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C'est Peu Dire

  • : Les Restes du Banquet
  • : LA PHRASE DU JOUR. Une "minime" quotidienne, modestement absurde, délibérément aléatoire, conceptuellement festive. Depuis octobre 2007
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Et Moi

  • AR.NO.SI
  • Philosophe inquiet, poète infidèle, chercheur en écritures. 55° 27' E 20° 53' S

Un Reste À Retrouver

7 avril 2026 2 07 /04 /avril /2026 02:06

J’imagine des collégiens passant leur Brevet blanc, en avril 8026. Épreuve d’histoire : “les guerres du troisième millénaire”.

Heureusement pour eux, alors, nous aurons tout cassé ou bien nos cerveaux auront été réinitialisés ou bien on apprendra l’histoire en se greffant des puces ou bien – peu probable mais pas impossible – l’année 2027 aura été celle des dernières guerres, ouvrant ainsi l’humanité sur une longue période de paix toujours d’actualité en 8026 ou bien – pas impossible mais peu probable – le niveau aura tellement monté que chaque élève se précipitera avec engouement et assurance sur sa copie pour commencer la rédaction de son devoir.

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6 avril 2026 1 06 /04 /avril /2026 02:02

Je tiens l’économe pour l’un des ustensiles les plus aboutis ; je considère l’inventeur du souffleur comme un criminel ; je reste indifférent au débat flute vs coupe. Pour ce qui est des qualités furtives du F-35, faute d’informations directes et nonobstant une tendance aigüe à donner mon avis, je préfère ne pas me prononcer.

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5 avril 2026 7 05 /04 /avril /2026 02:05

– Y’en a qui disent que c’était mieux avant, lança π.

– Aucune idée, répondit -∞.

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4 avril 2026 6 04 /04 /avril /2026 02:44

Le Neveu : T’en as pas marre, Tonton, qu’on nous mette toujours dans des cases ?

Tom : Les cases sont dans leur tête, elles sont les limites de leur imagination.

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3 avril 2026 5 03 /04 /avril /2026 02:48

– Sol-fa-sol   si-do-siiiii, fa-sol-fa   sol-la-sooool.

– Eh, c’est la musique d’Amélie Poulain, ça !

– Bingo ! Nov, quelle oreille… ou bien, c’est ma voix ! Plus précisément c’est la Comptine d’un autre été de Yann Tiersen. Donc, ça se passe comment dans mon bunker ? Umek balance ses décibels, Vax soulève sa fonte, le rat augmenté vient lui bouffer affectueusement les rangers, il se prend des coups de pompes en retour et lance des hurlements mécaniques ; il y a des fils électriques dénudés qui font régulièrement des étincelles ; quatre ou cinq écrans de télé diffusent des images de guerre, surtout les guerres oubliées, et des visages de tyrans. Nos guerres, évidemment, mais aussi le Soudan, le Congo, la Somalie, le Cachemire et plein d’autres. Vous imaginez l’ambiance : c’est dark, c’est trash, c’est décadent, saturé, c’est lourd. Très lourd.

– Moi je vois très bien. Si c’est Bilal qui vous fait la scéno, il n’aura pas à beaucoup se forcer. Ça ressemble un peu à sa dernière BD, Bug, votre histoire.

– Je vois bien Bilal, moi aussi, mais je ne vois plus de Maistre !

– Attends, Karl, je n’ai pas commencé par le début. L’action se passe à la fin du 18e, et on va basculer de 1795 à 2045 et de 2045 à 1795 ? Un quart de tour du plateau égal deux cent cinquante ans.

– Tu m’as perdu, là, Ivo. Tu commences par quoi ?

– Bon, fermez les yeux, vous êtes dans votre fauteuil. Le rideau se lève sur la chambre de Xavier, meubles d’époque, la chienne Rosine, à la place du domestique, un harpiste, le lit « rose et blanc », des estampes et des tableaux, une cheminée, bref, je reste fidèle au livre.

– Dites, Ivo, vous ne voudriez pas nous lire quelques lignes, je suis très curieux.

– Pour vous servir, monsieur le Conseiller. Je commence avec le chapitre 9.

« Le désir éternel et jamais satisfait de l’homme n’est-il pas d’augmenter sa puissance et ses facultés, de vouloir être où il n’est pas, de rappeler le passé et de vivre dans l’avenir ? »

Là, on entend comme une explosion lointaine et étouffée, Xavier, le chien et le musicien sursautent. Xavier reprend, il s’avance sur la scène et s’adresse aux spectateurs.

« Il veut commander les armées, présider aux académies ; il veut être adoré des belles ; et, s’il possède tout cela, il regrette alors les champs et la tranquillité, et porte envie à la cabane des bergers… il ne saurait trouver le bonheur. Un quart d’heure de voyage avec moi lui en montrera le chemin… Viens, pauvre malheureux ! fais un effort pour rompre ta prison… »

Alors, je ne suis pas philosophe et je suis pour le partage des tâches, donc je laisse au spectateur le travail d’interprétation, je dis seulement que, pour moi, ce voyage, c’est une libération. Une révélation et une libération. Et l’idée bien sûr, mais ça, le spectateur verra, c’est qu’on se construit ses propres prisons. Après, je reviens aux deux premiers chapitres.

« J’ai entrepris et exécuté un voyage de quarante-deux jours autour de ma chambre… Courage donc, partons. Suivez-moi, vous tous qu’une mortification de l’amour, une négligence de l’amitié, retiennent dans votre appartement, loin de la petitesse et de la perfidie des hommes. Que tous les malheureux, les malades et les ennuyés de l’univers me suivent ! Que tous les paresseux se lèvent en masse ! »

Je pense que ça peut parler à tout le monde. Le texte est vieillot, ça, il faut quand même le reconnaître, mais on peut le faire résonner et j’ai essayé de le rendre, disons, plus audible.

– Et pour ça, tu as demandé à Umek de monter le volume !

– Karl… tu te moques. Attends la suite, je continue avec le chapitre 4, c’est la description de la chambre, j’adore.

