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C'est Peu Dire

  • : Les Restes du Banquet
  • : LA PHRASE DU JOUR. Une "minime" quotidienne, modestement absurde, délibérément aléatoire, conceptuellement festive. Depuis octobre 2007
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Et Moi

  • AR.NO.SI
  • Philosophe inquiet, poète infidèle, chercheur en écritures. 55° 27' E 20° 53' S

Un Reste À Retrouver

15 février 2026 7 15 /02 /février /2026 03:22

Un urologue, un neurologue, un oncologue, un néologue et un néphrologue discutent à la machine à café du CRUPOCC.

– Putain, y’a pas de cappuccino !

– Gnan gnan gnan…

– Prout !

– C’était mieux avant, on avait des touillettes.

– Vos gueules.

Le port du logos en suffixe n'assure ni l'élégance ni l'éloquence.

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14 février 2026 6 14 /02 /février /2026 03:42

Marie-Rose, la doyenne des Français, vient de mourir. Une femme remarquable, probablement, et on lui souhaite le meilleur, mais franchement, je me mets à la place des rédacteurs de notices nécrologiques, ça va devenir difficile pour eux si tout le monde attend 115 ans pour décéder. Je leur conseille de se reconvertir dans la relation des refus d’obtempérer, le genre va se développer et trouvera son public.

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13 février 2026 5 13 /02 /février /2026 03:33

– Bien, voilà ma proposition de programme, Nov. Nous devons laisser la voiture au parking Kolodvorska parce que tout le centre-ville a été piétonnisé ; tu verras, c’est un régal d’y flâner. Avant, nous allons essayer de trouver un en-cas, on mangera mieux ce soir. Regarde si nous sommes loin de Novel Burek, tu vas goûter le burek – ça se prononce “bou” – c’est une spécialité locale, comme une sorte de rouleau feuilleté garni.

– Alors, Novel Burek… c’est tout droit, juste après KFC, ensuite, le parking, ce sera la troisième à droite.

– Parfait. Tu dois choisir ta garniture. Je te conseille d’éviter la viande, prends fromage ou épinards. On accompagne ça d’un yaourt non sucré, mais tu peux prendre autre chose. Tiens, c’est là. Pourrais-tu me prendre un épinards, s’il te plaît, je t’attends dans la voiture.

– Ça marche, avec un yaourt.

Nov acheta. Swann s’étirait.

– La ville est vraiment petite, tout est près de tout. Du parking nous irons sur la fameuse place Preseren – ça se prononce “Préchéran” – et on appellera un kavalir, parce que ton sac a l’air vraiment lourd. Ce sont des voiturettes électriques qui sont autorisées à circuler dans le centre-ville.

– Quelle orga, Dad, tu vas couler Get your guide ! J’imagine que tu as choisi un hôtel sympa et que tu as repéré les bonnes tables aussi.

– Oui. Pour l’hôtel, c’est le Zlata ladjica, c’est l’ambassade qui me l’a conseillé et pour les restaurants, tu verras.

– Tiens, qu’est-ce que c’est que cette statue ?

– Et voilà, nous sommes déjà place Preseren. Arrêtons-nous pour manger tranquillement. Preseren, c’est leur héros national, un poète romantique comme tu les aimes. Regarde-le bien.

– Bon, d’accord, c’est une sculpture en bronze ; au-dessus, il y a une deuxième sculpture, une femme, à moitié nue et plus petite comme d’habitude, son amoureuse peut-être, et puis il y a les fientes de pigeons qui contrastent bien avec le bronze.

– C’est la muse de la poésie. Mais regarde son regard.

– Pardon ?

– Qu’est-ce qu’il regarde ? Tourne-toi.

– Ah oui, là-bas, de l’autre côté de la place ! Trop fort ! Tu vois tout. Il y a une autre sculpture dans le mur. Encore une femme, elle est à la fenêtre et le regarde. Cette fois, ça doit être son amoureuse.

– Oui, c’est Julija Primic, c’est elle qui a été sa véritable muse.

– Allez, continue, j’attends le pire. Elle s’est suicidée comment ?

– Non, elle ne s’est pas suicidée, mais elle a refusé ses avances, alors en bon poète romantique, il a transformé son dépit amoureux en sonnets, pour le bonheur des amateurs et la fierté des Slovènes. Comme Joyce à Dublin, Preseren a sa journée ici, en Slovénie.

– Intéressant. Dad, regarde, on est à cinq minutes à pied de l’hôtel en longeant la rivière. Je préfère y aller en marchant plutôt qu’en voiturette, mon havresac, comme dit Mam, n’est pas si lourd.

– Tu as raison. Que cette ville est agréable à vivre ! Et quel temps magnifique, pas un seul nuage.

*****

Eh ben si monsieur Je-vois-tout, mais faudrait un peu lever le nez pour me voir, dis-moi ce que tu regardes, je te dirai qui tu es, je dis ça, mais en fait, c’est parce que je suis jaloux, j’aimerais bien voir ce qu’il voit, question de point de vue, c’est quand même très intéressant cette idée de point de vue, c’est Swann qui en parle tout le temps, oui intéressant et frustrant aussi – tiens ! voilà que je me mets à ressentir comme les humains, mauvaise nouvelle ! –, frustrant parce que je me sens comme condamné à voir et penser comme un nuage, de mon point de vue, de là-haut, ce qui fait quand même un point très éloigné et une vue très imprécise, voilà, j’aimerais bien me rapprocher, voir le monde de face ou de dos, mais pas seulement de haut, voir des nuques et pas seulement des crânes ou des parapluies ou des toits, perdre de la hauteur pour mieux voir, et surtout j’aimerais voir leur regard, les voir regarder, bref, j’aimerais voir comme un humain, est-ce qu’ils savent seulement la chance qu’ils ont de voir des nuques, eux qui ne rêvent que de voler, remarque si je suis honnête je dois avouer que je ne les ai jamais entendu dire, j’aimerais voler comme un nuage, non, c’est toujours comme un oiseau qu’ils aimeraient voler, les humains, et même presque toujours comme un aigle, pas comme un pigeon qui fiente ou comme un moineau qui piaille, non, c’est toujours comme un aigle, ils sont comme ça les humains, ils nous trouvent beaux, les nuages, mais comme un décor et jamais ils ne disent, j’aimerais être un nuage, d’ailleurs, ils ont raison parce qu’un nuage, ça n’est pas, mais de ça, j’en ai déjà parlé

*****

– Bonjour, bienvenue à Ljubljana, bienvenue au Zlata ladjica. Vous êtes des Français ?

– Oui, bonjour.

– Je m’appelle Janek, je vais vous montrer la chambre. Elles ont des noms, les chambres, pas des numéros. La vôtre, c’est Povodni moz, disons, “l’Homme de l’eau”, vous allez bien aimer. Ça vient d’un poème de France Preseren, vous connaissez ?

– Ah oui, la statue sur la place qui regarde son amoureuse coincée dans le mur ?

– Oui, oui, bravo, c’est lui. C’est notre héros national, c’est lui qui a composé Zdravljica, l’hymne national, on en est très fiers. « Živé naj vsi narodi, ki hrepené dočakat' dan, Que vivent tous les peuples qui aspirent à voir le jour … ne vrag, le sosed bo mejak!, pas un ennemi, mais un voisin sera notre frontalier ! » C'est fort, non ?

