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C'est Peu Dire

  • : Les Restes du Banquet
  • : LA PHRASE DU JOUR. Une "minime" quotidienne, modestement absurde, délibérément aléatoire, conceptuellement festive. Depuis octobre 2007
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Et Moi

  • AR.NO.SI
  • Philosophe inquiet, poète infidèle, chercheur en écritures. 55° 27' E 20° 53' S

Un Reste À Retrouver

13 mars 2026 5 13 /03 /mars /2026 03:16

– Tu sais, Swann, l’Institut est une petite structure qui grouille d’activités, mais aujourd’hui, il faut des qualités d’adaptabilité qui n’étaient pas nécessaires par le passé ; le monde de la culture est lui aussi très instable. Il faut une souplesse et une réactivité qui ne sont pas mes qualités premières. Par exemple, on va devoir abandonner un gros projet.

– Tu parles de quoi ?

– En fait, ça avait été décidé, et très mal ficelé, à Paris. Ils voulaient lancer une saison “Grands Balkans 2030”, mais, sur place, nous étions nombreux à penser que c’était encore trop tôt. Les blessures sont loin d’être cicatrisées dans la région. Les Serbes et Monténégrins n’étaient pas opposés, les Croates n’étaient pas très chauds, les Bosniens ont évoqué d’autres urgences et les Slovènes ne se sentent pas concernés. Bref, ça manquait, je ne parle même pas d’enthousiasme, mais simplement d’envie. D’ailleurs, ici, on n’est pas très “balkanophile”, surtout les artistes, ils ont les yeux et les oreilles tendues vers le nord et l’ouest. Bref, on laisse le dossier dans les cartons. Et j’ai peur qu’on ne le ressorte pas. C’était prématuré.

– Tu prêches à un convaincu, quand les institutions décrètent la réconciliation, c’est souvent l’effet inverse qui a lieu. Et ça évolue comment, selon toi ?

– Mal. Il reste tellement de problèmes à régler, le Kosovo, la république serbe de Bosnie, l’intégration européenne qui s’éloigne, la fuite des élites, la corruption, la liberté de la presse. Et la pollution, personne n’en parle à Paris de la pollution : qui sait que Belgrade ou Skopje sont parmi les villes les plus polluées au monde ? Évidemment, c’est moins vendeur que la Riviera albanaise ou les criques de Croatie.

– Tu penses que ça ne va pas dans le bon sens ?

– Je pense que ça se dégrade, mais que le pire est encore à venir et la cause majeure du déclin va te surprendre, c’est la démographie. Alors qu’on se plaint ailleurs de surpopulation, de surtourisme, d’immigration incontrôlée, les Balkans, eux, sont en train de se vider lentement de leur population. Ma fille est démographe et travaille sur cette question de l’“hiver démographique”. Qui sait, en France, que la Bosnie-Herzégovine, l’Albanie ou la Croatie ont des taux de fécondité très bas ? Et pourtant un médecin sur deux refuse de pratiquer l’avortement – enfin, ceux qui sont restés au pays – et il est presque impossible de trouver une pilule du lendemain. Les jeunes et les plus diplômés quittent la région et ceux qui restent ne veulent plus faire d’enfants.

– On est loin de la carte postale. Et la Slovénie ?

– La Slovénie est l’exception. Elle s’en sort très bien. Je dirais que la Slovénie est plus le Sud du Nord que le Nord du Sud. Elle a été l’extrême sud de l’Empire austro-hongrois sans jamais vraiment être le nord de l’Empire ottoman. Tu sais que dans la culture slovène, les traces de l’Empire turque sont presque exclusivement négatives, c’est la menace de raids et de pillages, on ne trouve presque rien dans l’architecture, la cuisine ou dans la langue. Je me souviens d’avoir entendu ma belle-mère dire qu’enfant, on lui racontait des histoires de méchants Turcs qui venaient enlever les jeunes femmes. Dieu merci, les esprits ont évolué, les Turcs étaient un peu nos Sarrasins, ceux qui venaient brûler les églises et enlever les vierges. D’ailleurs, à l’intérieur du pays, on trouve encore quelques églises cernées de murs défensifs ; c’est ça l’héritage architectural ottoman !

– Je vois et je pense que l’intégration européenne a dû accroître la coupure. Les eurosceptiques ne doivent pas faire recette alors.

– Non, même si les choses sont en train de changer. Il est rarement question de “slovexit” ou de “sloexit” – on hésite même sur le mot, c’est te dire ! – mais l’Europe ne fait plus rêver. Disons plutôt que l’Europe à laquelle les Slovènes veulent s’identifier est plus civilisationnelle qu’institutionnelle, tu comprends, les valeurs, oui, les normes, non. Le droit à l’avortement, les caricatures, la culture LGBT, le respect de l’environnement, la littérature, je te laisse continuer la liste… eh bien, tout cela a infiniment plus de sens que la Commission européenne ou la Banque centrale.

– Je comprends bien, mais je ne suis pas certain que ce soit propre à la Slovénie.

– Peut-être. Et je pousserais même le paradoxe jusqu’à demander si la Slovénie n’est pas plus européenne que l’Italie ou l’Autriche. Tu sais qu’on voit défiler à Ljubljana des cohortes de maires français qui cherchent l’inspiration pour leur PLU. Écoute, Swann, j’ai rendez-vous avec Ela Poric, c’est la femme du Mufti, elle dirige le centre culturel islamique et voudrait participer à notre “Nuit des mots” – un beau projet dont je te parlerai. Viens avec moi, si tu as le temps, j’ai encore plein de choses à te raconter.

– Ah ça oui alors, avec plaisir. Mais dis-moi, cette mosquée ne serait-elle pas une trace de la présence ottomane ?

– Non, non, pas du tout. Elle a été inaugurée en 2020. Elle est en béton blanc et à l’intérieur, il y a un dôme bleu qui rappelle la mosquée bleue d’Istanbul. C’est un bijou d’architecture, nous aurons peut-être droit à une petite visite privée. Nous allons prendre un kavalir et nous aurons ensuite vingt minutes de marche.

– Chouette alors. Dis-moi, Nov, qu’est-ce que tu souhaites faire ?

– Je crois que je vais retourner à l’hôtel. On se retrouvera plus tard pour aller à Metelkova ensemble.

– Désolé Nov, tu as dû trouver notre conversation bien barbante. Viens, nous allons passer par la médiathèque, je vais te prêter Alerte rouge.

