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C'est Peu Dire

  • : Les Restes du Banquet
  • : LA PHRASE DU JOUR. Une "minime" quotidienne, modestement absurde, délibérément aléatoire, conceptuellement festive. Depuis octobre 2007
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Et Moi

  • AR.NO.SI
  • Philosophe inquiet, poète infidèle, chercheur en écritures. 55° 27' E 20° 53' S

Un Reste À Retrouver

3 février 2025 1 03 /02 /février /2025 03:39

J’en ai assez de ce gros voisin qui gare son gros 4x4 sur mon petit trottoir. Je vais te lui coller des droits de douane, à lui. Pareil pour celui qui écoute Chéri FM du matin au soir, fenêtres ouvertes. Allez, vingt pour cent. Et la petite de la résidence d’à côté, elle est vraiment trop laide. Bam ! droits de douane. Je sais que ce n’est pas de sa faute, et alors ? Allez, quinze pour cent. Et pareil encore pour la dengue et la canicule, droits de douane. Vingt pour cent, pour commencer.

Pour la dette, j’hésite, ça pourrait être contreproductif.

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2 février 2025 7 02 /02 /février /2025 03:25

Après une soirée tendre et joyeuse où alternèrent lectures en langues étrangères, antojitos délicieusement mexicains, rires chaleureux et paletas rafraichissantes, la jolie troupe s’accorda une bonne nuit réparatrice.

Le lendemain, Brad et Ludmilla retrouvèrent Karolyn Broad à l’agence Voyage voyage. Il fut d’abord question de la traversée en porte-conteneur. Le voyage initialement prévu, Veracruz-Anvers-Hambourg n’était plus possible, le bateau était parti avec 48 heures d’avance à cause de la météo et il n’y avait aucune place avant six mois. Chaque cargo n’embarquait qu’une petite dizaine de passagers et ces voyages devenaient très prisés. Une réservation avait été faite sur un cargo reliant Altamira au Havre.

– Ce n’est pas donné, expliqua Karolyn. Ça prend au maximum trois semaines si la mer est mauvaise. Tu auras une cabine avec toilettes. C’est 1300 dollars, mais tu as droit à 160 kilos de bagage. Bon, c’est une autre façon de voyager, il faut aimer. On mange très bien. C’est parfait si tu veux disparaître un temps ou soigner un chagrin d’amour, mais trop court pour apprendre la physique quantique. Ce n’est pas pour moi, mais je respecte. Voilà les documents à remplir. Le bateau quitte Altamira vendredi, tu dois embarquer à 18 heures dernier délai. Inutile de préciser qu’on ne t’attendra pas. Une chose très importante, tu devras respecter scrupuleusement les espaces autorisés et les espaces interdits et ne jamais déranger les membres d’équipage. Tu prendras tes repas avec les officiers. Pas d’alcool. On ne peut fumer que sur le pont. Toujours éteindre son mégot dans les cendriers. Il y a une salle avec un vidéoprojecteur. La connexion internet, normalement c’est trois heures par jour et c’est payant, mais ils ont un problème de connexion. Il n’y a pas de médecin, mais il y a une bonne pharmacie et il y a moyen de faire son jogging quand la mer est calme.

– Chouette, ça donne vraiment envie. I can’t wait, comme vous dites, mais shoot alors pour la physique !

– C’est parfait Karolyn, remercia Ludmilla. On sera à l’heure.

Si, si gracias, c’est vraiment cool, we will send back the elevator to you, risqua Brad, parvenant enfin à dérider Karolyn.