– C’est sûr que ça change de notre chant, « qu’un sang impur abreuve nos sillons ».

– C’est vrai, ça parle de paix, de liberté et de fraternité. Et puis il a écrit ça à une époque où on n’était pas un pays, c’est un des premiers à rêver d’une Slovénie libre, ça c’est important pour nous. Il a quand même fallu attendre 1992 pour qu’on devienne un État indépendant. Suivez-moi, je vous accompagne.

– Donc, “l’Homme de l’eau”, ça raconte quoi ?

– Ah oui. C’est l’histoire de “l’Homme de l’eau” et de Urska, c’est une histoire d’amour malheureux.

– Ben voyons, comme c’est original !

– “Il n’y a pas d’amour heureux”, c’est votre poète Aragon qui le dit, pas moi. Enfin, Preseren doit sûrement être d’accord avec lui. Donc, je vous raconte. Une très belle jeune Slovène attend à un bal. C’est Urska, elle refuse à toutes les demandes pour danser parce qu’elles pensent les garçons ne sont pas assez beaux pour elle. À la fin du bal, il vient un homme plus beau qui l’invite, alors elle accepte, mais c’était un vadyanov, c’est comme un mauvais esprit de l’eau qui peut faire des métamorphoses pour tromper les humains et les emmener au fond de la rivière. Alors ils dansent et tournent de plus en plus vite. Elle, elle dit, stop, c’est trop vite, mais c’est trop tard, ils tournent encore et ils disparaissent dans un tourbillon et plus personne ne vit jamais Urska encore. Tous les enfants connaissent par cœur les poèmes de Preseren : “valovi šumeči te, Urš’ka, želé, le urno, le urno obrni peté!, les eaux assourdissantes t’attendent, Urska, allez, vite, plus vite, tourne les talons”. “le urno, le urno obrni peté!

– Sympa comme conte pour enfants, je pense qu’on va bien dormir.

– Ah ah, oui, en plus ça s’est passé juste là, un peu plus haut sur la Ljubljanica. Il y a des nuits où certains clients entendent Urska, parfois elle chante, parfois elle pleure, mais toujours ça réveille. Si elle vous réveille, je vous changerai de chambre. Ma préférée, c’est Goljufevi peki, “les Boulangers qui trichent”.

– Et ça raconte quoi ?

– Au Moyen-âge, le prix du pain était fixé et quand le prix des céréales augmentait, alors des boulangers malhonnêtes pratiquaient déjà la shrinkflation, vous connaissez ? Même prix, mais pas même poids. Ceux qui étaient déclarés coupables étaient jetés dans la Ljubljanica.

– Dis donc, ça doit en faire du monde au fond de la rivière.

– Oui et eux, ils étaient jetés du pont des Cordonniers, juste en face de l’hôtel.

– Dis-moi, Janek, tu parles remarquablement bien le français.

– Ah, merci Monsieur. En fait, je suis étudiant, ici c’est un travail pour aider à la maison, je suis seul avec ma mère et ma grand-mère. Je veux devenir professeur de français. Mon grand-père maternel était français. J’ai encore des cousins en France, à Nice, j’aimerais y aller.

– Je comprends mieux.

– Mais vous savez, Monsieur, les Slovènes sont doués en langues. En fait ils n’ont pas le choix, mais c’est bien comme ça. Dans les restaurants ou les magasins, vous verrez, tout le monde parle anglais et aussi allemand ou français ou italien, surtout les jeunes. Bon, je vous laisse vous installer, si vous avez besoin de moi, vous faites le 10.

*****

– Parfait, nous avons le temps de prendre une douche et de nous reposer un peu, vers 14h30 nous irons à l’ambassade, c’est à deux pas.

Swan lisait. Nov écrivit.

Ljubljana, hôtel Zlata. Jour 1, 13h30.

Retour à Moby-Dick, j’en étais au chapitre 23, “Terre sous le vent”. J’adore ce chapitre, je ne comprends pas tout et je crois que je ne suis pas complètement d’accord, mais j’aime vraiment comment c’est dit. En plus, je ne sais pas pourquoi mais ça me fait penser à Diego. L’idée générale c’est qu’en mer, c’est dangereux et même mortel, mais la vie y est vraie et forte, à l’inverse, à terre, c’est plus sûr, mais on s’ennuie et on ment. Enfin, un truc comme ça. Je cite quelques passages. “Mais, comme loin de toute terre seulement, demeure la vérité la plus haute, sans rivages, et comme Dieu illimitée, mieux vaut périr dans cet infini hanté de clameurs, que d’échouer honteusement à la sécurité de la terre sous le vent !” Je trouve ça bien écrit, mais je le dis franchement, si je comprends bien Melville, ce n’est pas ma philosophie à moi, enfin, philosophie, je me comprends. La suite, je la trouve moins intéressante. Chapitres 24 et 25, “Le plaideur” et “Post-scriptum”, il défend la pêche à la baleine que l’on accuse d’être une tuerie. C’est vrai que c’est une boucherie, mais il y a d’autres “bouchers” comme les militaires qui font pire et à qui on donne des médailles (c’est lui qui le dit, pas moi). Je tourne les pages pour voir la suite, on va avoir droit à la présentation des officiers Starbuck et Stubb et enfin, ouf il était temps, chapitre 28, du capitaine Achab avec son “visage de crucifié”.

– Dad, écoute. C’est Ismaël, il défend la chasse à la baleine qu’on accuse d’être un carnage, il reconnaît que c’est une boucherie, mais il dit que ce n’est rien à côté de la guerre. « Quel pont visqueux et en désordre d’un baleinier est comparable au charnier répugnant de ces champs de bataille dont tant de soldats reviennent pour boire aux applaudissements de toutes ces dames ? » Nous sommes des bouchers, c’est vrai, mais on n’est pas les seuls et nous, on ne se fait pas décorer et pourtant, on est utiles. Pour la pêche à la baleine, heureusement, c’est en train de changer, mais pour la guerre, les charniers, la boucherie, tu crois que ça change ?

– Ça me fait penser au “boucher de Boutcha”.

– Oui, ça me dit quelque chose, rappelle-moi…

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12 février 2026 4 12 /02 /février /2026 03:43

Mais pourquoi donc, avais-je refusé de manger cette soupe de cresson ? D’accord, c’était en 1966, mais quelle erreur, quelle faute ! Et l’excuse de minorité n’a rien à faire là.

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11 février 2026 3 11 /02 /février /2026 03:54

Trous, fosses, grottes, gouffres, il faut vraiment qu’il aille mettre son nez partout, l’homme.

La femme a moins cette curiosité gynécologique, me semble-t-il.

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10 février 2026 2 10 /02 /février /2026 03:16

L’écran n’est pas un cahier vertical et le clavier, pas un crayon à touches électroniques. La distance entre les yeux et l’écrit reste à peu près inchangée, mais a-t-on remarqué que la distance entre la main et ce qu’elle fait a changé. J'écris, je ne touche pas. Je tape ici et ça s’affiche là. L’œil garde son statut de sens privilégié, sens intellectuel et noble, prolongement de la pensée mais la main, déjà peu considérée, est reléguée parmi les “petites mains”, comme des assistantes lointaines et serviles à qui l’œuvre semble devoir de moins en moins.

Prenons grade, nous autres intouchants, qu’elles ne finissent par s’atrophier et tomber, nos mains.