*****

Dobrodosel! Tu es déjà de retour, Nov !

– Salut Janek ! Oui, mon père va visiter la mosquée avec un ami, moi, je vais faire une pause. Dis-moi un truc, tout à l’heure Karl nous a dit dobrodosla et pas dobrodosel, j’ai bien entendu.

– Oui oui, tu as très bien entendu et c’est correct. Dobrodosel, c’est “bienvenue” quand tu es tout seul, dobrodosla, c’est parce que vous étiez deux avec ton père, et si vous êtes trois, on doit dire dobrodosli.

– Quoi ! Et si on avait été quatre ?

– Ah ah, non, il n’y a que trois formes de nombre, ça suffit bien, le singulier, le pluriel et le duel. Chez nous, deux, ce n’est pas encore du pluriel. Tu comprends, deux, ce n’est pas encore beaucoup ; deux choses, on peut les prendre dans les mains, après, il te faut un sac. Deux, c’est le couple d’amoureux, c’est les yeux, c’est les rives de la rivière, deux, c’est trop intime pour faire une bande ou un ensemble.

– C’est joli, mais c’est un chapitre de plus à apprendre dans le livre de grammaire.

– C’est vrai, désolé, mais tu peux me dire plus simplement, zivjo, et en plus, c’est invariable. Zivjo, kako si? C’est un peu, “Salut, ça va ?” Mais, comme tu dis, le duel c’est que de la grammaire pour moi.

– Tu veux dire quoi ?

– Ben, pas d’amoureuse, pas d’ami, pas de frère. Je ne sais pas pourquoi mais je suis un habitué du trio. Ma mère, ma grand-mère et moi, mon patron, sa femme et moi, à l’université, c’est Bojan, Ivo et moi, on est toujours ensemble, et il y a aussi mes trois chats et mes trois auteurs français préférés, je dis les trois R, Rimbaud, Rabelais et Rostand.

– Ah ? Que des classiques.

– C’est vrai ça, en français, je ne lis que des classiques. En Slovène, c’est l’inverse, je ne lis que des auteurs modernes. Je ne devrais pas te le lire, mais je n’aime pas beaucoup Preseren ! Si ma mère m’entend dire ça à un étranger, elle me jette dans la Ljubljanica, alors tu peux le répéter, mais tu ne dis pas que ça vient de moi. Pour rendre mon cas plus grave, je dirais que je n’aime pas l’artiste et que je déteste l’homme.  Les poèmes de Preseren, on les connaît par cœur ici, parce qu’on nous oblige à les apprendre à l’école, bon, c’est bien écrit, ça d’accord, mais c’est vieux et c’est formel, et surtout c’est l’homme que je n’aime pas. Notre héros national était un alcoolique, un amoureux égoïste et un mauvais père qui n’a pas reconnu ses trois enfants.

– Outch ! Quel portrait. Comment il a fini en statue sur la place, alors ?

– Oui, il y a ce truc important qui le sauve, il a fait du slovène une vraie langue, une langue qui peut tout dire. Il est le père de la langue slovène et donc, en un sens, le père de la nation slovène.

– Je pense que ses enfants ont dû apprécier l’hommage !

– Ah ah, allez, j’arrête de dire du mal et puis je suis sûrement injuste, il a vécu à une époque très codifiée, tu comprends ce que je veux dire, et lui, il avait jamais le bon code. Avec Julija Primic – tu sais la sculpture dans le mur qu’il regarde – il n’était pas assez riche, pas assez bourgeois ; avec Ana Jelovsek – c’est la mère de ses trois enfants – il était trop cultivé, enfin trop bien, car elle, c’était une domestique qui venait de la campagne, lui il était avocat. Je te l’ai dit, c’est Aragon qui a raison, il n’y a pas d’amour heureux, « Et quand il croit ouvrir ses bras, son ombre est celle d’une croix ». Quelle image ! Magnifique et horrifique !

– Horrifique ? Ça se dit ? En tout cas, Janek, tu es plutôt pessimiste. Regarde, quand même, on en voit des amoureux.

– Alors, il faut que je regarde bien, parce que dans ma vie, je ne vois pas. Le mari de ma grand-mère s’est fait exécuter à Vukovar, on a mis vingt ans à retrouver ses restes qui avaient été séparés dans trois charniers différents et mon père s’est suicidé un an après ma naissance, je ne sais pas exactement pourquoi, mais je crois que c’est parce qu’il avait vu ou peut-être fait des choses mauvaises pendant la guerre et qu’il n’arrivait pas oublier.

– …

– Désolé, Nov, je ne sais pas pourquoi je te parle de ça.

– Non, c’est moi qui suis désolé. Je comprends un peu mieux ton pessimisme, mais tu parles plus de la guerre que de l’amour.

– C’est vrai. Tu savais pour Vukovar, non ?

– Euh… non.

– Ah bon ! Et Sarajevo ? Le siège de Sarajevo, tu sais, n’est-ce pas ?

– Ben… ça me dit quelque chose, mais je ne me souviens pas vraiment.

– Et Srebrenica ?

– Non, jamais entendu.

– Ou Srebreni-cha, -niska, je ne sais jamais comment vous prononcez.

– Tu sais Janek, je ne connais pas bien l’histoire de France, alors c’est pire pour l’histoire des petits pays étrangers.

– D’accord, on est des petits étrangers, mais on était des voisins aussi. Tu sais, j’entends toujours dire que la guerre en Ukraine, c’est après soixante-dix ans de paix en Europe, mais c’est pas vrai. Je ne sais pas pourquoi on oublie toujours notre guerre. Ce n’est même pas de l’histoire, c’était dix ans avant notre naissance. Pourquoi on oublie toujours notre guerre ?

