécules et le TMS, c’est la simulation magnétique transcrânienne.

– Emil, ne me dis pas que c’est des électrochocs !

– Non, rien à voir. Ça ressemble plus à une IRM. Il n’y a pas d’anesthésie, pas de choc violent, juste une sorte de picotement. Très peu d’effets secondaires et tu récupères en quinze minutes.

– D’accord, mais globalement, vous êtes optimistes ?

– C’est exactement la question que j’ai posée au psy. Il m’a répondu ça, que peut-être je ne devrais pas te dire. Si c’est le frère qui demande, je répondrai, oui bien sûr, et on fera tout ce que l’on peut pour l’aider. Si c’est le médecin qui demande, je dirai que je suis optimiste pour la médecine et la psychiatrie, on avance. Et il a ajouté, après un silence : quoiqu’il arrive.

– Je ne comprends pas. Ça veut dire que c’est bien ?

– Ça veut dire que la bipolarité est une saloperie et que chaque malade permet de mieux la connaître et de mieux la soigner. Quoiqu’il arrive.

– Je ne comprends toujours pas. Je ne sais pas pourquoi, mais je ne suis pas vraiment rassuré.

– Allez, Nov, une chose que tu dois comprendre, c’est que ça ne fera pas avancer le bidule là-bas de broyer du noir ici. Parlons d’autre chose, sauf si tu veux préparer une thèse de médecine.

– D’accord, mais promets-moi de ne rien me cacher.

– Promis, mais promets-moi, toi, de ne pas déprimer inutilement.

– Promis !

– Allez, direction Belgrade ! On part maintenant ; on en a pour plus d’une heure, c’est moins rapide qu’en train. Tu vas pouvoir me parler un peu de toi et me dire – ça m’intrigue depuis un moment – ce que tu pouvais bien ficher sur ce porte-conteneur.

– Ah, ah, ça, je t’expliquerai plus tard, sinon, je risque la totale, ambulanciers à gros bras, sangles de sécurité, double dose de médoc et électrodes !

– Ah, ah, je préfère te voir rire. Cela dit, pas de danger que je t’interne, tu n’es pas prioritaire, tu ne peux pas imaginer toutes les dingueries que j’ai pu voir et que je vois encore. Et notamment chez des jeunes comme toi. Je ne sais pas, parfois j’ai l’impression que le seuil de tolérance collective et individuelle des contraintes baisse et que le réel devient très vite insupportable et puis parfois, je pense qu’il y a effectivement une dégradation des conditions de vie qui rend le monde objectivement pathogène. Qu’est-ce que tu en penses ?

– Je ne sais pas vraiment… En fait, je me demande si quelque chose comme « le monde », ça existe ? Est-ce qu’il n’y a pas des mondes et des habitants de ces mondes qui ne se rencontrent jamais ? Tu vois, je lis un livre sur la vie des marins à bord d’un baleinier, ou bien j’entends Olga me parler des enfants qui vivent dans les bidonvilles du Bangladesh… J’ai l’impression de voir ou d’entrevoir d’autres mondes, mais je sais bien aussi que jamais je ne rencontrerai ces marins ou ces enfants. Et pourtant, je pense que c’est ça qui m’intéresserait. Toi et Olga, c’est un peu ce que vous faites, et en plus vous aidez les gens.

– Oui, Olga surtout.

– En fait, justement, j’aimerais bien que tu me parles de ton métier parce que mon problème en ce moment, c’est que je ne sais pas ce que je vais faire de ma vie et ça pourrait me donner des idées. J’ai fait des études de commerce, mais je viens de comprendre au bout de quatre ans – fast et clever, le gars ! – que ce n’est pas pour moi. Ma mère est prof de littérature et traductrice, c’est une passionnée et je sais qu’elle passionne ses étudiants, mais moi, j’ai lu deux livres jusqu’à aujourd’hui, et encore le deuxième, j’en suis à la moitié. Mon père a aussi un métier génial, il est conseiller culturel, mais je suis une brèle en histoire, en plus, je n’ai jamais voté et je ne saurais même pas pour qui voter. J’adore rencontrer des gens, mais souvent, je ne sais pas quoi leur dire et j’ai peur qu’ils s’ennuient avec moi.

– Hum, très intéressant. Inclinez votre siège, cher ami, et racontez-moi votre dernier rêve…

– Excuse, j’ai un peu tendance à m’étaler en ce moment.