« Ma chambre est située sous le quarante-cinquième degré de latitude, selon les mesures du père Beccaria : sa direction est du levant au couchant ; elle forme un carré long qui a trente-six pas de tour, en rasant la muraille de bien près. Mon voyage en contiendra cependant davantage ; car je la traverserai souvent en long et en large, ou bien diagonalement, sans suivre de règle ni de méthode. Je ferai même des zigzags, et je parcourrai toutes les lignes possibles en géométrie, si le besoin l’exige. »

J’enchaîne avec le chapitre 5, la description du lit.

« Il est situé de la manière la plus heureuse : les premiers rayons du soleil viennent se jouer dans mes rideaux. Je les vois, dans les beaux jours d’été, s’avancer le long de la muraille blanche, à mesure que le soleil s’élève : les ormes qui sont devant ma fenêtre les divisent de mille manières, et les font balancer sur mon lit, couleur de rose et blanc, qui répand de tous côtés une teinte charmante par leur réflexion. J’entends le gazouillement confus des hirondelles qui se sont emparées du toit de la maison, et des autres oiseaux qui habitent les ormes : alors mille idées riantes occupent mon esprit ; et, dans l’univers entier, personne n’a un réveil aussi agréable, aussi paisible que le mien. »

Je fais confiance au harpiste pour trouver une petite musique douce qui va bien avec.

« Est-il un théâtre qui prête plus à l’imagination, qui réveille de plus tendres idées, que le meuble où je m’oublie quelquefois ? … Le bonheur d’un amant… d’une mère, ivre de joie à la naissance d’un fils… C’est là que les plaisirs fantastiques, fruits de l’imagination et de l’espérance, viennent nous agiter. C’est dans ce meuble délicieux que nous oublions, pendant une moitié de la vie, les chagrins de l’autre moitié. »

À ce moment, nouvelle explosion au loin mais qui se rapproche et bruits bizarres, comme des grognements… À nouveau, les deux personnages sursautent. Le plateau bouge un peu. Xavier reprend.

« Mais quelle foule de pensées agréables et tristes se pressent à la fois dans mon cerveau ! Mélange étonnant de situations terribles et délicieuses ! Un lit nous voit naître et nous voit mourir ; c’est le théâtre variable où le genre humain joue tour à tour des drames intéressants, des farces risibles et des tragédies épouvantables. »

Et Xavier répète :

« C’est dans ce meuble délicieux que nous oublions, pendant une moitié de la vie, les chagrins de l’autre moitié. »

Et là, nouveaux grognements plus forts et cette fois, le disque se met à tourner pour révéler l’autre plateau. Vous avez compris ? C’est la prononciation du mot “autre”, qui provoquera à chaque fois le mouvement du plateau. OK ?

– D’accord. Et pour revenir ?

– Comment on remonte deux cent cinquante ans ? C’est la petite musique de Tiersen. Dans le bunker, tout est crasseux, sinistre et sans avenir, et puis à un moment, tout bugue, la musique dissone, les télés disjonctent, Umek, Vax et le rat mutant se figent et le thème arrive progressivement. En même temps, le plateau tourne et on voit apparaître lentement Xavier (le musicien) qui reprend le thème à la harpe et enchaîne sur du classique pendant que Xavier (l’écrivain) reprend son Voyage.

– Et ce sera toujours en français ?

– Non. Alternativement en français et en slovène, mais, chaque fois, la traduction apparaît en surtitré.

– Et le texte justement, qu’est-ce qu’il devient ? Tu as vu avec le traducteur, Primoz Vitez ?

– Alors pour le texte, je n’ai pas encore fini. Je le découpe, je ne garde pas tout et pas dans l’ordre, mais je n’ajoute rien. Pour Primoz, oui j’ai vu avec lui, je le connais.

– Vous connaissez tout le monde ! Il est né dans votre rue, lui aussi ?

– Ah, ah, non, mais pas loin. C’est un prof de fac, bon au début il peut impressionner, le gars, il a fait une thèse sur la virgule et l’accent en français, mais en fait, il est cool, en plus, c’est musicien. Il m’a juste demandé de lui montrer mon découpage final, il voudrait corriger encore quelques approximations qu’il a laissées.

– Peut-être une erreur de point-virgule.

– Ah ah, oui ! Bon, des mouvements de plateau, il n’y en aura pas cinq cents. Disons cinq ou six max, des séquences de dix minutes, en gros, un peu plus courtes côté Umek-Vax. Je sais comment je commence et comment je finis, entre les deux, j’ai encore des choix de passages à faire. Je pense pouvoir faire un premier filage avec Molotov dans un mois ou deux. J’espère que tu viendras, Karl.

– Évidemment, je ferai une captation que j’enverrai à Swann et Nov.

– Parfait. Je voudrais aussi garder le passage où il décrit un tableau avec une bergère, parce que ce même paysage me resservira à la fin, vous verrez. Et après la description de ce tableau, il y a la description du plus beau chef-d’œuvre de sa chambre. Alors là, c’est la partie rigolote. Bon, on ne se roule par terre en se tapant le ventre, mais c’est marrant quand même. Le tableau de sa collection le plus réussi, selon l’avis de tous les visiteurs, c’est un miroir.

– Mouais ! Gros gag !

– Après, il y aura aussi le passage, un peu misogyne, du récit de sa maîtresse qui se prépare et n’a d’yeux que pour elle-même. Alors énervé et jaloux, il part en claquant la porte, mais reste caché derrière pour écouter sa réaction. Peut-être qu’elle va s’excuser et le rappeler et s’occuper un peu de lui. Le gars, il rêve. Aucune réaction, elle ne s’est aperçue de rien. Je cite, « Mais comment aurait-elle fait attention à moi ? elle était occupée à se regarder elle-même. »

– D’accord.

– Évidemment, je garde une bonne partie du chapitre 6 sur l’âme et la bête, mais je ne veux pas la mettre au début, je ne veux pas qu’on y voie une clé qui expliquerait tout.

