Ce n’est pas bien, je sais, mais souvent, je n’entends pas tout ce que vous dites parce que j’écoute comment vous le dites. Pire encore – c’est le jour des confessions, en attendant celui des résolutions –, ce que vous dites m’intéresse moins.
Ce n’est pas bien, je sais, mais souvent, je n’entends pas tout ce que vous dites parce que j’écoute comment vous le dites. Pire encore – c’est le jour des confessions, en attendant celui des résolutions –, ce que vous dites m’intéresse moins.
Je me demande s’il existe des boudins de mer radicalisés ?
– Et de base, tu es influenceur ou créateur de contenus ?
– Je dirais plutôt producteur de contenants. J’ai toujours eu un faible pour les formes et nous savons tous ce que le fond leur doit, là est l’influence.
– Ah, cool. Et du coup, pour ma question ?
– Le poète : Je bafouille, balbutie, je chuchote ou marmotte. Le vent seul et le temps, et m’entendent et m’attendent. Je cherche des oreilles qui m’aiment et me ressemblent, car les mots du poète ne sonnent qu’à l’écho.
– Le philosophe : Je vois ce que tu veux dire et compatis. La parole est dialogique et intersubjective, c’est logique et objectif. Même bien hydraté, on ne peut discourir dans le désert. Il faut des langues et des cœurs pour accueillir les verbes et renvoyer leurs compléments.
– L’aphoriste : Le sens n’est pas la flèche, pas l’arc ni la cible ; serait-il la bière partagée au club-house ?
– Le conteur : C’est l’histoire d’une marmotte aux oreilles bleues qui habitait le désert de Wadi Rum. Un matin de janvier, alors qu’un vent vicieux outrageait les granits rouges, la marmotte se retrouva nez à nez avec l'arc d'un chasseur de loutres à langue scrotale. “Ami, tenta la malheureuse aux oreilles bleues, tu es transi de froid et totalement déshydraté, aimerais-tu partager avec moi une pinte de bière chaude”. Le bougre armé accepta, il but un verre puis deux puis trois et logiquement reprit son arc, mais à l’envers. Croyant cibler une loutre à langue scrotale, il s’envoya la flèche, bien profond, dans le cœur. Joyeuse et vivante, la marmotte s’enfuit en chantonnant “con con con comme un chasseur, rond rond rond comme un connard”, ce à quoi l’écho répondit (qui comprenait mal la langue marmotte) “concasseur -eur -eur, rondouillard -ar -ar”.
Qu’est-ce qu’il en pense, le Pape, du mariage café chocolat ? (Moi, j'adore)
Ça y est, on connait les cinquante personnalités préférées des Français. Des chanteurs, des footballeurs, des actrices et des acteurs, un astronaute et un jeune politique… Bon, les goûts, les couleurs et les préférences, ça ne se discute pas, mais les gens qui ont voté connaissaient-ils Kevin, le fils de la charcutière Madame Robert, connaissaient-ils Gros Lulu, tellement attachant, ou Monsieur Rodrigo, mon professeur d’espagnol, ou le vieux Félicien Morval ? Ces cinquante personnalités préférées appartiennent au petit monde des gens connus. Il faudrait aussi pouvoir faire le palmarès des cinquante inconnus préférés des Français. Ou peut-être les laisser tranquilles. Oui, ce serait bien aussi.
Ferme ton livre, éteins ton téléphone, laisse ta voiture au garage et va dialoguer avec le vent. Il parle peu, c’est pauvre et assez confus, mais voyons un peu ce que tu as à lui répondre.
– Bonjour. Je vends cinq tranches de foie gras, une bûche entière, des coquilles vides de Saint-Jacques (ça fait des cendriers originaux), des rillettes de thon (enfin, il faut les faire les rillettes, mais il y a une belle tranche de thon), un lot de flutes rincées, une paire de torchons ayant peu servi et quelques pétards.
– Mais qu’est-ce que vous faites sur mon blog ? C’est un blog littéraire de petites formes. Je ne comprends pas…
– Ah pardon, c’est le nom, j’ai dû confondre avec VendezVosRestes.fr.
– Je vous en prie, tout le monde peut se tromper.
– Bon, puisque je suis là, je peux en profiter pour souhaiter la bonne année à Francky, tonton Louis, Mémé, La Crapette (elle se reconnaîtra), les cousins Legros et Marylin du bar La Totoche ?
– Allez-y mais je ne suis pas certain que vos amis fréquentent mon blog.