*****

je ne sais pas, on ne se pose pas ces questions, nous les nuages, le bien le mal, est-ce qu’on peut facilement faire la différence, je repense à la guerre, je repense au Boucher de Chabrol et au boucher de Boutcha, pour Vukovar, je ne connais pas non plus, mais j’ai bien entendu, Janek il parlait de charnier, je bloque un peu là-dessus, j’ai du mal à passer à autre chose, ça va venir, comme les humains je vais passer à autre chose, ils changent de sujet de conversation comme ça d’un claquement de doigt, pfft, nous aussi parfois on accélère, tout d’un coup, pfft, force six, force sept, tempête tropicale, cyclone, on est partout, comme un plafond sale et bas, mais là, tout de suite, c’est le calme plat et je suis occupé par cette chose qui m’obsède, la guerre, j’essaie de les comprendre, les humains, je me demande, pourquoi ils se font la guerre, je crois que c’est parce qu’ils croient qu’ils peuvent se poser, être quelqu’un, quelque part, dans leur pays, ils croient qu’ils peuvent s’arrêter de devenir quelqu’un d’autre, alors évidemment, normal, quand ça se remet à vraiment bouger, par exemple quand une frontière est déplacée, ils disent, stop, ça ne va pas, et c’est la guerre, je ne sais pas qui a raison, mais chez nous les nuages, c’est le contraire, il n’y a pas de territoire, pas de propriété et pas de titre de propriété, et surtout pas de propriétaire, ça flotte, ça se forme et se déforme, ça s’attire et s’évite, ça s’agglomère et se sépare, pour moi, c’est difficile d’imaginer ce que ça donne, vu d’en bas, mais je pense que ça doit être beau à voir, comme une danse, il y a un lapin à grandes oreilles, il s’étire et devient une fusée puis s’accroche à un ballon crevé et ils deviennent un énorme bonhomme avec des petits bras, mais pas longtemps, les bras se transforment en vagues, désolé, je sens que je m’éloigne moi aussi, je me transforme et mes idées aussi, il faudrait que je me concentre, mais c’est vraiment difficile, les humains disent, c’est juste, c’est pas juste ou c’est mal, c’est bien, c’est terrible, c’est une boucherie, c’est un crime contre l’humanité et ils disent aussi, c’est atroce, c’est une blessure qui ne va pas cicatriser, mais moi je crois que tout change, tout s’efface et peut-être que tout revient, c’est une question de rythme, ils ne voient pas que tout bouge parce que ça se fait lentement ou peut-être qu’ils ont raison

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12 mars 2026 4 12 /03 /mars /2026 03:20

Oui, bien sûr, la démonstration est satisfaisante, je veux dire la déduction méthodique, et sans que personne ne puisse s’y opposer, d’une conclusion nécessaire, mais elle est infiniment moins jubilatoire que l’association d’idées, imprévisible, absurde et étourdissante.  

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11 mars 2026 3 11 /03 /mars /2026 03:50

Ah ça non, je n’échange pas mon baril de comédiens contre deux barils de tragédiens.

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10 mars 2026 2 10 /03 /mars /2026 03:09

Mais bon sang, comment cela fonctionne-t-il ?

C’est bien gentil de nous avoir pourvus en “autres”, mais c’est insensé de les avoir livrés sans mode d’emploi.  

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9 mars 2026 1 09 /03 /mars /2026 03:17

Penser donne à penser. Ne pas penser donne faim.

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8 mars 2026 7 08 /03 /mars /2026 03:17

On peut penser que l’on écrit pour exposer une idée ou partager une émotion, c’est satisfaisant ; on peut penser aussi que l’on écrit pour transmettre et durer un peu plus, c’est rassurant. Peut-être écrit-on simplement pour ralentir l’inexorable “fonte neuronale”, comme certains cherchent à retarder la fonte musculaire, c’est respectable aussi.

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7 mars 2026 6 07 /03 /mars /2026 03:18

De plus en plus de Parisiens marchent dans la rue un grand gobelet de café à la main. Hommage servile aux Américains ou affront grossier au café ?

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6 mars 2026 5 06 /03 /mars /2026 03:00

Je suis toujours agréablement surpris par le nombre quasi constant de fleuristes et par la diversité de leurs clients. Il n’y a plus de cordonniers, plus de tailleurs, très peu de serruriers, de moins en moins de bars et de merceries, mais toujours autant de fleuristes. Je peux me tromper, mais je me dis que voilà bien un métier qui n’a pas à craindre l’arrivée de l’intelligence artificielle.

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5 mars 2026 4 05 /03 /mars /2026 13:18

On se demande souvent d’où elles viennent tant elles semblent parfois surgir de nulle part, les idées. Moi, je demande où elles vont, celles qui me traversent le cerveau. Y aurait-il un cimetière d’idées ? Ou peut-être passent-elles dans un autre cerveau ?  Ou bien, elles se transforment en atomes d’azote.

Il doit bien y avoir un après comme il y a eu un avant, pour les idées aussi, car enfin, imaginer que ma pensée se dresse entre deux néants serait bien présomptueux.

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4 mars 2026 3 04 /03 /mars /2026 00:59

Certains cachent des caméras dans les douches des filles ; c’est mal. Moi, ce n’est pas bien, mais c’est moins grave, j’aimerais enregistrer secrètement les conversations des gens dans la rue ; je vous en confie deux, entendues rue de Rennes ce matin.

Deux hommes, deux femmes, tous bons sexagénaires, probablement deux couples de provinciaux. Les deux femmes : – … c’est comme la professeure de danse de Charlotte, elle est vraiment trop sévère et je ne sais pas comment le dire à sa mère. – Je sais, moi j’ai le fils de ma nièce, il a une activité tous les soirs, évidemment je ne dis rien, tu penses bien, mais… Les deux hommes, cinq mètres derrière, devant un magasin de poussettes (promis, je n’invente rien – presque rien) : – ... dis donc, elles ont bien changé depuis notre époque, les poussettes. – T’as vu celle-là, elle a même un porte-bière sur le châssis, comme mon fauteuil de camping ! – T’es con ou quoi, c’est un porte-biberon. – Oh merde ! T’as raison. C’est vrai, c’est plus comme avant, les jeunes, y picolent plus. – C’est sûr, en plus ils bouffent que des graines, enfin, moi ce que j’en dis…

Deux trentenaires, énervées et parisiennes (j’ai dû accélérer pour rester à leur hauteur) : – … alors je lui ai dit que je n’arrivais pas à le quitter. Il m’a demandé de lui envoyer les textos. ­– Ceux où il te traite d’assistante mal finie ? – Oui et j’ai envoyé tous les autres. Alors il m’a dit, c’est un narcissique, il ne t’aime pas et il y a très peu de chance qu’il change. Quitte-le. – Oui ben, encore une fois, je suis d’accord avec ChatGPT. Tu as la version payante ou la…

Alors, bien sûr, ce n’est pas du Proust, pourtant, il y a quelque chose qui me touche dans ces échanges volés et j’aime l’idée de les partager avec quelques receleurs.