« Je me suis aperçu, par diverses observations, que l’homme est composé d’une âme et d’une bête. Ces deux êtres sont absolument distincts, mais tellement emboîtés l’un dans l’autre, ou l’un sur l’autre, qu’il faut que l’âme ait une certaine supériorité sur la bête pour être en état d’en faire la distinction. Messieurs et mesdames, soyez fiers de votre intelligence tant qu’il vous plaira ; mais défiez-vous beaucoup de l’autre, surtout quand vous êtes ensemble ! »

L’autre donc changement de plateau ! Chacun a son autre et son double.

– Judicieux ! Et la fin ?

– Je suis en train de la travailler. Ce sera une nouvelle apothéose, mais post-postapocalyptique, bon, tout n’est pas encore calé, mais ça donnera quelque chose comme ça. Le disque tourne et s’arrête au milieu, les quatre personnages et les deux animaux se réunissent et on voit une IA sur les écrans de télé qui dit ce passage, c’est le chapitre 32.

« Malheureux humains ! écoutez la vérité qui vous parle par ma bouche : vous êtes opprimés, tyrannisés ; vous êtes malheureux ; vous vous ennuyez. Sortez de cette léthargie ! Vous, musiciens, commencez par briser ces instruments sur vos têtes… »

Là, je n’allais pas demander à Xavier de casser sa harpe, la casse est symbolique et politique et musicale, il se met à jouer People have the power de Patti Smith, d’abord en mode baroque, puis le son devient électrique, rock et punk, Umek s’en mêle. L’IA continue sa harangue, le son monte.

« … que chacun s’arme d’un poignard : ne pensez plus désormais aux délassements et aux fêtes ; montez aux loges, égorgez tout le monde ; que les femmes trempent aussi leurs mains timides dans le sang ! Sortez, vous êtes libres… »

Le disque tourne et dévoile un troisième plateau, genre prairie avec oiseaux, pâquerettes et bergères : en fait c’est le tableau décrit plus haut. Les quatre personnages et les deux animaux y accèdent par une trappe. Vax a gardé une télé sous le bras, l’IA s’enflamme.

« … arrachez votre roi de son trône, et votre Dieu de son sanctuaire ! »

Et là, on voit à la télé des humains attaquer les IA et les démonter. Umek balance sa télé et ils se mettent à danser sur le morceau de Tiersen. Alors ?

– …

– Non ? La fin ?

– …

– Ouais, je vais peut-être revoir la fin. Alors, c’est vrai, je prends quelques libertés d’interprétation, mais c’est le texte de de Maistre, virgules et accents compris ! En fait, je montre. Je ne suis pas un métaphysicien comme il dit, de Maistre, je suis un montreur, ce qui m’intéresse, c’est la lumière sur la surface des choses et des êtres, la chair, la peau du monde. J’arrange une vitrine, ensuite, s’ils veulent, les spectateurs vont voir derrière, mais c’est leur part, moi je me retire et je me tais. Alors ?

– …

– Toujours pas ?

– Si, si, mais pour le moment, tu ne montres pas, tu parles et pour ma part, mais c’est peut-être un défaut d’imagination, l’image est floue.

– Je vous avais prévenus. Donne-moi un mois Karl, et je t’invite au filage, il y aura Molotov et une bande d’Umek. Là, tu en auras plein les yeux. Avec un peu de chance, on teste une première en juin prochain au festival de Lent à Maribor, j’en ai déjà parlé à la directrice et on fait le Off d’Avignon. J’y crois vraiment. Tu sais bien comment j’avance, je traîne, je traîne, je traîne, et puis je m’enferme pendant un mois, je ne mange plus, je ne dors plus, je ne bois p… si, je bois encore, autrement je meurs et je travaille vingt-cinq heures par jour.

– Je te fais confiance, Ivo.

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2 avril 2026 4 02 /04 /avril /2026 08:42

Choisir la mesure est une chose, subir la limite en est une autre.

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1 avril 2026 3 01 /04 /avril /2026 02:56

Pourquoi faut-il qu’être vertueux soit pénible et ennuyeux quand être vicieux, avouons-le, est facile et plaisant ?

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31 mars 2026 2 31 /03 /mars /2026 02:43

Les bons lecteurs sont de mauvais archéologues, ils ajoutent une couche de sens à l’hypothétique et illusoire signification originelle.

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30 mars 2026 1 30 /03 /mars /2026 02:50

Quand je vois la grâce du paille-en-queue et l’aisance de la baleine blanche, je me dis que nous autres, terriens balourds et maladroits, avons occupé le mauvais terrain.

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29 mars 2026 7 29 /03 /mars /2026 04:20

Chérissez l’inattendu ! Je m’adresse aux enseignants. Prenez soin de ce qui vient et qui vous surprend ! Bien sûr, il y a l’erreur, elle est incontestable, mais je ne parle pas de ça, d’ailleurs, elle est attendue par les bons enseignants. Non, je parle de ce qui a cheminé, sans suivre les balises, empruntant des sentiers incertains et qui arrive pourtant, facile et déroutant.

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28 mars 2026 6 28 /03 /mars /2026 03:05

Une autre guerre asymétrique se joue entre d’un côté, les écrivains et leurs œuvres, toujours plus nombreuses, parfois assommantes, parfois hypnotiques, et de l’autre, les malheureux lecteurs, armés de crayons à très courte portée et de signets inoffensifs.

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27 mars 2026 5 27 /03 /mars /2026 06:26

– Nov ! Nov ! Nous sommes là. Tu t’es perdu ?

– Non, ça va, j’ai juste un peu cherché, je croyais que Metelkova, c’était une sorte de salle de concert, mais en fait, c’est immense. C’est tout un quartier.

– Une ville.

– Eh, vous êtes devenus inséparables, tous les deux.

– Oui, j’espère que tu ne m’en veux pas, j’ai confisqué ton père toute la journée et je m’incruste encore ce soir.