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9 février 2026 1 09 /02 /février /2026 03:11

Pas facile de finir.

Finir un texte, finir une conversation, une vie, un boudin à l’eau, finir un mots croisés, finir un ultramarathon, une relation, une grève, finir une nuit sans fin, une lettre ouverte, finir le mois, les haricots.

Alors si justement, finir mon assiette, là, j’y arrive bien.

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8 février 2026 7 08 /02 /février /2026 03:37

Je me demande bien où est passé mon camion-citerne. Que les tuyaux aient disparu, je peux le comprendre, mais un camion tout de même, ça ne s'envole pas. Mes voitures ont pu être jetées ou données ou perdues, je ne sais, mais pas mon camion ; il était rouge et en fer.

Je ne serais pas étonné de le retrouver un jour en vente sur le dark web avec les bijoux de la couronne.

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7 février 2026 6 07 /02 /février /2026 03:40

Partir, c’est mourir un peu, pensait Pénélope. Revenir, c’est mourir beaucoup, pensait Ulysse.

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6 février 2026 5 06 /02 /février /2026 03:02

– Bonjour mon Duo préféré… Oh ! mais qu’est-ce qu’on écoute ! Je reconnais cette musique “planante” comme on disait joliment à l’époque !

– Ah ah, tu as l’oreille fine, Mam ! C’est Jean-Mi.

– Est-ce que cela te rappellerait quelque chose, Chérie ?

– Et comment ! Place de la Concorde, 14 juillet 1979. Jarre nous a enchantés, mais c’est toi, mon Swann, qui as été le grand musicien de la nuit.

– Oui, enfin, j’ai plutôt suivi, c’est toi qui donnais la cadence.

– Comment ça, petit coquin, j’étais une jeune exilée innocente et toi, tu m’as pris sous ton aile et dans tes bras pour me jouer une délicieuse partition.

– Euh… non, d’abord, toi, tu m’as pris la main et…

– Ah ah, vous me faites trop rire tous les deux ! Comment tu disais déjà, Dad ? “Le télescopage des mémoires”. Et bam ! feu d’artifice pour conclure. Dommage pour la vérité historique, on ne saura jamais ce qu’il s’est vraiment passé, il n’y a ni témoins ni documents. Après tout, on s’en fout, hein Dad, les récits uniques sont toujours suspects !

– Aïe, me voilà cernée par deux perspectivistes ! Mais vous avez sans doute raison. Alors, où en êtes-vous ? Avez-vous passé le Karst ?

– Oui, nous sommes à trente minutes à peine de Ljubljana. Tu devais nous envoyer un audio, non ?

– Oui, je vous ai trouvé un petit extrait du Mio Carso de Scipio Slataper. Il existe une traduction de Benjamin Crémieux, Mon frère le Carso, elle date un peu, mais c’est bien que les lecteurs français aient accès à ce beau texte. Allez, après le cours d’histoire, un peu de poésie.

– Dad a commencé à m’expliquer pour les massacres des foibe.

– Oui ! Quelle horreur ! Mais attention à l’anachronisme, Chéri, Slataper meurt en 1915, il n’a connu pas connu le fascisme de Mussolini ni Tito. Si tu veux avoir un point de vue littéraire sur cette période douloureuse et honteuse, il te faudrait lire Boris Pahor, un immense auteur, un Slovène de Trieste. Il était italien, mais il a toujours écrit en slovène.

– Bien sûr, Boris Pahor. On ira voir son immense statue au parc Tivoli. Quel parcours ! Il aura connu et vécu toutes les atrocités du siècle dernier, le nationalisme haineux des fascistes quand il était enfant, puis la barbarie nazie, la déportation, les camps de concentration et finalement le harcèlement de la police secrète yougoslave pendant plus de trente ans.

– Oui, quel parcours et quelle œuvre ! Il n’a cessé de condamner tous les totalitarismes, y compris la dictature yougoslave. Il est la mémoire slovène du vingtième siècle. Sa vie est en soi un cours d’histoire et comme il a vécu plus de cent ans, on est presque sur l’histoire longue avec lui.

– Merci Mam, je note son nom, mais ce sera pour plus tard, en plus pour le moment, je cherche plutôt des trucs plus récents qui motivent et qui donnent envie.

– Bien sûr, je comprends, je crains néanmoins qu’on n’en ait pas fini encore avec le totalitarisme et le nationalisme haineux, mais c’est ton père le spécialiste et je sais qu’il te dira que nous sommes dans le creux de la vague et qu’au loin, quand on a les yeux clairs et le cœur pur, on voit un peu de lumière. Ça tombe bien, je vous ai choisi des extraits lumineux.

– Chouette, j’avais peur que ce soit dark et plombant.

– Non, non, c’est lyrique et plein d’allant. J’ai évité les passages sur Gioietta – quel joli surnom !

– Gioietta, c’était qui ?

– Son amoureuse.

– Ah, très bien !

– Elle s’est suicidée à vingt ans.

– Non ! C’est pas vrai ! Mam, ça commençait bien. C’est à croire qu’il faut être malheureux ou malade ou victime des pires monstruosités pour être un écrivain.

– Oui, tu as raison, cela ressortit à du romantisme de gare cette idée qu’il faut avoir souffert pour écrire. Si tu lis Slataper, tu comprendras vite que ce n’est ni anecdotique, ni biographique, ni même géographique. Tout vient de la chair et du calcaire, mais pour s’en échapper et s’élancer avec fougue jusqu’à la frontière des mots.

– Tu veux dire qu’il s’est guéri en écrivant des poésies.

– La littérature n’est pas une thérapie, elle ne guérit pas, elle prend soin, et ce dont il s’agit n’a rien à voir avec la dépression ou le cancer, c’est plutôt le mal de l’absence. Les mots prennent soin de ce qui est négligé.

– Tiens l’absence… ça me rappelle Alomè. Je pense qu’elle serait d’accord.

– Je partage ton idée, Nadja, mais j’élargirais à la culture en général. La culture est une grande santé, un élan de vie, comme un printemps à partager.

– Bon les intellos, moi aussi j’ai une info à partager. On arrive dans quinze minutes, donc l’audio, c’est maintenant ou jamais.

– Très bien. Deux tout petits extraits. Gioietta a écrit à Scipio, avant de se tirer une balle dans la tête…

– Mam ! S’il te plaît ! Évite les détails, va directement au… printemps à partager, porfa.

– D’accord. De toute façon, on a très peu de détails, peut-être s’est-elle pendue, d’ailleurs. Dans une dernière lettre, elle lui demande de ne pas rester triste et de transformer sa douleur en écriture. C’est ce qu’il fait. « Ah anima amata, è nato oggi nel mondo un poeta; e t'attende. È nato un poeta che ama le belle creature della terra perchè egli deve ridare puro il loro torbido pensiero, come acqua succhiata dal sole. Ah ! âme aimée, il est né aujourd’hui dans le monde un poète, et il t’attend. Il est né un poète qui aime les belles créatures de la terre parce qu’il doit rendre pure leur pensée trouble, comme une eau aspirée par le soleil. »

– Rendre pures des pensées troubles, mouais, ça se tient !

– Allez, mes deux trésors, je vous confie à Scipio, je vous ai mis un peu d’italien. À demain si vous avez un moment.

– … ta luego, Mam !

