L’important, ce n’est pas ce que tu dis, c’est ce que l’autre ne comprend pas.
L’important, ce n’est pas ce que tu dis, c’est ce que l’autre ne comprend pas.
Statistiquement (j’en ai eu la confirmation formelle par Kevin, le fils de madame Robert de la charcuterie Robert qui fait un BTS comptabilité en alternance), il y a neuf chances sur dix que, quelle que soit la phrase que j’écris, elle ait été déjà prononcée ou écrite par quelqu’un d’autre.
Exemple. J’écris : « elle enfila ses moufles et cessa de penser à lui ». Eh bien, cette phrase (et je pense que Kevin a raison car son BTS comptabilité en alternance est très coté) a donc très probablement été déjà prononcée ou écrite quelque part, il y a quelque temps, par quelqu’un.
C’est fascinant !
Mais quand même ; je m’interroge. Et la phrase « Exemple. J’écris : “elle enfila ses moufles et cessa de penser à lui” » aurait-elle été, elle aussi, déjà prononcée ou écrite ?
C’est abyssal !
Les malades d’Alzheimer peuvent être pénibles, mais au moins, ils ne sont pas rancuniers.
Être disponible à l’indisponibilité d'autrui.
Quand je ne sais pas quoi manger, je regarde dans l’assiette d’un voisin. Quand je ne sais pas quoi écrire, je regarde dans le livre d’un écrivain.
Mais pas d'erreur messieurs les censeurs, je m’inspire, admire et fais honneur. Cela fait-il de moi un copieur ?
Il avait renoncé à l’usage des petits cailloux blancs qui lui amenaient toutes sortes de curieux peu à son goût. Il était revenu aux miettes de pain, bien plus efficaces. Il les semait pour tracer un chemin sinueux qui conduisait derrière le bosquet touffu. Parce que les miettes attirent les oiseaux et les oiseaux attirent les enfants. Ainsi les ogres et les détraqués attirent les enfants.
J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour ceux qui ont l’honnêteté et le courage de s’attribuer tous les défauts de la terre, moi qui suis, je le confesse, plutôt clément avec moi-même – ce qui est assez juste au demeurant puisque, sans être parfait, j’ai de nombreuses qualités.
La santé n’est pas un état, c’est un projet, un parcours, un récit.
La religion est une illusion, la science une prétention, la philosophie un délire, l’art un malentendu, la politique un spectacle.
Bien sûr, mais nous avons la danse pour nous sauver. Alors dansez les amis, dansons. Tous. Jeunes, vieux, noirs, blancs, experts-comptables, chômeurs, arthritiques, contorsionnistes. Tous. Hommes, femmes, enfants, morts, vivants. Dansons. Athées, agrégés, militants, cocus, boulangers, décolorés, boiteux, amoureux, insomniaques, démoniaques. Dansez, vous les Monique, les Raymond, les Edmonde, les Émir, les Kevin, Noémie, Mimi, Nono, Mémé. Dansons quand on est fatigué, névrosé, alcoolisé, diplômé, renvoyé, enlacé, embrassé, harassé, humilié, attendu, entendu.
Dansons parce que danser c’est vivre. Ou mourons (mais en dansant).
On ne s’y retrouve plus sans pouvoir s’y perdre pourtant. Sans repères ni repaires, le monde est un chaos cadastré.
C’est incontestable, mon miroir vieillit, lui aussi. Je l’observe avec attention, il devient terne et flou. C’est très net.
Ni restauration ni révolution ; ou plutôt les deux. Je crois en une nostalgie nourrie au désir qui nous fait retrouver ce qui vient.
Dans l’abandon du sommeil, les nuits oublient les promesses du soir ; les matins, timides et embrumés, ouvrent parfois sur des journées lumineuses et inattendues.
Pourquoi ne met-on pas un nutri-score sur les livres ? Certains sont trop riches en lipides lexicaux, d’autres sont saturés en glucides thématiques et beaucoup sont pauvres en oligo-éléments littéraires. Promouvoir des livres sains en quelque sorte. Non ?