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3 mars 2026 2 03 /03 /mars /2026 00:33

Je me demande depuis des années ce que je suis. Ne serais-je pas un “créateur de contenus” ?

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2 mars 2026 1 02 /03 /mars /2026 00:32

D’un Reste à l’autre, vous vous contredisez, me dit-on. Mais tout à fait, c’est soit ça, soit la répétition. Et puis, vous êtes bien exigeant. Demande-t-on au pâtissier, chaque matin, d’inventer un nouvel éclair au chocolat ?

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1 mars 2026 7 01 /03 /mars /2026 00:30

Des galets dans la salle de bain, du sable noir dans la chambre, de l’herbe et quelques fleurs sauvages dans le salon et un arbre, bien sûr, dans le bureau…

Oh ! pardon ! J’étais en train de délirer à haute voix, je ne savais pas que le micro était branché !

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28 février 2026 6 28 /02 /février /2026 03:57

Nov marchait. Swann se tut.

– Dad, on en parle ?

– Euh… oui, tu veux dire…

– Dad, il faut que tu m’expliques, c’est un ami à toi, ce rageux de mes deux ?

– Ah ? Tu as été surpris toi aussi ? En effet, je le connaissais un peu pour l’avoir rencontré plusieurs fois à Paris, mais là, je l’ai découvert sous un nouveau jour, il est spécial.

– Ce n’est pas le mot qui me vient, c’est un péteux frustré.

– Bon, on va aller d’abord à l’Institut, et on verra plus tard pour Metelkova. Nous sommes passés devant tout à l’heure, c’est à deux pas, il faut reprendre les berges de la Ljubljanica.

– Quand même, rassure-moi, il ne peut pas devenir ambassadeur, ce fielleux !

– Non, c’est un des avantages de la rigidité du système, même si c’est en train de changer, tous les parcours ne sont pas possibles. En fait, on ne sait jamais, c’est le sens de la réforme du corps diplomatique voulue par le président Macron que d’ouvrir les postes d’ambassadeurs à toutes sortes de profils.

– Profil de galeux mais face de rat !

– Nov, s’il te plaît. Je suis très partagé sur cette réforme, d’un côté, je pense qu’on ne s’improvise pas diplomate, qu’on peut sortir major d’HEC et faire un piètre ambassadeur, sans compter qu’ouvrir les portes, cela permet de faire entrer les copains et les cousins, d’un autre côté, la logique du statut peut être sclérosante, ça rappelle un peu les charges de l’ancien régime.

– Je vois. Tu as le choix entre l’odeur de moisi des clubs privés et des open spaces où tout est permis si on sait s’imposer.

– Une chose est certaine, l’époque des ambassadeurs-écrivains est révolue, Claudel, Saint-John Perse, la liste est longue, et je suis d’accord sur un point avec François, il faut prendre le monde comme il est plutôt que de se lamenter sur la disparition de ce qu’il a été.

– En même temps, ce n’est pas parce que tu es un dieu de la métaphore et que tu maîtrises le subjonctif que tu seras le roi du deal.

– Chéri, ne vole pas ce mot hideux à Trump, il n’en a pas beaucoup dans sa besace. Il y a de la place pour une autre diplomatie. Et pour revenir à François, en tant que “petit attaché culturel”, pour le citer, il n’est pas directement visé par la réforme. Je ne sais pas ce qu’il ambitionne exactement, je ne suis même pas certain qu’il puisse obtenir le poste de conseiller. Cela dépendra beaucoup de ses appuis éventuels là-haut et puis, il faut aussi envisager l’arrivée du Rassemblement national au pouvoir.

– Ça changerait quoi, selon toi ?

– Pour les nominations, il est probable que des profils plus identitaires seraient privilégiés.

– Explique…

– Disons des hommes et des femmes plus soucieux de la figure classique ou traditionnelle de la France, ses racines historiques, sa religion, ses valeurs…

– Tu peux donner des exemples.

– Oui mais il faut rester prudent, d’abord parce qu’on n’y est pas, ensuite parce l’Europe freinerait sans doute les élans souverainistes du RN et aussi parce que l’appareil administratif – c’est la qualité de son défaut ! – lisse toujours les ruptures idéologiques. Giorgia Meloni est en train de le découvrir. On peut s’attendre à un recentrage sur l’identité nationale, pour prendre un exemple précis, les expositions sur le colonialisme ou, je ne sais pas, le lesbianisme, la culture hip hop pourraient recevoir moins de subventions. Tu vois ce que je veux dire. On peut imaginer aussi un recentrement sur les alliés civilisationnels et une moindre attention portée, par exemple, au Maghreb ou aux outre-mer.

– Ah quand même ! Beurk !

– Attention, je fais de la politique fiction à ta demande et un militant RN pourrait dénoncer là un procès d’intention.

– Oui ben j’espère qu’on n’aura pas l’occasion de vérifier tes hypothèses. C’est surtout cette idée d’identité nationale qui me débecte. Nous, on voyage depuis longtemps, et on le sait bien, au Mexique, en Slovénie, aux Philippines, il y a des gens, ils sont différents et se ressemblent aussi et souvent ils ressemblent aux Français, mais personne n’est identique, enfin, tu vois ce que je veux dire. Là, je pense à Diego, souvent il me montrait la mer avec étonnement et il disait, “mira mira, no es el mismo mar”, alors je regardais et regardais attentivement et, comme un crétin, je disais, “si, si, c’est la même mer, la misma, elle est comme hier”. Et c’est moi qui ai 12/10 aux deux yeux !

– Ah ah, oui, quel homme exceptionnel, ce Diego ! Voilà, nous arrivons. Je vais te présenter Karl Le François.

*****

– Bonjour les amis, bienvenue, dobrodosla na Frankoskem institutu.

– Bonjour Karl, je te présente Nov, mon fils. Mille mercis de nous recevoir.

– Tu plaisantes, c’est un plaisir et un honneur. Je dois juste te demander une faveur, ne parle pas trop de moi à Paris. J’essaie de me faire oublier, j’aurai soixante-huit ans cette année et je continuerais bien quelques années encore.

– Promis, de toute façon, j’ai fait un petit détour par Trieste et Ljubljana surtout pour retrouver mon fils, c’est ensuite que les affaires vont reprendre, je vais en Hongrie et en Slovaquie.

– Eh bien, tu n’as pas choisi les destinations les plus faciles. Ces pays se polarisent de plus en plus et le sentiment anti-européen monte, même s’il me semble minoritaire dans la jeunesse et chez les artistes. Enfin, chacun son métier, j’aurais fait un très mauvais diplomate. Mais dis-moi, ça va être difficile de quitter le Mexique, non ?