Swan écoutait. Nov écouta aussi.

« Salto e sbalzo verso il lembo aperto di cielo. Sotto il sole lampeggia e rutila in fondo il dolce ricordo. Dove vado? Lontana è la patria, e il nido disfatto. Je bondis et rebondis vers la frange ouverte du ciel. Sous le soleil brille et rutile dans la profondeur le doux souvenir. Où vais-je ? Lointaine est la patrie et le nid, défait. Mais le vent passe avec moi, désirant, au-delà de la marge rocailleuse du Karst, je suis au-dessus de la mer, la longue route du vent et du soleil. Je suis né dans la grande plaine où le vent court à travers les herbes hautes, s’humectant les lèvres comme un jeune faon, et je le poursuivais les mains bras tendus, et je surgissais, le visage brûlant, dans le ciel. Lontana è la patria; ma il mare luccica di sole, e infinito è il mondo di là del mare. Lointaine est la patrie ; mais la mer scintille au soleil, et infini est le monde au-delà de la mer.

*****

– Bon, nous avons tout notre temps, je viens de recevoir un nouveau message de François de Luche, enfin de sa collaboratrice, qui a encore décalé notre rendez-vous à quinze heures dix. Il voudrait me faire comprendre que je le dérange, il ne s’y prendrait pas autrement. On va passer d’abord à l’hôtel. Si tu veux, je termine l’histoire des foibe.

– D’accord. Je crois que je préfère l’histoire à la poésie, j’ai l’impression d’apprendre plus de choses. Je sais pas, des trucs comme “lointaine est la patrie et le nid est défait”, ça ne me parle vraiment pas, en plus, je ne voudrais pas dire, mais jeune faon, c'est un pléonasme. En fait, je voulais savoir, pour les foibe, c’est qui les coupables ?

– Chacun leur tour, des groupes ont procédé aux mêmes massacres. L’être humain manque d’imagination mais pas de cruauté. Dans les années vingt, ce sont les fascistes italiens qui traquaient les minorités, tu te souviens, on en a déjà parlé, c’est d’ailleurs à cette époque que Joyce et sa famille quittent Trieste, c’est l’époque aussi où on oblige les Slovènes à parler italien, comme Boris Pahor, et ceux qui résistaient étaient emprisonnés ou jetés dans ces failles du Karst.  Vingt ans plus tard, les Italiens seront du côté des victimes, des militaires et des civils seront massacrés.

– Par qui ?

– Les nazis ont accusé les communistes yougoslaves et les titistes ont accusé les Allemands. Il est probable que tout le monde s’y soit mis.

– Donc cette fois, ce seraient les Italiens, les victimes, ce qui explique le mémorial de Basovizza.

– En effet, ce à quoi certains rétorquent que cette victimisation, qui remonte à l’époque Berlusconi et que Georgia Meloni a reprise, viserait aussi à faire oublier ou minimiser les atrocités commises par le régime fasciste tout en assimilant les communistes yougoslaves à des nazis, tu comprends ? Inversement, la gauche italienne et certains Slovènes ont tendance à relativiser ces événements par solidarité idéologique avec les partisans communistes yougoslaves.

– Pas simple ! Et toi, tu en penses quoi ?

– Moi, je me méfie des cyclopes et de leur récit unique, je pense même que deux yeux, c’est insuffisant pour voir le réel…

– Ah, le prisme ! Alors comment on peut faire ?

– Il faut repenser le réel d’abord, repenser le regard ensuite.

– Vas-y ?

– C’est la somme des regards qui constituent la réalité, pour autant que l’on puisse additionner des perceptions, des idées, des souvenirs, des haines, des espoirs. Pendant que ta mère se passionnait pour Proust, en khâgne, je découvrais moi, la phénoménologie de Husserl.

– Quel rapport ? Je n’ai jamais entendu ce nom.

– Peu importe les noms, mais l’idée est lumineuse. Elle est très simple et je l’ai appliquée depuis dans ma vie professionnelle comme dans ma vie personnelle : c’est l’intersubjectivité qui est constitutive de l’objectivité du monde, pour le dire d’une façon ramassée.

– Traduction ?

– Prends l’exemple d’une maison. L’objet maison n’existe pas en soi, parce qu’il n’existe pour personne, il résulte de l’échange des points de vue. Nous sommes tous autour d’elle à la regarder et à en voir une partie. Certains, de face, voient l’entrée, d’autres, de derrière, voient le jardin, certains, sur le côté, voient un mur aveugle, et cetera. Tu peux continuer comme ça, et même imaginer ce que verrait un nuage à la verticale.

– Donc, il y en a qui voient mieux que d’autres.

– Admettons, mais personne ne voit toute la maison. D’ailleurs “toute la maison”, c’est une formule, mais ça n’a pas de réalité, ça ne peut exister qu’à l’horizon de la somme de tous les discours sur la maison.

– Oui mais si tu vois le mur aveugle, tu es plus mal placé que celui qui voit la maison de face.

– Sauf si tu viens pour acheter la maison, ça peut être essentiel de savoir que du côté de la rue passante et bruyante, il y a un mur aveugle qui isole. Mais il faut compliquer encore un peu. Mets trois personnes du côté de l’arrière de la maison. Une mamie jardinière qui voit tout de suite où elle installera le potager, un adolescent qui voit des murs très hauts et aucun moyen de rentrer en douce le samedi soir, un enfant qui a repéré les meilleures cachettes…

– J’ai compris. Leur point de vue est différent mais il est vrai pour eux…

– … et il devient faux s’ils l’imposent aux autres comme discours unique.

– Alors comment faire l’addition de ces points de vue ?

– Eh bien, c’est ça l’intersubjectivité et ça passe par le dialogue.

– En fait, je crois que je préfère la philosophie à l’histoire, surtout le truc de la maison. Mais quand même, là, j’ai la tête qui va exploser. Heureusement on arrive.

– Oui et cette petite ville charmante est l’endroit idéal pour se reposer un peu les yeux et l’esprit. Nous sommes à l’hôtel Zlata ladjica, c’est à cinq minutes de l’ambassade, on a une jolie vue sur la Ljubljanica, mais c’est dans la zone piétonne, il faut garer la voiture. On pourrait y aller à pied mais on va appeler un kavalir.

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5 février 2026 4 05 /02 /février /2026 03:38

– Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

– Tu entends, Pierre, je suis quand même vachement célèbre, tout le monde m’appelle !

– Pas exactement tout le monde, Dieu, là il y a Brandon qui a raté son Brevet blanc, monsieur Letu qui a investi dans les bitcoins au mauvais moment et Sylvie Malotte qui découvre que son date à dix ans de plus que son père ; pour Kapok le perroquet de Martin Béroteau, ça ne compte pas.

– Mon pauvre Pierre, tu es mesquin et jaloux. Je te signale qu’on n’entend jamais, Pierre, Pierre, pourquoi m’as-tu abandonné ?

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4 février 2026 3 04 /02 /février /2026 03:02

On ne se saigne jamais deux fois (quand c’est bien fait).

