Écrire n’importe quoi ne fait pas de toi un poète rebelle.
Écrire n’importe quoi ne fait pas de toi un poète rebelle.
– La femme de votre meilleur ami le trompe, est-ce que vous lui dites ?
– Bien sûr que je lui dis, ça s'appelle l'amitié, ça s’appelle aussi la morale. Enfin, sauf si c'est avec moi.
Toutes les princesses ne sont pas vierges et toutes les reines ne sont pas mères, toutes les verges ne sont pas saines et toutes les fesses ne sont pas fières, toutes les scènes ne sont pas vaines et toutes les messes ne sont pas basses, toutes les peines ne sont pas fausses et toutes les fosses ne sont pas pleines, toutes les gênes ne sont pas jeunes et toutes les bières ne sont pas belges, toutes les haines ne sont pas beiges et toutes les plaines ne sont pas lunes, toutes les guerres ne sont pas lasses et toutes les passes ne sont pas crèmes, toutes les crasses ne sont pas classes et toutes les dames ne sont pas blêmes, toutes les brumes ne sont pas planes et toutes les pannes ne sont pas brunes.
Quant aux berges de la Seine, elles n’ont rien d’une auberge, mais en compagnie de Sylvaine (complètement barje, la vilaine !), elles sont bien urbaines.
J’héberge un aphoriste, un conteur et un poète. Le poète est incontrôlable, il rentre et sort sans prévenir, il écrit bizarrement, indifférent aux règles et aux attentes. Heureusement, il parle peu et ne se bat jamais, mais vraiment, le dialogue est difficile avec lui. L’aphoriste, sans aller jusqu’à l’arrogance, prend parfois la pose et quand il oublie d’être absurde, il m’agace beaucoup. Il est très doué pour faire passer de l’obscurité pour de la profondeur. Reste le conteur qui me semble prendre le pas sur les deux autres ces derniers temps. Je ne suis pas certain de l’honnêteté de ses méthodes, je ne serais pas surpris que l’on trouve des traces de glucose et de camomille dans ses histoires.
– Gros Lulu, sentant vaguement une menace existentielle : Toujours rien ?
– Un lecteur, attendri mais inaudible : …
– Un auteur, suffisant et égocentré (ce qu’ils ne sont pas tous) : Désolé, je ne fais pas dans le dialogue débile.
– L’auteur, déguisé en personnage, énervé mais toujours aussi peu inspiré : Crétin, apprends donc la différence entre débile et absurde.
– Gros Lulu, désolé, dépité, désabusé, désespéré, déprimé, désenchanté, découragé : Zut ! Là non plus je ne me sens pas à ma place.
– L’auteur, objectif : D’accord je n’ai pas d’idées, mais j’ai du vocabulaire.
Moustique : entre loustic et roustons, entre plouc et plastic, entre mastoc et mistoufle. Avec un nom pareil, on ne s’attend pas à voir un musicien prodige, un jeune premier ou une virtuose des algorithmes. Et toc ! (sic).
La taille ne compte pas. On peut être marathonien et amateur de haïkus, détester les cafés allongés et les livres résumés.
Je voudrais signaler une usurpation d’identité. C’est indigne, illégal et plus encore grotesque. Le moustique-tigre – non mais il y en a qui n’ont peur de rien ! –, le moustique-tigre donc n’a vraiment rien de l’élégance, la virilité et la sérénité du prince des félins. De surcroît, le vil insecte nous prend pour des abrutis, “je suis anthropophile, ose-t-il”. Ça ne fait pas de lui un philanthrope car non seulement il vit à nos dépends mais en plus il nous rend fou et malade. Le Zika, c’est lui, le chikungunya et la dengue, c’est lui encore. Il est très probablement impliqué aussi dans la transmission du Covid et peut-être du diabète de type 2.
Dérèglement climatique… tout de suite les grands mots. C’est bien un discours de bourgeois conformiste boulonné à ses routines. Ce n’est pas très compliqué, il suffit de sortir bottes et ciré en août et maillot de bain et crème solaire en février. Soyons neufs et inventons nos propres règles, bon sang !
