8 novembre 2023
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J’écris “maintenant”. Je tape vite, je ne réfléchis pas, je ne corrige pas. Pas de verbe, pas d’adjectif, pas de ponctuation. Je chasse toutes les associations d’idées qui pourraient me ralentir (Manon me vient à l’esprit, je me demande bien pourquoi ? Dehors, pas le temps !) ; j’évacue les souvenirs qui pourraient me retenir (quand mon père m’a lâché, sur mon vélo sans petites roues : allez, vas-y, maintenant !). Voilà, “maintenant”, c’est écrit. Allez, ça m’aura pris, disons, une demi-seconde (dix lettres tout de même).
Et pourtant, malgré tout, c’est encore raté !
7 novembre 2023
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Souvent le soir, j’ai le sentiment agréable du devoir accompli. Aucun acte héroïque, pas d’actions vertueuses ni d’œuvres notables, non, seulement le fait d’avoir existé une journée entière, du début à la fin, sans faillir.
Bon, chaque matin, malheureusement, je m’aperçois qu’il faut tout recommencer à zéro.
6 novembre 2023
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Quant à l’aphoriste, il replie tout.
5 novembre 2023
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Le bon guide est celui qui vous étonne et vous charme en dévoilant ce que vous aviez déjà sous les yeux ; il devient excellent quand c’est votre propre ville qu’il vous révèle.
De la même façon, le bon penseur n’est pas celui qui vous apprend de nouveaux mots compliqués, c’est celui qui vous surprend et vous intéresse en dépliant les mots que vous utilisez tous les jours sans les entendre.
4 novembre 2023
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L’existence est assez bien balisée, mais bon sang, ce brouillard épais rend le voyage fort incertain.
3 novembre 2023
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J’adore planifier, élaborer des programmations complexes, noircir mon agenda, organiser des voyages dans les moindres détails, faire des schémas, des croquis… D’ailleurs, je m’en souviens très bien, madame Villemotte, la conseillère d’orientation du collège, n’avait pas vu en moi le poète bohème que je n’ai jamais été et m’avait conseillé de faire “techno” pour envisager plus tard une carrière de “technicien divers”. De fait, j’ai adoré comprendre enfin le fonctionnement du moteur à explosion grâce aux cours de monsieur Lallu.
(Quand même, j’aurais bien aimé au moins faire mon stage de 3e chez un poète bohème.)
2 novembre 2023
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Si la paix était une chemise à carreaux, avec quoi la porteriez-vous ?
1 novembre 2023
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Si la mort était une légumineuse, comment la cuisineriez-vous ?
31 octobre 2023
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Si le corps était une prison, quelle voie vous semblerait la plus sûre pour vous évader ?
30 octobre 2023
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Trois lignes spontanées quatre fois par jour ou un feuillet relu deux fois par semaine ?
Tout dépend. Si vous écrivez, comme pour le yoga et les fléchettes, il faut pratiquer le plus souvent possible – ce qui n’est pas très pratique, soit dit en passant. Si vous lisez, franchement c’est fort aimable pour les écrivains, mais vous faites bien ce que vous voulez, je n’ai aucune expertise en la matière.
29 octobre 2023
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Tu dois le mériter ton artichaut.
28 octobre 2023
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À l’aube du huitième jour, il considéra le chemin parcouru, jugea que c’était bien mais encore insuffisant, il interrompit pourtant son ouvrage : la suite attendrait bien un peu.
Ainsi commença la plus longue procrastination laissant des créatures à peine ébauchées se reproduire frénétiquement.
27 octobre 2023
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« Marthe glissa sa main dans sa culotte et commença doucement à se caresser. Elle aurait aimé que la main d’Alex rejoigne la sienne, mais il dormait profondément. Elle sentait… »
Les voyages, je ne sais, mais l’écriture assurément permet les changements de point de vue.
26 octobre 2023
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… mais pour changer de point de vue, il ne suffit malheureusement pas de voyager car, par un curieux phénomène d’adhérence encore inexpliqué par la chimie lavoisienne, notre point de vue nous colle aux semelles.
25 octobre 2023
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... petit clocher de l'église dans la vallée qui nous paraît si haut si imposant quand on est à ses pieds.
24 octobre 2023
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Nos drames personnels sont toujours petits (j’écris 'petits' mais je pense 'ridiculement petits'). Encore faut-il trouver le bon point de vue, comme pour le petit clocher de l’église dans la vallée.
23 octobre 2023
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Le monde va si mal, je ne pouvais pas rester chez moi assis à lire tranquillement.
Je suis allé à la plage.
22 octobre 2023
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Philosophe 1 : Penser, c’est proposer.