– Ah ah, pas trop fort l’ascenseur, ça peut faire mal, et à la place de la physique quantique tu pourras apprendre une quatrième langue puisque tu es déjà trilingue, Bradstein. Ludmilla, je te dois bien ça, tu m’envoies tellement de touristes. Bon, deuxième dossier. La ruta artística de Kahlo y Rivera. Tu connais Jack, il veut de l’insolite-cool, mais toutes les agences sont sur le coup et la Maison Bleue est le lieu le plus visité de Mexico, 300000 smartphones par an dans 1000m². Soyez à l’entrée à 9h30 et demandez Frigo – je vous promets, c’est son nom. J’ai imaginé un nouveau circuit, à faire en van s’il pleut, sinon en trottinette électrique. Je voudrais que tu le testes. Casa Azul, musée Diego à Anahuacalli, le musée-maison-atelier Diego et Frida dans le quartier de San Angel. Pause déjeuner à la Cazul, petit restaurant tenu par Guadalupe dans le quartier Coyoacán, dont la grand-tante aurait été cuisinière à la Casa Azul (je n’ai pas vérifié l’information), c’est un plat par jour, aujourd’hui : chiles en nogada, piments farcis, la recette se trouve au musée, c’était le plat préféré de Frida (information vérifiée), mais elle sert des frites, si on demande. L’après-midi, le très beau musée Dolores Olmedo avec goûter à la pâtisserie Esperanza La Noria qui fait un délicieux cheese-cake aux figues de Barbarie, le dessert préféré de Frida, mais on y trouve aussi des donuts, si on demande. Entre chaque visite – Jack y tient –, tu passes par des lugares secretos para viajeros inconformistas, sous-entendu des lieux secrets inconnus des autres agences, celles qui accueillent les voyageurs conformistes, enfin tu vois. Pour les fresques de Diego Rivera, il resterait le Palacio Nacional et le Palacio de Bellas Artes à côté du McDonald’s, mais on risque l’overdose. Tu me donneras ton avis. Pour ne rien te cacher, Ludmilla, je n’ai plus la foi. Tu comprends, notre petite agence voulait faire découvrir un autre Mexique à des routards alternatifs, mais on s’est fait rattraper par le surtourisme et on va faire du bullshit trip comme les autres, traduis ça comme tu veux.

– Décidément, tu sais vendre toi, tu donnes vraiment envie. Par hasard, il y a des choses que je devrais savoir sur le Transsibérien ?

– Chaque chose en son temps, Brad. Tu sais Karolyn, je me pose les mêmes questions que toi. Je suis Mexicaine, j’aime ma terre et les miens, je voudrais montrer que c’est autre chose que le pays du guacamole et des cartels, mais je suis gagnée par le syndrome Malinche, l’indienne qui trahit les siens et les livre à Cortés, celle qui traduit et permet la découverte et la mainmise. En plus, avec ma tête de gringa

– Ouh là là, mais vous pensez trop toutes les deux. On est trop petits pour faire la révolution. Surtout, on n’est pas assez nombreux. Il faut trouver une autre forme de résistance, on n’a aucune chance contre le raz-de-marée des instagrameurs. Au fait, tu sais qui est ma référence en résistance ? C’est Diego. Pas Diego Rivera, non, Diego, ton père. Il a toujours résisté à tout, l’argent de Walmart, la méchanceté de ta mère, la violence des dealers, la dépression de son copain Rodrigo, la pauvreté des jours sans poisson, la bêtise des touristes… Même les tempêtes. Il est toujours là, avec sa gentillesse, avec son rire. Je ne dis pas que c’est un modèle à imiter, mais c’est sûrement un exemple qui peut nous inspirer. Regarde les révolutionnaires, je ne suis pas un surdoué en histoire mais tous, à chaque fois, ils s’entretuent, c’est Robespierre qui supprime Danton, Lénine qui supprime Trotski, avec Frida aux premières loges, et Zapata, supprimé par je ne sais plus qui. Il faut trouver une autre voie avec Diego.

– Je suis d’accord. J’aime bien ce que tu dis sur Pap’. C’est vrai en plus. Je l’ai toujours trouvé tellement fort. J’aime vraiment bien ce que tu dis.

Well, son, you really got me now!

– Qu’est-ce qu’elle dit, je n’ai pas la référence ?

– Moi non plus, Brad, mais ça veut dire qu’elle aime vraiment bien ce que tu dis.

Ça alors, c’est Brad qui a parlé ! C’est bien la première fois que je l’entends réfléchir comme ça, se dit Nubecito. Serait-ce déjà les effets du voyage. Ce gamin serait en train de grandir ? J’aime bien ce qu’il dit. C’est vrai qu’il faut qu’ils changent des trucs, en bas, parce qu’ils sont en train de tout détraquer. Alors résister oui, mais comment ? Malheureusement Brad ne donne pas trop le mode d’emploi.

– Allez les jeunes, je vous mets dehors ! C’est votre moment instagram, faites chauffer les smartphones…

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1 février 2025 6 01 /02 /février /2025 03:36

On ne fonde pas des fondations. Un dehors nous déborde et tout début est  débiteur.

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31 janvier 2025 5 31 /01 /janvier /2025 03:22

À ne faire que parler, les politiques vont finir par nous dégoûter de ce que l’on aime pourtant le plus, les mots.