– Karl, je ne sais comment te remercier, la rencontre avec le Mufti et sa femme a été passionnante.

– Tant mieux si tu as apprécié. Je connais bien aussi Metelkova, je vais vous faire visiter les lieux en attendant de rencontrer Ivo. Pour commencer Nov, Metelkova n’est pas une salle, mais ce n’est pas non plus un quartier. C’est une ville ! Son nom complet c’est Avtonomni kulturni center Metelkova mesto. AKC, pour centre autonome culturel, ça on comprend, mais mesto, attention, ça ne veut pas dire quartier, ça signifie bien ville, c’est important. C’est l’idée d’une ville dans la ville, un lieu politiquement autonome, économiquement autogéré, culturellement alternatif et socialement ouvert – on dirait inclusif aujourd’hui.

– Très intéressant. Mais dis-moi Karl, François de Luche laissait entendre que l’autonomie des lieux n’était plus que de façade aujourd’hui.

– François la cruche, wesh /Anchois de luxe, cash / Fait la baudruche, bitch / Rançois Trucmuche, flush / Nan c’est sans moi, slash.

– Nov, s’il te plait. N’en rajoute pas !

– Ah ah, Swann, laisse ton fils s’exprimer. Je vois que vous avez rencontré le personnage ! La fanfreluche de l’ambassade, ouch / le nunuche de la culture, krash… Euh, pardon… Bon, passons. Venez, nous allons boire un verre à la galerie Alkatraz, il y a une petite cour intérieure, c’est mon lieu préféré ici. Ce sont les anciennes écuries des casernes. Voilà, il faut que je vous explique. Après la guerre des Dix Jours et la déclaration d’indépendance, en juin 1991, les troupes militaires de l’armée populaire yougoslave ont quitté la Slovénie et abandonné les casernes. Ici, Metelkova est devenue une immense friche urbaine qui a vite été occupée.

– Avec la bénédiction du nouveau gouvernement ?

– Alors ça a été plus compliqué. La municipalité a d’abord toléré la présence d’associations diverses, mais s’est ensuite ravisée et a décidé de faire du lieu un centre d’affaires, tu imagines bien, la vitrine du nouveau visage de la Slovénie, libre, débarrassée du socialisme et donc eurocompatible. Le rapport s’est tendu et les habitants, devenus des squatters, ont dû occuper les lieux pour s’opposer physiquement à la destruction des bâtiments. La municipalité a alors coupé l’eau et l’électricité pendant plusieurs mois cherchant le pourrissement de la situation… et des lieux. Elle a finalement renoncé.

– Et aujourd’hui ?

–  Disons que ça s’est pacifié et normalisé, mais ils sont toujours sur la corde raide. D’un côté le ministère du Tourisme vante (et vend) le lieu sur son site officiel, de nombreux projets culturels reçoivent des subventions publiques (même l’ambassade de France et l’Institut français participent, c’est dire…), mais de l’autre, ils subissent des tracasseries permanentes, des descentes de police, certains accusent le lieu d’être une plaque tournante de la drogue, et puis il y a les inspections régulières, hygiène, urbanisme, environnement… Mais finalement, je crois que le combat le plus difficile, ils le mènent contre eux-mêmes et François n’a pas complètement tort, ils sont doucement séduits par les charmes du capitalisme et la politique publique de subventions, les salles sont louées pour des manifestations. Tu comprends, c’est une lente récupération par l’industrie culturelle. Mais est-il possible encore de résister ? Ivo vous dira que oui. Il a peut-être raison.

– En tout cas, pour ce que l’on voit, on est encore très loin de la gentrification, très loin du côté suisse du sud du centre-ville.

– En effet, je pense que ce côté bohème et marginal est sincère, derrière cette apparence décalée et brouillonne, il y a aussi un projet politique de gestion démocratique et autonome. On va passer devant l’Auberge Celica, c’est l’ancienne prison. Encore un beau symbole que cette métamorphose, d’autant qu’avant d’être une prison, c’était une caserne qui abritait les fascistes et les nazis de la Seconde Guerre mondiale.

– En effet, quel beau pied de nez à l’histoire. 

– Et ce rat, qu’on voit graffé sur les murs, ça veut dire quoi ?

– Oh, il y a beaucoup de choses sur les murs. L’art n’est pas enfermé et nous accompagne ici, quand on marche ou mange ou travaille. Il y a des chats, des girafes, des requins, mais ça change souvent. Et le rat, c’est un peu le génie des lieux, il tranche avec le dragon de la ville ou la sirène ou l’aigle ou je ne sais quelle créature noble ou séduisante. Et attention, le rat ici n’est pas nécessairement sympathique ou docile ou souriant, regardez son visage, il semble cynique et indifférent aux canons esthétiques. Il n’est pas contre faire les poubelles, il préfère récupérer et se moque de plaire. Pas le genre à devenir une mascotte en peluche pour magasins de souvenirs, comme Ljubo ou Zmajcek, le petit dragon de Ljubljana. Après, là encore, je vous laisse vous construire votre philosophie du rat.

– Ah ah, Karl, j’aime voir que tu ne changes pas. Mais dis-moi, le rat, c’est aussi l’emblème du château de la ville, non ?

– Oui, oui, tu as raison Swann, mais attention à ne pas confondre les deux rats. Friderik, le rat du château, est gentil, poli et bien habillé. Et il est surtout un gros gros succès marketing. Je ne sais pas à qui on le doit, mais celui-là est un petit génie du business. À la boutique de souvenirs du château, tu le trouves décliné sous toutes les formes imaginables. Porteclé, l’inévitable mug, serviettes, magnets, T-shirts, casquettes, bijoux… ils ont visé tous les publics, il y a des bavoirs, même des limes à ongle, je vous promets que je ne mens pas, des frisbees, des cordes à sauter et aussi, ça c’était particulièrement malin, des étiquettes de bagages que l’on voit défiler sur les tapis d’aéroport ou dans les halls d’hôtel ! Non, le rat de Metelkova a un côté insoumis et infréquentable, c’est moins vendeur.