Est-ce la surdité qui vient avec la vieillesse ou la vieillesse qui vient avec la surdité ?
Je ne sais, mais je trouve la langueur et la lenteur de cet âge assez confortables tant le monde est bruyant et affairé.
Ce que le téléphone révèle c’est que l’autre nous est indispensable – à distance.
Tu déplaceras nerveusement ta caméra, camarade, mais le hors-cadre t’échappera, c’est inévitable.
On ne plaisante pas avec l’absurde, c’est une affaire trop complexe pour être prise au sérieux.
Les artistes pourraient sauver le monde si le monde, souvent, ne les perdait.
Mais enfin, la vérité, c’est quoi ?
Ouh la ! Il faudrait des siècles pour traiter cette question, sans jours de grève ni pause-déjeuner et l’on manque de philosophes. D’ailleurs, ils en sont encore à se demander ce que c’est qu’être, alors, on n’est pas rendus comme dit toujours Madame Robert, de la charcuterie Robert, quand son fils, qui fait un BTS en alternance, s’installe à la caisse.
Bien sûr, si tu veux marcher, il faut que ton pied gauche dépasse le droit. Bon. Mais après, tu fais quoi pour continuer à avancer ?
Monsieur Fiuminello est serrurier ; assurément le meilleur de la ville. Enfin était, devrais-je dire car hier, il a fermé boutique. Il s’est arrangé avec sa propriétaire pour garder le premier étage, un deux-pièces où il vit avec sa femme depuis cinquante-neuf ans.
Madame Fiuminello ne travaille pas, elle écrit des petites choses courtes.
« Il est cinq heures pile. La nuit est encore noire et froide. La mésange viendra réclamer son morceau de margarine dans une bonne heure. Je suis vieille mais les clés de Monsieur Fiuminello sont tellement belles. »
Tous les jours, elle écrit quelques lignes. Sur des cahiers d’écoliers. Et depuis si longtemps. Quand elle n’écrit pas, elle brode. Des napperons surtout. Ça prend moins de place que les cahiers dans les armoires.
« Je regarde par la fenêtre. Je vois un grand mur gris. Derrière, il y a peut-être un enfant qui joue au yo-yo ou un chat qui dort ou un horloger qui répare une montre. Je ne connais pas le monde mais j’aime regarder les mains de Monsieur Fiuminello. »
Les Fiuminello ont un fils, Ernesto, mais il habite au Japon et ils ne le voient plus beaucoup.
« Aujourd’hui, le vent souffle fort. Toutes les saisons sont belles. Ce n’est pas à cause de leur couleur, c’est à cause de leurs légumes différents. À la télévision, on entend sans cesse des mots d’amour. Moi, je ne sais pas les écrire, c’est bizarre. Alors je regarde la télévision. »
Elle est poète, Madame Fiuminello et Monsieur Fiuminello était serrurier. Tous les jours il lit les petites choses courtes de sa femme.
« La clochette de la porte sonne. On entend quand les clients parlent. Quelquefois un chien aboie plus fort ou une moto fait plus de bruit. Monsieur Fiuminello ne fait pas de bruit, même quand il travaille. Dimanche on ira au bord du canal, ce n’est pas la saison des cerises, c’est dommage, le clafoutis, c’est le dessert préféré de Monsieur Fiuminello. »
Madame Fiuminello écrit presque tous les jours et Monsieur Fiuminello lit ce qu’elle écrit presque tous les jours.
C’est curieux les rêves. Voilà plusieurs nuits que je fais de longues séries de pompes et de tractions. Malheureusement, aucun résultat visible.
Cela dit, je me réveille sans courbatures, ne soyons pas trop exigeant.
Je ne suis même pas sûr de devoir vous conseiller de douter.
Il pleut.
On est sévère avec la pluie qui a de nombreuses vertus. Elle autorise notamment la paresse sans culpabilité.