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30 janvier 2025 4 30 /01 /janvier /2025 03:06

Sécheresse, inondations, cyclones, incendies… c’est incontestable, la Terre ne nous aime plus.

Aurait-elle ses raisons ?

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29 janvier 2025 3 29 /01 /janvier /2025 03:05

Les idées, c’est comme les champignons. Il y a des années avec et des années sans ; de plus, quand vous en avez une, deux ou trois autres ne sont pas loin, et quand vous n’en avez pas, vous n’en avez vraiment pas.

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28 janvier 2025 2 28 /01 /janvier /2025 03:35

– Ô mon Pérégrin d’amour, viens que je te couvre de baisers. On ne se voit jamais et voilà que tu m’abandonnes pour un siècle et demi.

– Très chère mère, toujours ton sens de la mesure. Je te ferai remarquer que cette idée de tour du monde, si elle ne vient pas de toi, tu l’as vite reprise à ton compte. Bon, je ne te présente pas Ludmilla, vous avez des amis communs, je crois, Luis, Blaise, Robert Louis et d’autres, j’imagine. Salut Dad. J’espère qu’on dine bientôt parce qu’on n’a rien mangé depuis au moins deux siècles.

– Bonjour les enfants. Le temps de rentrer, de vous doucher et dans moins d’une heure, vous serez devant une bonne assiette de tlacoyos et de tlayudas, pour les amateurs de viande. Allez, embarquez Voyageurs ! Alors Ludmilla, c’est la première fois que tu viens à Mexico ; quelles sont tes premières impressions ?

– C’est grand. Très grand. Trop grand peut-être, mais j’ai hâte de découvrir un peu la ville.

– Tu as raison, quinze fois la taille de Paris, vingt-cinq millions d’habitants, c’est démesuré. Je crois qu’il faut l’aborder comme un ensemble de petites villes qui ont chacune des caractéristiques singulières, chacune a une odeur et une lumière propres. Enfin, tout cela demande de la patience et de la lenteur et vous ne restez que deux jours, c’est encore moins qu’un touriste moyen !

– De la lenteur, oui… continua Nadja. Ah, Swann mon compagnon, mon socio, comme dit Sepulveda, au crépuscule de nos jours, on voudrait, s’il se peut, rejoindre l’aube, mais la Piedra del sol a tourné, nous sommes une espèce en voie d’extinction. Wisely and slow, they stumble that run fast.

– Ça y est, on a perdu Nadja, s’amusa Brad !

– Le mystère des silences et l’impertinence de la lenteur, voilà ce qui se retire quand tout est saturé, quand tout est plein. Le délié de l’existence, voilà ce qui s’éteint.

Personne ne fut étonné de ne pas tout comprendre. Quand Nadja parlait, il fallait plutôt sentir qu’analyser, comme avec un parfum. Ludmilla – wisely and fast – avait quand même pris le temps de prendre quelques notes. Le reste du trajet fut silencieux et on arriva vite à l’appartement de fonction qui se trouvait colonia Polanco. Après une installation rapide, tout le monde se retrouva au salon.

– Bon, apéritif, entrée, plat, dessert, boissons. Tout est là. Chacun se sert et compose son assiette, indiqua Swann.

– Oui mais d’abord, ou pendant, si vous êtes affamés, c’est le moment des cadeaux. Tiens, pour toi, Ludmilla.

– Ah oui ? Donc Nadja, pour ton anniversaire, c’est toi qui offres des cadeaux. C’est sans doute une coutume russo-polonaise. Bon, voyons, qu’est-ce que c’est ? Comme c’est beau ! Qué maravilla. Merci. Merci. Muchísimas gracias. Je devrais dire comme vous, les Français, non je ne peux pas accepter un tel cadeau, c’est trop, vraiment, je ne peux pas… mais dommage, je suis Mexicaine et je dis oui, oui, oui, merci, j’accepte, je prends. El diario de Frida Kahlo. Un íntimo autorretrato. Le Journal de Frida Kahlo. Un autoportrait intime. C’est magnifique. Des poèmes, des dessins, des collages, des réflexions, c’est une œuvre d’art à part entière.

Ludmilla et Nadja, assises l’une à côté de l’autre, feuilletaient l’ouvrage.

– « Alas rotas. Ailes brisées. » C’est étonnant cette référence fréquente aux ailes. Tiens, là encore, « Pies. Para qué los quiero si tengo alas pa’ volar. Des pieds. Pourquoi j’en voudrais si j’ai des ailes pour voler. »

– Oui, les ailes, les pieds. Regarde, « Color de veneno. Couleur de venin. Sol y Luna, pies y Frida. Soleil et Lune, Pieds et Frida ». C’est son corps en miettes, dont elle parle, son corps morcelé, mutilé, désintégré.