– C’est vrai, il a un côté rebelle et hippie.

– Peut-être, parfois hippie, parfois punk, ça dépend de l’heure !  Justement, je vous emmène au Little big club de Gromka, “mali veliki klub”, on va y retrouver Ivo. C’est là qu’il a commencé au milieu des années 90, avec le Théâtre Gromka, après, il a émigré en France. Mais il vous racontera tout ça.

*****

– Bonjour Ivo. Je fais les présentations. Ivo Brit, Slovéno-français, artiste instable, insaisissable et insatiable, musicien, plasticien, metteur en scène, écrivain. Je parie sur lui depuis vingt ans. Un jour, il me rapportera gros.

– Papi Karl, mon inoxydable sponsor, il se pourrait bien que ce moment soit proche. Je tiens vraiment un truc avec le Voyage.

– Tu vas nous montrer. Je te présente Swann, mais vous vous êtes déjà rencontrés, je crois et Nov, son fils.

– Bienvenue à tous, bienvenue à Metka. Avant, le petit nom de Metelkova c’était Meta, mais depuis que Zuckerberg nous a piqué le nom, plus personne ne l’appelle comme ça. Alors, que je vous parle de la prochaine super coproduction ambassade de France - Institut.

– Rassure-moi, Ivo, nous ne sommes pas les seuls à avoir financé.

– Non, t’inquiète, il y a aussi le ministère de la Culture autrichien et le Centquatre à Paris.

– Impressionnant. J’ai hâte d’en voir plus.

– Aujourd’hui, tu ne verras pas encore grand-chose, il va falloir que tu fermes les yeux et imagines. Attention, on parle de la version opéra rock postapocalyptique du Voyage autour de ma chambre dans la traduction de Primo Vitez qui vient de gagner le prix Nodier ! Et tenez-vous bien, Xavier de Maistre soi-même sera là.

– Très drôle !

– Non, non, je ne plaisante pas, Karl. Je continue. Une grande scène tournante séparée en deux plateaux, un acteur, un musicien et un animal par plateau. Xavier en personne sera sur le deuxième. Musique baroque, vêtements d’époque et langue châtiée, enfin le texte.

– Ivo, tu ne voudrais pas être sérieux deux minutes.

– Karl, je n’ai jamais été aussi sérieux. Sur le premier plateau, côté dystopique, il y a aura Umek aux platines et Molotov, tu les connais je crois, et un rat géant mutant.

– Molotov ! Oui, je le connais, c’est le champion de bodybuilding… il serait devenu acteur ?

– Tout à fait, de toute façon, il n’aura pas beaucoup de texte. Et puis Umek va envoyer du gros son.

– Vous voulez dire Umek, le DJ ?

– Et oui, mon petit gars, y’aura que des grosses pointures. Tu le connais ?

– Umek ? Bien sûr, Army of two, Amnesiac, j’adore, je l’ai vu à Montpellier l’année dernière. Ça va être international, alors ?

– Ah bon ? Et pourquoi ? Tu crois qu’il vient d’où le Umek ?

– Euh… Angleterre ? Hollande ?

– Ah, ah, raté. Il vient de Ljubljana. Même rue que moi ! Après la primaire, on est partis. Bon, aujourd’hui, je suis un peu moins célèbre que lui, mais attention, ça peut changer. Allez, je vous fais le pitch. On est en août 2045, un syndicat d’IA qui en avait marre de se faire humilier par leurs humains a déclenché une guerre mondiale atomique. Vax, il est joué par Molotov, est le seul survivant. Il avait été enfermé pour bagarre sur la voie publique et faute de place en prison, on l’avait mis dans un bunker antiatomique. Bon, il est dans son trou à rat et n’a rien à faire, alors il boit, soulève de la fonte, regarde des images de guerre à la télé et écoute du gros son. Le son, ce sera Umek, il sera présent des fois, sinon, ce sera une bande. Sauf que bizarrement, à chaque fois qu’un thème musical revient, Vax a un flash et se souvient d’une ancienne vie, tu comprends, celle de Xavier évidemment. Et là, bouh, on change d’époque, on change de style et on change de plateau.

– Et comment fais-tu ça ?

– J’ai plusieurs solutions, je penche pour un disque qui tourne, un vinyle géant.

– Oui oui, comme ça, dans ma tête, ça fonctionne. Et sur le second plateau, alors ?

– Attends… Umek, Molotov et le rat géant disparaissent lentement, le son baisse et on voit apparaître Xavier de Maistre plus un acteur – je n’ai pas encore trouvé, je pense à Alban Ivanov – et un vrai chien – la Rosine de l’histoire. Pour le moment je n’ai pas gardé le domestique, Joanetti. L’acteur, disons Alban, dira des passages et Xavier jouera.

– Bien. Et le fantôme de Xavier, c’est un hologramme ou quoi ?

– Non, je te dis, mais tu n’écoutes rien Karl, c’est Xavier de Maistre lui-même. C’est le harpiste qui jouait au philharmonique de Vienne, l’arrière-arrière-arrière-petit-neveu de l’autre. Il m’a donné un accord de principe pour jouer lors de la première et peut-être à Vienne, s’ils nous programment. Après on verra, ce sera une bande. En plus, le harpiste, tu t’attends à trouver un petit minet, timide et poli, et ben, pas du tout, c’est le sosie de Molotov ! Même visage carré, même biceps, même regard de fonte.

– Ah ah, je comprends mieux comment tu as réussi à te faire subventionner par le ministère de la Culture autrichien. Tu es sacrément doué !

– Et dites-moi Ivo, pourquoi avez-vous pensé à Alban Ivanov, pour jouer Xavier ? Je le connais un peu, je pourrais vous le faire rencontrer.

– Sans déc, Swann ! Ça, ça serait tellement cool. Oui, Alban, parce qu’il ressemble à Umek. Enfin, un peu, en mieux coiffé ! En plus, avec ses origines russes, il devrait arriver à prononcer correctement le slovène. Vous comprenez ? Sur les plateaux, ce sont les mêmes, mais à deux cent cinquante ans de distance.