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3 février 2026 2 03 /02 /février /2026 03:15

Philippine prit son courage à deux mains et poussa du pied la porte de la cave. Pour couvrir le grincement des gongs, elle simula un éternuement sonore mais réaliste. Elle pesta contre les électriciens qui installent toujours les interrupteurs trop haut – ce n’est pas comme les plombiers qui, eux, installent les lavabos à la bonne hauteur et ne laissent aucune excuse pour éviter le brossage de dents –, mais finalement, c’était mieux comme ça, les monstres du trou noir ne verraient pas mieux qu’elle. Elle vérifia qu’elle avait bien dans sa poche gauche la petite bombe antimoustique et dans la poche droite la bouteille de sirop pour la gorge à la banane, le délicieux sirop qui devenait un puissant poison si on en prenait sans avoir mal à la gorge comme sa mère lui avait expliqué. Lentement elle descendit les marches qui menaient au tunnel, c’est de là que montaient des bruits quasi imperceptibles, les cris lointains d’une petite fille prisonnière des monstres du trou noir qui appelait au secours.

– Si ton cœur bat à tout rompre, va lire le 1.

– Si tu as envie de boire un petit coup de sirop à la banane pour te donner du courage, va directement lire le 2.

– Si tu trouves que cette histoire pour enfants n’a rien à faire sur un blog prétendument littéraire, va lire le 3.

1. Je déconne évidemment, il n’y a aucune option de lecture. Tu te crois où ! Tu ne voudrais pas aussi un buffet de charcuterie à volonté.

2. Remonte lire le 1., ça t’apprendra à sauter des lignes.

3. Bienvenue chez les Hellènes sardonico-démoniaques ; tourne-toi.

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2 février 2026 1 02 /02 /février /2026 03:44

On ne se beigne jamais deux fois sans faire couler le sang.

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1 février 2026 7 01 /02 /février /2026 09:33

– Oh ! c’est joli ces griffes, Mamie, c’est nouveau ?

– Oui, mon Poutou, c’est pour mieux te gratter le dos, tu aimes tant ça.

– C’est vrai. Et ces moustaches que tu te laisses pousser, ça fait bizarre, Mamie !

– Tu trouves ? Approche un peu, mon Poutounet, c’est pour mieux te chatouiller.

– Ah ? Et ces petites dents pointues à la place de tes vieux crocs usés, ça fait un peu peur, Mamie…

– Comment ça, peur de quoi ? Elles sont toutes petites. Viens donc là, mon Toutou d’amour, voilà et… goûte-moi ça, espèce d’enculé de ta race !

Et Chat, perfidement déguisé en vieille chienne, sauta sur Chiot, lui lacéra le corps, le déchiqueta méthodiquement et dévora les meilleurs morceaux.

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31 janvier 2026 6 31 /01 /janvier /2026 03:51

On ne se baigne jamais deux fois dans le même roman-fleuve.

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30 janvier 2026 5 30 /01 /janvier /2026 03:36

Swann conduisit. Nov introduisait.

– En roulant tranquillement, nous arriverons en une heure et demie. Tu verras, les paysages sont fascinants, bon, c’est aussi très chargé historiquement. Qu’est-ce que tu me fais écouter ?

– Comme prévu, je te fais une petite introduction à Fakear. Tout le monde prononce comme un fakir, en fait, c’est comme en anglais, fake ear, oreille fausse, je ne sais pas pourquoi, parce que c’est un sacré musicien. Là, on écoute le morceau qui l’a lancé il y a une dizaine d’années, la Lune rousse. Alors, je ne vais pas faire d’analyse comme Mam, moi, je suis plus juste à écouter.

– C’est parfait. J’aime bien cette voix de synthèse et le motif répétitif, c’est coloré et parfumé, on a l’impression de déambuler dans les allées labyrinthiques d’un marché de Delhi. Excuse mon commentaire sûrement déplacé, mais je trouve ça très musical pour de la musique électronique. Je devrais en écouter plus, parce que ma culture est plutôt réduite. Et pas très à jour.

– Des noms !

– Par exemple, mon dernier concert de musique électronique remonte au 14 juillet 1979, c’était Jean-Michel Jarre sur la place de la Concorde.

– Ah oui, j’ai déjà entendu cette histoire, mais vas-y raconte encore.

– Heureusement, comme c’était le 190e anniversaire de la Révolution, Giscard avait décidé d’organiser le défilé militaire de la République à la Bastille, ça a donc libéré la place de la Concorde et ça a permis d’accueillir un million de personnes.

– OK mais vous deux ?

– On était allés fêter notre BAC avec Nadja et des amis. On n’était pas encore officiellement ensemble, mais…

– … mais le Jean-Mi, il vous a un peu rapprochés.

– En effet, notre relation a pris un nouveau tour.

– Ah ah ! Je traduis : tu l’as pécho.

– Ah non non, pas du tout ! Je ne suis à l’initiative de rien, j’étais un provincial lyonnais timide et un peu nigaud quant à la chose sentimentale…

– “un peu nigaud quant à la chose sentimentale”… Dad, comment tu parles !

– Tu vois ce que je veux dire. Elle était parisienne depuis trois ans, très libre, très chaleureuse, très tactile et elle a pris les choses en main.

– J’adore cette histoire, à chaque fois elle est un peu différente.

– Ça a été un événement incroyable, on en a parlé dans le monde entier. Ils avaient posé une sorte de gélatine colorée sur les réverbères pour donner une teinte bleue ou rouge. C’était un spectacle total, l'un des premiers son et lumière de l’histoire, avec un magnifique feu d’artifice à minuit.

– Ah ah le feu d’artifice !

– Ne va pas te méprendre, c’est resté très bon enfant, disons un feu d’artifice émotionnel. Il paraît qu’il y a eu sept accouchements pendant le concert.

– Ça doit être vrai. Il y a même un groupe Facebook des bébés Jarre, ceux qui sont nés en avril 1980.

– Ah ah, je ne savais pas. Quelle drôle d’idée ! Pour nous, 1980 a été moins festif. Je peux t’assurer que pendant nos deux années de prépa, on n’a pas écouté beaucoup de musique et on ne parlait pas de bébé. Pour moi, 1980, c’était le début de la révolution conservatrice avec l’arrivée au pouvoir de Reagan et Margaret Thatcher et puis la mort de Rolland Barthes renversé par une voiture alors qu’il allait au Collège de France.

– Ah ? Et autrement, plus tard, quand tu es remonté à la surface, tu as écouté quoi ?

– Ta mère, évidemment, avait une culture musicale phénoménale, classique, rock, jazz, mais avec un manque justement, en musique électronique. J’ai découvert Chostakovitch et je lui ai fait découvrir les Daft Punk.

– Pas mal pour un début. Tiens écoute ça, c’est le Nausicaa de Fakear.

– Oh, j’aime beaucoup aussi. J’ai du mal à voir le rapport avec Ulysse naufragé, recueilli et soigné par Nausicaa. Je vois plutôt du mouvement, comme avec le premier morceau, un bel élan plein de désir, sans nostalgie mais sans acharnement non plus. Tu crois qu’il pensait à Homère ou à Joyce en composant ça ?

– Je crois qu’il pensait surtout au manga de Miyazaki, Nausicaä de la vallée du vent.

– Ah d’accord. Miyazaki, oui, on a vu ensemble plusieurs de ses magnifiques dessins animés.

– Alors, pour Nausicaä, si je me souviens bien, il n’y a pas de rapport avec Homère, mais je connais mal. Je veux dire Homère. C’est vrai ce que tu dis, ça donne envie de… je sais pas quoi, mais ça donne envie. Après je te ferai écouter un de ses tout derniers morceaux, ça s’appelle Prism. On est où là ?