– « Yo soy la desintegración » Un pied, une tête, une main, un œil, un sein. Et toujours son fameux monosourcil qui surligne son regard profond comme dans tous ses autoportraits et qui a tant fait couler d’encre. Diego le comparait aux ailes d’un oiseau noir, un merle selon Le Clézio, une mouette peut-être, une colombe selon la chanteuse Chavela Vargas…

Ludmilla se mit à chantonner, ya me canso de llorar y no amenece, je suis fatiguée de pleurer, et le jour ne se lève pas… Paloma negra, paloma negra

– Euh… colombe, mouette, aigle noir… moi je vois autre chose, dit Brad qui se trouvait en face d’elles. Il prit le livre, le retourna et leur montra. Alors ? Non ?

– Ah oui. Zapata ! Les sourcils inversés de Frida sont les moustaches de Zapata, s’écria Ludmilla.

Viva Zapata, hurlèrent-ils en cœur !

Y Viva Chavela !

– Y Viva Ludfrida !

– Ah ah, je pense que notre peintre révolutionnaire aurait apprécié votre joyeuse découverte. Ah, tiens, ça c’est pour toi, mon petit Marco Polo.

– Oh ! Moi aussi j’ai un journal, mais… sans texte ni images. Décidément, je fais tout moi dans cette histoire. Je voyage et j’écris. Et en plus je fais la nounou, enfin le cloud sitter.

– Tu feras tout ça très bien. Tiens, encore un cadeau, dit Ludmilla, et ne t’inquiète pas, tu as droit à 150 kilos sur le cargo.

– Tiens, un livre ! Quelle surprise ! Travels with a donkey in the Cévennes, Robert Louis Stevenson. Et en anglais. Donc tu as aussi pensé à mes devoirs de vacances. Tu me gâtes.

– Je sais. C’est une édition ancienne et illustrée. Regarde, il y a même une dédicace manuscrite. « Never alone in the wilderness of the world, when travelling with U. I. ».

– OK. Première leçon. Donc, ça veut dire, jamais seul dans la sauvagerie…

– « Je ne suis jamais seul dans le désert du monde quand je voyage avec U. » U., je ne sais pas si c’est l’abréviation de You, ou l’initiale d’un prénom. Pareil pour la signature, I. est-ce que c’est I, Moi, ou Irvin ou Iveline…

– C’est charmant et mystérieusement british, ajouta Nadja. C’est émouvant, je trouve, pensez que ce livre a été entre les mains d’une vieille Anglaise, lisant à la lumière d’un feu de cheminée dans un château froid des Cornouailles, un plaid sur les genoux, un ballon de Brandy pas loin. Mais ! C’est curieux, ce livre sent… la cannelle, non ?

– Moi je dirais le pain d’épices…

En attendant, Nubecito faisait des ronds dans le ciel, au-dessus de l’appartement. Le déballage de cadeaux l’ennuyait un peu. Des livres, encore des livres. Mais qu’est-ce qu’ils ont avec les livres ? Bon, d’accord, nous les nuages, on ne lit pas, pour diverses raisons inutiles d’évoquer ici, mais je me demande si l’on ne se prive pas du spectacle du monde à chaque fois que l’on baisse les yeux pour lire. Spectacle du monde, je m’entends, c’est parfois pollué, violent et bête, mais quand même, quand tu lis, tu ne fais rien et pendant ce temps, certains sont très contents d’avoir les mains libres pour faire à ta place. Non ? Peut-être que je deviens un peu parano. Bon, à la limite, des livres d’amour…

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27 janvier 2025 1 27 /01 /janvier /2025 03:53

Make it small again.

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26 janvier 2025 7 26 /01 /janvier /2025 03:41

– Le monde est un t…

– … théâtre. Eh, tu radotes mon pote !

– C’est aussi que rien ne change. Un théâtre, quelques histoires classiques et quelques personnages types. Chacun de nous joue l’un de ces personnages avec fidélité, ce n’est pas difficile, il suffit de copier et répéter. Outre le texte, les costumes sont prévus aussi. On le déclame, on les enfile.

– Et toi alors ?

– Je fais comme les autres. Certains – mais ils sont très rares – inventent un nouveau personnage. Nouveaux gestes, nouveau costume, nouvelle langue. C’est troublant et soit on condamne, soit on idolâtre. Puis, rapidement, on se remet à copier.

