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C'est Peu Dire

  • : Les Restes du Banquet
  • : LA PHRASE DU JOUR. Une “minime” quotidienne, modestement absurde, délibérément aléatoire, conceptuellement festive. Plus, les aventures de Nubecito, un cumulus hawaïen perdu dans un feuilleton hebdomadaire. Depuis octobre 2007
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Et Moi

  • AR.NO.SI
  • Philosophe inquiet, poète infidèle, chercheur en écritures. 55° 27' E 20° 53' S

Un Reste À Retrouver

29 janvier 2025 3 29 /01 /janvier /2025 03:05

Les idées, c’est comme les champignons. Il y a des années avec et des années sans ; de plus, quand vous en avez une, deux ou trois autres ne sont pas loin, et quand vous n’en avez pas, vous n’en avez vraiment pas.

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28 janvier 2025 2 28 /01 /janvier /2025 03:35

– Ô mon Pérégrin d’amour, viens que je te couvre de baisers. On ne se voit jamais et voilà que tu m’abandonnes pour un siècle et demi.

– Très chère mère, toujours ton sens de la mesure. Je te ferai remarquer que cette idée de tour du monde, si elle ne vient pas de toi, tu l’as vite reprise à ton compte. Bon, je ne te présente pas Ludmilla, vous avez des amis communs, je crois, Luis, Blaise, Robert Louis et d’autres, j’imagine. Salut Dad. J’espère qu’on dine bientôt parce qu’on n’a rien mangé depuis au moins deux siècles.

– Bonjour les enfants. Le temps de rentrer, de vous doucher et dans moins d’une heure, vous serez devant une bonne assiette de tlacoyos et de tlayudas, pour les amateurs de viande. Allez, embarquez Voyageurs ! Alors Ludmilla, c’est la première fois que tu viens à Mexico ; quelles sont tes premières impressions ?

– C’est grand. Très grand. Trop grand peut-être, mais j’ai hâte de découvrir un peu la ville.

– Tu as raison, quinze fois la taille de Paris, vingt-cinq millions d’habitants, c’est démesuré. Je crois qu’il faut l’aborder comme un ensemble de petites villes qui ont chacune des caractéristiques singulières, chacune a une odeur et une lumière propres. Enfin, tout cela demande de la patience et de la lenteur et vous ne restez que deux jours, c’est encore moins qu’un touriste moyen !

– De la lenteur, oui… continua Nadja. Ah, Swann mon compagnon, mon socio, comme dit Sepulveda, au crépuscule de nos jours, on voudrait, s’il se peut, rejoindre l’aube, mais la Piedra del sol a tourné, nous sommes une espèce en voie d’extinction. Wisely and slow, they stumble that run fast.

– Ça y est, on a perdu Nadja, s’amusa Brad !

– Le mystère des silences et l’impertinence de la lenteur, voilà ce qui se retire quand tout est saturé, quand tout est plein. Le délié de l’existence, voilà ce qui s’éteint.

Personne ne fut étonné de ne pas tout comprendre. Quand Nadja parlait, il fallait plutôt sentir qu’analyser, comme avec un parfum. Ludmilla – wisely and fast – avait quand même pris le temps de prendre quelques notes. Le reste du trajet fut silencieux et on arriva vite à l’appartement de fonction qui se trouvait colonia Polanco. Après une installation rapide, tout le monde se retrouva au salon.

– Bon, apéritif, entrée, plat, dessert, boissons. Tout est là. Chacun se sert et compose son assiette, indiqua Swann.

– Oui mais d’abord, ou pendant, si vous êtes affamés, c’est le moment des cadeaux. Tiens, pour toi, Ludmilla.

– Ah oui ? Donc Nadja, pour ton anniversaire, c’est toi qui offres des cadeaux. C’est sans doute une coutume russo-polonaise. Bon, voyons, qu’est-ce que c’est ? Comme c’est beau ! Qué maravilla. Merci. Merci. Muchísimas gracias. Je devrais dire comme vous, les Français, non je ne peux pas accepter un tel cadeau, c’est trop, vraiment, je ne peux pas… mais dommage, je suis Mexicaine et je dis oui, oui, oui, merci, j’accepte, je prends. El diario de Frida Kahlo. Un íntimo autorretrato. Le Journal de Frida Kahlo. Un autoportrait intime. C’est magnifique. Des poèmes, des dessins, des collages, des réflexions, c’est une œuvre d’art à part entière.

Ludmilla et Nadja, assises l’une à côté de l’autre, feuilletaient l’ouvrage.

– « Alas rotas. Ailes brisées. » C’est étonnant cette référence fréquente aux ailes. Tiens, là encore, « Pies. Para qué los quiero si tengo alas pa’ volar. Des pieds. Pourquoi j’en voudrais si j’ai des ailes pour voler. »

– Oui, les ailes, les pieds. Regarde, « Color de veneno. Couleur de venin. Sol y Luna, pies y Frida. Soleil et Lune, Pieds et Frida ». C’est son corps en miettes, dont elle parle, son corps morcelé, mutilé, désintégré.