– On passe devant Basovizza. C’est un lieu de mémoire qui a été aménagé pour rappeler les massacres d’Italiens perpétrés par les titistes à la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Outch! Sans transition… C’était qui les titistes ?

– C’étaient les hommes de celui qui deviendra le maréchal Tito, des résistants communistes qui ont réussi à triompher des forces de l’Axe et à restaurer la Yougoslavie.

– Ouh là, Dad, tu vas trop vite ! Je n’ose pas te dire à quoi ça me fait penser Axe… parce que ça sent pas bon ! Tu ne pourrais pas me faire un petit topo rapide sur les événements. Sans trop rentrer dans les détails. Attends, je mets un peu de Jean-Mi, le cours d’histoire passera mieux.

– Je vais essayer, mais l’histoire ne tient pas toujours sur un post-it, d’autant que celle des massacres des foibe fait encore polémique. D’ailleurs, j’ai lu que le site de Basovizza avait été vandalisé il y a quelques mois à peine. Les mémoires se télescopent et les récits uniques et unanimes sont toujours suspects. Quant aux mémoriaux, on se demande si parfois, ils ne gardent pas les plaies ouvertes.

– Et Axe dans tout ça ?

– Pardon, il faut revenir un peu en arrière. C’est une période terrible qui prolonge les horreurs de la Deuxième Guerre mondiale. Les forces de l’Axe, donc, c’étaient les pays opposés aux Alliés, principalement l’Allemagne d’Hitler et l’Italie de Mussolini ; elles avaient envahi, démembré et occupé la Yougoslavie. Tito, du côté yougoslave, et surtout ses “Partisans”, ont résisté pendant plus de quatre ans et ont fini par triompher.

– Et il est devenu un héros national !

– La figure de Tito est aussi très contrastée. À Ljubljana, tu verras, l’avenue de la Slovénie est l’ancienne rue Tito. Elle avait été renommée rue Tito, mais la justice a annulé cette décision. Tito a ses détracteurs et ses admirateurs. Il a probablement eu un comportement courageux pendant la résistance et il a été un très fin stratège politique, mais il commence son “règne” par des élections truquées et l’assassinat de ses opposants. Après la réunification du pays, il va s’assurer le monopole du pouvoir et se proclamer Président à vie pour gouverner en autocrate jusqu’à sa mort en 1980.

– Ah… héros ou dictateur, alors ?

– Les deux, mon Maréchal. Il va donner à son pays une dimension internationale. Il parle de socialisme, mais c’est finalement le credo communiste qu’il suit. Je simplifie, il choisit l’égalité aux dépens de la liberté. Encore que c’était sans doute le seul pays communiste où l’on pouvait écouter du rock, porter des jeans et passer librement la frontière. Pour l’égalité, il s’agissait de l’égalité entre les autres, car lui vivait comme un nabab, dans l’opulence et le faste. Yacht, domaine viticole, palais… et évidemment, culte de la personnalité, il adorait s’entourer de stars occidentales. Il aurait eu une aventure avec l’actrice préférée de ta mère, Sophia Loren. Nadja a toujours contesté ces “ragots”, je pense qu’elle a raison.

– C’est sûr que sur un CV d’actrice, ça la fout mal ! Et après sa mort ?

– Après, non sans douleurs malheureusement, la Yougoslavie s’est progressivement décomposée, les six républiques qui la composaient ont accédé à l’indépendance, à commencer par la Slovénie, au début des années 90.

– C’est ça la guerre des Balkans ?

– Oui, les guerres, il faudrait dire. À chaque fois, ça s’est terminé par un accord de paix et la reconnaissance officielle d’un nouvel État, mais à quel prix ! Massacres de masse, viols organisés, nettoyage ethnique… Je ne sais pas s’il y a des guerres justes et des guerres propres, mais celles-là ont été immondes.

– C’était il n’y a pas si longtemps. Je me trompe peut-être, mais ça a l’air de s’être calmé.

– Oui, c’est encore ce que j’appelle le momentum européen. Ces nouvelles nations intègrent progressivement l’Union européenne. C’est en marche…

– Toi tu préfères toujours regarder devant, je comprends quand tu dis que certains gardent les plaies ouvertes avec leur lieu de mémoire.

– C’est compliqué, il y a bien sûr ce devoir de mémoire, on pourrait en parler longuement, mais il y a autre chose de très curieux, c’est ce qu’on appelle la “yougonostalgie”, certains regrettent l’époque de Tito, l’âge d’or du socialisme, et ils sont assez nombreux, et parfois même plutôt jeunes.

– Qu’est-ce qu’ils regrettent ?

– Ce que le capitalisme a de plus en plus de mal à assurer, le plein emploi, les soins gratuits, l’éducation accessible à tous, la sécurité, la civilité. Tu verras beaucoup de ces nostalgiques à Belgrade et à Zagreb, mais même à Ljubljana. Deux choses reviennent systématiquement. D’abord, malgré un progrès incontestable, c’est la disparition d’une certaine solidarité, laminée par le rouleau compresseur de l’individualisme.

– Mouais, j’ai l’impression que ce n’est pas spécifique aux anciens pays socialistes ? Et la deuxième chose ?

– Leur passeport.

– Hein ?

– Avec un passeport yougoslave, on pouvait voyager presque partout dans le monde sans visa. Au marché noir, c’était sans doute celui qui se vendait le plus cher, juste derrière le suisse. C’était grâce au génie politique de Tito qui disait à Churchill et à l’Ouest, ne vous inquiétez pas, on est socialistes, mais on n’est pas comme eux, les communistes et à Staline et à l’Est, il disait, ne vous inquiétez pas, on fréquente l’Ouest, mais on n’est pas comme eux, les capitalistes.

– Un précurseur du “en même temps” alors.

– Ou du “ni ni”. À l’époque, il parlait de non-alignement.

– Et toi, tu en penses quoi ?

– Comme le morceau de Fakear, l’histoire est un prisme à travers lequel chaque groupe humain croit regarder le réel qui aurait une vérité et une unité, alors qu’il est composé de la somme d’histoires partielles et partiales. Parfois, les mémoires s’entremêlent, parfois elles s’opposent, parfois elles se superposent.

– Je ne suis pas sûr de te suivre, Dad, tu n’as pas un exemple.

– Regarde la foiba de Basovizza, qui d’ailleurs est un puits de mine de charbon, pas une faille, les vrais foibe sont plus loin.

– Je n’ai toujours pas compris qui jetait qui dans ses failles ?

– C’est là que les mémoires s’embrouillent et que l’histoire est parfois récupérée pour justifier une idéologie… Ah ! téléphone…

Swann raisonnait. Nadja résonna.

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29 janvier 2026 4 29 /01 /janvier /2026 10:24

Je regarde la chatte de ma voisine faire sa toilette sans pudeur mais avec souplesse et je pense, bon sang ! jamais je n’arriverais à toucher le bas de mon dos avec ma langue, ce seraient torticolis et lumbago assurés.

J’aurais été un chat mal lâché.  

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28 janvier 2026 3 28 /01 /janvier /2026 03:18

Sans me faire regretter le violoncelle du jeune voisin, le souffleur du jardinier m’irrite. En plus, c’est toujours la même partition qui est massacrée.