– Donc le monde est prévisible.

– Oui. Heureusement, de temps en temps, un accident a lieu.

– Ah ?

– Oui. Un élément du décor s’effondre, un personnage se trompe de texte, un costume craque.

– Et ?

– Et rien. Tout reprend normalement.

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25 janvier 2025 6 25 /01 /janvier /2025 03:16

Tout le malheur des hommes (y compris le trou de la sécu) vient de ne savoir plus mourir à temps.    

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24 janvier 2025 5 24 /01 /janvier /2025 07:39

Clodoald est le fils de Clodomir et le neveu de Clotaire, eux-mêmes fils de Clovis et de son épouse Clotilde. Il y a aussi, le fils aîné de Clovis, demi-frère de Clotaire et de Clodomir, qui s’appelle – ça n’a rien de drôle et pourtant ça m’amuse beaucoup – Thierry.

Enfin, c’est ce que raconte Grégoire de Tours dans son Histoire des Francs.

Je note néanmoins que le Grégoire ne mentionne pas la mère de Thierry. Ce ne serait pas Sylvie, par hasard ?

La suite du livre est moins intéressante.

J’ai été clodoaldien pendant un temps, mais ce n’est pas intéressant non plus.

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23 janvier 2025 4 23 /01 /janvier /2025 03:04

– Quelque chose me dit que tu vas bientôt lire ton deuxième livre, Brad. Moi, ce qui m’a fascinée dans le livre de Sepulveda, ce sont les personnages et surtout le vieux qui lit des romans d’amour,Antonio José Bolívar Proaño – rien que son nom, c’est déjà un poème. Remarque, celui de sa défunte épouse, c’est mieux encore, Dolores Encarnación del Santísimo Sacramento Estupiñán Otavalo, un annuaire à lui tout seul.

– Dis, si je me souviens bien, le tien n’a rien à leur envier ; c’est comment déjà ?

– C’est vrai . Inmaculada Concepción de Santa María de Los Angeles. Et le prénom complet de ma mère, c’est Purificación y Veneración de la Virgen de Guadalupe. Là on passe de l’annuaire au missel. On doit ça à ma grand-mère, c’était censé nous protéger des démons. Encore une histoire qu’il faudra que je te raconte. Tu vois, c’est toi qui fais exprès de me tendre des pièges pour que je me perde dans mes digressions. Donc, le vieux de Sepulveda m’a tout de suite fait penser à mon géant Harlequin. Sa définition des romans d’amour était très précise et m’amusait beaucoup, il fallait : 1. qu’ils soient affreusement tristes ; 2. qu’ils racontent des amours désespérées et douloureuses ; 3. qu’ils aient un happy ending. Ça correspondait exactement à mes lectures. Dans un passage du livre, il y a un des copains du vieux qui lui demande quel genre de livre d’amour il lit, celui avec des gonzesses riches et chaudasses ? (Je traduis de mémoire, mais je ne pense pas trahir beaucoup.) Antonio José Bolívar répond, non, « ça parle de l’autre amour, se trata del otro amor. Del que duele, celui qui fait mal ». Sublime ! J’adore. Je te retrouverai le passage.

Essayant de se frayer un passage parmi les volutes denses, grises et puantes des gaz d’échappement, Nubecito s’était rapproché du bus pour mieux entendre la conversation. Il n’en perdait pas une miette. On parlait de son sujet préféré, les sentiments humains. Je crois que je ne les comprendrai jamais, pourquoi est-ce qu’ils cherchent tous, avec autant d’énergie, à souffrir ? Les méchants, les pervers, les tyrans, on peut comprendre leurs motivations, en plus, ils ne sont pas très nombreux. Vouloir dominer et posséder toujours plus, jouir sans limites, tout rapporter à soi, c’est mal, bien sûr, mais on peut comprendre, disons que c’est l’instinct de survie qui a mal tourné. En revanche, se faire du mal, se nuire à soi, se détruire soi-même, non, et recommencer à chaque génération en connaissance de cause, là, je ne comprends plus. C’est complètement débile. Franchement, je me demande si la race humaine n’a pas été un peu surcotée.

– Voilà donc l’histoire de mon carton de livres. Toujours est-il qu’avec ce trésor de guerre, j’ai tenu plus d’un an parce que, quand j’en finissais trois, j’allais les échanger contre un nouveau chez Fernando, le bouquiniste du marché qui était ravi de renouveler son petit fonds de romans d’amour français.