– « Yo soy la desintegración » Un pied, une tête, une main, un œil, un sein. Et toujours son fameux monosourcil qui surligne son regard profond comme dans tous ses autoportraits et qui a tant fait couler d’encre. Diego le comparait aux ailes d’un oiseau noir, un merle selon Le Clézio, une mouette peut-être, une colombe selon la chanteuse Chavela Vargas…

Ludmilla se mit à chantonner, ya me canso de llorar y no amenece, je suis fatiguée de pleurer, et le jour ne se lève pas… Paloma negra, paloma negra

– Euh… colombe, mouette, aigle noir… moi je vois autre chose, dit Brad qui se trouvait en face d’elles. Il prit le livre, le retourna et leur montra. Alors ? Non ?

– Ah oui. Zapata ! Les sourcils inversés de Frida sont les moustaches de Zapata, s’écria Ludmilla.

Viva Zapata, hurlèrent-ils en cœur !

Y Viva Chavela !

– Y Viva Ludfrida !

– Ah ah, je pense que notre peintre révolutionnaire aurait apprécié votre joyeuse découverte. Ah, tiens, ça c’est pour toi, mon petit Marco Polo.

– Oh ! Moi aussi j’ai un journal, mais… sans texte ni images. Décidément, je fais tout moi dans cette histoire. Je voyage et j’écris. Et en plus je fais la nounou, enfin le cloud sitter.

– Tu feras tout ça très bien. Tiens, encore un cadeau, dit Ludmilla, et ne t’inquiète pas, tu as droit à 150 kilos sur le cargo.

– Tiens, un livre ! Quelle surprise ! Travels with a donkey in the Cévennes, Robert Louis Stevenson. Et en anglais. Donc tu as aussi pensé à mes devoirs de vacances. Tu me gâtes.

– Je sais. C’est une édition ancienne et illustrée. Regarde, il y a même une dédicace manuscrite. « Never alone in the wilderness of the world, when travelling with U. I. ».

– OK. Première leçon. Donc, ça veut dire, jamais seul dans la sauvagerie…

– « Je ne suis jamais seul dans le désert du monde quand je voyage avec U. » U., je ne sais pas si c’est l’abréviation de You, ou l’initiale d’un prénom. Pareil pour la signature, I. est-ce que c’est I, Moi, ou Irvin ou Iveline…

– C’est charmant et mystérieusement british, ajouta Nadja. C’est émouvant, je trouve, pensez que ce livre a été entre les mains d’une vieille Anglaise, lisant à la lumière d’un feu de cheminée dans un château froid des Cornouailles, un plaid sur les genoux, un ballon de Brandy pas loin. Mais ! C’est curieux, ce livre sent… la cannelle, non ?

– Moi je dirais le pain d’épices…

En attendant, Nubecito faisait des ronds dans le ciel, au-dessus de l’appartement. Le déballage de cadeaux l’ennuyait un peu. Des livres, encore des livres. Mais qu’est-ce qu’ils ont avec les livres ? Bon, d’accord, nous les nuages, on ne lit pas, pour diverses raisons inutiles d’évoquer ici, mais je me demande si l’on ne se prive pas du spectacle du monde à chaque fois que l’on baisse les yeux pour lire. Spectacle du monde, je m’entends, c’est parfois pollué, violent et bête, mais quand même, quand tu lis, tu ne fais rien et pendant ce temps, certains sont très contents d’avoir les mains libres pour faire à ta place. Non ? Peut-être que je deviens un peu parano. Bon, à la limite, des livres d’amour…

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27 janvier 2025 1 27 /01 /janvier /2025 03:53

Make it small again.

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26 janvier 2025 7 26 /01 /janvier /2025 03:41

– Le monde est un t…

– … théâtre. Eh, tu radotes mon pote !

– C’est aussi que rien ne change. Un théâtre, quelques histoires classiques et quelques personnages types. Chacun de nous joue l’un de ces personnages avec fidélité, ce n’est pas difficile, il suffit de copier et répéter. Outre le texte, les costumes sont prévus aussi. On le déclame, on les enfile.

– Et toi alors ?

– Je fais comme les autres. Certains – mais ils sont très rares – inventent un nouveau personnage. Nouveaux gestes, nouveau costume, nouvelle langue. C’est troublant et soit on condamne, soit on idolâtre. Puis, rapidement, on se remet à copier.

– Donc le monde est prévisible.

– Oui. Heureusement, de temps en temps, un accident a lieu.

– Ah ?

– Oui. Un élément du décor s’effondre, un personnage se trompe de texte, un costume craque.

– Et ?

– Et rien. Tout reprend normalement.

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25 janvier 2025 6 25 /01 /janvier /2025 03:16

Tout le malheur des hommes (y compris le trou de la sécu) vient de ne savoir plus mourir à temps.    

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24 janvier 2025 5 24 /01 /janvier /2025 07:39

Clodoald est le fils de Clodomir et le neveu de Clotaire, eux-mêmes fils de Clovis et de son épouse Clotilde. Il y a aussi, le fils aîné de Clovis, demi-frère de Clotaire et de Clodomir, qui s’appelle – ça n’a rien de drôle et pourtant ça m’amuse beaucoup – Thierry.

Enfin, c’est ce que raconte Grégoire de Tours dans son Histoire des Francs.

Je note néanmoins que le Grégoire ne mentionne pas la mère de Thierry. Ce ne serait pas Sylvie, par hasard ?

La suite du livre est moins intéressante.

J’ai été clodoaldien pendant un temps, mais ce n’est pas intéressant non plus.