– Ce n’est pas pour tout de suite, mais effectivement, nous sommes tous très attachés au Mexique et à l’Amérique du Sud, mais il va bien falloir tourner cette page. Tu sais, ces pays sont tellement grands, leur culture est tellement riche que parfois, on se sent tout petit et un peu inutile. Je ne dis pas que l’Europe centrale est moins intéressante, évidemment, mais on a l’impression d’un changement d’échelle.

– Ah ah, tout est vraiment relatif, je trouve la Hongrie tellement vaste. Je crois que ce que j’aime le plus, en Slovénie, c’est sa taille. Quelque part Aristote a écrit que la taille idéale d’une cité est donnée par la portée de la voix, tant qu’on peut se parler directement et s’entendre distinctement, alors on peut constituer une société harmonieuse. C’est une belle image. Tu vois, ici, je ne me fais jamais représenter, j’envoie peu de mails et jamais de message WhatsApp, je rencontre les personnes. Petite par la géographie, la Slovénie, mais tellement grande par l’histoire. C’est bête de dire ça, mais c’est ce qui fait pour moi l’humanité de ce pays, la proximité, la "procheté" des personnes.

– Je vois que tu as trouvé ta place ici.

– Disons que j’ai trouvé le lieu où j’aime me chercher !

– Jolie formule. Tu habites la Slovénie depuis quand ?

– Je suis arrivé en juin 1990, un an avant la déclaration d’indépendance. Je suis entré à l’Institut, par la petite porte, en 2001 et je le dirige depuis sept ans. Ma femme est slovène, mon fils vit aux États-Unis, mais ma fille et ses deux enfants habitent à Ljubljana. Évidemment, ils sont tous bilingues, moi, je baragouine, c’est laborieux, mais ça amuse beaucoup mes petits-enfants ! Tu veux que je te parle un peu de ce que nous faisons.

– Oui, avec plaisir.

– Alors, il y a ce qui est déjà ficelé, ce qui est en cours de montage et ce qui a capoté. Je commence par ça, parce que, cette année, on a été gâtés !

– Ah, zut ! Raconte-moi.

– On devait faire une sorte de prolongement du festival de BD d’Angoulême. En plus modeste, bien sûr, mais avec quelques auteurs et éditeurs de la région et puis, patatras, il a fallu tout annuler.

– En effet, ça a mal tourné, j’en ai entendu parler.

– Oui, et ce n’est pas près de se calmer. L’ancienne équipe, tu sais 9e Art +, ils ont porté plainte contre la nouvelle association qui cherche un organisateur pour 2027. Ils les accusent, je cite, de “copier servilement” le festival, alors tu comprends, à Paris, on m’a demandé de surseoir…

– Oui, c’est une histoire malheureuse.

– En effet, une guerre fratricide, sans vainqueurs. On verra pour 2028, mais c’est bien regrettable, on avait réussi à avoir Tomaz Lavric, c’est un auteur de BD très apprécié ici, et il a aussi été traduit en français. Il était invité à Angoulême en 2020, pour sa BD Alerte rouge. C’est l’histoire de deux anciens membres d’un groupe de rock punk qui se retrouvent au début des années 2000, donc vingt ans plus tard et qui se rappellent leur adolescence musicienne et rebelle dans la Yougoslavie de Tito, alors qu’ils sont devenus sages et bedonnants. Je ne suis pas un grand liseur de BD, mais je dois reconnaître que celle-ci m’a beaucoup plu. En plus d’être drôle, c’est très instructif sur l’histoire de ces trente années. Si tu veux Nov, on va passer à la bibliothèque, je te le prêterai.

– D’accord, merci.

– Tomaz a aujourd’hui une soixantaine d’années, mais il publie toujours des dessins dans la revue Mladina.

– Mladina ! Attends, ça me dit quelque chose, j’ai lu quelque chose là-dessus à Trieste. Ce n’est pas une revue politique fondée entre deux guerres par Boris Pahor ?

– Presque… C’est Kosovel qui a fondé la revue, tu sais le poète slovène du Karst.

– Ah ! Comme Stalaper… ou Slataper, Il mio Carso. Mam nous a lu des extraits.

– Bravo ! En effet. Mais il y a un décalage d’une génération. Mladina, ça signifie “la jeunesse” et à l’époque, jeunesse signifiait contestation, renouveau, engagement. C’est tout le questionnement de Tomaz.

– Ça, c’est vraiment mon problème, non seulement je ne m’engage pas, mais en plus, je ne trouve pas de cause pour m’engager.

– Sois patient Nov, je pense que ce voyage pourrait changer les choses.

– La BD te plaira alors. Le dessin est un peu daté et le ton nostalgique, mais ça donne à penser aujourd’hui où l’autorité revient et où l’on cherche désespérément des manifestations de rébellion.

– Bien présenté !

– Ah ah, je triche, pour être honnête, je répète ce que m’a dit mon assistant qui était sur le projet. Mais pourquoi se priver, il a vu juste.

– En tout cas, vous avez un chouette métier, vous devez en rencontrer des personnes intéressantes et engagées.

– C’est vrai ça. Attendez que je vous parle de mon deuxième projet annulé, un échec qui s’est transformé en franc succès. J’ai eu des soucis avec le LIFFE, le Festival International du film. Enfin pas avec eux, ils nous ont toujours accueillis avec compétence et amitié, j’adore travailler avec eux. En fait, cette année, on avait prévu un cycle Bardot, pour être un peu plus léger, parce que l’année dernière, on avait plombé l’ambiance avec des documentaires sur le viol comme arme de guerre. Donc, cycle Bardot au programme et malheureusement, elle décède, donc tous les Instituts culturels de France, de Navarre et du Mexique l’ont programmé…

– Ah ah, oui, c’est vrai, je plaide coupable, c’est l’Alliance française de Texcoco à Mexico qui l’a programmé, avec un énorme succès, d’ailleurs. Pardon !

– C’est comme ça, très heureux pour vous. Donc, on s’est rabattu sur un cycle Chabrol, c’est moins sexy, mais finalement, ça a été passionnant. On a travaillé avec l’Académie de cinéma de Ljubljana. Il y a eu notamment l’intervention d’un professeur, dans un français impeccable en passant, sur la morale, comment avait-il intitulé cela, déjà ? “Entre le bien et le mal, une frontière poreuse et instable”, c’était remarquable, il a surtout commenté Le Boucher.

