Certains cachent des caméras dans les douches des filles ; c’est mal. Moi, ce n’est pas bien, mais c’est moins grave, j’aimerais enregistrer secrètement les conversations des gens dans la rue ; je vous en confie deux, entendues rue de Rennes ce matin.
Deux hommes, deux femmes, tous bons sexagénaires, probablement deux couples de provinciaux. Les deux femmes : – … c’est comme la professeure de danse de Charlotte, elle est vraiment trop sévère et je ne sais pas comment le dire à sa mère. – Je sais, moi j’ai le fils de ma nièce, il a une activité tous les soirs, évidemment je ne dis rien, tu penses bien, mais… Les deux hommes, cinq mètres derrière, devant un magasin de poussettes (promis, je n’invente rien – presque rien) : – ... dis donc, elles ont bien changé depuis notre époque, les poussettes. – T’as vu celle-là, elle a même un porte-bière sur le châssis, comme mon fauteuil de camping ! – T’es con ou quoi, c’est un porte-biberon. – Oh merde ! T’as raison. C’est vrai, c’est plus comme avant, les jeunes, y picolent plus. – C’est sûr, en plus ils bouffent que des graines, enfin, moi ce que j’en dis…
Deux trentenaires, énervées et parisiennes (j’ai dû accélérer pour rester à leur hauteur) : – … alors je lui ai dit que je n’arrivais pas à le quitter. Il m’a demandé de lui envoyer les textos. – Ceux où il te traite d’assistante mal finie ? – Oui et j’ai envoyé tous les autres. Alors il m’a dit, c’est un narcissique, il ne t’aime pas et il y a très peu de chance qu’il change. Quitte-le. – Oui ben, encore une fois, je suis d’accord avec ChatGPT. Tu as la version payante ou la…
Alors, bien sûr, ce n’est pas du Proust, pourtant, il y a quelque chose qui me touche dans ces échanges volés et j’aime l’idée de les partager avec quelques receleurs.