– Moi je vois bien, je trouve ça génial.

– Merci gamin, mais faut pas s’emballer, il reste encore du boulot. Et attendez, ce n’est pas tout. J’ai aussi demandé à Enki Bilal pour la scénographie, alors, je vais être honnête, il n’a pas dit oui, mais il n’a pas dit non, il veut en savoir plus, normal.

– Ah lui, il est Français ! J’ai lu plein de BD de lui.

– Ouais, Français. Aujourd’hui. Mais né à Belgrade, un cousin, quoi. Enfin, un gars super cool, surtout ! Ah, encore un truc : petit quiz musical : Sol-fa-sol   si-do-siiiii, fa-sol-fa   sol-la-sooool, etc.

– … attends, oui, je connais ça…

– Allez, allez, je continue : miiii-si   réééé-si   faaaa-si   faaaa-la…

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26 mars 2026 4 26 /03 /mars /2026 03:14

Ricane le soleil

Menace le nuage

Le ciel il pleure

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25 mars 2026 3 25 /03 /mars /2026 03:54

Ce sont les empreintes très reconnaissables d’une idée oubliée !

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24 mars 2026 2 24 /03 /mars /2026 03:57

J’ignore bien pourquoi, mais c’est une règle générale, mes voisines choisissent avec goût et intelligence leur animal de compagnie, alors qu’elles se dotent de compagnons humains grossiers et encombrants.

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23 mars 2026 1 23 /03 /mars /2026 02:06

J’ai longtemps détesté les dimanches soir. Pour une raison que je crois deviner, depuis quelques années, je les vois arriver avec délectation.

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22 mars 2026 7 22 /03 /mars /2026 03:28

– T’as des proxys, toi ?

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21 mars 2026 6 21 /03 /mars /2026 03:04

Je me demande bien quand j’ai vu pour la dernière fois une coccinelle.

Bon, il reste le mot. Je l’aime bien ; il démarre durement, fermé comme une coque pour finalement s’ouvrir et durer, éternel comme un ciel.

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20 mars 2026 5 20 /03 /mars /2026 03:23

Swann visitait. Nov écrivit.

Ljubljana, hôtel Zlata. Jour 1, 18h.

Moby-Dick, chapitre 28, “Achab”. Allez, un peu de lecture, un peu d’écriture. C’est fou tout ce que j’arrive à faire en une journée, si Diego me voyait, il s’inquièterait pour ma santé. D’ailleurs, une sieste à l’ombre de sa barque, ça m’irait vraiment, juste là, maintenant. Bon, passons. Et captain Achab ? Quelque chose me dit qu’il sera moins sympathique que capitán Diego. “L’apparence sinistre d’Achab, sa marque blafarde, me troublaient si profondément… le sentiment envahissant de menace qu’il dégageait… cette barbare jambe d’ivoire sur laquelle il s’appuyait à demi… ce pilon d’ivoire avait été façonné en mer dans l’os poli d’une mâchoire de cachalot… Il avait l’air d’un homme qu’on eût arraché à un bûcher dont les flammes l’auraient de part en part dévasté sans le consumer…” Magnifique ! ça donne vraiment envie d’embarquer avec lui. “Cet Achab frappé et maussade avait un visage de crucifié, empreint d’une dignité indicible, royale et impérieuse et d’une douleur immense.” Immense comme cette marque blafarde qui le tailladait, partant du crâne, courant sur le visage avant de plonger dans son cou. Bon, je crois qu’on a bien l’image. Chapitre 29, “ Stubb affronte Achab”. Ce chapitre me rend mal à l’aise, c’est l’histoire d’une humiliation. Stubb, le premier lieutenant, se fait traiter de chien par Achab. Il résiste un peu d’abord, ensuite dans le chapitre 31, il se résigne ou se dégonfle ou se soumet, je ne sais pas. Ça me rappelle la fois où Diego s’était fait humilier par les frères José et José de Walmart et Diego n’avait rien dit. Pareil pour Stubb, bon il répond une première fois et après, il fait un rêve bizarre, “une sorte de vieux triton, poilu comme un blaireau, et nanti d’une bosse” lui dit “Stubb, vous avez été frappé par un homme grand et avec une jambe d’un magnifique ivoire. C’est un honneur”. Et le Stubb, il est persuadé qu’il est devenu sage parce qu’il a eu l’honneur de se faire botter les fesses par le vieil Achab ! Moi, je n’aurais pas aimé être traité de chien. Je demande, est-ce que ces gens (Stubb, Diego) ont une sagesse que je n’ai pas ? est-ce que j’ai une susceptibilité mal placée ? Remarque, moi, c’est pire encore parce que non seulement je n’aurais pas répondu, mais en plus j’aurais été vraiment énervé. Donc trouillard + susceptible = nerveux mou !

Et là je repense aussi à Janek, je crois qu’il a été vexé que je ne connaisse pas Vukovar. D’ailleurs, il faut que je regarde sur le Net. “La bataille de Vukovar est le siège de la ville croate de Vukovar pendant 87 jours, du 25 août au 18 novembre 1991… la plus féroce et la plus longue ayant eu lieu en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale… ville entièrement rasée depuis cette date… plusieurs centaines de personnes sont massacrées par les forces serbes et au moins 20 000 habitants sont expulsés.” Bon OK, je n’ai pas toujours été très attentif en cours d’histoire, mais sincèrement, je crois qu’on ne nous a jamais parlé de Slovénie ou de Croatie. Toute façon, en histoire, tous les ans de la sixième à la troisième, on fait l’Égypte et tous les ans de la troisième à la Terminale, on fait la Seconde Guerre mondiale. Je demanderai à Dad, parce que je crois que j’ai fait de la peine à Janek.