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23 janvier 2025 4 23 /01 /janvier /2025 03:04

– Quelque chose me dit que tu vas bientôt lire ton deuxième livre, Brad. Moi, ce qui m’a fascinée dans le livre de Sepulveda, ce sont les personnages et surtout le vieux qui lit des romans d’amour,Antonio José Bolívar Proaño – rien que son nom, c’est déjà un poème. Remarque, celui de sa défunte épouse, c’est mieux encore, Dolores Encarnación del Santísimo Sacramento Estupiñán Otavalo, un annuaire à lui tout seul.

– Dis, si je me souviens bien, le tien n’a rien à leur envier ; c’est comment déjà ?

– C’est vrai . Inmaculada Concepción de Santa María de Los Angeles. Et le prénom complet de ma mère, c’est Purificación y Veneración de la Virgen de Guadalupe. Là on passe de l’annuaire au missel. On doit ça à ma grand-mère, c’était censé nous protéger des démons. Encore une histoire qu’il faudra que je te raconte. Tu vois, c’est toi qui fais exprès de me tendre des pièges pour que je me perde dans mes digressions. Donc, le vieux de Sepulveda m’a tout de suite fait penser à mon géant Harlequin. Sa définition des romans d’amour était très précise et m’amusait beaucoup, il fallait : 1. qu’ils soient affreusement tristes ; 2. qu’ils racontent des amours désespérées et douloureuses ; 3. qu’ils aient un happy ending. Ça correspondait exactement à mes lectures. Dans un passage du livre, il y a un des copains du vieux qui lui demande quel genre de livre d’amour il lit, celui avec des gonzesses riches et chaudasses ? (Je traduis de mémoire, mais je ne pense pas trahir beaucoup.) Antonio José Bolívar répond, non, « ça parle de l’autre amour, se trata del otro amor. Del que duele, celui qui fait mal ». Sublime ! J’adore. Je te retrouverai le passage.

Essayant de se frayer un passage parmi les volutes denses, grises et puantes des gaz d’échappement, Nubecito s’était rapproché du bus pour mieux entendre la conversation. Il n’en perdait pas une miette. On parlait de son sujet préféré, les sentiments humains. Je crois que je ne les comprendrai jamais, pourquoi est-ce qu’ils cherchent tous, avec autant d’énergie, à souffrir ? Les méchants, les pervers, les tyrans, on peut comprendre leurs motivations, en plus, ils ne sont pas très nombreux. Vouloir dominer et posséder toujours plus, jouir sans limites, tout rapporter à soi, c’est mal, bien sûr, mais on peut comprendre, disons que c’est l’instinct de survie qui a mal tourné. En revanche, se faire du mal, se nuire à soi, se détruire soi-même, non, et recommencer à chaque génération en connaissance de cause, là, je ne comprends plus. C’est complètement débile. Franchement, je me demande si la race humaine n’a pas été un peu surcotée.

– Voilà donc l’histoire de mon carton de livres. Toujours est-il qu’avec ce trésor de guerre, j’ai tenu plus d’un an parce que, quand j’en finissais trois, j’allais les échanger contre un nouveau chez Fernando, le bouquiniste du marché qui était ravi de renouveler son petit fonds de romans d’amour français.

– Ouf, on arrive. Ce n’est pas plus mal que l’on fasse une petite pause à Mexico. Est-ce que tu as prévu un planning ?

– Non, juste les grandes lignes, répondit Ludmilla en souriant. 21h30, diner avec tes parents. Minuit, dernier délai, au lit parce qu’il faudra se lever tôt. 8h30, rendez-vous avec Karolyn Broad à l’agence. 9h30, départ pour le tour « Diego et Frida, les amants monstrueux ». 18h, retour à l’appartement pour se changer. 21h, diner au Frida, le restaurant gastronomique. Ce n’est pas ce qui me plait le plus, mais ton père y tenait, pour rester dans le thème et parce que c’est l’anniversaire de Nadja ; il dit que c’est un des meilleurs de la ville. J’imagine : farandole d’assiettes vides, collection de fourchettes et tenue correcte exigée. C’est pour nous, ça ! Après-demain, matinée libre pour toi, Nadja m’emmène visiter le musée national d’Anthropologie. L’après-midi, on se retrouve, on a des courses à faire pour ton voyage. Le soir, dernière réunion du comité d’organisation de l’opération Viajes con una bruma ou le tour du monde d’un nuage égaré et du gars du 9-2 qui s’est généreusement et spontanément proposé pour le raccompagner.

Jajaja, ils avaient mis du clown dans ta torta, non ? Bon, merci pour les grandes lignes, je vais attendre pour les détails. Au fait, « les amants monstrueux », vous pensez que ça va donner envie aux touristes de découvrir Frida Kahlo et Diego Rivera ?

– Non bien sûr, répondit Ludmilla en riant. « L’ogre et la boiteuse, les amants monstrueux », j’avais proposé ce titre à Jack, il m’avait dit que c’était insolite, mais pas très cool. Il a finalement préféré, « Frida et Diego, les amants révolutionnaires ». Tiens, voilà tes parents, c’est vraiment gentil d’être venu nous chercher en voiture.