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27 janvier 2026 2 27 /01 /janvier /2026 03:36

Pour l’âme sœur, je ne sais pas, en revanche, je crois à l’auteur frère, celui qui a déjà écrit ce que tu aurais pu écrire. J’ai trouvé mon auteur frère, il est bulgare. Évidemment, je ne le lis jamais.

(Seulement en cachette.)

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26 janvier 2026 1 26 /01 /janvier /2026 03:00

Tout s’efface, même les traces de gomme.

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25 janvier 2026 7 25 /01 /janvier /2026 09:01

le même lasse hélas et l’autre passe sans cesse et cesse de plaire

le reste laisse amer

alors que faire la guerre la messe la sieste ou se taire

plus de père nulle déesse la Terre est blême et la mer déserte

les mots peut-être

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24 janvier 2026 6 24 /01 /janvier /2026 03:33

Notifications, alertes, pop-ups, newsletters… heureusement, nous sommes tenus au courant, en temps réel et en permanence, de tout ce qui se passe dans le monde. Enfin, presque tout, parce que je n’ai reçu aucune notification concernant la fleur d’hibiscus du fond du parking. Elle a été emportée dans la nuit. Un coup de vent peut-être, la vieillesse ou un cueilleur clandestin.

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23 janvier 2026 5 23 /01 /janvier /2026 03:11

– Voici comment se termine l’épisode du Cyclope. Bloom sort du pub et fiche le camp en catastrophe, manquant de se faire étriper par le molosse du Citoyen et assommer par la boîte de biscuits en fer blanc, et alors…

– Et alors ?

– … alors, après le récit d’un cataclysme sismique plus ou moins lié à la scène (de degré cinq sur l’échelle de Mercalli, tout de même !), on change d’ambiance. Une grande lumière descend sur eux tous, on assiste à l’Ascension de ben Bloom Elie. “And they beheld the chariot wherein He stood ascend to heaven. And they beheld Him in the chariot, clothed upon in the glory of the brightness, having raiment as of the sun, fair as the moon and terrible that for awe they durst not look upon Him. Et ils virent le char dans lequel Il se dressait monter au paradis. Et ils Le virent dans le char, habillé dans la gloire de la lumière, rayonnant comme le soleil, clair comme la lune et si terrible que dans leur effroi, ils n’osaient lever le regard sur Lui. And they beheld Him even Him, ben Bloom Elijah, amid clouds of angels ascend to the glory of the brightness… Et ils le virent Lui, Lui en personne, ben Bloom Élie, au sein d’une nuée d’anges, s’élevant dans la gloire de la lumière…” Et Joyce termine avec ce détail, parce que le lyrisme théologique n’interdit pas la précision géométrique, “at an angle of fortyfive degrees, avec un angle de quarante-cinq degrés”.

– Ah ah, j’avais oublié le détail. Mais dis-moi, jouer avec Homère, c’est une chose, parodier la Bible, c’en est une autre, ça a dû choquer diablement.

– Certes, et cela n’a pas arrangé ses problèmes de censure. Le personnage du Citoyen concentre tous les vices et les excès des nationalistes catholiques de l’époque. Il y a quelque chose de rabelaisien chez ce géant irlandais, mais version détestable, il est raciste, antisémite, violent, alcoolique, sale, borné et, en bon cyclope, il n’a jamais qu’un seul point de vue ; tout est toujours radical et unilatéral chez lui. Quant à Bloom, c’est la première fois qu’on le voit vraiment s’énerver et en venir presque aux mains dans une scène épique et grotesque. On rit, mais certains propos sont odieusement antisémites.

– Dis-moi, Nadja, Joyce n’était pas juif, mais est-ce que son personnage l’est ?

– Leopold Bloom est-il juif ? La question est vraiment intéressante et les commentateurs ne s’accordent pas. Pour ma part, je dirai qu’il est anti-antisémite, ce qui l’anime au plus profond, c’est le refus de toute forme d’intolérance. Si on regarde le texte de près, ça se complique un peu. Plus haut le Citoyen demande à Bloom sa nationalité, il répond qu’il est irlandais et, alors qu’on ne lui demande pas, il ajoute appartenir à une race détestée aujourd’hui encore, une race volée, insultée et persécutée en ce moment même. Il le sait bien, dans son dos, on le traite de sale Juif. Et pourtant, tout laisse à penser qu’il n’est pas juif. Il n’a aucun interdit alimentaire, il ne pratique aucun culte, il ne prie pas et connaît mal la Bible.

– Il fréquente les églises, non ?

– Oui, et il dit s’être converti au catholicisme pour épouser Molly, mais ça ne l’empêche pas de penser du mal des religions en général. Il y a un très bel épisode sur ce sujet, les Lotus-eaters, les Lotophages…

– Ton chapitre préféré, non ?

– Oui ! Comment le sais-tu ? Ce sont des pages pleines de parfums et de concepts qui font tourner la tête. On y lit un passage sur les drogues et les paradis artificiels qui anesthésient le peuple et lui permettent de supporter le réel sans se rebeller, comme les fleurs de lotus chez Homère, faisaient perdre la mémoire et aveulissaient. À côté de l’alcool et des jeux, la religion est un de ces stupéfiants, selon Bloom, stupéfiant efficace et spectaculaire car à Rome, ils ont un sens aigu de la théâtralisation, tout y est pour fasciner et hypnotiser : scénographie, musique, costumes, histoires terrifiantes.

– Ça sent son Marx, non ?

– Peut-être, d’ailleurs Bloom cite Marx comme Juif célèbre, mais il n’est pas certain que Joyce l’ait lu de près et Joyce est un Marx plus drôle et inventif, je trouve. Autre détail d’importance, Bloom n’est pas circoncis. On l’apprend après l’histoire du feu d’artifice sexuel, vous irez vérifier dans quelle circonstance gênante, ça vous parlera plus qu’à moi. Mais au-delà de l’anecdotique, c’est la question de l’identité qui est en jeu. I am a… a what? Je suis un… un quoi ? Vous vous souvenez, le message que Bloom veut laisser à Gerty dans le sable. Je suis un… un franc-maçon, un cocu, un Irlandais, un voyeur, un Juif… Un juif, c’est bien ce que Bloom clame haut et fort dans le pub devant le Citoyen qui envoyait depuis un moment des piques antisémites.

– On a donc la réponse.

– Hum, je pense qu’on ne doit pas le croire sur parole, on ne doit pas le prendre au pied de la lettre. Qu’est-ce que cela signifie, dire que l’on est juif ?

– Ça me fait penser à ce que tu disais de l’Africain, Dad, j’ai l’impression que le Juif n’existe pas.

– En effet, ou alors, s’il “existe”, c’est comme un fantasme dans l’esprit et les mots des antisémites. Ce qui ne les empêche pas de le définir précisément : le Juif est riche et pingre, puissant et manipulateur, très reconnaissable physiquement, il semble même que les chiens l’identifient à l’odeur.

– C’est dégueulasse !

– Oui, c’est immonde et Bloom veut combattre l’injustice plus que défendre une prétendue communauté. Je dirais qu’il devient juif chaque fois que l’on s’attaque aux Juifs, comme il faudrait devenir femme face à chaque misogyne.

– Très intéressant, vraiment merci Chérie pour cette leçon particulière qui donne à penser. Bon, c’est l’heure pour nous de prendre la route tranquillement pour Ljubljana.