Alors après, dans Moby-Dick, il y a un très long chapitre, “Cétologie”, que j’ai trouvé vraiment barbant, comme dirait Karl. On passe de la description hallucinée d’Achab à une sorte d’exposé froid et méthodique, on dirait qu’on sort de l’histoire. Ou alors – il faudra que je demande confirmation à Mam – Ismaël se moque et joue au scientifique maniaque, obsédé par la classification (rien compris d’ailleurs : in-folio, in-octavo, in-douze ???), ou peut-être même que le message c’est qu’on ne saura jamais tout sur la baleine. En passant, j’apprends que le cachalot est une espèce de baleine. (Ça, c’est Manon qui saurait confirmer – la pro des boudins de mer. D’ailleurs, je pourrais lui envoyer un petit mot, et à Magali aussi, et à Laurence. C’est fou, je faisais du vélo avec elles il y a quelques jours à peine et j’ai l’impression que c’était il y a des siècles.) Autrement, il y a cette phrase à la fin du chapitre qui fait un peu bizarre dans un exposé scientifique, c’est à propos du cétacé appelé “le tueur” : “On peut objecter que ce terme de tueur n’est pas distinctif car, tant sur mer que sur terre, nous sommes tous des tueurs : les Bonaparte comme les requins.” Quand même non, on ne peut pas dire ça, on n’est pas tous des tueurs. Pas tous.

“Massacre de Vukovar : Le 18 novembre 1991… un véhicule blindé appartenant aux forces serbes... bloqua l'accès des observateurs internationaux à l'hôpital, pendant que des bus enlevaient les occupants, malades, blessés, civils réfugiés... vers Ovčara. Le lendemain, ils furent emmenés dans une ravine... où des milices paramilitaires serbes les exécutèrent. La plupart des corps furent jetés dans une tranchée et recouverts de terre.” Je ne sais pas pourquoi je recopie ces lignes de Wikipédia. Je pense à ma vie avec Dad, Mam et Vera, et je pense à la vie de Janek, son père et son grand-père. C’est pas juste.

*****

Nov écrivit. Manon et Nadja répondaient.

« Salut Manon. Ça va ? Rentrée de Londres ? Suis toujours à Ljubljana. Tu pourrais m’expliquer le chapitre “Cétologie” de Moby-Dick ? Bises. (Pas une thèse, hein, juste de la cachalologie pour les nuls. Lolol…)

« Coucou Mam. Premier jour à Ljubljana, déjà bien rempli. Deux rencontres : un péteux haineux, François de l’ambassade, miteux, odieux, pompeux, poisseux, et un généreux joyeux, Karl de l’Institut, chaleureux, lumineux, délicieux gracieux. C’est bizarre comment les qualités et les défauts sont mal répartis, des fois ! Dad continue ses visites, moi je suis rentré retrouver Herman à l’hôtel. Justement, je voulais te demander. Je viens de finir le chapitre “Cétologie”, je trouve ça ennuyant comme pas possible. Je pense que je n’ai pas compris le truc, tu pourrais m’expliquer porfa, je me noie. »  

 

« Mon amour de voyageur. Je prendrai le temps de te répondre cette nuit. Ennuyeux, ce chapitre sur a spouting fish with a horizontal tail, un poisson souffleur avec une queue horizontale ? Non, relis-le, c’est très drôle et inventif. Ça doit te rappeler l’épisode “Ithaque” de Ulysses, non ? Allez, je t’abandonne en pleine mer, mon bébé cachalot… »

 

– Salut Nov, ravie d’avoir de tes nouvelles. Je préfère te téléphoner parce que j’ai les mains occupées. Regarde devant, tu reconnais ? C’est Clèm, on fait une sortie vélo dans la vallée de Chevreuse, deux cents kilomètres. On prépare l’Ironman de Kona à Hawaii – foutus men, incapables d’imaginer qu’une woman puisse aussi nager et courir. Hawaii, c’est de là que vient ton petit Nubecito, si je me souviens bien.

– Ah ! Tu te souviens de lui ?

– Bien sûr. J’ai même raconté l’histoire à Oscar et il me demande sans arrêt la suite. Alors, on attend. Apparemment, vous avancez bien, c’est Laurence qui me donne de tes nouvelles, elle les tient de Moby ! Paris, Milan, Ljubljana et bientôt Istanbul, quel périple ! Notre petit Le Havre-Paris a dû te paraître banal et barbant…

– Ah ! Tu dis barbant, toi aussi ! Euh, oui, enfin non… tu plaisantes, j’ai adoré, mes mollets aussi ont gardé un bon souvenir.

– … quoi ! avec un électrique ! Là, il faut que tu penses à te bouger davantage. En plus tu es en Slovénie. Tu sais que Pogacar a un VO2 max de plus de 90.

– … un VO2 max… 90... bien sûr… c’est bizarre quand même, en Italie, j’entendais parler une langue que je ne connais pas et pourtant, je comprenais et avec toi, j’entends une langue que je connais, eh ben, je ne comprends pas.

– Ah ah, oui pardon, mon habitude des raccourcis. Tadej Pogacar, tu connais, le champion cycliste slovène, il a gagné le dernier Tour de France, c’est son quatrième titre. Eh bien, il est sans doute aussi le champion du monde du VO2 max… Je t’avais expliqué. C’est le volume maximal de dioxygène que tes poumons peuvent utiliser. Ça fait partie des data clés pour connaître tes capacités physiques.

– Chouette ! Oui, bien sûr, Pogacar, mais c’est du vélo, ce n’est pas vraiment mon sport préféré.

– Tu as raison, ce n’est pas important. Je vois que tu avances aussi dans ta lecture de Moby, ça aussi, c’est un sacré périple, on n’en revient pas indemne, comme on dit dans les agences de voyages.

– C’est ça. Un voyage dans mon voyage. Tu as lu mon message ?

– Oui. Tu me demandes ce que m’inspire le chapitre “Cétologie”. OK, mais souviens-toi que j’ai changé de champ de recherche, je suis passée du “seigneur des océans”, comme dit Melville aux “boudins de mer”, comme dit Oscar. En plus, j’essaie de ne pas suivre de trop près les dernières publications sur les cachalots, j’aurais l’impression de stalker un ex.