Philosophe 2 : Non. Penser, c’est s’opposer.
P. 1 : Oui, aussi.
P. 2 : Non, seulement.
21 octobre 2023
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À peine fleurie, déjà fanée. Oui mais le bourgeon est empêché et inculte.
20 octobre 2023
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La pensée complexe attendra, il faut parfois faire des phrases courtes, fermes et sans nuances.
19 octobre 2023
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Je voulais vous raconter l’histoire de Marcellin Dérouleau, mais, je ne sais pas. Lundi dernier, après un dimanche sans excès, Marcellin commença sa semaine par la visite de ses chantiers. Je veux dire, je ne sais pas si ça peut vous intéresser. Il y avait le terrain derrière la mairie qu’il fallait nettoyer. La vie ordinaire des gens ordinaires ne passionne pas ; ce n’est pas une critique, c’est ainsi, on demande à un livre ou un film d’enchanter le monde. C’était un chantier sans grandes difficultés ; il y avait seulement les trois vieux tilleuls à épargner, le Maire y tenait. Marcellin les avait marqués d’une croix blanche. Il faut des surprises, bonnes ou mauvaises ; il faut des drames lointains et des bonheurs proches. Il y avait ensuite l’immeuble de la rue Victor Hugo à “rafraîchir”. Rafraîchir, mon c., il fallait tout reprendre ; la colonne centrale avait été mal conçue et il fallait la consolider sans toucher à la façade qui était protégée. Le quotidien fournit rarement des éléments propres à nourrir une belle histoire ; puisque c’est bien cela qui est attendu. Son troisième chantier était une extension verticale des locaux administratifs de la C.A.F. Et qu’on soit bien d’accord, je ne blâme personne, je sais la fadeur des vies et je comprends le besoin d’évasion. Chantier sans intérêt, mais non sans problèmes qui avait été arrêté trois fois pour des raisons qui ne le concernaient pas mais l’affectaient pourtant directement. On attend légitimement d’une histoire qu’elle vous transporte ailleurs, loin, au pays de l’extraordinaire. Ce lundi donc qui attendait Marcellin serait une journée prévisible, une journée banale semblable à tant d’autres qui ne pouvait intéresser personne et que personne ne se risquerait à raconter. Marcellin ne traîna pas, car il avait rendez-vous avec son comptable à onze heures. Rien d’inquiétant, qu’on se rassure, c’était un rendez-vous ennuyeux certes, mais programmé et normal. Il serait malvenu de reprocher à Marcellin la monotonie de sa vie ; on ne nait pas héros et peu le devienne. Rien à attendre non plus de son comptable qui en quinze ans n’avait jamais raté un rendez-vous. Alors bien sûr, je vous entends et ne conteste pas, je pourrais lui inventer une vie de roman à Marcellin, puisque c’est un personnage de fiction. Marcellin n’était pas malheureux, c’était un bon entrepreneur, mais c’était une chance qu’il ne soit pas devenu personnage de roman, car il n’aurait pas trouvé les mots, il n’aurait pas su faire. À treize heures, il avait rendez-vous avec l’élu à l’urbanisme, il l’aimait bien, il viendrait avec son sandwich (rillettes-cornichons) et savait qu’ils finiraient, comme d’habitude, par parler de pêche. C’est vrai, j’aurais pu lui inventer une liaison extraconjugale, tiens avec l’élu par exemple. Mais non, impossible. Marcellin n’était pas homme à tromper Aline (son épouse) avec l’élu à l’urbanisme (Jean-Pierre Muhlo). Décidément, j’ai beau tourner la question dans tous les sens, raconter l’histoire de Marcellin serait une perte de temps, pour vous comme pour moi. Je préfère être honnête et cohérent.
18 octobre 2023
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Le désordre n’a ni mémoire ni désir.
17 octobre 2023
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Pacifisme, relativisme, scepticisme… voilà que les principes qui me guidaient mènent droit dans le mur aujourd’hui.
L’époque m’oblige à penser contre moi-même.
16 octobre 2023
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Partie d’échecs pour certains, combat de boxe pour d’autres, traversée du désert, bain de foule ou mission improbable, jour de fête ou nuit sans fin, don sacré ou cadeau empoisonné, on ne vit pas tous la même vie quand on vit. Si l’on élimine la mort qui nous réunit ou nous réunira tous, y aurait-il du même ou du commun que tous nous partagerions ?
15 octobre 2023
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Le ciel a été gris et poisseux toute la journée, comme s’il était en deuil. Mais non, je projette, le ciel n’a pas d’humeur ; la folie humaine est sans témoin.