– Je plaisante. C’est normal, c’est générationnel. Vous mettez plus de temps à vous trouver aujourd’hui. Je crois sincèrement que vous êtes nombreux à vouloir vous engager, mais la tâche est devenue titanesque. Entre le changement climatique, la dégradation économique, la montée des nationalismes et les guerres qui se multiplient, je comprends qu’on se sente submergé dans un tel contexte. Paradoxalement, avoir vingt ans en Yougoslavie dans les années quatre-vingt-dix, ce n’était pas la joie et la vue était sacrément bouchée, pourtant… comment dire ? on croyait plus, on voulait que ça change et on agissait.

– C’est ça. En fait, moi, je n’ai rien à reprocher au contexte, j’ai une vie tellement facile, c’est juste qu’il est temps que je me bouge les fesses. Et ça, je n’en ai pas l’habitude. Pour le moment, je ne sers à rien et je ne vois pas comment ça va changer.

– Écoute bien, Nov. D’abord, il faut que tu ouvres les yeux.

– Hein ? Tu veux dire sur le monde ? Là-dessus, je suis d’accord. J’écoute plus les gens, je regarde plus le monde et je crois que je comprends de plus en plus de choses.

– Oui, c’est bien, mais ce n’est pas ce que je veux dire. Ouvre les yeux sur ce que tu es et ce que tu fais, et crois davantage en toi. Moi, en tout cas, je n’ai aucun doute sur toi. D’accord tu ne seras pas un grand chirurgien ni un grand architecte ni professeur de littérature à la Sorbonne ni ambassadeur de France à Mexico, mais tu seras un sacré bonhomme qui fera des tas de belles choses. Je prends les paris et j’aimerais bien que toi aussi, tu paries sur toi.

– Mouais… je vais essayer. Ça me touche ce que tu me dis. Message reçu. Dis, tu ne voudrais pas m’expliquer un peu ton métier. Peut-être que si ça m’intéresse, je ferai un stage.

– D’accord. Pour le stage, je préfère te prévenir tout de suite, MSF ne prend jamais aucun stagiaire sur le terrain, c’est une règle absolue. Tu as un master en commerce international, c’est ça ?

– Presque, je dois valider ma dernière année, mais ça devrait aller.

– OK. Alors finis ton master, ensuite, je pourrai t’avoir un stage à Paris ou à Bruxelles ou même à Bordeaux, c’est le site de MSF logistique. On oublie la médecine, tu dois chercher du côté de ce qu’on appelle la supply chain, disons l’organisation matérielle, achats de médicaments et de matériels, gestion des stocks, fret et plein de choses encore. C’est bien d’avoir un bon plombier, mais il lui faut de bons outils et surtout, une boîte à outils facile à déplacer et bien rangée.

– C’est sûr.

– Idéalement, il faudrait que tu acquières deux ans d’expérience professionnelle dans une grosse boite, comme acheteur ou planificateur, je ne sais pas, l’import-export, le transport, les douanes. Si possible à l’étranger – et pas la Belgique ou la Suisse, hein ! Je pourrai t’aider à trouver aussi. Et puis, évidemment je sais que ça ne sera pas un problème te connaissant un peu, mais il faudra aussi que tu réfléchisses aux valeurs de MSF et à l’engagement humanitaire.

– Tu veux dire la neutralité ?

– Aïe, je vois qu’Olga est déjà passée par là avec ses petits doigts fins et ses mots délicats. Je sais ce qu’elle en pense. Comme d’habitude, c’est excessif et unilatéral, et très très énervant, mais, finalement, elle alerte toujours sur des problèmes importants. En fait la question de la neutralité est passionnante et extrêmement complexe, mais il y a plein d’autres questions tout aussi intéressantes, celle du triage humanitaire, par exemple, ou la négociation avec les États ou avec ceux qui ont le pouvoir, le problème de l’image, le respect des cultures, etc. On peut accuser MSF de beaucoup de choses, mais pas de ne pas débattre. Tu n’imagines pas, on n’arrête pas de se poser des questions. À tel point que parfois, ça me lasse. Le temps de l’action humanitaire n’est pas le temps de la philosophie ! OK, c’est inévitable, dans l’urgence, on fait des erreurs, mais dans la réflexion, on ne fait rien.

– Tu as des exemples ?

– Bien sûr ! Tiens, pendant la guerre en Bosnie, tu sais que beaucoup de femmes et de filles se sont fait violer. Classique et immonde ! C’est une arme de guerre. Après un débat interminable, on a décidé d’envoyer des trousses de maquillage à ces jeunes femmes. J’étais pour. C’est ça le triage humanitaire. On trie les ressources qui sont loin d’être infinies et on priorise des missions. Et donc, certains ont fait remarquer que c’était autant d’argent en moins pour soigner le paludisme ou le sida au Congo ou à Madagascar et qu’une femme sans rouge à lèvres n’est pas en danger de mort comme un enfant malnutri.