– What the f. !

– Pardon ?

Le Boucher, c’est le titre du film ? Non, c’est juste une coïncidence, mais avec Dad, on parle de boucher et de boucherie sans arrêt depuis 24 heures. Je vais finir par devenir végétarien…

– Ah oui, ça arrive ces coïncidences, ou peut-être que ce ne sont pas de simples coïncidences. Vous connaissiez le film, il date de 1970, avec le couple Jean Yanne et Stéphane Audran ?

– Non, mais ça devait être rare de montrer un couple d’homosexuels à l'époque.

– Non, chéri. Stéphane Audran était une actrice. Une grande actrice française. Je me demande, d’ailleurs, pourquoi elle s’était choisi un prénom masculin comme nom d’artiste, tu as une idée ?

– Alors moi non, mais le professeur slovène faisait remarquer qu’il y avait une belle cohérence esthétique entre ce prénom masculin et ses rôles ou son jeu. Audran était un peu une anti-Bardot. Dans le film, avec beaucoup de délicatesse, elle se refuse à Popaul, qui est amoureux d’elle, et à ses élèves – elle est institutrice –, elle dit ceci, “quand les désirs s’éloignent de la sauvagerie, ils deviennent des aspirations”.

– Quelle magnifique actrice, vraiment !

– Oui, elle m’a presque fait oublier Brigitte Bardot. Elle portait souvent les cheveux courts, mais pas à la garçonne, plutôt pour échapper aux stéréotypes, elle était parfois froide, non, pas froide, mais dans la retenue et l’élégance, avec toujours un soupçon d’ambiguïté, juste assez pour servir le cinéma énigmatique de son mari de Chabrol.

– Donc la boucherie, rien à voir cette fois, avec la guerre ?

– Si bien sûr ! Jean Yanne est un ancien soldat. Il évoque sans cesse ses souvenirs de guerre qui l’ont profondément traumatisé. De retour au pays, il a repris la boucherie de son père, un homme violent et qu’il n’aimait pas. Dans le village, il est apprécié de tous, de l’institutrice notamment. Jusqu’à ce que l’on comprenne que le criminel qui poignarde sauvagement des jeunes filles, c’est lui.

– Tu me donnes envie de le revoir, tiens ! Donc, finalement, pour une fois, c’est Audran qui a éclipsé Bardot. Il y a là une certaine justice qui ne me déplait pas. Et tes autres projets ?

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27 février 2026 5 27 /02 /février /2026 03:58

L’Un : Tu ne devrais p…

L’Autre : Stop, tu connais la règle, tu ne m’empêcheras pas. 

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26 février 2026 4 26 /02 /février /2026 03:43

Allez les poètes, avouez, c’est quand même une sacrée planque, la langue !

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25 février 2026 3 25 /02 /février /2026 03:05

Supermarché, rayon lessive. Monsieur, en costume, au téléphone.

– Plutôt lavande ou grand frais ?

– …

– D’accord. Un litre ou deux litres cinq ?

– …

– Pardon ? Euh, 3 en 1 ? Non, 2 en 1. Attends, je cherche.

– …

– Hypo quoi ? Hypoallergène ? Non, y a pas !

J’en suis resté là et, malheureusement, le haut-parleur n’ayant pas été activé, je n’entendais pas les réponses. Ce pauvre homme m’avait l’air totalement dépassé par la situation et pourtant, je suis prêt à parier que pendant la semaine, avec dextérité et autorité, il passe des commandes et règle des factures de plusieurs milliers d’euros. On appelle cela le périmètre de compétence.  

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24 février 2026 2 24 /02 /février /2026 03:33

Sécheresse d’un côté, inondation de l’autre ; bavardage incessant ici, indifférence silencieuse là ; énergie débordante des uns, apathie désolante des autres. C’est bien dommage que l’on ne puisse pas additionner des choux et des carottes et diviser par deux.

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23 février 2026 1 23 /02 /février /2026 03:55

Avait-il prévu, Nietzsche, l’inversion de l’inversion des valeurs ?

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22 février 2026 7 22 /02 /février /2026 03:18

W Ce message a été supprimé

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21 février 2026 6 21 /02 /février /2026 03:25

Être bon, ce n’est pas facile, mais être meilleur, ça vraiment, je n’y arrive pas.

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20 février 2026 5 20 /02 /février /2026 03:45

– Nov, c’est l’heure. Nous devons être à l’ambassade dans trente minutes.

– Parfait, ça te laisse juste le temps de me rappeler qui était le “boucher de Boutcha”. Dans quelques jours je serai en Serbie avec Olga, il faut que je sois prêt.

– D’accord, mais il ne s’agit pas de la Yougoslavie. On reste dans l’horreur de la guerre, mais on change d’époque et de région. Il s’agissait d’un officier russe, enfin, je devrais dire, il s’agit, parce qu’il est probablement encore en activité, même si on n’a pas beaucoup de nouvelles de lui. C’est lui qui a commandé et organisé les massacres de plusieurs centaines de civils dans la petite ville ukrainienne de Boutcha, au tout début de l’invasion. Les Russes pensaient prendre la capitale en quelques jours, mais ils ont rencontré la résistance héroïque et ingénieuse des Ukrainiens. Ils ont occupé les alentours de Kiev pendant quelques semaines, puis ils ont dû renoncer et battre en retraite, dans le désordre et la précipitation. En partant, ils ont laissé à Boutcha, et ailleurs aussi, les traces de leur occupation barbare : des fosses communes, des civils exécutés, des cadavres dans les rues…

– C’est affreux ! C’est immonde ! Mais est-ce que ce n’est pas comme ça dans toutes les guerres ?

– Non. Disons qu’il n’y a jamais de guerres propres, mais comme les humains ne parviennent pas à les éviter, ils les ont encadrées par des lois, c’est le droit de la guerre.

– Drôle de formule, ça me semble cynique et sinistre.

– En un sens, oui, mais cela ne signifie pas que l’on a le droit de faire la guerre, cela veut dire que pendant qu’on la fait, il y a des règles à respecter, sinon, on commet des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité.

– Et qu’est-ce qu’il se passe quand on commet des crimes de guerre ?

– Pendant la guerre, pas grand-chose de plus que l’indignation de la communauté internationale, selon la formule, et le renvoi de diplomates. C’est ce qu’il s’est passé après Boutcha.

