Je suis embêté parce que ce que j’ai à vous dire aujourd’hui est plat, un peu bête et très court. Ça va vous décevoir, vous agacer peut-être ou vous laisser indifférent. Tant pis, je me lance quand même. J’aime les arbres.
Je suis embêté parce que ce que j’ai à vous dire aujourd’hui est plat, un peu bête et très court. Ça va vous décevoir, vous agacer peut-être ou vous laisser indifférent. Tant pis, je me lance quand même. J’aime les arbres.
Trente années de psychanalyse pour soigner sa peur du noir et vaincre son angoisse de la solitude. Trente années efficaces. Il se suicida sereinement.
Il ralentit deux ou trois fois, fit mine de m’attendre, puis, agacé par ma lenteur, le sentier fila seul devant sans laisser de traces.
– Hé l’écrivain, tu sers à quoi, toi ?
– Heu…
– Et ne me dis pas que l’inutile est ce qu’il y a de plus utile.
– Mais…
– Voilà, tu n’as rien à dire.
– Je ne sais…
– Allez, retourne à tes livres pendant qu’on souffre, qu’on trime et qu’on subit.
– Aïe, oui, je comprends. Vous souffrez.
– Non, pas moi, mais eux, sûrement.
– Dis donc Terre, tu ne pourrais pas baisser le son un peu !
– Oui ben commence par baisser la température, Soleil, parce qu’on crame ici.
– Euh, non Terre, rectifia Lune, tu sais que je suis souvent du même côté, mais là je ne peux pas te suivre. Soleil n’y est pour rien.
L’homme est un animal boulimique.
Comprendre que persévérer dans son être signifie devenir autre. Ajouter, pour aider, que Nietzsche relève Spinoza. Préciser, pour finir, comme le poivre relève le curcuma.
– Gros Lulu : Merci, merci, merci…
– Monsieur Lhoteur : Mais j…
– Gros Lulu : Oui je sais, vous n’êtes pas l’auteur, mais quand même, merci pour ces aventures.
– Monsieur Lhoteur : Quelles a…
– G. L. : C’est vrai quand même, c’est pas contre vous, mais il était temps.
– M. L. : Je ne sais…
– G. L. : Voilà, je suis prêt. Je suis très excité.
– M. L. : Je ne sais pas de quoi tu parles, mais bravo à toi, Gros Lulu, je vois que tu as enfin compris ce que dialoguer veut dire : tu fais les questions et les réponses, tout seul, comme un gros.
– G. L. : Oui ben vous, je vois que vous êtes toujours aussi méchant. Tant pis pour votre caractère, après tout, c’est votre écriture qui m’intéresse. Donc ?
– M. L. : Donc quoi ?
– G. L. : Je voudrais savoir pour les aventures extraordinaires.
– M. L. : Oh non ! J’ai compris. Tu t’es laissé piéger par le titre, Gros Lulu. C’est pathétique ! Encore une victime des putaclics. Alors, dans l’ordre : primo, je ne suis pas l’auteur, je suis Lhoteur ; secundo : je ne suis pas méchant, parce que je ne suis pas un je mais un personnage et c’est l’auteur qui est responsable et coupable ; tertio : l’auteur t’a fait Gros Lulu et il n’arrivera rien d’extraordinaire à Gros Lulu car Gros Lulu est précisément, essentiellement, nécessairement un personnage à qui il n’arrive rien.
– G. L. : Voilà, c’est justement ça que j’aime pas. Il se passe jamais rien, c’est nul. Je voudrais faire des rencontres, avoir des amis, voyager, gagner au loto…
– M. L. : Arrête la liste, je devine la suite. Je répète, il ne t’arrivera rien. Et ce pour une raison simple : le contrat moral et tacite passé entre l’auteur et le lecteur. Tu comprends ?
– G. L. : Non.
– M. L. : C’est normal, tu es un personnage à qui il n’arrive rien et qui ne comprend jamais rien. Donc le contrat consiste à respecter et ménager le lecteur en lui offrant des personnages cohérents. Imagine, Gros Lulu, tu fais un voyage au Tadjikistan, tu rencontres Lulia, une athlète bulgare qui tombe amoureuse de toi, tu t’inscris au marathon de Tokyo et tu bats le record de France.
– G. L. : Bon, je connais pas le Tadjikistan, mais je veux bien pour le reste.
– M. L. : Justement, ça n’aura jamais lieu car rien n’est cohérent dans cette histoire, et ça se passerait très mal entre l’auteur et ses lecteurs qui seraient furieux d’avoir été pris pour des abrutis.
– G. L. : Moi, j’adore votre histoire, monsieur l’auteur, d’ailleurs, je suis déjà un peu amoureux de Lulia.
– M. L. : Arrête, ne complique pas les choses, un personnage ne peut pas être lecteur de sa propre histoire. Donc, un auteur ne doit pas déconcerter ses lecteurs, ou alors, il faut que la surprise soit surprenante, mais pour cela il faut s’appeler Maupassant ou Poe, ce qui n’est pas le cas de notre auteur, à ma connaissance.
– G. L. : Je sais pas qui est Poe et je sais pas quand une surprise est surprenante, je voudrais juste vivre une aventure extraordinaire et revoir Lulia.