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22 janvier 2025 3 22 /01 /janvier /2025 03:58

J’ai acheté une paire de chaussettes de sport. Après avoir enfilé la gauche, j’ai compris que le L ne signifiait pas left mais large.

[Pour un droit à l’insignifiance !]

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21 janvier 2025 2 21 /01 /janvier /2025 03:10

Le monde c’est toujours le télescopage de contraires, l’entrelacs d’opposés. Bonnes nouvelles et événements odieux, chefs d’œuvres et productions minables, sublimes printemps et calamités naturelles, ouvertures jubilatoires et clôtures étouffantes. On aimerait tracer une ligne rouge et ranger un peu tout ça, mais alors, ce ne serait plus un monde, ce serait un bilan comptable.

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20 janvier 2025 1 20 /01 /janvier /2025 03:57

J’adore les listes de noms et je me dis que, là aussi, on est plus ou moins gâté. J’aurais bien aimé m’appeler Antoine Veau de Lanouvelle, Bolo Tizomba, Aube Seychelles. Je n’aurais pas aimé m’appeler Victor Jambon, Robert Cendrier, Justine Guéneux.

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19 janvier 2025 7 19 /01 /janvier /2025 09:22

Les sondages sont unanimes. Les jeunes sont de plus en plus paresseux et les vieux votent massivement pour l’extrême droite. Les autres catégories sont trop occupées à organiser les activités des bambins et à rendre visite aux ainés pour trouver le temps de répondre à des sondages.

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18 janvier 2025 6 18 /01 /janvier /2025 03:03

– Et ton histoire de géant, raconte-moi la suite, demanda Brad ?

– En effet, il y a un deuxième épisode qui a lieu au commissariat, mais rassure-toi, on passe du grotesque sordide au burlesque tendre. Ça pleure un peu, ça menace, mais aucune petite fille n’a été maltraitée pendant le tournage, continua Ludmilla en riant.  Je ne sais pas si c’est normal, il doit y avoir quelque chose de tordu en moi, mais aujourd’hui, quand je repense à cette histoire, ça m’amuse. Je pourrais être dévastée, mais non, ça me fait rire. Je m’interroge.

– Ludmilla, arrête de t’interroger. Raconte plutôt.

– D’accord. Donc j’ai réussi à m’échapper de la maison et je suis allée me cacher dans les racines du ficus. C’est là qu’il m’a trouvée ; il avançait vite, hagard, faisant des grands gestes désordonnés, marmonnant et toujours en larmes. Quand il m’a vue, j’ai cru lire sur son visage un mélange d’effarement et de soulagement. Ce qui était vraiment drôle – pardon géant français, je ne me moque pas, mais tu m’as bien fait rire ! –, c’est comment il essayait de parler dans un mélange d’espagnol et d’anglais. Évidemment, il ne pouvait pas imaginer que je m’exprimais correctement dans sa langue, moi, enfant de prostituée, vivant dans une modeste cabane. Il voulait aller au commissariat de police pour dénoncer je ne sais quoi. Donc on se retrouve là-bas et il essaie de se faire comprendre par des policiers qui parlaient très bien l’anglais, mais pas le charabia de géant.

« Mi va con la dama et mi visto la chica, esta terriblé, terriblé ! la dama tapa forté con bastone sur la chica et mi esto naked et la chica a visto, esta terriblé, terriblé !  »

Personne ne comprenait ce qu’il disait ni ce qu’il voulait, ils étaient pourtant cinq à l’accueil, attirés par le spectacle qui semblait les distraire. Parmi eux, il y avait Luis qui connaissait Diego et ma situation, il m’a demandé de traduire. Je leur ai donc expliqué la scène en donnant tous les détails. Là, ça riait déjà moins, surtout une jeune policière, sans doute une nouvelle. Brad, tu sais que c’est compliqué la question de la prostitution ici. Pour certains, c’est l’œuvre du diable, pour d’autres c’est une économie souterraine irremplaçable, on parle aussi de pénaliser la demande, bref, en attendant, on ferme les yeux tant qu'il n'y a ni mineure ni lénon, tu sais un proxénète. Comment vous dites ?

– Un maquereau, comme le poisson.

– Pauvre bête ! Donc, la policière, manifestement troublée par mon histoire, dit qu’il faut envoyer les services de protection de l’enfance et me demande de traduire au géant que s’il recommence, ce sera la prison pour lui. « Prisión, si ? Jail. Do you understand, lui dit-elle sur un ton menaçant et convaincant ? » Alors, en découvrant que je parlais français, quelque chose a encore bugué dans son cerveau, il a de nouveau éclaté en sanglots et m’a dit d’accord. La policière a ajouté qu’il devrait me payer une amende, à moi, au titre des daños y perjuicios, mais je ne savais pas traduire dommages et intérêts, alors je lui ai dit qu’il devait me faire un cadeau pour réparer. Il s’est mis à pleurer et à rire en même temps et a dit, « si, si, muchos cados, esta terriblé ». On a quitté le commissariat et il a recommencé avec son charabia, « you voy una roba ou una baga, gusta una baga, what you voy ? » Je lui ai répondu en français quelque chose comme, merci monsieur, j’aimerais bien deux churros. J’ai eu mes churros. Ensuite, il a remarqué le livre que je tenais toujours et quand je lui ai dit que j’adorais lire en français, il s’est illuminé comme le phare de Cabo Corrientes et m’a dit sans changer de langue, « voy livros ? gusta livros ? daccordo, te doy livros ». On s’est donné rendez-vous le lendemain à la plage à six heures. Il m’a apporté un carton avec neuf livres ; que des romances de la collection Harlequin. Un véritable trésor, un des plus beaux cadeaux de ma vie. Deux lui appartenaient, les autres, je ne sais pas où il les avait trouvés.