– Et le fameux boucher, qu’est-ce qu’il lui est arrivé ?

– Exactement comme dans ton chapitre de Moby-Dick, il a été décoré par Poutine. Parce qu’évidemment, la Russie a nié les faits et a même dénoncé une mise en scène théâtrale. Elle a accusé les Ukrainiens d’avoir utilisé des acteurs pour jouer les cadavres ! On sait aujourd’hui que les soldats russes ont tué délibérément des civils, on a retrouvé des corps avec des balles dans la nuque, les mains liées dans le dos. Ils jetaient des grenades dans les caves et posaient des mines devant les portails des maisons.

– C’est insupportable ! Et le boucher, il continue à vivre tranquillement ?

– Oui. Enfin, j’imagine qu’il se cache et qu’il est protégé. Il doit être dans le collimateur des services secrets ukrainiens, mais idéalement, et si l’on veut respecter le droit, il faudrait constituer une cour pénale internationale pour le juger avec les autres criminels de guerre russes, et Poutine éventuellement, comme il y a eu un tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie.

– Et ça va se faire ?

– C’est peu probable. La Russie n’est pas la Yougoslavie et elle a des alliés puissants et influents.

– Mouais… surtout si on doit ajouter les États-Unis.

– En effet, au moins les États-Unis de Trump.

Swann et Nov discutaient. Janek salua.

– Ah, vous sortez déjà ! Il fait encore très chaud.

– Oui nous allons faire un tour à Metelkova, mais d’abord nous devons passer à l’ambassade de France, on en a pour dix minutes à peine, n’est-ce pas ?

– Oui mais mon conseil c’est, allez par les berges de la rivière, c’est plus beau et c’est à l’ombre. Tournez à la droite car si vous allez à la gauche vous vous retrouvez sur le pont des Bouchers. Remarque, c’est à voir. C’est mon pont préféré, mais je ne sais pas dire si il est beau ou si il est monstrueux !

– Décidément, on reste dans le thème… Et pourquoi ça ?

– Il est plein de contradictions. On l’appelle aussi le pont de l’Amour car les amoureux viennent pour accrocher un cadenas et après ils jettent la clé dans la Ljubljanica. C’est pour prouver que leur fidélité est forte comme le métal, je pense, et que rien ne peut la casser. C’est beau et c’est effrayant aussi. Je n’ai pas d’amoureuse, mais je crois que je n’ai pas envie d’enfermer nous avec un cadenas.

– Oui, c’est un symbole ambivalent. À Paris, le pont des Arts accueillait aussi les cadenas de milliers d’amoureux depuis des années, mais sous le poids de cette ferraille, le pont menaçait de s’écrouler, alors il a fallu tout enlever. À la meuleuse électrique.

– Dad ! mon cœur saigne. J’espère que ça n’a pas eu d’effet sur les couples qui étaient encore unis !

– L’histoire ne le dit pas. Ils ont depuis installé des panneaux de verre sur lesquels on ne peut rien accrocher.

– Oui, oui, je connais le pont des Arts. C’est où Nakamura à traverser pour l’ouverture des Jeux olympiques avec l’orchestre des militaires. C’était tellement génial ! Vous êtes forts pour les shows, vous les Français. Et ça m’a donné envie de travailler encore plus mon français car je n’avais pas tout compris aux paroles de la chanson. Notre pont ici est une construction moderne et un artiste a posé dessus des sculptures bizarres, enfin, elles sont belles et aussi monstrueuses. Il y a une qui ressemble beaucoup au vodyanoy, vous vous rappelez, le génie de l’eau qui a emporté Urska.

– Oui bien sûr, la copine de Preseren qui devrait nous bercer cette nuit. Mais dis-moi, Janek, pourquoi s’appelle-t-il le pont des Bouchers, ne me dis pas que c’est lié aux amoureux !

– Non, non, c’est moins tragique que ça, et moins romantique aussi, c’est parce qu’il va aux boucheries du marché, de l’autre côté du pont, c’est tout !

– Bon, c’est un peu décevant, mais rassurant en même temps.

– Vous voyez, je disais ça, ce pont est plein de contradictions. Allez, vous devez partir maintenant ou vous serez en retard. Au fait, vous avez parlé de visiter Metelkova mesto, c’est mon lieu préféré, car c’est plus qu’un endroit, mon conseil c’est, allez plus tard, en début du soir, car dans l’après-midi, on ne voit rien de spécial, la plupart des bars et des théâtres sont fermés et les artistes travaillent ou font la sieste. Là-bas, c’est pas un musée avec des statues, c’est des Slovènes vivants qui habitent et travaillent et font la fête pour de vrai !

*****

L’attaché accueillit. Swann et Nov saluaient.

– Cher Swann, toujours un plaisir de te voir. Bonjour jeune homme. Vous avez fait bon voyage ? Tu m’excuseras, je ne vais pas avoir beaucoup de temps pour vous.

– Bonjour François. Nov, mon fils. Je te rassure, c’est juste une rapide visite de courtoisie, je ne reste que vingt-quatre heures.

– En tout état de cause, Ljubljana est une petite bourgade, on en a vite fait le tour. Alors, qu’est-ce que je peux faire pour vous ? Quel est votre programme ? Si tu veux quelques conseils, n’hésite surtout pas.

– Je dois rencontrer Ivo Svit qui monte une adaptation contemporaine de la traduction du Voyage autour de ma chambre, le dernier prix Nodier. Ensuite je voudrais passer voir Karl Le François à l’Institut pour connaître un peu son programme et son fonctionnement.

– Mais explique-moi, tu es en mission, tu as été mandaté par le quai d’Orsay ? Parce qu’on ne m’a rien dit.

– Non, non, ne t’inquiète pas, je fais du tourisme utile, c’est tout.

– Bon. En tout état de cause, ta spécialité, c’est l’Amérique du Sud. Tu sais, ils sont spéciaux ici. Et puis, je ne te cache pas que la situation est tendue. L’ambassadeur est à Paris et le conseiller culturel est malade. Très malade. Tu comprends ce que cela signifie ? Définitivement malade. Évidemment, absurdité de l’administration oblige, son poste n’est pas officiellement vacant, donc impossible à pourvoir. Alors, sans en avoir ni le titre ni le salaire, c’est moi, petit attaché, qui dois faire le travail. Bon, humainement, je reconnais que c’est délicat de lui demander s’il est toujours en vie. De toute façon, il ne répond pas au téléphone. Et puis, c’était vraiment la vieille école, il faudrait tout changer. Tu n’es pas d’accord ?

