Je ne sais plus si je vous l’ai déjà dit, je perds la mémoire.
Je ne sais plus si je vous l’ai déjà dit, je perds la mémoire.
Plus je considère mes contemporains et plus ils m’affligent. Je parle de misanthropie, nous sommes bien d’accord. Mais le pire dans cette histoire c’est que je m’aperçois avec effroi qu’ils me ressemblent beaucoup.
(Pourtant, quand même, non, moi je… Non ?)
– Je n’aime pas beaucoup les hommes. Je ne parle pas de misanthropie mais de misandrie, nous sommes bien d’accord. Et si j’étais une femme, je crois que je préférerais encore les femmes. Les hommes sont veules, visqueux, bavards, gros, bruyants, pointus, malvoyants, ils ronflent, parlent la bouche pleine, se garent sur les trottoirs et gardent leur sous-vêtement trop longtemps…
– Et bien sûr tu n’exagères pas.
– … mais le pire, c’est qu’ils seraient presque fiers de ce portrait, enfin s’ils étaient capables de s’analyser.
– Tu penses vraiment utile d’ajouter une généralisation à une uniformisation.
– C’est vrai, tu as raison. Nous, nous sommes différents.
L’eau et le feu ne font pas de bons mariés, dit-on. Pas certain qu’ils fassent de meilleurs divorcés.
Zut, j’ai confondu avec les sentiers de randonnée !
Ce matin au supermarché, j’ai salué gaiement chaque caddie croisé, mais quand j’ai proposé un morceau de ma barre de céréales à un monsieur un peu fort et manifestement fatigué, il m’a gratifié d’un joli gros mot commençant par c…
Donner la parole ; le verbe est fort, et il est beau. Les timides, les bègues, les sans-voix le savent bien qui la reçoivent comme une offrande rare.
Je suis sorti de la cathédrale de Bergame avec une image pieuse, la Vergine della Pietà. Elle me servira de marque-page pendant ma lecture de Sérotonine de Houellebecq.
(Je vous prie de bien vouloir m’excuser, je me fais rire tout seul !)
– Lui : Mais zut à la fin, qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire shrinkflation, je lis ce mot partout ?
– Elle : C’est très simple, c’est le contraire de ce qui t’arrive : voir sa valeur augmenter et son poids diminuer.
J’ai la grande tristesse de vous annoncer que je pense en finir avec l’écriture. Je veux dire celle des autres. Non que les écrivains m’ennuient tous, mais les conversations du quotidien que je vole sans vergogne au restaurant, dans le train ou au parc me nourrissent déjà substantiellement. Dans la seule journée d’hier, j’ai eu droit à la biographie de Cécilia Attias, à la recette du risotto à la betterave et à une méthode naturelle pour soigner les mycoses vaginales (pas en même temps que la recette du risotto).
Quelquefois, je fais rire sans le vouloir, ça ne fait pas de moi un comique. Faire de l’humour, c’est comme faire le bien : par hasard, ça ne compte pas.
Qu’est-ce qui peut être à la fois un terrain de jeu, une énigme graphique, un théâtre d’opérations, une exposition artistique, une pollution sonore, un solo, duo, trio, quartet, quintet… le plus souvent cacophonique, une aide à l’emploi, une caresse auditive et tant d’autres choses ?
eugnal al ed stom sel : esnopéR
Les vacances, comme les pêches, sont chaque année un peu plus fades. Où serait-ce, qu’avec le temps, on perd le goût en plus de tout le reste ?
On assiste aujourd’hui à une montée de pédophilophobie. Étant moins historien que linguiste, je nous invite à la prudence lexicale. Sommes-nous sûrs de nous entendre sur le sens de ‘pédo’ et ‘philo’ ? Pour ce qui est de ‘phobie’, nous autres névrosés polymorphes savons bien ce que cela signifie.
– Pigeon : Pas envie d’être le dindon de la farce.
– Dindon : D’accord mais ça ne sera pas moi le pigeon.
– Oie : Oui ben vos blagues, elles ne cassent pas trois pattes à un canard.
– Canard : Arrête, tu nous gaves avec tes critiques.
– H5N1 : Salut les copains, merci de m’accueillir, chez vous je suis comme un coq en pâte.
– Pigeon, Dindon, Oie et Canard : Et fiente ! On va tous se faire plumer !