– Tu vas trouver ça stéréotypé, mais je trouve bizarre, quand même, ce grand bonhomme qui lit des romans d’amour, non ?

– À l’époque je n’avais pas été surprise, ici, on en fait une grosse consommation. Alors bien sûr, pour ce qui est de l’éducation sentimentale et sexuelle des jeunes filles, ce n’est pas terrible ; c’est une littérature d’ouvrières dociles et de secrétaires soumises et pas de guerrières révolutionnaires, mais moi, je les utilisais pour travailler mon français, j’aimais beaucoup aussi les descriptions de vêtements ou d’intérieurs de maison, tout ça était tellement exotique pour moi. Plus tard, j’ai repensé à ces livres quand j’ai lu Un Viejo que leía novelas de amor. Tu te souviens, on a travaillé un extrait pour ton oral du bac.

– Si je me rappelle, le Vieux qui lisait des romans d’amour ? Évidemment, ma note d’espagnol a rattrapé celle de philo ; Sepulveda et toi, vous m’avez sauvé de Spinoza. « El amor es como la picadura de un tábano invisible, pero buscado por todos, l’amour est comme la piqûre d’un taon invisible, mais tout le monde le cherche. » Je crois que c’est le premier livre que j’ai lu en entier. C’est incroyable comment il décrit la jungle amazonienne, tu as l’impression d’entendre les ouistitis hurler et de sentir les moustiques te piquer.

– Tiens, tiens, tu vois, tu as voyagé sans voyager. Eh, regarde, on passe les Jardines Del Recuerdo, on arrive bientôt.

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17 janvier 2025 5 17 /01 /janvier /2025 03:09

Cot cot, fit la poule

Tchou tchou, fit le train

Moi moi, fit l’humain

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16 janvier 2025 4 16 /01 /janvier /2025 03:27

– Quoi ! 64 ans. Ils vont partir à la retraite à 64 ans. Mais c’est inhumain ; moi je ne tiendrais jamais, voilà huit ans que je suis en service et je n’en peux déjà plus, dit Réfrigérateur. Et toi ?

– Moi je ferai encore moins. Faut dire aussi que j’ai commencé jeune, je n’étais pas encore fini, répondit Ordinateur.

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15 janvier 2025 3 15 /01 /janvier /2025 03:44

– Dites donc, vous vous lâchez en ce moment, qu’est-ce qu’il se passe, demandèrent les Cyclones aux Incendies ?

– Comment ça, c’est le bordel sur toute la planète et il faudrait qu’on reste sagement dans les cheminées. Et puis, c’est un peu l’hôpital qui se moque de la charité.

– C’est vrai, on a bien tapé ces derniers temps. L’avantage, conclurent les Cyclones, provoquant un fou rire général, c’est qu’on ne risque pas la motion de censure !

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14 janvier 2025 2 14 /01 /janvier /2025 03:08

Le lendemain, à 11h55 Ludmilla était chez Brad, à 12h10 ils quittaient l’appartement, à 13h30 ils étaient à la gare routière et à 13h40 le bus démarrait – suivi de Nubecito, probablement.

– Toujours aussi organisée, miss Trip-Ludvisor !

– Non justement, il y a un petit changement de programme. On va devoir rester deux jours à Mexico avant de rejoindre Veracruz ou peut-être Altamira, il y a un problème avec le cargo m’a dit Karolyn.

Karolyn Broad était responsable de l’agence Voyage Voyage de Mexico. C’était l’ex de Jack Paradise.

– Tu te rends compte que ce sera ma première visite à Mexico. Pour une Mexicaine, ça craint, non ?

– Oui mais toi, tu as lu les œuvres complètes de Barbara Cartland, ça compense, se moqua gentiment Brad. Au fait, c’est quoi cette histoire de carton de bouquins donné par le géant français, tu m’as intrigué ? Et pour une fois, ça ressemble à un gentil conte pour enfants.

– Aïe ! J’en étais sûre. Je n’aurais pas dû t’en parler. Je veux bien te raconter, mais je te préviens, c’est plus dark que pink, avec Purificación dans le rôle secondaire. En fait, tu as raison, je lis peut-être trop. J’ai toujours pensé que le réel, là, regarde, dehors dans la rue, c’est pauvre, qu’on n’y fait pas de rencontres, qu’on n’y apprend rien et qu’on y vit des événements insignifiants. Depuis qu’on prépare ton voyage, je m’interroge. Toi, tu lis peu, mais tu vas rentrer de ton tour du monde avec une expérience incroyable. Ta mère, elle, elle voyage et elle lit. Moi, je peux te raconter la Sibérie de Cendrars et les Cévennes de Stevenson, mais je n’y suis pas allée. C’est comme pour les circuits touristiques que je vends, je peux les décrire avec enthousiasme, mais je ne les ai pas faits. Alors oui, je m’interroge.