– J’imagine ! Je ne sais pas ce que j’aurais fait.

– Tu sais, je crois que dans ces moments, la raison a ses limites. Sans compter qu’on dépend à 99 % des dons. Ça veut dire qu’il faut aussi ce que Brauman appelait les « opérations bébés phoques ». Tu comprends. Urgence et efficacité.

– Pour l’efficacité, je comprends, ça ne me choque pas. Je me dis que vous ne pouvez pas vous occuper de tout le monde. En tout cas, plus tu m’en parles, plus ça m’intéresse.

– OK. Affaire à suivre alors. Tu me rappelleras aussi de te parler de Médecins du Monde, si ça t’intéresse.

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24 septembre 2026 4 24 /09 /septembre /2026 02:02

Je pense au surfeur qui sait attendre quand il est dans le creux de la vague, parce qu’il sait aussi qu’il va bientôt monter haut, très haut et glisser sur des sommets d’écume, tel un prince de l’onde. Peut-être sommes-nous coincés, nous aussi, au creux de l’histoire, avec Poutine, Xi, Trump et quelques autres et allons-nous bientôt monter haut, très haut.

Il sait aussi, le surfeur, que sous le creux, il y a encore l’abîme où l’entraîne parfois l’élément déchaîné.

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23 septembre 2026 3 23 /09 /septembre /2026 02:02

J’aurais fait un résistant héroïque. Même sous la torture je n’aurais jamais livré ni liste de noms ni liste de lieux, incapable que je suis de retenir un code à quatre chiffres.

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22 septembre 2026 2 22 /09 /septembre /2026 02:16

La loi est là pour protéger le faible, bien sûr, mais elle doit être proportionnée et ne pas en faire un nouveau fort, il aurait tôt fait de se passer d’elle pour écraser le nouveau faible à son tour.

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21 septembre 2026 1 21 /09 /septembre /2026 02:16

En 2984, peut-être, des êtres supérieurs, vivants ou non, discuteront de la fixation d’un quota de chasse des humains afin d’éviter l’extinction. Ou peut-être pas.

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20 septembre 2026 7 20 /09 /septembre /2026 02:39

Imaginez que toutes les IA n’aient été conçues que dans un seul et même but, filtrer les discours pour ne conserver que ce qui est beau, drôle ou savant. Quel calme régnerait-il soudain !

(Oui mais il nous faudrait trouver une autre occupation.)

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19 septembre 2026 6 19 /09 /septembre /2026 02:11

On en viendrait presque à regretter que Dieu n’ait pas bénéficié de l’IA quand Il a créé les humains. (J’ai dit presque.)

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18 septembre 2026 5 18 /09 /septembre /2026 02:26

Toujours vendredi, toujours au Fig restaurant, mais sur la terrasse

Que des mauvaises nouvelles aujourd’hui ! Remarque, comme elles arrivent en même temps demain je recevrai peut-être les bonnes. Allez, un peu de lecture ; ça sera sans doute aussi terrible, mais au moins, pas pour de vrai. Le malheur dans les livres, ça repose.

Moby-Dick, suite. En fait il y a trois chapitres sur les représentations « monstrueuses », « moins fausses » et « véridiques » de la bête. Franchement, au début, j’ai rigolé quand Herman dit qu’on lui trouvait des ressemblances avec « une truie amputée » ou « une courge » et qu’on la représentait en train de manger « des tartes aux matelots », mais ensuite, j’avoue, j’ai vite tourné les pages. OK, on a compris, on prenait la baleine pour un monstre assoiffé de sang d’homme. En même temps, c’est bizarre, parce qu’aujourd’hui, on la trouve sexy, on paye même cinquante euros pour l’observer d’un bateau. Comme s’il y avait des modes dans la haine aussi.

Chapitre 58, « Krill ». On revient – un peu – au sujet. Il y a cette description effrayante de l’Océan qui me fait penser au typhon et à Manille. « Comme une tigresse sauvage étouffe en se retournant ses propres enfants, la mer jette aux rochers de la côte les plus puissantes baleines et les abandonne flanc à flanc avec les épaves des navires naufragés. Point de miséricorde, elle ne connaît d’autre maître que sa propre puissance. » J’ai déjà vu des tempêtes en Bretagne, mais je pense qu’un typhon, ça doit vraiment être autre chose. J’espère que ça ira chez Moby et Esmeralda.