– M. L. : Bon, j’abandonne. D’ailleurs, ça tombe bien, je n’ai plus de texte.
– G. L. : Moi j’abandonne pas, je vais chercher Lulia.
– M. L. : …
[L’auteur, au réveil d’une sieste plus longue que prévu, recouvrant lentement ses esprits : Gros Lulu commence à me fatiguer à râler sans cesse, s’il continue je vais l’envoyer à Bakhmout et on verra bien s’il veut encore de l’aventure ; quant à monsieur Lhoteur, on voit bien que c’est un personnage et pas un auteur, parce que justement, respecter son lecteur consiste à l’emmener loin jusqu’aux frontières de l’incohérence.]
Pas si facile de bien viser. On arrive souvent soit trop tôt, soit trop tard. Le bon moment, comme le centre de la cible, est entouré de zones larges et nombreuses de mauvais moments.
Nous avancions dans le noir, guidés par les présages et redoutant les colères divines. Nous progressons sous les néons, guidés par des influenceurs et craignant les pénuries de papier toilette.
S’aimer vieux, attends.
J’ai rencontré Jean-Pierre hier et j’ai eu avec lui une conversation intéressante sur les registres de langue. Très rapidement nous en sommes venus à parler d’écriture. “Moi, j’écris pas, mais j’ai des phrases”. La formule m’intrigua et quand je lui parlai des Restes du Banquet, il m’assura avoir “plein de trucs” pour moi. “Tiens par exemple : ‘C’est ouf, quand tu bouffes tu prends du bide mais pas d’la bite’, et c’est de moi”. Je lui expliquai alors que je ne pourrais pas écrire cela dans mon blog à cause du registre de langue très familier. De plus, même si je notais une double allitération intéressante, il montait de ce dit un relent de virilisme qui ne me plaisait guère, sans parler d’une banalisation latente de la malbouffe. De surcroît, si je devais consulter mon lectorat, il y avait fort à parier qu’il voterait contre cette décadence langagière. “Oui ben érection, piège à cons”, enchaîna-t-il hilare, t’as compris, insista-t-il ? Je comprenais surtout que notre coopération ne serait pas possible et lui disais. “T’es qu’un pauv’ maquereauniste, s’énerva-t-il, précisant sa variante orthographique, t’as pas pigé que personne parle comme toi. Toi et tes amis, vous nous piquez les beaux quartiers, le bon vin et les jolies filles, mais jamais vous arriverez à nous voler les vrais mots ; je garde mes trucs pour moi et mes potes. Tes Restes, je te les laisse, ils intéressent peut-être les dictionnaires, les docteurs et les ministres, mais pas nous, parce qu’ils sentent rien, ils ont pas de goût”.
C’est tes vieux, amant !
Le beau défait le laid, le sublime en joue.
Le sourire d’un top modèle est beau. Sublime sera celui d’un souillon.
Comme la bûche dans l’âtre, l’humanité ne sait se révéler qu’en brûlant.
Incorruptible, le sablier rend modeste.
À l’oreille, un r de rien différencie sévices et services. À l’œil, on distingue à peine ce petit accent pas très grave, ridicule trique inoffensive. Intéressant.
Quand on lit, on oublie vite que les mots sont toujours d’abord des cris, des appels, des surprises, des rires ou des peurs. Ils sont faits de souffle et de sang ; ils sont des gestes, des coups, des caresses, des guerres ou des danses. On oublie vite qu’ils sont faits de chair et de vie, de fureur et d’amour. On oublie vite qu’une bouche les a prononcés. Et vite on les écrit. Alors ils se figent et se vident.
Et puis parfois, lentement, un lecteur se souvient, il les recueille et les ranime.
Un as du langage a rapproché servir et asservir. Intéressant.
Écrire, c’est toujours continuer une phrase commencée par d’autres. Ce qui ne signifie pas que ce que tu écris sera continué par d’autres…
L’écrivain n’existe pas.
Tous ces temps qui s’emmêlent. Celui de la pendule de la cuisine, mécanique et sans goût ; celui de l’attente, mou et collant comme une guimauve ; celui du sablier, fascinant, hypnotique, un temps voleur de temps ; celui de l’écriture, anarchique, asocial et toujours en retard sur la vie ; le temps de la fatigue qui ralentit le monde et l’estompe ; celui de la passion, temps qui enfle et se contracte, sans mémoire ni espoir ; celui de l’habitude, qui s’efface et repose.
Tous ces temps et tant d’autres encore, à peine capables de faire oublier le temps qui passe, implacable.
Je suis solaire, avait-elle écrit sur son profil. Au premier rendez-vous, pour vérifier, il l’emmena dans une salle obscure voir La Nuit des morts vivants. Elle passa tout le film, totalement éteinte, prostrée dans un mutisme froid. On ne peut vraiment faire confiance à personne, pensa-t-il.
Je suis un mauvais lecteur, je ne tiens pas dix pages sans être pris par l’envie d’écrire. En revanche, je suis un excellent mangeur et aucun Royal jamais ne m’a donné envie de cuisiner.
L’hésitation, c’est la couardise qui se donne des allures de prudence, mais parfois, c’est la sagesse qui prend des airs de paresse. Alors, l’hésitation ?
J’hésite.