– Tu t’interroges ! C’est nouveau, ça ! Bon, et le conte du géant français et de la petite liseuse mexicaine, tu me racontes ?

– Tranquille, Caballero, on vient juste de passer San Miguel de la Paz, on a le temps. Regarde, Ludmilla sortit un livre de son sac, au début de Mundo del fin del mundo Sepulveda écrit – je traduis vite fait – « je rêvais aux aventures qui me révèleraient les fondements d’une vie éloignée de la lassitude et de l’ennui, alejada del tedio y del aburrimiento ». Je te fais grâce du magnifique cours de ta mère : « l’ennui, la litanie des traductions ». Six heures, quand même, sur les nuances entre ennui, lassitude, fastidio, mélancolie, taedium vitae, le spleen, la saudade et même la toska russe chez Tchekhov. Si elle tient son allure, il nous faudra trois ans pour finir le premier chapitre ! En fait, ce que je voudrais te dire, c’est que moi, je ne rêve pas d’aventures extraordinaires, mon quotidien me comble. Peut-être que je manque d’ambition, mais ça me suffit. J’ai Pap’, je t’ai toi, j’ai mes livres, les cours de Nadja, mes touristes. Je ne m’ennuie jamais. Voilà. Bon, aujourd’hui, c’est vrai, quand je te vois partir, j’ai un doute sur le réel et sur les livres. Comment on apprend la vie ? Est-ce qu’il suffit de voyager pour voyager, est-ce que, si tu ne voyages pas, tu ne voyages pas… enfin, je me comprends. Il est où le monde ?

– Ne me demande pas à moi, c’est trop philosophique tout ça. En attendant que tu écrives el libro del fin del libro, j’aimerais bien mon conte pour adultes.

– Tu insistes. OK, tu l’auras voulu, Brad.

Ouh là. Je crains le pire, s’inquiéta Nubecito. À chaque fois que Ludmilla déroule le film de son enfance, j’ai envie de me cacher les yeux, comme vous faites au cinéma. Je comprends Brad qui est toujours un peu secoué. Je comprends aussi Ludmilla qui raconte sans tricher. C’est sa mère, son enfance, son passé. Elle ne peut pas gommer ça ni colorier en bleu layette.

– Un jour, j’avais huit ou neuf ans, il pleuvait fort et j’étais à la maison en pleine lecture, alors quand ma mère est rentrée avec un client, je n’ai pas voulu sortir et je me suis cachée. Mais bon, se cacher dans une maison qui n’a qu’une pièce, ce n’est pas facile. Donc. Elle commence ses affaires. Moi, ça ne m’intéressait pas, j’étais dans mon livre. J’avais juste remarqué que le client, il devait faire au moins deux mètres cinquante et qu’il jurait en anglais avec un gros accent français, du genre « foque, foque ! ». Tout d’un coup je l’ai entendu hurler, « là, là, yo visto una chica ! ». Ensuite tout est allé très vite. Je te décris le plan. Lui, prostré, le pantalon sur les pieds, répétant en pleurant comme un veau, « una chica, yo visto una chica ! » ; ma mère, seins nus, hurlant comme un cochon, essayant de me donner des coups de balai ; moi, détalant comme un lapin et sautant par la fenêtre. Je me souviens m’être dit alors, surtout ne laisse pas ton livre, sinon elle le déchirera.

Interrompant son récit, Ludmilla sortit deux sandwichs de son sac en disant, tiens j’ai une cubaine pour toi. Ne rêve pas, c’est una torta cubana, ajouta-t-elle en éclatant de rire, de toute façon, je n’ai pas l’équipement pour, ich bin eine petite cylindrée.

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13 janvier 2025 1 13 /01 /janvier /2025 03:36

C’est vertigineux. Tout s’enchaîne et ça laisse peu de place au choix libre.

L. O.-L. (initiales modifiées pour préserver l’anonymat de mon malheureux ami) s’est installé dans son appartement il y a vingt-cinq ans. Il hésitait alors entre deux propositions, je lui avais conseillé le premier. Rapidement, il s’était intégré dans la résidence, avait sympathisé avec quelques voisins, et notamment M.-A. C. avec qui il s’était marié et avait eu deux enfants, Jim et Jules. L. avait monté une affaire florissante avec son beau-frère, et sa femme avait repris l’agence d’architecture de ses beaux-parents. Entre-temps, L. et M.-A. avait emménagé dans une maison plus belle et plus grande. Jim avait alors fréquenté sa nouvelle voisine Pénélope, riche, jolie et méchante. L’affaire avait vite mal tourné ; Pénélope préférait Glenn. Jim l’avait assassinée.

J’interromps là la chaîne des événements, parce que, entre prison, suicide du père, faillite et cancer de la nièce, ça devient insupportable.

Mais voilà, je ne peux m’empêcher de me demander : quelle aurait été la vie de L. s’il avait choisi le deuxième appartement ?

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12 janvier 2025 7 12 /01 /janvier /2025 03:12

C’est le retour du chikungunya. Ces moustiques-tigres sont une plaie. Il faut dénoncer leurs alliances clandestines avec les chauves-souris et les pangolins et s’entendre avec le Nord global pour les éradiquer.

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11 janvier 2025 6 11 /01 /janvier /2025 03:46

Ne te méfie pas des apparences, elles sont innocentes, et si elles s’avèrent être des voiles, n’est-ce pas parce que tu as caché quelque chose derrière.