Chapitre 59, « Le calmar ». On met à l’eau les pirogues… Erreur. Ce n’était pas une baleine. « Une vaste masse pulpeuse, d’une envergure fabuleuse, d’un blanc éblouissant, flottait à la surface de l’eau, des bras innombrables rayonnaient de son centre, se lovaient et se tordaient tel un nid d’anacondas, comme pour saisir aveuglément ce qui pourrait par malheur se trouver à leur portée. » Beurk ! Quelle dégueulasserie ! Là ça va être difficile de défendre ce pauvre doudou à ventouses. On vérifiera auprès de Manon. D’ailleurs…

Très intéressant ce petit topo de Manon sur les hyènes. « On arrête avec les clichés tenaces sur ce mochtard charognard, dégonflard, vicelard et démoniaque. » Je résume le résumé. Longtemps étudiées par une éthologue américaine, Kay Holekamp – tiens, encore une femme ! Très structurées et hiérarchisées socialement dans des sociétés matriarcales. Grande intelligence individuelle et collective qui permet d’élaborer des stratégies de chasse pour s’attaquer à beaucoup plus gros et même tenir tête à des lions. Peuvent se rabattre sur des charognes en temps de disette, mais c’est pour le bien de la communauté, car elles nettoient tout (même les os qu’elles croquent) et évitent la propagation de maladies. Merci qui ? Elles jouent, se protègent, se consolent, s’éduquent, mais sont rancunières, n’oublient pas les trahisons et n’acceptent pas qu’on enfreigne les règles du clan, exemple : l’ordre pour se nourrir (là, c’est moins cool). Et bien sûr, leur rire. N’a rien de diabolique, pas même ironique, moyen de communication très élaboré qui vient compléter les vocalises et les grimaces. Attention : éviter quand même d’en faire un NAC, elles ne sont pas « méchantes » – on garde ça pour les humains –, mais ce sont des superprédateurs et leur mâchoire est trois fois plus puissante que celle du Rottweiler le plus puissant ! Donc, on les laisse tranquilles et on cherche un autre doudou.

Le plus incroyable concerne les organes génitaux et la sexualité, avec en passant une autre connerie tenace à dégommer. Non, les hyènes ne sont pas hermaphrodites et ne changent pas de sexe selon les besoins ou les lubies du diable. En fait, c’est plus dingue encore : les femelles n’ont pas de vagin ouvert, leur clitoris est démesuré, plus long que le pénis des mâles, et c’est par là qu’elles urinent, s’accouplent et mettent bas. Et ce n’est pas tout, mais là, je cite Tom parce qu’on ne va pas me croire : « un faux scrotum fait penser à des testicules, mais à y regarder de plus près, on voit un vestige de vagin fermé et de lèvres collées. Madame est une dame, elle a tout ce qu’il faut ! » Je termine. La copulation est assez technique et suppose le consentement total de la femelle. Alors, avantage du business : pas de metoo chez les hyènes car l’accouplement forcé est impossible. Inconvénient : la mise-bas par ce pseudo-pénis est douloureuse pour la mère et dangereuse pour les nouveau-nés. Je ne sais pas pourquoi, ces histoires me font penser à Magali. Je dois l’appeler.

*****

– Allo Mag, c’est Nov.

– Hé, mon petit Prince ! Quelle bonne surprise ! Où es-tu ? d’où viens-tu ? où vas-tu ?

– Comme prévu, je continue mon voyage. Je suis à Belgrade et je pars bientôt rejoindre Moby à Istanbul. Et toi ? Quelles sont les nouvelles ?

– Boh, je mentirais si je disais que je vais mal. Je fais juste une petite régression. Je suis allée passer une semaine chez ma mère. Elle me fait des soupes de légumes et des crèmes au lait et je dors jusqu’à onze heures.

– J’avoue, y’a pire comme situation. Et quand tu ne manges pas et ne dors pas ?

– On joue au scrabble et on fait des solitaires à deux et quand il fait beau, on se balade avec Pat, c’est son vieux chien. C’est mon petit frère qui l’avait appelé Patrick. Mon père trouvait ça débile, alors ma mère avec diplomatie avait retenu Pat.

– Oui, Pat, ça passe. Et ils ont appelé ton frère Médor ?

– Ah ah, non. C’est Raymond. C'est encore pire. Au fait, j’ai pensé à toi. En arrivant, j’ai trouvé par hasard dans le grenier un exemplaire de Thérèse Raquin. Tu te rappelles, tu nous en avais parlé. Sauf que tu avais oublié de nous dire que c’était une histoire absolument épouvantable.

– Ah ? J’ai un peu oublié, raconte.