– Écoute, tu me prends au dépourvu, je ne connais pas la situation dans le détail.

– Je vais être franc avec toi, c’est une question de génération. Ne le prends pas mal, mais je pense que vous n’avez pas vu le monde changer, vous restez corsetés par de vieux réflexes. En tout état de cause, la diplomatie n’est plus celle que vous avez connue et pratiquée pendant des années et ça, tu le sais bien.

– Que le monde change, je te l’accorde, pour le reste, je ne sais pas à quoi tu fais précisément allusion.

– Swann, ouvre les yeux ! On n’a pas pris la mesure de l’affaiblissement de la France et surtout, on refuse d'en chercher les causes.

– Et tu les verrais où, les causes ?

– Mais dans l’Europe, bien sûr. Ou plus exactement dans la façon dont on la pense naïvement depuis cinquante ans, en philosophes et en juristes. Attention, je ne suis pas en train de te dire qu’il faut se réarmer, se réindustrialiser, brûler les livres et fermer les théâtres. Tu me connais, je suis un homme de culture et pas un marchand. Je dis simplement qu’il ne faut pas confondre moral et politique, ni littérature et civilisation. Et puis on ne peut partager que ce que l’on possède.

– Je ne suis pas sûr de te comprendre.

– Mais c’est pourtant clair. Regarde à qui l’Europe a profité depuis sa création et regarde qui a payé. Je ne suis pas trumpiste, tu me connais, mais il a raison sur beaucoup de sujets. On donne trop, on ne reçoit pas assez. On va bientôt aller au Portugal ou en Lituanie, non pas pour faire du tourisme, mais pour y trouver du travail. Je ne dis pas ça contre toi, mais les méthodes d’hier ne conviennent pas au monde d’aujourd’hui et encore moins au monde de demain. Il faut passer à une autre diplomatie, peut-être plus transactionnelle, je ne te dis pas de faire payer l’aide au développement, mais au moins la conditionner à un échange.

– Et tu as des idées en tête ?

– Bien sûr ! Je sais que ça ne va pas te plaire, mais il faut arrêter de réduire le soft power à la diplomatie culturelle. Pour être très clair je vais prendre un exemple. Prends le prix Nodier dont tu parlais, il nous coûte beaucoup et ne rapporte absolument rien. Pas sûr que ça n’apporte quoi que ce soit à la Slovénie non plus. Alors pourquoi continuer à financer ce prix de la traduction littéraire ? L’année dernière, il a été attribué à la traduction de l’immonde Vernon Subutex de la pornographe Virginie Despentes par je ne sais plus qui – ils ont tous des noms impossibles à retenir, ces Slovènes. Dis-moi qui a été gagnant dans l’histoire. La France ? les lecteurs slovènes ? la littérature ? Et cette année, c’est le ridicule opuscule qui a fortuitement été remis au goût du jour par le COVID, Voyage autour de ma chambre. Qu’est-ce que ça rapporte à la France ? à la littérature française ? à l’esprit français ? Rien. D’ailleurs, cinq ans plus tard, la traduction slovène arrive alors que le texte français est déjà retombé dans l’oubli, et personne ne s’en plaindra.

– Tu es sévère et injuste.

– Mais pas du tout, et je vais même aller plus loin, c’est la fin de la traduction avec l’IA. La traduction littéraire a peut-être un petit répit, disons cinq ans, peut-être dix, mais bientôt tu pourras demander une traduction des œuvres complètes de Shakespeare, et le travail sera fait en moins d’une heure. Et un travail de grande qualité. C’est irresponsable de ne pas se préparer à ça et continuer à traduire Xavier de Maistre !

– Tu es radical, on en est encore loin et je ne suis pas sûr qu’on s’en rapproche.

– Swann, je te provoque, parce que je t’apprécie, tu le sais. En tout état de cause, on doit se réveiller parce que le fond de ma pensée, c’est que dans cinq ans, on n’aura plus besoin de traducteur et dans dix, on n’aura même plus besoin d’auteur, ni de musicien.

– Je pense qu’il y a de la place pour tout le monde. Tu parles de musique, regarde comment la musique électronique cohabite avec toutes les autres musiques, et notamment la musique classique.

– Et voilà. Tu ne comprends pas. Je ne te parle pas d’exécution, je te parle de composition. Demain, on ne se contentera pas de jouer avec des machines, ce seront les machines qui composeront. Allez, je te l’accorde, on n’y est pas encore. Avec un peu de chance, tu ne verras pas ces mutations. Enfin, ne le prends pas mal, tu vois ce que je veux dire. Tu as quel âge, soixante-trois, soixante-quatre ?

– Non, tu me vieillis, tu vas devoir me supporter dans le réseau pendant quelques années encore.

– Ah ah, j’aime ton humour. Je t’apprécie, Swann, tu le sais bien. Bon, c’est regrettable, mais je vais devoir y aller. Tu vas donc à Metelkova, n’est-ce pas ? Chez les punks assistés… les autonomistes dépendants… la contre-culture subventionnée… j’arrête là, parce que j’ai idée que nous divergeons sur ce point aussi.

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19 février 2026 4 19 /02 /février /2026 03:18

Marcel Duprès n’est pas un antifa, n’a pas fréquenté Epstein, ne pratique pas le half-pipe, il n’écoute pas Bad Bunny, il n’est jamais allé à l’IMA et n’a pas goûté au chocolat Dubaï, il ne connaissait pas Valère Novarina, il est probable, même, qu’il n’ait pas existé. Pourtant, j’avais envie de parler de lui.

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18 février 2026 3 18 /02 /février /2026 03:29

Ce n’est pas glorieux, mais c’est comme ça, nous avons besoin de témoins pour exister.

Se montrer et être vu est vital ; voir n’est pas désagréable mais pas indispensable non plus.   

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17 février 2026 2 17 /02 /février /2026 03:02

– Quel livre a changé votre vie ?

–  Question facile. Sans hésiter, La République de Platon, en deux tomes. Ils ont changé ma vie, il y a vraiment eu un avant et un après. Ils m’ont aidé à soigner mon insomnie : un volume sous chaque pied arrière de mon lit. J’avais d’abord essayé avec les deux Robert, mais l’inclinaison était trop importante et le sang me montait à la tête.

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