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10 janvier 2025 5 10 /01 /janvier /2025 03:14

– Qu’est-ce que tu as prévu de faire aujourd’hui ?

– J’hésite. Allez, je vais faire un petit tour, répondit Lune à Terre.

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9 janvier 2025 4 09 /01 /janvier /2025 07:11

– J’avais lu tant d’histoires d’amour, elles parlaient toutes d’un bouleversement radical. Tu aimes et tu n’es plus toi-même. Le monde n’est plus le même, les mots changent de sens et la vie change de goût. Là je n’ai pas le temps, mais je te raconterai comment le géant français m’a donné un jour un carton plein de romances, novelas rosas – comment on dit déjà, tu sais, la collection Harlequin ?

– Romans à l’eau de rose.

– Ah oui. Tu ne le croiras pas, mais dans le lot, il y avait même L’Homme de Puerto Vallarta. Je ne me souviens plus des histoires, mais c’était parfait pour mon niveau de français de l’époque, évidemment, pas beaucoup d’informations sur comment « faire une cubaine », mais c’était bien pour le vocabulaire et la grammaire de base. Plus tard, mon histoire d’amour préférée, ça a été celle de Ludo et Lila dans les Cerfs-volants de Gary. Tous les ans je faisais un exposé en cours de français et tous les ans, Gary vendait trente exemplaires de son livre à Guadalajara ; ses héritiers devraient me remercier.

– J’avoue. Et donc, Rodrigo ?

– Euh, mince, je me suis encore perdue. Allez, je repars, suis-moi. Je voulais tester, je voulais vérifier. Je voulais être amoureuse. Sauf que très rapidement – excuse, mais pas le temps pour les détails, je prends un raccourci –, je me suis lassée. Santiago était un chic type, assez drôle et jamais à court d’idées, mais il y a eu un truc rédhibitoire, c’est le poids insupportable de nos silences, ça nous rendait trop proches, trop présents.

No comprendo, tu peux expliquer, por favor.

Que sí, entiendes muy bien. Bon, je développe. Au bout d’un moment, on a eu moins de choses à se dire, bon, ça, ce n’est pas grave, mais quand on se taisait ensemble, c’était terrible. Et si on ne parlait pas, il fallait qu’on fasse, il fallait qu’on agisse, comme pour pouvoir s’ouvrir et respirer. En fait, soit j’étais épuisée par cette hyperactivité, soit je m’ennuyais comme une huitre morte. Alors je me suis dit qu’on devait en parler, je devais lui avouer que je préfèrerais terminer notre histoire. Mais je n’y arrivais pas. La dernière semaine de vacances, il a disparu et m’a dit qu’il allait à Mexico. Ensuite, le jour de la rentrée, je l’ai revu. Il est venu vers moi, je voulais tout lui dire, mais il avait l’air tellement triste que j’ai pensé, je ne sais pas, que son père avait un cancer et que ce n’était pas le moment de rompre. Et là, écoute bien, il me dit à peu près ça, désolé Ludmilla, je sais que je vais te faire beaucoup de peine, mais voilà, c’est fini entre nous, j’ai rencontré Mercedes. Si tu veux bien, on restera amis, tu es une fille super. Blablabla.

– Non, je n’y crois pas. Brad éclata de rire. Tu ne pouvais pas rivaliser avec Mercedes, das ist eine grosse cylindrée. Puis sans transition il continua, OK, merci pour ce partage, mais ça m’étonne que tu ne m’en aies jamais parlé.

– Mais Brad, c’est juste que…

– … tu ne voulais pas me rendre jaloux.

– Hein ? N’importe quoi. Tu es mon meilleur ami, tu es comme mon frère. On n’est pas jaloux de sa sœur. C’est simplement que j’avais complètement oublié. Ou-bli-é. Mais vraiment. Comme un détail trop insignifiant pour être visible, un nanoévènement. Ah, une chose encore. Je sais que je parle beaucoup, mais parfois quand on est ensemble, on se tait. On peut rester des heures ensemble sans parler. Ça ne m’a jamais pesé. Pareil avec Pap’. Maintenant je le fais moins, mais avant on partait en mer ensemble, on pouvait passer la nuit entière sans dire un mot et ce n’était jamais gênant. Bon on est arrivés, enchaîna-t-elle sans changer de ton ni de rythme. Timing parfait. Je dors chez moi, j’ai des courses à faire demain matin, on se retrouve chez toi à midi pour prendre le bus pour Mexico ; tes parents y sont et nous attendent pour la soirée. Toi, tu dois préparer ton havresac. Adios, voyageur blanc !

– Chao. Euh, mon quoi ? mon havre sac, demanda-t-il ? Mais Ludmilla était déjà loin.

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8 janvier 2025 3 08 /01 /janvier /2025 03:07

Non mais ça suffit, les écrivains ! Déjà qu’il faut qu’on se farcisse vos pavés et qu’on subisse ce que vous dites, en plus, il faudrait qu’on cherche ce que vous avez voulu dire. Vous ne voudriez pas aussi qu’on écrive, à votre place, ce que vous auriez pu dire.

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7 janvier 2025 2 07 /01 /janvier /2025 03:55

Il est des choses indicibles.