– Thérèse est une petite fille élevée librement en Afrique, à la mort de son père, elle est adoptée par sa tante et se retrouve coincée avec son cousin fragile et toujours malade. Finalement, elle l’épouse et doit jouer l’infirmière. Elle s’ennuie à mourir alors, normal, elle le trompe avec son meilleur ami. Comme le mari devient gênant, elle et son amant le noient et finalement, rendus fous par la culpabilité, ils se suicident sous les yeux de la belle-mère devenue entre-temps handicapée et muette, mais qui se délecte du spectacle parce qu’elle avait appris pour le crime de son fils adoré sans pouvoir les dénoncer.

– Oui, ça me revient, c’est pareil dans le film. Effectivement ce n’est pas très glamour. Je crois me souvenir aussi que l’amant balance le chat par la fenêtre parce qu’il imagine que c’est le fantôme du mari. Il ne s’appelle pas Patrick, le chat, d’ailleurs ?

– Ah ah, non, c’est François. Comme mon ex-mari ! Ça donne des idées... Ah, ah. Franchement, je ne peux pas dire que j’ai aimé ce livre, mais finalement, il m’a fait du bien. Je me suis dit que, vraiment, j’avais une vie de rêve à côté. Peut-être que c’est pour ça que beaucoup de femmes lisaient Zola à l’époque, quand on n’avait pas encore de Prozac !

– Hypothèse très intéressante.

– Toi aussi tu me fais du bien. Bon, je vais te laisser, un scrabble m’attend. C’est toujours un régal de parler avec toi.

– Salut Magali, et la bise à Pat.

*****

– Salut Vera ! C’est moi !

– Nov ? ’spera, je…

– Vera, tu m’entends ?

– Oui, oui, aguanta, je sors…

– Vera, parle plus fort je n’entends rien.

– Je sais, segundito, peux pas…

– Mais pourquoi tu chuchotes ?

– Ya está. Je suis dehors. J’étais en cours de compta avec Martinez. Tu me sauves la vie, j’étais à deux doigts de mourir de détresse. Je n’en peux plus de ce master.

– Ouch, je l’avais oublié, le Martinez ! Tu as avancé dans tes recherches de formation ?

– Oui, j’ai trouvé un site hébergé par la Commission européenne pour s’entraîner à traduire des discours en simultané. C’est chaud ! Le problème, c’est le vocabulaire. Et là, les cours de Martinez, tu crois qu’ils aident ! Les mots sont très techniques. Ils parlent un autre français à la Commission. Bon, en écoutant plusieurs discours, tu t’aperçois que c’est toujours les mêmes mots qui reviennent. Ça finit sûrement par rentrer, mais j’ai trop de trucs à faire, en ce moment.

– Et au fait, c’est quoi l’histoire de Jack et de Supertramp, je ne savais pas qu’il écoutait ça.

– Ah ah, non ! Enfin, c’est pas drôle. Supertramp, c’est pas le groupe. Tu te rappelles, le film de Sean Penn ?

– Non…

– Into the wild. Aleksander Supertramp.

– Ah d’accord. Je n’y étais pas. Oui, bien sûr, avec Kristen Stewart qui joue Tracy.

– Voilà ! Donc Jack m’a envoyé un message où il dit « trop vieux pour finir comme Supertramp. Dommage ! »

– Et tu comprends ça comment ?

– C’est ça le problème. De quelle fin il parle ? Le voyage en Alaska, seul et serein dans son bus au milieu de la nature. Ou la fin de la fin, quand il meurt empoisonné par une plante toxique.

– Et il y a le « dommage ! »

– Voilà. Ça peut vouloir dire, dommage, je suis trop vieux et fatigué pour partir vivre seul au fin fond de l’Alaska et je dois rester avec « tous ces cons » – je cite. Ou. Je suis trop vieux et savant pour confondre les plantes comestibles et les plantes toxiques, dommage !

– Bof ! Je me trompe peut-être, mais ça ne me paraît pas si grave. Pour moi, il est dans sa phase de misanthropie aiguë et il aimerait bien partir loin des gens, mais pas trop loin non plus.

– Tu dois avoir raison. Et toi, ton voyage avance ? Je ne pensais pas que ce serait aussi long.

– Moi non plus, mais ça va s’accélérer parce que de Turquie, on va aller directement aux Philippines. Ça doit faire dix mille kilomètres d’un coup. Autrement, j’ai rencontré Emil, le frère d’Olga, il travaille à Médecins sans frontières. Je sais pas… j’y pense de plus en plus… peut-être travailler pour une ONG comme ça… J’ai vraiment envie de rentrer et de te revoir, mais je suis trop vieux pour finir dans le cours de Martinez, dommage !