– Ouf, on arrive. Ce n’est pas plus mal que l’on fasse une petite pause à Mexico. Est-ce que tu as prévu un planning ?

– Non, juste les grandes lignes, répondit Ludmilla en souriant. 21h30, diner avec tes parents. Minuit, dernier délai, au lit parce qu’il faudra se lever tôt. 8h30, rendez-vous avec Karolyn Broad à l’agence. 9h30, départ pour le tour « Diego et Frida, les amants monstrueux ». 18h, retour à l’appartement pour se changer. 21h, diner au Frida, le restaurant gastronomique. Ce n’est pas ce qui me plait le plus, mais ton père y tenait, pour rester dans le thème et parce que c’est l’anniversaire de Nadja ; il dit que c’est un des meilleurs de la ville. J’imagine : farandole d’assiettes vides, collection de fourchettes et tenue correcte exigée. C’est pour nous, ça ! Après-demain, matinée libre pour toi, Nadja m’emmène visiter le musée national d’Anthropologie. L’après-midi, on se retrouve, on a des courses à faire pour ton voyage. Le soir, dernière réunion du comité d’organisation de l’opération Viajes con una bruma ou le tour du monde d’un nuage égaré et du gars du 9-2 qui s’est généreusement et spontanément proposé pour le raccompagner.

Jajaja, ils avaient mis du clown dans ta torta, non ? Bon, merci pour les grandes lignes, je vais attendre pour les détails. Au fait, « les amants monstrueux », vous pensez que ça va donner envie aux touristes de découvrir Frida Kahlo et Diego Rivera ?

– Non bien sûr, répondit Ludmilla en riant. « L’ogre et la boiteuse, les amants monstrueux », j’avais proposé ce titre à Jack, il m’avait dit que c’était insolite, mais pas très cool. Il a finalement préféré, « Frida et Diego, les amants révolutionnaires ». Tiens, voilà tes parents, c’est vraiment gentil d’être venu nous chercher en voiture.

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22 janvier 2025 3 22 /01 /janvier /2025 03:58

J’ai acheté une paire de chaussettes de sport. Après avoir enfilé la gauche, j’ai compris que le L ne signifiait pas left mais large.

[Pour un droit à l’insignifiance !]

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21 janvier 2025 2 21 /01 /janvier /2025 03:10

Le monde c’est toujours le télescopage de contraires, l’entrelacs d’opposés. Bonnes nouvelles et événements odieux, chefs d’œuvres et productions minables, sublimes printemps et calamités naturelles, ouvertures jubilatoires et clôtures étouffantes. On aimerait tracer une ligne rouge et ranger un peu tout ça, mais alors, ce ne serait plus un monde, ce serait un bilan comptable.

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20 janvier 2025 1 20 /01 /janvier /2025 03:57

J’adore les listes de noms et je me dis que, là aussi, on est plus ou moins gâté. J’aurais bien aimé m’appeler Antoine Veau de Lanouvelle, Bolo Tizomba, Aube Seychelles. Je n’aurais pas aimé m’appeler Victor Jambon, Robert Cendrier, Justine Guéneux.

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19 janvier 2025 7 19 /01 /janvier /2025 09:22

Les sondages sont unanimes. Les jeunes sont de plus en plus paresseux et les vieux votent massivement pour l’extrême droite. Les autres catégories sont trop occupées à organiser les activités des bambins et à rendre visite aux ainés pour trouver le temps de répondre à des sondages.

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18 janvier 2025 6 18 /01 /janvier /2025 03:03

– Et ton histoire de géant, raconte-moi la suite, demanda Brad ?

– En effet, il y a un deuxième épisode qui a lieu au commissariat, mais rassure-toi, on passe du grotesque sordide au burlesque tendre. Ça pleure un peu, ça menace, mais aucune petite fille n’a été maltraitée pendant le tournage, continua Ludmilla en riant.  Je ne sais pas si c’est normal, il doit y avoir quelque chose de tordu en moi, mais aujourd’hui, quand je repense à cette histoire, ça m’amuse. Je pourrais être dévastée, mais non, ça me fait rire. Je m’interroge.

– Ludmilla, arrête de t’interroger. Raconte plutôt.