À la différence des champignons, on ne va pas aux idées, elles viennent à nous. Disons qu’elles font le premier pas, mais elles arrivent toujours mal fagotées et peu loquaces. Il faut alors se faire styliste et tâcher de leur donner une belle allure et une bonne tournure.
Les amis sont des aimants
Les amants des tsunamis
Les mendiants mangent les diamants
Les maris jouent au rami
Les édiles ont des idylles
Les migrants sont délirants
Les bigames ont des grands lits
Les mygales en Italie
À midi c’est un délit
Magali n’a pas d’idées
Mais Dédé est bimodal
Un dédale une ordalie
Les vandales ont des amants
Les idoles n’ont pas d’amis
Les mendiants sourient aux gens
Les maris jouent aux gentils
L’aphoriste est plus proche du musicien que de l’écrivain, il ne veut pas être lu mais interprété. Comme le musicien, il livre sa partition qui pourra être massacrée ou sonner comme jamais.
Le chien approche du chat, lui présente son postérieur et lui pète dessus. La vidéo a été vu plusieurs millions de fois. Je ne peux m’empêcher de penser au vieux Félicien Morval ou à la jeune Vanessa Lotz qui écrivent des poèmes que personne ne lit jamais et ne lira probablement jamais.
Il y aurait des guerres justes et des violences légitimes, des vengeances équitables et des viols consentis, des haines stimulantes et des tromperies saines, peut-être même des trahisons détoxifiantes, des humiliations inspirantes et des agressions premium.
Ne sous-estimons pas la fécondité des antinomies, mais rappelons-nous aussi qu’il est des fécondités stériles. (Et si, ça se peut des fécondités stériles. Parfaitement.)
On a tous quelque chose de bon en soi ; quelquefois, c’est apparent et quelquefois, il faut chercher. Bon j’y vais, dit le cancérologue en plongeant les mains dans le côlon de son patient.
C’est l’histoire un peu triste d’un conteur qui avait perdu ses histoires tristes, alors il bricola une voiture et se fit chauffeur Uber.
Il changea de vie et de taille de pantalon.
Mais on lui vola sa voiture entre Bazoges-en-Pareds et Mortagne-les-Pouzauges, alors il acheta une valise discrète et se fit dealer de corne de rhinocéros en poudre.
Il changea de vie et de marque de shampoing.
Mais il se fit liquider par le terrible cartel de Saint Jean de Mont qui le découpa en morceaux et l’expédia au paradis dans sa valise discrète, alors il fabriqua une machine à chichis au Nutella et se fit vendeur de chichis au Nutella là-haut.
Il changea de vie et de religion.
Mais il se fit virer du paradis par Saint Pierre qui confisqua les chichis et l’envoya sur la Lune, alors il y installa un parc d’attractions pour touristes de l’espace.
Il changea de vie et de carte bancaire.
Mais il se fit arrêter par Elon Musk (ou son sosie) qui le condamna pour mensonges aggravés : « il n’y a pas d’air sur la Lune, tu mens et mets en danger les touristes », alors il s’installa en Corrèze, déposa un nom de domaine pour y héberger un site de location de cravates de collection.
Il changea de vie et de mari.
Mais il fut victime d’une panne de connexion géante, alors il vola à une écolière du CM2 de mademoiselle Lambert un cahier et un stylo pour écrire des histoires.
Il changea de vie et de style.
Renonçant à retrouver ses histoires tristes perdues, il en inventa d’autres, déstructurées, affriolantes, capiteuses, aporétiques, polyphoniques et riches en vocabulaire.
Tu le sais et pourtant ça blesse et parfois ça tue : quand tu es fusillé du regard, c’est toi qui appuies sur la gâchette.
Tout le monde connaît le célèbre tableau de Raphaël, l’École d’Athènes et nombreux sont ceux qui y reconnaissent Platon, Aristote, Diogène, Héraclite et Euclide. Mais qui a repéré Raphaël et Sodoma, derrière ?
Astropathe et Naturologue sont sur un bateau. Ils tombent à l’eau. Qui est-ce qui reste ?
Le logopathe (très fier de lui) et non pas le pathologue qui n’a rien à faire ni dans le bateau ni dans cette devinette.
Fascinant ce groupe de touristes japonais filmant un joueur de flûte de Pan amérindien faisant sonner Pachelbel comme jamais sur la Piazza del Duomo à Milan.