– Nov, rentre, porfa. Tu pourras essayer de voir avec Emil si tu peux faire un stage. MSF, ça serait génial ! Je te vois vraiment là-dedans. Et fuck le biz ! C’est pas pour nous. Allez, je dois y aller. Prends ton temps, mais rentre vite quand même. Demain, je suis avec Pap’. On se fait une visio, il me tanne pour ça… Tchao.

– Tchao.

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17 septembre 2026 4 17 /09 /septembre /2026 02:55

Un eurologue et un nurologue sont dans un bateau. L’orthophoniste tombe à l’eau. Qui est-ce qui reste ?

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16 septembre 2026 3 16 /09 /septembre /2026 02:00

En passant devant ce magasin de chapeaux asiatiques, je me rends compte que j’ignore tout de la sexualité des berniques.

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15 septembre 2026 2 15 /09 /septembre /2026 02:45

L’IA intéresse plus les chercheurs et investisseurs que le marteau et c’est regrettable parce que cet outil d’un autre âge est imprécis, franchement inesthétique et, je peux en témoigner, très dangereux.

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14 septembre 2026 1 14 /09 /septembre /2026 02:45

À la stupéfaction de Léon, le paon hurla Céliiiiine et s’envola.

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13 septembre 2026 7 13 /09 /septembre /2026 02:50

Le niveau baisse en France. Les veinards, pense-t-on à Tuvalu.

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12 septembre 2026 6 12 /09 /septembre /2026 02:36

– T’inquiète, c’est un gros allumeur, exhib et mateur, mais pour une raison que j’ignore, Soleil ne s’approche jamais, dit Terre à Lune.

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11 septembre 2026 5 11 /09 /septembre /2026 02:54

– Ce qui est difficile à comprendre et à assumer, c’est qu’une maladie mentale ne concerne pas que le malade. C’est comme une guerre. Excuse-moi de prendre toujours cette comparaison qui a ses limites, je sais, mais elle fait comprendre des choses. Les soldats qui se battent sur le front sont importants, mais ils ne pourraient survivre longtemps sans logistique derrière ; et plus loin encore dans la profondeur, il faut aussi que ceux qui n’entendent pas le fracas des bombes et ne voient pas les morts et les mutilés se mobilisent.

– Et j’imagine que tout le monde ne joue pas le jeu.

– Bien sûr que non. Regarde à l’école d’archi. Il y a ceux qui ne savent pas ou ne veulent pas savoir et traitent Olga de tarée, à commencer par son directeur. Il y a ceux qui savent, ils la traitent aussi de tarée et aimeraient bien qu’on l’enferme.

– Ça m’énerve ! Heureusement que tu es là ; ça doit aider que tu sois médecin.

– Oui et non. J’essaie de ne pas jouer le psy – que je ne suis pas d’ailleurs –, mais tu vois, je veux tellement qu’elle s’en sorte que j’ai toujours tendance à la croire quand elle dit qu’elle va mieux.

– Et elle, tu crois qu’elle fait ce qu’il faut ?

– Tu plaisantes ! Non, évidemment. Avec Octavio, ça allait bien parce que c’est lui qui s’occupait d’elle pendant qu’elle, elle s’occupait des autres. Mais depuis sa mort, rien ne va plus. Personne ne s’occupe d’elle, elle va devoir s’intéresser plus à elle.

– Comment elle doit faire ça ?

– Il y a plein de choses à faire qu’elle ne fait pas. Suivre son traitement ; surveiller son hygiène de vie, tu vois ce que je veux dire ; guetter l’apparition des premiers symptômes ; ritualiser sa vie pour éviter les surprises trop perturbantes ; noter le rythme de ses cycles… Tout ce qu’elle déteste. En fait, franchement, je crois qu’elle sait qu’elle est malade, mais ça ne l’intéresse pas. Et elle doit commencer par se méfier des bénéfices de cette foutue maladie.

– Des bénéfices ? Je ne comprends pas.

– Nov, je t’ai déjà expliqué. Il y a des bénéfices… momentanés et ruineux, parce que, ce que la maladie te donne, elle te le reprend toujours et te fait payer les intérêts !

– Réexplique un peu.

– Dans les phases maniaques, tu peux avoir un sentiment d’euphorie et non seulement tu ne souffres plus, mais tu as l’impression d’un surcroît de vitalité et tu crois pouvoir rivaliser, je ne sais pas, avec Trump et Kushner. Tu te sens plus intelligent, plus énergique, plus drôle, plus tout, en fait. Tu vois par exemple, depuis cinq jours, elle n’a pas dormi et elle a travaillé sur son projet de revitalisation de Gaza, son contre-projet Trump, comme elle l’appelle. Elle a dû t’en parler.