– Alors bonne traversée du Karst, mes Amours. Et je n’ai pas oublié que vous m’avez demandé un extrait de Mon Karst de Scipio Slataper. Je vous enverrai un audio.

– Merci, Mam, tu es trop bonne, et moi, je n’ai pas oublié que je dois faire découvrir Fakear à Dad. Ça se mariera sûrement très bien.

*****

– C’est quand même délirant tous ces livres qu’elle a lus, Mam. Et surtout les livres des écrivains italiens, les poètes de la tristesse. Je croyais que c’était une spécialiste de littérature sud-américaine.

– Ta mère a plusieurs spécialités et plusieurs étagères dans sa bibliothèque, mais la littérature italienne, a été une étape importance dans sa vie intellectuelle et, je dois ajouter, pour son équilibre psychologique.

– Vas-y, raconte !

– Tu ne te souviens peut-être pas de son cousin Igor. Ils ont grandi ensemble à Saint-Pétersbourg – qui s’appelait encore Leningrad –, il était un peu amoureux d’elle ; ils étaient inséparables et tout le monde disait qu’ils se marieraient. Quand Nadja a quitté la Russie – elle s’appelait encore Elena –, ça a été un traumatisme pour lui. En fait, il ne s’en est jamais remis. Ça a été une séparation géographique, mais avec le temps, c’est devenu aussi une rupture idéologique. En grandissant, Igor est devenu nationaliste et slavophile et s’est mis à détester viscéralement tout ce qui plaisait à Nadja : les droits de l’homme, la laïcité, l’art contemporain, la liberté sexuelle, le féminisme…

– … le mariage pour tous, la musique pop… En gros, l’Occident était devenu l’amant de Mam et le cousin Igor était fou de jalousie. C’est ça, non ?

– En un sens, oui. Heureusement, le téléphone portable n’existait pas encore, autrement, il l’aurait harcelée jour et nuit. Il lui écrivait quand même presque toutes les semaines pour essayer de la détourner du démon occidental, ça commençait par des arguments politiques et philosophiques, mais ça finissait toujours par des insultes contre sa famille : des traitres, des vendus, des dégénérés, enfin tu imagines.

– Mais tu existais déjà, toi ? Je veux dire dans la vie de Mam.

– Au début, non, puis on arrive aux années de classes préparatoires, et là, entre Proust, Joyce et moi – sans que l’on puisse départager l’importance relative de chacun… –, Nadja n’avait plus une seconde à accorder à son cousin, elle ne répondait même plus à ses lettres. Quand elle a intégré Normale Sup, il entrait à l’École supérieure du KGB, ensuite leurs vies n’ont cessé de diverger. Et on arrive, dix ans plus tard, au putsch de Moscou, au mois d’août 1991, il est alors jeune officier du KGB.

– Euh, sorry Dad, je devais être absent quand on a vu ça en cours, ça ne me dit absolument rien.

– Il faut dire aussi que ça a été un moment de grands changements sur une petite période. Un Comité d’État pour l’état d’urgence est constitué et tente de renverser le président Mikhaïl Gorbatchev.

– Ah, lui je connais, glasnost, troïka et tache de vin. Et donc ?

– Igor ne participe pas directement, il attend mais soutient en silence, en compagnie d’un certain Vladimir Poutine qui était alors lieutenant-colonel du KGB, me semble-t-il. De Saint-Pétersbourg, ils assistent, impuissants et malheureux, à l’échec du putsch et à l’arrestation du président du KGB, Vladimir Krioutchov, qui était l’un des putschistes, leur directeur et leur maître à penser. Quelques mois plus tard, l’URSS s’effondre. C’est à partir de ce moment qu’Igor a commencé à vraiment délirer, il parlait de démembrement géopolitique et d’“amputation amoureuse”.

– Comprends pas !

– Tu vas comprendre. Igor va suivre Poutine à distance, mais avec fidélité et admiration. Quand Poutine est nommé président, en 1999, Igor pense que quelque chose de grand est en train de naître. Il recommence à écrire des lettres passionnées à ta mère, la suppliant de rentrer et de participer à la renaissance de la Grande Russie et à la fin de l’humiliation par l’Occident, ce qui voulait dire aussi, après le “viol”, guillemets, “rentrer se purifier en portant et enfantant un petit Vladimir”.

– Noooon ! Mais c’est un grand malade ! J’espère que tu exagères, Dad.

– Absolument pas et j’oublie même de nombreux détails. Attends, ce n’est pas fini, avec la suite, on rentre dans les actualités. En 2014, la Crimée est “justement réunifiée” à la Russie, et comme l’Europe ne dit rien, c’est une nouvelle preuve qu’Elena doit rentrer et quitter ce monde corrompu et décadent qui sort de l’Histoire. Un processus légitime de réparation est en marche. L’Europe lui avait “volé son Elena”, ils allaient être “réunifiés”, eux aussi.

– Waouh ! Complètement détraqué le gars Igor, ça fait peur !

– Et pour l’invasion de l’Ukraine en 2022, c’était une reconquête juste et il parviendrait lui aussi à “reconquérir son amour natal”. En 2022, il avait déjà plus de soixante ans.

– Argh… total psychopathe ! C’est énorme, cette histoire, Dad !

– On ne t’en a jamais parlé, parce qu’on n’en parle jamais à personne. Ça a été vraiment difficile et douloureux.

– J’avoue. Mais je ne vois pas le rapport avec la littérature italienne.

– J’y viens. C’est à la fin des années quatre-vingt-dix que Nadja a compris qu’aucun rapprochement ne serait plus possible, mais avec Igor disparaissait aussi une certaine Russie. La terre de son enfance, le monde de ses grands-parents. En septembre 1999, avec les attentats meurtriers, la rupture a été totale et définitive.

– Les attentats ?

– Oui les attentats faussement attribués à des terroristes tchétchènes, mais très probablement organisés par le pouvoir russe et plus certainement par le KGB – qui était devenu le FSB – avec une possible responsabilité d’Igor. Nadja commença alors à faire le deuil de la Russie. Elle est passée par des moments éprouvants, enfin, pour être plus explicite, elle a fait une dépression sévère. On était alors à Rome, elle enseignait la littérature russe. Elle a dû s’arrêter pendant une année universitaire complète et elle s’est mise à lire les poètes italiens, tu sais, ceux que tu aimes tant, tous plus mélancoliques les uns que les autres, qui parlaient de l’exil, de la guerre, de la pauvreté, puis plus tard du fascisme, de la déportation, des camps de concentration … Eh bien, va y comprendre quelque chose, ça l’a guérie et elle a retrouvé son humour et sa joie de vivre… juste à temps pour t’accueillir, tu allais entrer dans notre histoire à nous, petite histoire mais si belle.

– Ouf ! Bon, pour changer d’ambiance, je vais te faire écouter quelque chose de plus joyeux.

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22 janvier 2026 4 22 /01 /janvier /2026 03:36

C’est curieux, plus les sciences (dures, molles, chimie, sociologie, psychiatrie aussi…) invitent à penser le complexe, l’entrelacs, l’interaction, plus l’individu s’arc-boute sur son petit moi et s’imagine être, non seulement, cause du monde, mais cause de soi aussi. Et pourquoi pas auteur de sa vie !

Au moins, il nous fait rire ce pantin.

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