– D’accord. Donc j’ai réussi à m’échapper de la maison et je suis allée me cacher dans les racines du ficus. C’est là qu’il m’a trouvée ; il avançait vite, hagard, faisant des grands gestes désordonnés, marmonnant et toujours en larmes. Quand il m’a vue, j’ai cru lire sur son visage un mélange d’effarement et de soulagement. Ce qui était vraiment drôle – pardon géant français, je ne me moque pas, mais tu m’as bien fait rire ! –, c’est comment il essayait de parler dans un mélange d’espagnol et d’anglais. Évidemment, il ne pouvait pas imaginer que je m’exprimais correctement dans sa langue, moi, enfant de prostituée, vivant dans une modeste cabane. Il voulait aller au commissariat de police pour dénoncer je ne sais quoi. Donc on se retrouve là-bas et il essaie de se faire comprendre par des policiers qui parlaient très bien l’anglais, mais pas le charabia de géant.

« Mi va con la dama et mi visto la chica, esta terriblé, terriblé ! la dama tapa forté con bastone sur la chica et mi esto naked et la chica a visto, esta terriblé, terriblé !  »

Personne ne comprenait ce qu’il disait ni ce qu’il voulait, ils étaient pourtant cinq à l’accueil, attirés par le spectacle qui semblait les distraire. Parmi eux, il y avait Luis qui connaissait Diego et ma situation, il m’a demandé de traduire. Je leur ai donc expliqué la scène en donnant tous les détails. Là, ça riait déjà moins, surtout une jeune policière, sans doute une nouvelle. Brad, tu sais que c’est compliqué la question de la prostitution ici. Pour certains, c’est l’œuvre du diable, pour d’autres c’est une économie souterraine irremplaçable, on parle aussi de pénaliser la demande, bref, en attendant, on ferme les yeux tant qu'il n'y a ni mineure ni lénon, tu sais un proxénète. Comment vous dites ?

– Un maquereau, comme le poisson.

– Pauvre bête ! Donc, la policière, manifestement troublée par mon histoire, dit qu’il faut envoyer les services de protection de l’enfance et me demande de traduire au géant que s’il recommence, ce sera la prison pour lui. « Prisión, si ? Jail. Do you understand, lui dit-elle sur un ton menaçant et convaincant ? » Alors, en découvrant que je parlais français, quelque chose a encore bugué dans son cerveau, il a de nouveau éclaté en sanglots et m’a dit d’accord. La policière a ajouté qu’il devrait me payer une amende, à moi, au titre des daños y perjuicios, mais je ne savais pas traduire dommages et intérêts, alors je lui ai dit qu’il devait me faire un cadeau pour réparer. Il s’est mis à pleurer et à rire en même temps et a dit, « si, si, muchos cados, esta terriblé ». On a quitté le commissariat et il a recommencé avec son charabia, « you voy una roba ou una baga, gusta una baga, what you voy ? » Je lui ai répondu en français quelque chose comme, merci monsieur, j’aimerais bien deux churros. J’ai eu mes churros. Ensuite, il a remarqué le livre que je tenais toujours et quand je lui ai dit que j’adorais lire en français, il s’est illuminé comme le phare de Cabo Corrientes et m’a dit sans changer de langue, « voy livros ? gusta livros ? daccordo, te doy livros ». On s’est donné rendez-vous le lendemain à la plage à six heures. Il m’a apporté un carton avec neuf livres ; que des romances de la collection Harlequin. Un véritable trésor, un des plus beaux cadeaux de ma vie. Deux lui appartenaient, les autres, je ne sais pas où il les avait trouvés.

– Tu vas trouver ça stéréotypé, mais je trouve bizarre, quand même, ce grand bonhomme qui lit des romans d’amour, non ?

– À l’époque je n’avais pas été surprise, ici, on en fait une grosse consommation. Alors bien sûr, pour ce qui est de l’éducation sentimentale et sexuelle des jeunes filles, ce n’est pas terrible ; c’est une littérature d’ouvrières dociles et de secrétaires soumises et pas de guerrières révolutionnaires, mais moi, je les utilisais pour travailler mon français, j’aimais beaucoup aussi les descriptions de vêtements ou d’intérieurs de maison, tout ça était tellement exotique pour moi. Plus tard, j’ai repensé à ces livres quand j’ai lu Un Viejo que leía novelas de amor. Tu te souviens, on a travaillé un extrait pour ton oral du bac.