– Oui, oui. Elle veut même m’embarquer dans l’histoire. Mais comment elle peut tenir sans dormir ?

– Elle ne tient pas. Regarde-la, cinq nuits blanches d’hyperactivité, c’est un maximum. Tu ne peux pas imaginer tout ce qu’elle a fait. Je ne suis pas compétent pour juger son travail, mais il y a des dizaines de plans, des croquis, une maquette, un gros cahier de notes. Elle a pris des contacts. Elle a envoyé des centaines de mails, à l’UNESCO, à des officiels sur place, à des sénateurs américains, à sa direction et même à la NASA. Ne me demande pas pourquoi. C’est excessif, c’est délirant et en même temps, c’est incroyablement généreux. C’est elle.

– C’est vrai ça. Et donc, sur le long terme, tu penses que ça va évoluer comment ?

– Pas de plans sur la comète. On avance lentement. On vise la stabilité et on essaie d’éviter le pire.

– Tu veux dire quoi ?

– Qu’elle fasse du mal ou qu’elle se fasse du mal. Jusqu’au pire du pire.

– Le pire…

– Le pire du pire.

– …

– Tu as bien compris. Bon, on va la laisser se réveiller toute seule après, il faudra la ramener à l’hôpital.

– Et moi, qu’est-ce que je peux faire ?

– Écoute, je suis vraiment désolé, j’ai demandé au psychiatre son avis, mais je pense qu’il serait préférable que tu ne restes pas.

– D’accord. Quelle tristesse ! Je crois que c’est la première fois que je vois la maladie mentale de si près. Je comprends aussi comme le mot fou est vraiment mauvais. Je ne sais pas comment dire mais Olga, à la fois je sais bien qu’elle est malade et à la fois je vois qu’elle n’est pas folle. Donc, qu’est-ce que je fais maintenant ?

– Je réfléchis. Voilà les options. Tu m’attends ici. Je peux te laisser dans un café et je repasse te prendre dans… je ne sais pas… trois heures et on rentre ensemble à Belgrade ce soir. Ou bien je te dépose à la gare de Petrovaradin que tu connais, c’est à quinze minutes, et de là tu prends un train pour Belgrade, il y en a toutes les demi-heures. Tu comprends, il faut éviter le contact prolongé avec Olga. Moi non plus d’ailleurs, je ne resterai pas longtemps avec elle. Je la dépose à l’hôpital et son psychiatre prendra le relais.

– Oui je comprends. Si tu rentres ce soir, je préfère t’attendre et rentrer avec toi. Je vais essayer de trouver quelque chose à manger et lire un peu ou téléphoner.

– Attends je sais. Je vais te déposer au Fig Restaurant puisque tu as faim. Je les connais bien. C’est le meilleur restaurant de la région, ils sont sur un domaine viticole magnifique et c’est à moins de cinq minutes d’ici. Pour ce soir, soit tu réserves une autre nuit à l’hôtel, soit, si tu te contentes d’un canapé, j’ai un petit studio en centre-ville, je peux t’héberger.

– Super. Oui je veux bien de ton canapé. Pour le restaurant, ça tombe bien, j’ai une faim de loup. Je n’ai rien mangé depuis hier soir.

– C’est parfait. Tu vas te régaler. C’est bien aussi que tu te changes les idées. Si tu aimes la viande, tu peux goûter leur faisan aux figues. Ils sont connus pour ça. Moi, je suis végétarien et vraiment, le faisan, je ne peux pas. Si tu es plutôt sucré, ne passe pas à côté de leur medovik, c’est un gâteau russe au miel, mais « balkanisé », avec de la nougatine, du caramel au beurre salé, beaucoup de kisela pavlaka, une sorte de crème fraîche et je ne sais plus quoi encore de bien bien riche en calories. C’est à tomber par terre. Évidemment, à consommer avec modération.

– Génial ! Oui, on va faire comme ça. Et ne te presse pas pour moi. C’est tellement dommage qu’Olga ne puisse pas venir.

– Je sais. Ah, elle se réveille. Aide-moi à la mettre dans la voiture, elle est encore à moitié endormie.

– Tiens, t’es là toi, maudit frangin ! Et toi aussi, mali Francu, salut à toi, petit trou-du-cul !

– Ah ah, une bonne moitié est réveillée aussi. Bonjour Olga !

– Allez, Nov, on y va et on ne s’attarde pas sur les salutations.