– Ah bonjour ! C’est moi, Gros Lulu. Vous vous souvenez peut-être. J’étais un personnage du blog avec monsieur Lhoteur. Voilà, je passais par là, je voulais vous donner des nouvelles. Enfin, je dis ‘vous’, mais je ne sais pas qui vous êtes, je ne sais même pas si vous existez. Alors les nouvelles, eh ben elles ne sont pas très bonnes. Voilà, on a arrêté le dialogue. Enfin je dis ‘on’, mais pour de vrai c’est l’auteur qui a arrêté. Je pense qu’il trouvait que je n’étais pas un bon personnage. Remarque, il avait raison, vu que je n’avais jamais rien à dire d’intéressant, et le plus grave, et ben c’est que je parlais quand même ; ça c’est sûr, je n’ai pas appris à pas parler. Enfin je dis ‘je’, mais ce n’était pas vraiment moi qui parlais vu que je n’étais qu’un personnage. Et vous vous demandez sans doute ce que monsieur Lhoteur est devenu. Hein ? Non, vous ne vous le demandez pas. Bon, d’accord. Quand même, je n’ai jamais su si c’était Lhoteur, Lotheur ou l’Auteur. Enfin je dis ‘l’Auteur’, mais franchement il y a peu de chances qu’un vrai auteur soit derrière tout ça, vu que les dialogues sont archi nuls. Et je sais de quoi je parle. Bon, je vais vous laisser, je ne veux pas vous embêter plus longtemps parce que je me doute bien que ce dialogue ne vous passionne pas. Enfin je dis ‘dialogue’, mais ce n’est pas vraiment un dialogue vu que je suis tout seul à parler. C’est vrai ça, vous n’êtes pas très bavards. Remarque c’est normal vu que vous êtes lecteur et un lecteur, ça ne peut pas parler dans un dialogue et même si ça parle, on n'entend rien. Donc un dialogue entre un ancien personnage qui n’a plus de dialogue et un lecteur qu’on ne peut pas entendre, c’est archi débile. Ah, une dernière chose. Si vous avez connaissance d’un auteur en dialogues qui cherche un personnage, genre moi, vous pouvez me prévenir, s’il vous plait. Voilà, c’était Gros Lulu, au revoir et bonjour à votre famille enfin je dis 'famille' mais… enfin vous voyez ce que je veux dire. Bon j'arrête. C'est pas que ça m'amuse d'arrêter, même que ça me rend un peu triste, vu que je ne fais rien d'autre et que même je n'existe plus quand je ne parle pas. Enfin je dis 'existe'... Allez, je sens que c'est trop long. Je pars. C'était moi, Gros Lulu.
Il faut que je vous raconte la dernière avec ma moustiquaire…
Donc les moustiques ont finalement préféré le petit lit d’appoint et m’ont laissé le lit protégé par ma nouvelle moustiquaire. Je ne suis pas complètement crétin et je me doutais bien que ce n’était pas par bonté d’âme. La nuit dernière, j’ai vite compris leur immonde stratagème. Le crochet s’est décollé du plafond et le ciel de tulle m’est tombé sur la tête. Je n’ai pas de preuves, mais je ne serais pas étonné que ce soit un coup des moustiques.
Je tiens donc à prévenir les débutants en moustiquaire de lit que portée en toge romaine, elle garde son efficacité mais entrave un peu les mouvements, ce qui n’est pas si grave, finalement, quand il s’agit de dormir.
Mais enfin, quand nous regardons un caillou, un marteau ou un chat, nous voyons tous un caillou, un marteau ou un chat. L’affaire est entendue et n’est pas sujette à débat. Alors, comment expliquer que l’on ne tombe pas finalement tous, toujours, d’accord, sauf à être aveugle ou de mauvaise foi ? Ou peut-être que regarder est plus complexe qu’il n’y paraît.
Ah ! Ma moustiquaire de lit. Je progresse dans son usage et c’est vrai que si l’on sait être patient et vif, c’est vraiment efficace. Un petit conseil aux débutants. Quand vous faites rentrer un nouveau moustique dans le piège en tulle, refermez vite derrière lui afin qu’un autre n’en profite pas pour s’échapper.
Une remarque enfin (d’ailleurs je m’étonne qu’il n’y soit pas fait allusion dans le mode d’emploi) : il est nécessaire d’avoir un petit lit d’appoint pour y dormir.
– Non mais qu’est-ce que je fais là ? Bon d’accord, j’ai un peu regardé les filles sur la plage, mais c’est vraiment trop sévère. Et puis c’est vrai, j’ai repris du fondant au chocolat deux fois, mais des toutes petites parts. Je ne vois rien d’autre… Bon, je n’ai pas dit toute la vérité dans l’histoire avec Marie. Mais quand même, je ne mérite pas ça.
– Mais de quoi tu parles, Dieu ?
– Mais là, regarde, on nous a mis en enfer mon bon Pierre, on étouffe.
– Calme-toi Dieu, tu n’es pas en enfer. Et ne t’inquiète pas – si je puis dire –, ça vient d’en bas, ça brûle de partout.
– Quoi ? Encore eux. Non mais quelle bande d’abrutis ! Ils ne peuvent pas faire ça en hiver, quand il pleut et qu’il fait froid.
Je me suis résolu à acheter une moustiquaire. Les moustiques ont apprécié. La nuit, quand enfin je parviens à trouver la sortie pour aller les faire taire, ils sont déjà loin et attendent vicieusement que je sois rentré dans ma geôle de tulle pour revenir me narguer.
Si j’étais écrivain, je n’aimerais pas que mon manuscrit passe entre les mains d’un insensitivity reader.
