Hé toi ! ne fais pas semblant d’écrire de la poésie sur ton carnet à spirale, ça se voit bien que tu fais tes comptes.
Hé toi ! ne fais pas semblant d’écrire de la poésie sur ton carnet à spirale, ça se voit bien que tu fais tes comptes.
Le hasard est l’autre nom de notre ignorance, que dis-je ignorance, notre incapacité à calculer. Prenons une avalanche par exemple. La boule de neige roule, grossit et tombe pile sur monsieur et madame Ledoux qui passaient des vacances au club Med de Chamonix parce que leur séjour à Phuket avait été annulé (suite à une confusion entre l’agence et son correspondant local (en fait l’ex-belle-mère du correspondant aurait volé les arrhes versées par les touristes – soit !)). Eh bien si les Ledoux se prennent l’énorme boule de neige, ce n’est pas une fantaisie de la boule qui se serait dit ‘tiens, je vais me faire les deux pignoufs là, en salopette bleu électrique’. Non. Ce n'est pas non plus un accident, la boule atterrit ici, mais aurait pu atterrir là. Non plus. Alors ? Alors c’était une nécessité. Une nécessité que ce ne soit pas les Pastureau (leurs amis qui avaient préféré la croisière Costa dans les îles grecques ; ils avaient eu mauvais temps et avaient trouvé les conférences barbantes, mais au moins ils étaient rentrés vivants et avaient vraiment bien mangé), mais les Ledoux qui soient mortellement ensevelis sous plusieurs mètres de neige. Compte tenu de la pente, du poids initial de la boule, de la température, de la présence ici et absence là de mélèzes, de la vitesse (lente) de réaction des Ledoux (il est vrai embarrassés par leurs raquettes)… ce qui devait arriver ne pouvait pas ne pas arriver ou arriver autrement. C’est une équation complexe comportant de très nombreux paramètres, mais qui n’a qu’une et une seule solution, à savoir la mort tragique de Francis et Germaine Ledoux. Autrement dit, nul hasard, mais seulement la rigoureuse et inévitable solution d’une équation à plusieurs inconnues.
Voilà. Je me dis que savoir cela pourrait peut-être aider à supporter (je pense aux Ledoux qui restent, parents, enfants, cousins…).
Tu as peu à dire, alors fais-toi rare. Tu as beaucoup à dire, fais-toi rare aussi. Merci.
Cœur avec les mains
Reins avec les pieds
Bite avec la bite
(Zut ! J’avais promis de ne plus utiliser le b-word…)
Je n’aime pas l’anglicisme sensitivity reader et je propose de le traduire par "consultant en good vibes".
Les grands écrivains aussi placent des aces de temps en temps. Incipit court et cinglant qu’aucun lecteur ne peut renvoyer et qui interrompt le cours de la lecture à peine commencée. Par exemple : « Aujourd’hui, maman est morte ». Et bam ! On n’a rien vu passer et on se retrouve là, couillon interdit, à essayer de comprendre.
Notez que le gars Camus, il est fort. Dans la foulée, il a placé un deuxième ace : « Ou peut-être hier, je ne sais pas ». La suite était prévisible : jeu, set et match ! Chapeau bas.
L’époque est à la fois passionnante et terrifiante et bien malin celui qui peut dire ce que l’avenir nous réserve. On aimerait être dans les tribunes à regarder les joueurs échanger les coups, mais dans la vie, nous sommes tous sur le terrain et les coups, on les donnera ou les prendra.
On ne cesse de se répéter, heureusement le contexte change alors ça peut passer inaperçu.
Mes grands-parents étaient vieux, mais c’étaient de beaux vieux. Pareil pour mes oncles, mes tantes et leurs amis. Ils étaient vieux, mais tous excellaient dans leur rôle de vieux. Comment dire ? Il y avait une espèce de cohérence chronologique. On voyait bien qu’ils habitaient pleinement leur personnage, c'est à se demander s'ils n'avaient pas toujours été vieux.
Au contraire, maintenant que c’est mon tour, je trouve que je suis mauvais dans le rôle. En même temps, ça se comprend, j’ai été jeune toute ma vie et voilà que, brusquement, je dois apprendre un nouveau rôle qui, de surcroît, ne me plaît pas beaucoup. Non, c’est évident, je ne suis pas bon en vieux, il y a une erreur flagrante de casting.
C’est admirable ! Ses journées sont pauvres en émotions et affreusement répétitives, son univers est étroit et banal, sa vie est monotone, il n’apprend rien, ne voyage pas, ne s’enthousiasme jamais et pourtant, il semble tellement épanoui, le chat. Oui, vraiment admirable.