C’est important de le dire, faute de quoi, on risquerait de les dire.

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6 janvier 2025 1 06 /01 /janvier /2025 03:56

Dans ce chaos grandissant où tout change sans cesse, où tout s’use et vieillit vite, ce qu’il nous manque, ce sont des pyramides et des menhirs. Comme la rivière à la dérive, la vie est belle de couler et s’écouler, mais il lui faut des rives.

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5 janvier 2025 7 05 /01 /janvier /2025 03:38

– Bon, je te raconte mon histoire avec Santiago, mais ne me reproche pas de t’ennuyer si tu trouves ça fade. Au fait, Brad, tu as vu Nubecito récemment ?

– Zut, c’est vrai qu’on l’oublie tout le temps. Diego m’a dit de ne pas m’inquiéter, si je ne sais pas où il est, lui, il sait où je suis. Il te suivra como tu sombrera, comme ton chapeau.

– Tu es sûr d’avoir entendu ça, Brad ? Il n’aurait pas dit plutôt como tu sombra, comme ton ombre.

– Hein ? Ah oui ? C’est ça ! Je devrais savoir, Sol y sombra, c’était mon livre d’espagnol au collège. Avoue aussi que vous êtes compliqués : sol, ce n’est pas le sol, c’est le soleil et ombre, ce n’est pas l’ombre, c’est l’homme… Et-Brad-bada, boum-boum, mais-ne-sombra, bam-bam !

– Ah ah, bravo pour ce petit rap de la sombra ? En attendant, je trouve cette idée d’ombre vraiment intéressante. Tu sais que Stevenson n’a pas écrit que son voyage dans les Cévennes mais aussi The Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde. Alors, aurions-nous affaire à un nouveau Docteur Jekyll and Mister Brad ! Tu aurais un double, bad et sombre, que tu évacuerais en l’extériorisant sous forme de nuage pour ne conserver que la meilleure version de toi, glad et solaire ? Non ? Qu’est-ce que tu en dis ?

– Ouh là, doc Lula, Sir Brad, il vous dit parle à mon ombre, ma tête est malade ?

– Euh, désolée, no tengo la réf, enchaîna Ludmilla dans un magnifique fragnol.

En effet, je suis là, pensait Nubecito. Merci de vous inquiéter, j’aurais aimé que l’on m’accorde une existence sommaire et une autonomie relative, mais finalement, peut-être que je ne suis que le dedans exilé de Brad. Après tout, ça ne fait rien, parce qu’on ne dépose pas son ombre comme on pose son sombrero, si je puis me permettre ! Bon, mais là, elle s’éloigne de son sujet la petite Ludmilla. J’attends avec impatience qu’elle raconte son aventure avec Santiago. Les sentiments humains, je les aime en histoire plus qu’en analyse.

– Mince, on est déjà devant le Hard Rock. Bon, ça me laisse dix minutes pour Santiago, c’est assez. Donc, en fin de première, quand toi tu as passé ton bac, tu es parti trois mois en France pour les vacances. Moi je suis restée seule, et un jour j’ai rencontré Santiago à la plage. On a bavardé, mangé des churros, c’était vraiment cool et je voyais bien qu’il ne voulait pas que des churros. Dans ma tête je me disais que je pourrais peut-être sortir avec lui. Pour voir.

– Pour voir ! Mais tu es sérieuse ?

– Oui, voir ce que c’est que d’avoir un amoureux. Alors, je résume, on est sortis ensemble. D’abord il y avait le côté sexe. Même si ce n’était pas ce qui m’intéressait le plus, j’étais curieuse. Tu sais que je n’ai pas eu besoin de You Porn pour faire mon éducation sexuelle. J’avais professeur Purificación à la maison, alors je connais, sodomie, fellation et… comment on dit en français, titty-fuck ?

– Branlette espagnole, dit Brad très fier, pour une fois que je t’apprends un mot.

– Sans blague. Trop drôle. Les Espagnols disent hacer una cubana, faire une cubaine, en Argentine, ils disent faire una turca, une turque et nous ici, on dit faire una rusa, une russe. Tu comprends, c’est toujours une étrangère qui fait des cochonneries avec ses gros seins. On ne peut pas imaginer sa sœur ou sa mère en train de faire la chose. Enfin, si, moi je peux.

– Bon, là tu t’éloignes un peu de ton sujet.

– Ah bon ? Toi qui préfères l’errance au parcours, tu n’aimes pas mes digressions. Tout d’un coup le camino te semble un peu lent et tortueux et tu voudrais une autopista directe. Je t’ai choqué. Allez, c’est vrai, tu as raison. Excuse-moi de parler de façon aussi crue. Tu comprends, je n’ai jamais cherché à effacer mon passé, je ne veux pas raconter ça à la terre entière, mais je ne veux pas non plus gommer toute une partie de ma vie, c’est mon histoire, c’est mon passé, donc c’est moi et oublier, ce serait comme m’amputer.

– D’accord…

– Alors je continue. Donc, je voulais savoir ce que l’on ressent vraiment, parce que pour les hurlements de plaisir de Purificación, je ne suis pas idiote, j’ai vite compris que ça faisait partie de la prestation. Mais en fait, ce qui m’intriguait surtout c’était le sentiment amoureux. Qu’est-ce qu’on ressent quand on est amoureuse ?

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