La nature a bien fait les choses et la taille inchangée de mes agendas l’atteste. En effet, une loi très exacte fait varier de façon inversement proportionnelle la quantité d’activités et la qualité de la mémoire. Voilà pourquoi, chaque année, j’achète un agenda du même format.
J’écris toujours autant mais pas la même chose. En novembre, par exemple, je n’écris plus “conseil de classe ECE2” mais “penser à acheter mon nouvel agenda”.
– Le maître : Quel est le sens de la vie ?
– Disciple 1 : De bas en haut, comme le voyage immobile d’une âme pure.
Tout en l’insultant et le rouant de coups, le maître lui donna un bol de riz, un fruit frais et de l’eau claire.
– Disciple 2 : D’amont en aval, comme la rivière éternelle qui nait, grandit et meurt.
Tout en le félicitant et le caressant tendrement, le maître le conduisit au cachot et l’enchaîna.
– Disciple 3 : Comme la feuille de cerisier emportée par le vent d’automne, la vie n’a pas de sens, mais elle est en mouvement.
Tout en l’insultant et le rouant de coups, le maître le conduisit au cachot et l’enchaîna.
– Le maître : L’avis du vit avide est vide d’envie ; le sens décent descend l’essence sans aisance.
Ainsi conclut le maître en riant beaucoup. Puis il s’offrit un bol de riz, un fruit frais et de l’eau claire tout en se félicitant et se caressant tendrement.
Les experts, comme les voyants, doivent annoncer tout et son contraire. L’avenir leur donnera forcément raison.
– Narratologue 1 : Écrire, j’ai envie de te dire, c’est imposer le carcan étroit et opprimant de la grammatologie à l’infinie subtilité de nos idéations.
– Narratologue 2 : C’est clair, en même temps, écrire, c’est sublimer nos pensées toujours simplistes, convenues et grossières par la diversité délicate, profonde et inventive de la lexicologie.
– Lecteur : S’il vous plait, dessine-moi une histoire.
– Dépêche-toi un peu, le soleil est déjà bien bas et il nous reste beaucoup à faire.
– Mais chéri, ne sois pas si pressé, nous sommes jeunes encore, nous avons toute la vie devant nous, tempéra madame Éphémère, récemment mariée.
Bernadette a battu Xiaoxin en finale !
Et alors ? Et alors il s’agissait des Jeux européens de tennis de table !
Oui mais tout s’explique, Xiaoxin (Yang) est monégasque. Bon la Française Jia Nan Yuan a bien joué aussi (bien mieux que la Portugaise Fu Yu et l’Allemande Xuan Zhang Xu, sans parler de la Luxembourgeoise Ni Xia Lian), mais la Roumaine Bernadette Szocs a été la plus forte. Bravo Bernadette !
Je constate que nos experts – comme les PEGC de mon adolescence (n’ont-ils pas disparu des collèges, d’ailleurs ?) – sont bivalents. Ils savent tout des chars russes, du novitchok et de la santé mentale de Poutine, mais de surcroît, ils vous racontent Jane Birkin comme si elle était leur sœur ou leur ex. Mais quel rapport, demandez-vous justement ?
Ah oui, monsieur Rodrigo, notre professeur de français et d’espagnol ! Il nous faisait lire et traduire les poèmes d’amour de Pablo Neruda (« …amor, cuántos caminos hasta llegar a un beso, qué soledad errante hasta tu compañía! », je me souviens de ce passage que j’ai utilisé plus d’une fois pour séduire – déjà je plagiais sans vergogne !). Sa bivalence avait du sens.
Quant à nos experts, peut-être ont-ils connaissance de quelque lien secret entre Vladimir et Jane.
Jules André Maillot dit Dédé est mort hier, il avait 81 ans. Je ne le connaissais pas. Il n’était pas très connu, Dédé. Il est mort.
Chaque année, on a droit à la liste des prénoms les plus donnés. Il est question d’enfants et ces petites choses sont de peu d’intérêt et franchement surévaluées. En revanche, la liste des mots les plus utilisés, voilà qui est passionnant.
Je laisse de côté quoicoubeh et du coup pour parler de résilience. Voici un mot qu’on ne peut pas ne pas entendre ou lire au moins une fois par jour. Résilience de l’armée ukrainienne, résilience de EDF face au réchauffement climatique, plan de relance et de résilience (PNRR) du ministère de l’Économie, Renault Espace ou la résilience d’un phénomène (44500€ quand même ! D’accord mais elle est résiliente…), résilience du système bancaire et des forêts brulées, des sportifs battus, des ordinateurs piratés, des chiens abandonnés, des femmes trompées, des écrivains peu lus, des vinaigrettes ratées…
Le mot lui-même est incroyablement résilient ; malgré ces abus, il résiste et rebondit d’un sens à l’autre. J’ai peur toutefois que, comme la balle, il rebondisse de moins en moins pour finir par ne plus vouloir rien dire.