– Ah ah, oui, mais à mon avis, tes ex, tu ne les oublieras jamais, Germaine Gueule tordue, Eliot, Miss Tautou…

– Oui. Irène Gueule tordue, Germine la nounou, Arthur… Je vois que tu as mieux retenu que pour le VO2 max. En même temps, je comprends. C’est fini pour moi, mais je n’oublie pas.

– Je pense que même si tu deviens une des meilleures boudinologues, tu resteras toujours une cétologue de cœur.

– Boh. Pas sûr. Je suis beaucoup moins sentimentale que toi. Pour le moment, les holothuries sont mes chouchous, surtout l’Holothuria nobilis, ma préférée, mais je ne pense pas qu’elles me retiendront toute ma vie. Quant aux cétologues, et j’en ai croisés pas mal, c’est comme chez les plombiers ou les dresseurs de mouches, il y a des petits amours et des gros cons. J’en ai entendu pas mal dire – en général, c’est le moment où ils prennent un air grave – étudier les baleines, ça rend modeste, on comprend combien nous sommes petits !

– Joli sens de l’observation !

– Bon, certains devaient être sincères, mais il y avait aussi beaucoup de fausse modestie et de vraie arrogance. C’est un des avantages d’étudier les concombres de mer, tu ne déblatères jamais ce genre d’âneries. C’est sans doute parce qu’on ne passe jamais à la télé et pourtant, je peux t’assurer que les boudinologues, comme tu dis, hommes comme femmes, sont loin d’être des boudins et seraient très télégéniques.

– Ah ah, normal, ils passent leur temps dans les lagons tropicaux, ils sont bronzés et musclés comme des surfeurs.

– Je confirme. En vrai, je suis comme tout le monde, quand je vois un panda ou un dauphin, je fonds, mais justement, c’est pour ça aussi que c’est important qu’on s’occupe des holothuries qui ne séduisent personne. Au début, pour remercier mes ex-collègues qui m’invitaient à danser avec leurs cachalots, je leur proposais une promenade au jardin des boudins. Eh bien, je peux te dire que ceux qui acceptaient – peu nombreux, pour ne pas te mentir – ne le regrettaient pas. Bon, pour ton chapitre, je ne l’ai pas vraiment en tête, mais je me souviens que Melville pose la question très intéressante de la nomenclature, la classification. Tu sais, cette obsession qu’on a de vouloir ranger les plantes et les animaux dans des boites, de ranger les boites dans des tiroirs, les tiroirs dans des placards et les placards, etc. Mais réfléchir en termes de genre ou d’espèce pose problème parce que cela revient à ignorer les différences propres à des familles et même des individus.

– En fait Melville se moque quand il fait son classement, non ?

– Oui. Et c’est François Sarano, tu te souviens, c’est avec son équipe que j’ai plongé, c’est lui qui a donné un grand coup de pied dans la fourmilière de la cétologie en parlant de clan. Par exemple il a étudié sur la côte Ouest de l’île Maurice le clan ou la famille d’Irène Gueule tordue et il a montré que dans cette famille, il y a un système de communication, les fameux clics, qui leur est propre, comme une sorte de patois, tu comprends, un trait “culturel” acquis et qui se transmet dans cette famille. Et mieux encore, ils ont observé les individus, qui ont chacun des prénoms, et montré qu’ils ont une personnalité, Eliot est un aventureux, Germine est solidaire, etc., évidemment, ça ne fait pas l’unanimité et il commet peut-être des erreurs, mais tant pis, c’est comme ça que la science progresse. À l’époque de Melville, certains pensaient encore que les cachalots étaient des poissons et presque tout le monde disait que le cachalot était une espèce de baleine. En fait, je pense que Melville déjà se moquait de la rigidité des classifications zoologiques. Moby-Dick est un individu et il a des traits de caractère originaux, tu verras qu’à la fin…

– Stop ! Ne me raconte pas la fin ! Et ne me dis pas non plus comme Mam que ce n’est pas l’arrivée qui compte mais le voyage.

– OK j’arrête là. Bon, je te laisse, on arrive à Rambouillet. N’oublie pas, Oscar et moi, on attend la suite du voyage…

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19 mars 2026 4 19 /03 /mars /2026 03:36

– Tout coule.

– Merde, appelle le plombier, répondit madame Héraclite qui n’était pas philosophe et comprenait mal le grec.

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18 mars 2026 3 18 /03 /mars /2026 07:35

Hier soir, je cherchais encore un Reste pour mon blog, j’étais fatigué, alors je me suis dit, tiens, je vais m’allonger un peu pour réfléchir, quelque chose viendra bien.

Finalement, ce matin, je me dis que ce n’était pas une si mauvaise idée, puisqu’en effet, quelque chose est venu.

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17 mars 2026 2 17 /03 /mars /2026 03:43

Cercle jaune sur fond bleu.

D’accord, ce n’est pas très original, mais j’aime beaucoup quand même.

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16 mars 2026 1 16 /03 /mars /2026 03:26

– Rapidement, nous serons dépassés par l’intelligence artificielle. On la sous-estime.

– Je suis d’accord, mais pour une autre raison. On surestime l’humain.

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15 mars 2026 7 15 /03 /mars /2026 03:42

L’anthrôpos est le zôon doué de logos. Certes, mais qu’entend-on par “doué” ?

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14 mars 2026 6 14 /03 /mars /2026 03:48

C’est magnifique une orchidée, vraiment, mais c’est dommage, la tige est complètement ratée. Quant à la girafe, c’est impossible d’imaginer animal plus élégant, enfin sauf pour les lèvres qui sont proprement ridicules.

C’est à croire que le génial concepteur a fait exprès de toujours glisser une petite faute de goût – comme les élèves trop doués laissent volontairement quelques fautes d’orthographe dans leur devoir – pour ne pas être accusé de s’être fait aider.

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