Oh non, c’est pas vrai ! Pourtant je les connais bien les codes de bonne conduite en supermarché. Qu’est-ce qu’il m’est passé par la tête ? Figurez-vous que ce matin, arrivé à la caisse, j’ai dit bonjour au client derrière moi et j'ai ignoré le caissier ! Pourtant je le sais bien qu’on doit faire l’inverse. Ce n’est quand même pas compliqué à retenir : bonjour, pas bonjour.
Tout est sujet à pensées, tout est matière à poèmes, sans exception, mais choisis bien ton burin et travaille ton coup de poignet.
Et merde ! J’y croyais dur comme fer. J’étais persuadé que 2023 serait l’année du renouveau en Turquie, en Russie et en Iran. C’est raté pour la Turquie.
Mais d’où nous vient ce goût pour l’ordre et l’autorité ?
Et allez ! Troisième clou tordu. Il est vraiment nul !
Remarque, s’il y avait des HPI chez les marteaux, ça se saurait.
Commencer un roman, c’est excitant et très angoissant. C’est comme arriver dans un nouveau groupe, on ne connaît personne et déjà certains nous regardent de travers, mais on sait qu’on va se faire de nouveaux amis.
Enfin, je vois les choses comme ça. Il faudrait demander aux romanciers.
Je suis à la recherche de ce marchand de gommes qui m’en a vendu une, en 1969, bicolore et censée effacer aussi bien les dérapages du crayon de papier que les pâtés du porte-plume. Cet escroc est un menteur : le bout bleu de sa gomme n’efface pas, il troue et je lui dois mes punitions les plus sévères (à genoux contre le mur sur une règle en fer, moi qui ai les mollets galbés mais les genoux cagneux !) et les humiliations les plus traumatisantes (affichage de ma copie trouée sur le panneau des horreurs, à côté de la dictée de Lambert et de la carte de France de Restif, il y avait aussi le dessin de Galadru, un portrait de sa mère, c’était vraiment horrible mais pourtant très ressemblant, la pauvre !).
J’aimerais bien retrouver ce margoulin et me faire rembourser (en euros).
Il faut s’arrêter d’écrire pour penser et s’arrêter de penser pour écrire, mais écrire sans penser, c’est hygiénique seulement et penser sans écrire, c’est fumeux toujours. Non ?
Ce n’est pas parce que je parle que je n’ai rien à dire et ce n’est pas parce que je dis que je n’ai rien à taire et ce n’est pas parce que je t’ai que je n’ai rien à faire et ce n’est pas parce que je fais que je n’ai rien à lire et ce n’est pas parce que je lis que je n’ai rien à voir et ce n’est pas parce que je vois que je n’ai rien à croire et ce n’est pas parce que je crois que je n’ai rien à boire et ce n’est pas parce que je bois que je n’ai rien à frire et ce n’est pas parce que je fris que je n’ai rien à foutre et ce n’est pas parce que je fous que je n’ai rien à moudre et ce n’est pas parce que je mou que je n’ai rien à vendre et ce n’est pas parce que je vente que je n’ai rien à pondre et ce n’est pas parce que je congre que je n’ai rien ah bon et ce n’est pas parce que j’abonde que je n’ai rien en guerre et ce n’est pas parce que j’anglais que je n’ai rien à glaire et ce n’est pas parce que je plais que je n’ai rien arête et ce n’est pas parce que j’arrête que je n’ai rien nada.
(Comme le pianiste, comme l’athlète, l’écrivain aussi doit faire ses gammes régulièrement.)
À l’école, se profile le retour de l’uniforme, du manuel papier, de la dictée et de la distribution des prix. Le réformisme appelle le conservatisme et inversement. Le monde de l’éducation n’est qu’une branloire pérenne disait presque Montaigne.
(J’espère qu’ils n'ont pas prévu aussi le retour des vieux enseignants !)
Que les chats sont mystérieux !
Parfois, j’ai très envie d’écrire (enfin envie, désir, volonté, penchant, appétence… je ne sais pas précisément), alors je m’assieds à mon bureau, et rien ne vient. Mais parfois aussi, curieusement, je n’ai aucune envie d’écrire, je m’assieds, eh bien rien ne vient non plus.
Terminer est compliqué, c’est un travail de comptable ou de notaire. Commencer est complexe, il faut de l’audace et de la culture.
– Merci, je ne suis pas intéressée.
– Non mais je veux juste disculter.
Ducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducoupducou.
Moi aussi j’y arrive.
C’est facile, il suffirait de le convaincre que la Terre, c’est sa Terre et qu’il doit en prendre soin comme de sa voiture.