– Zut alors, mais vous avez des visiteurs quand même ?
– Quelques fidèles oui.
– Ben si vous voulez, je dirai à Mémé de venir faire un tour, elle est forte en mots fléchés, ça peut l’intéresser. Mais ils sont bons autrement, vos restes.
– Ah, il n'y a que du frais, pas de surgelé, pas de réchauffé. Ça peut être frugal, mais c’est rarement indigeste.
– Allez, approche un peu, je brûle pour toi depuis si longtemps.
– Arrête, c’est non, et cesse de me harceler tous les jours, du matin au soir. Ouf ! Heureusement que l’année se termine, protesta Terre.
– M’en fous, je recommencerai l’année prochaine, marmonna Soleil.
Aïe, une caille en kayak
Couac, un yack lui taille le cou
Coucou, raille le haïku
La joie est saine et la santé est joyeuse.
Je me demande s’il existe des pilons empathiques ?
(Et des papillons patauds, ça existe ?)
Après des recherches approfondies, j’ai constaté n’avoir pas une seule fois utilisé les mots vilebrequin, topinambour et staccato cette année, je n’ai pas parlé non plus de la couronne perlée du gland. Je veillerai dorénavant à varier mon vocabulaire et ouvrir mon champ de réflexion.
« Il est admirable cet enthousiasme des spermatozoïdes dans leur course à la fécondation de l’ovule. »
Il est possible aussi, tempérait Papi en regardant le documentaire à la télévision, qu’on ne leur ait pas expliqué la suite de l’histoire.
– Alors, c’était bon hier soir ?
– Tu n’imagines même pas. En entrée, on a mangé le foie malade du vieux René, fondant et parfumé ; après on s’est régalés avec le petit Pierre en méchoui, un délice, il n’était pas encore sevré, ça se sentait bien ; ensuite il y a eu la cervelle des deux jumelles au beurre blanc, Germaine et Yolande, mais là je n’ai pas pu - Germaine quand même !
– Ben ça alors, je te croyais végétarienne ?
– C’est vrai ça, répondit Vache à Cochon, tu as raison, c’est donc pour ça que j’ai mal au ventre. Et elle partit vomir. Beaucoup.
Ça m’agace ! Je lis de plus en plus souvent le mot socialite (e.g. la nouvelle girlfriend de Tom Cruise est une socialite russe…). Je signale que ce mot est un anglicisme que l’on peut remplacer par people.
– Stop !
– Et pourquoi ?
– D’accord, je fais bzzz, je suis gorgé de sang et je suis posé sur ta jambe, mais ça ne fait pas de moi un coupable. Et la présomption d’innocence ?
– Désolé moustique, le monde est injuste. Paf !
– Oh le nul, encore raté ! Va plutôt écrire un haïku.
Ça manque de sens, ça manque de sens… Le sens, c’est comme la crème fleurette et la cannelle, on le met à toutes les sauces, ça en devient écœurant.
Je me demande s’il existe des étoiles introverties ?
« La faim est une idée et la douleur, une illusion, le manque est une erreur et le désir, une faute ; ne te laisse pas piéger par tes neurones qui complotent dans ton dos. Seule ta volonté est réelle, tu peux tout m… »
– À table ! Gratin de chouchou et sorbet à la mangue.
– Hum, j’adore ! Je finis ma phrase et j’arrive.
Tout est vain et la vanité même du tout est vaine, mais en faire une théorie est creux, en faire une morale est vaniteux. C’est à peine si un aphorisme fumeux et capiteux peut passer.
L’acteur – ou le menteur – est bon quand il sait être ce qu’il n’est pas, il est excellent quand il sait ne pas être ce qu’il est.
La sagesse vient avec le temps, mais elle vient de loin et, compte tenu de la grève des aiguilleurs du ciel, des embouteillages et des genoux qui grincent, elle n’est pas toujours à l’heure.
Consommer de la corne de rhinocéros en poudre permettrait d’avoir des érections vigoureuses et une semence généreuse. Il me semblerait logique, à l'inverse, de soigner les crânes mutilés des rhinocéros avec une crème à base de sperme humain et de pénis écrasés.
L’esprit est un appendice tardif du vivant ; le vivant est une fine pellicule qui recouvre partiellement la matière ; la matière est une agglomération rare perdue dans un vide quasi infini. Et nous continuons tranquillement à commencer neuf de nos phrases sur dix par “moi, je”.
Les dieux, s’ils existent et s’ils nous ont repérés, doivent se bidonner.