*****

Vendredi, Fig restaurant, près de Novi Sad

Moby, chapitre 54, « L’histoire de Town-Ho (telle qu’elle fut racontée à l’Auberge dorée) ». Melville se moque du monde. Une histoire dans l’histoire et vingt pages de plus à parler d’un autre baleinier et d’un autre naufrage et retarder encore la vraie confrontation entre Achab et MB. Donc, sur le Town-Ho, Bradley, le second et Steelkilt, un marin, se disputent. Et disons pour résumer que c’est Bradley qui a commencé. Mais ça va mal se finir pour lui puisqu’il va se faire dévorer par une baleine blanche (vous savez qui). Le cachalot n’est plus seulement un monstre sanguinaire, c’est aussi l’instrument de « la colère de Dieu ». Bon, je dois reconnaître qu’il y a un peu plus d’actions et que l’histoire est bien racontée. C’est exactement ce qu’il me fallait. Je n’arrive pas à ne pas penser à Olga. C’est vraiment difficile de me concentrer. Alors, sur le Town-Ho : une bagarre, une mutinerie, la noyade de Radley, la fuite de Steelkilt… ça bouge bien. Avec, en plus, ces descriptions que j’aime de plus en plus, mais que je ne peux pas citer en entier. Steelkilt est un « homme des Lacs ». Ça commence par une énigme, « bien que terrien, Steelkilt était né homme de l’Océan et fut nourri de la sauvagerie de la mer, marin audacieux s’il en fut ». Tout simplement parce que ces lacs, entre l’Amérique et le Canada, Ontario, Supérieur, Érié… sont « comme des grandes mers d’eau douce ». Suit leur description que je vous recommande. Allez, un petit bout quand même : « …ils sont balayés par des coups de vents du nord aussi funestes et destructeurs que ceux qui flagellent la mer, les naufrages ne leur sont pas étrangers car, hors de vue des terres qui les enferment, ils ont englouti la nuit bien des navires et leurs équipages hurlants. »

Je fais une pause. D’abord parce que le chapitre 55, « Monstrueuses représentations de baleines » doit être encore une digression et ensuite parce que le serveur vient de m’apporter mon pola pileta, ça veut dire demi-poulet. Normalement, c’est pour deux personnes, mais comme je n’ai pas pris d’entrée (le pâté de faisan aux figues ne m’inspirait pas), ça devrait passer.

 

Nov mangeait. Il lut.

*****

« J’ai reçu ton message sur les hyènes. Perso, j’avais peu d’infos, j’ai mis Tom sur le coup. Tu l’amuses avec tes questions. Il parle d’écrire un livre sur les animaux victimes du délit de faciès. Il a déjà le titre : Touche pas ma teigne ! Donc, des recherches récentes très intéressantes. Je t’ai fait un topo. Moins drôle. Désolée de t’embêter encore avec ça, mais ça ne va pas fort chez Magali. N’oublie pas de l’appeler ou de lui écrire. On pense à toi. Câlins à Nubecito. »

*****

« Bonjour Nov. Emil m’a dit pour Olga. Je suis inquiet pour elle. Et je suis inquiet aussi parce que le typhon approche des Philippines et devrait passer sur Manille. On se voit à Istanbul demain ou après-demain. J’espère que ça ne va pas tout chambouler. Esmeralda dit que Dieu n’en peut plus de toutes nos bêtises et qu’il va piquer une colère terrible. Je ne sais pas. J’ai peur quand même qu’elle ait un peu raison. Te revoir bientôt est un petit rayon de soleil dans ce temps si terrible. »

*****

« Bonjour mon Nov. Des mauvaises nouvelles. Pap n’est pas en grande forme. Il demande sans cesse quand tu rentres. Jack ne donne plus aucune nouvelle. Dernier message mystérieux, inquiétant plutôt. “Trop vieux pour finir comme Supertramp. Dommage !” T’expliquerai. Dernier cours d’économie ennuyeux à crever. Seule bonne nouvelle, tu existes et je suis ton amie. »

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10 septembre 2026 4 10 /09 /septembre /2026 02:36

Tout s’arrondit avec l’âge. Les économies, le ventre, les bruits ambiants, les formes au loin, les problèmes du monde, les disputes familiales.

La jeunesse, elle, est tout en traits.

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9 septembre 2026 3 09 /09 /septembre /2026 02:25

Alors qu’il cherchait une clé d’ut, il trouva une clé de sol. Déçu, le serpent se lova et dispar-ut mystérieusement.

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8 septembre 2026 2 08 /09 /septembre /2026 02:52

– Bon, maintenant, ça suffit ! Tu arrêtes ta comédie et tu finis.

– Mais j’en peux plus.

– Je te préviens, tu ne sortiras pas de ton bureau tant que tu n’auras pas écrit ton texte ! Non mais c’est vrai quoi, c’est pas une librairie ici.

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