On lui propose de la justice et de l’équité, mais il réclame des cartes premium, des coupe-fils et de l’optimisation fiscale.
On lui propose de la justice et de l’équité, mais il réclame des cartes premium, des coupe-fils et de l’optimisation fiscale.
C’est pénible d’entendre certains se plaindre et vous détailler par le menu tous leurs problèmes financiers, conjugaux, mécaniques ou médicaux. Et c’est au moins aussi pénible d’en entendre d'autres vous raconter leurs succès professionnels, amoureux ou sportifs. Quant à ceux qui n’ont rien à dire (je n’oublie personne, c’est mon côté charitable, bienveillant et généreux), ils sont ennuyeux à mourir.
On n’existe qu’à désirer. Je parle du désir de l’autre. Le désir que l’autre a pour nous. Celui-ci alimentant le désir. Je veux dire le désir pour l’autre qui est finalement désir du désir de l’autre. Quant à l’existence, n’est-elle pas désir d’existence et toujours existence du désir ?
Ce qui est clair, c’est que tout est confus, enchevêtré, emmaillé. Le langage sépare et démêle un peu.
(Le langage, je veux dire le désir des mots, je parle des mots du désir, ceux qui emmêlent et emmènent.)
Tu peux retourner dans tes souvenirs ou te perdre dans tes rêves de temps en temps, mais n’y séjourne pas.
– Poule, je n’arrive jamais à vous distinguer toi et tes cousines : vous avez toutes le même cri, la même démarche, les mêmes TOC (ben oui, gratter sans arrêt le sol, ça s’appelle un TOC), vous êtes toujours attirées par le même coq, vous faites tout pareil.
– Non mais Œuf, c’est toi qui me dis ça, pauv’ fœtus en croute.
– Allons les amis, intervint Panda, le moi éteint l’autre mais l’autre émeut l’oie. Eh, si on jouait à Devine qui je suis ?
– Sûrement pas. Et puis t’es qui toi d’abord pour nous parler, aboyèrent Poule et Œuf ? Retourne grimp…
– Non, ce n’est pas comme ça qu’on joue. Je vous explique…
– !?
L’océan ne nie pas la source.
(Allez, lecteur, au boulot : va me l’interpréter celle-là. Hi hi hi !)
– Toc toc toc !
– Sortez !
– Pas de quoi.
La nuit, l’anonymat gagne ; on ne s’ignore pas plus, mais on se juge moins.
La signalisation claire et précise, la géolocalisation de plus en plus fine, les marquages et repères omniprésents masquent plutôt bien notre totale déroute.
On dit que les amateurs de desserts sont plus doux, plus généreux, plus affectueux, plus aimables. Je ne sais.
Ils sont souvent plus gros.
– Dis-moi Poule, pourquoi tu as quatre doigts alors que l’autruche en a deux ?
– Et toi Œuf, pourquoi tu vis dans une boite de douze et pas de sept ou de trente-huit ?
– Ce qui compte ne se compte pas, trancha Panda. Dites les copains, ça fait longtemps qu’on n’a pas joué à la Bonne Paye…
Je ne comprends pas tous ces gens qui préfèrent les fictions à la réalité. Moi j’adore la réalité, surtout celle que je m’invente.
C’est à la même époque – aujourd’hui – que l’on ne supporte plus la douleur provoquée par un poil incarné et que l’on reste indifférent aux grandes catastrophes qui ravagent la planète. Hypersensibilité et insensibilité cohabitent paradoxalement.
À la sainteté aussi on s’habitue. Elle finit même par lasser.
L’erreur majeure de ces quatre derniers siècles est la croyance au moi. Croire que je peux, que je veux, que je choisis et décide. Et l’erreur a des effets insoupçonnés. Bien évidemment, cela ne signifie pas qu’il faut cesser de vouloir, choisir ou décider.
Les aubes sont bien plus belles que les crépuscules.
(Mais quelle idée de les programmer si tôt !)
Beaucoup de philosophes, sociologues, psychologues, prêtres, shamans, coachs et herboristes se sont penchés sur la question du bonheur. Sur l’origine du malheur, peu de choses en revanche. Dommage, je parie qu’on trouverait beaucoup d’énergie, de la constance voire de l'acharnement, de l’habileté et une imagination sans limites. Je veux dire pour le fabriquer.
La définition des concepts les plus abstraits (la liberté, la vérité, le devoir, la joie…) tient en quelques mots ; les dictionnaires en attestent. Le sens, lui, a besoin de temps et d’espace, il est bien trop à l’étroit dans une définition.
– Dis donc Poule, ça fait un moment qu’on n’a pas vu Panda, non ?
– C’est vrai ça Œuf, tu crois que ça a un rapport avec la naissance des jumelles au zoo de Beauval.
– La vraie présence est toujours épiphanique et l’absence, une modalité phénoménale de la trace. Bonjour les amis, je vous ai manqué, synthétisa Panda.
– Alors là, pas du tout.
– Vraiment n’importe quoi.
D’accord, un clin d’œil, un coup de coude, un sourire, ça peut être beau, puissant, troublant, et un silence ou un regard soutenu, ça peut inspirer, bousculer, transporter, d’accord. Mais les mots.
Mais qui a bien pu inventer la pince à linge ?
Le développement personnel ne serait quand même pas le développement de l’aptitude à se soumettre aux idées personnelles d’une autre personne. Non, quand même pas.
L’art enseigne l’indisponibilité.
Les musées, en vous faisant systématiquement passer par une « boutique » à la sortie, désapprennent ce que les œuvres apprennent.
Quand a-t-on cessé d’écouter les rêveurs pour suivre les comptables ?
Qu'on ne s'y trompe pas, l'homme n'est pas un dieu fini, c'est dieu qui est un homme privė d'horizon.