– Si je me rappelle, le Vieux qui lisait des romans d’amour ? Évidemment, ma note d’espagnol a rattrapé celle de philo ; Sepulveda et toi, vous m’avez sauvé de Spinoza. « El amor es como la picadura de un tábano invisible, pero buscado por todos, l’amour est comme la piqûre d’un taon invisible, mais tout le monde le cherche. » Je crois que c’est le premier livre que j’ai lu en entier. C’est incroyable comment il décrit la jungle amazonienne, tu as l’impression d’entendre les ouistitis hurler et de sentir les moustiques te piquer.

– Tiens, tiens, tu vois, tu as voyagé sans voyager. Eh, regarde, on passe les Jardines Del Recuerdo, on arrive bientôt.

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17 janvier 2025 5 17 /01 /janvier /2025 03:09

Cot cot, fit la poule

Tchou tchou, fit le train

Moi moi, fit l’humain

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16 janvier 2025 4 16 /01 /janvier /2025 03:27

– Quoi ! 64 ans. Ils vont partir à la retraite à 64 ans. Mais c’est inhumain ; moi je ne tiendrais jamais, voilà huit ans que je suis en service et je n’en peux déjà plus, dit Réfrigérateur. Et toi ?

– Moi je ferai encore moins. Faut dire aussi que j’ai commencé jeune, je n’étais pas encore fini, répondit Ordinateur.

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15 janvier 2025 3 15 /01 /janvier /2025 03:44

– Dites donc, vous vous lâchez en ce moment, qu’est-ce qu’il se passe, demandèrent les Cyclones aux Incendies ?

– Comment ça, c’est le bordel sur toute la planète et il faudrait qu’on reste sagement dans les cheminées. Et puis, c’est un peu l’hôpital qui se moque de la charité.

– C’est vrai, on a bien tapé ces derniers temps. L’avantage, conclurent les Cyclones, provoquant un fou rire général, c’est qu’on ne risque pas la motion de censure !

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14 janvier 2025 2 14 /01 /janvier /2025 03:08

Le lendemain, à 11h55 Ludmilla était chez Brad, à 12h10 ils quittaient l’appartement, à 13h30 ils étaient à la gare routière et à 13h40 le bus démarrait – suivi de Nubecito, probablement.

– Toujours aussi organisée, miss Trip-Ludvisor !

– Non justement, il y a un petit changement de programme. On va devoir rester deux jours à Mexico avant de rejoindre Veracruz ou peut-être Altamira, il y a un problème avec le cargo m’a dit Karolyn.

Karolyn Broad était responsable de l’agence Voyage Voyage de Mexico. C’était l’ex de Jack Paradise.

– Tu te rends compte que ce sera ma première visite à Mexico. Pour une Mexicaine, ça craint, non ?

– Oui mais toi, tu as lu les œuvres complètes de Barbara Cartland, ça compense, se moqua gentiment Brad. Au fait, c’est quoi cette histoire de carton de bouquins donné par le géant français, tu m’as intrigué ? Et pour une fois, ça ressemble à un gentil conte pour enfants.

– Aïe ! J’en étais sûre. Je n’aurais pas dû t’en parler. Je veux bien te raconter, mais je te préviens, c’est plus dark que pink, avec Purificación dans le rôle secondaire. En fait, tu as raison, je lis peut-être trop. J’ai toujours pensé que le réel, là, regarde, dehors dans la rue, c’est pauvre, qu’on n’y fait pas de rencontres, qu’on n’y apprend rien et qu’on y vit des événements insignifiants. Depuis qu’on prépare ton voyage, je m’interroge. Toi, tu lis peu, mais tu vas rentrer de ton tour du monde avec une expérience incroyable. Ta mère, elle, elle voyage et elle lit. Moi, je peux te raconter la Sibérie de Cendrars et les Cévennes de Stevenson, mais je n’y suis pas allée. C’est comme pour les circuits touristiques que je vends, je peux les décrire avec enthousiasme, mais je ne les ai pas faits. Alors oui, je m’interroge.

– Tu t’interroges ! C’est nouveau, ça ! Bon, et le conte du géant français et de la petite liseuse mexicaine, tu me racontes ?

– Tranquille, Caballero, on vient juste de passer San Miguel de la Paz, on a le temps. Regarde, Ludmilla sortit un livre de son sac, au début de Mundo del fin del mundo Sepulveda écrit – je traduis vite fait – « je rêvais aux aventures qui me révèleraient les fondements d’une vie éloignée de la lassitude et de l’ennui, alejada del tedio y del aburrimiento ». Je te fais grâce du magnifique cours de ta mère : « l’ennui, la litanie des traductions ». Six heures, quand même, sur les nuances entre ennui, lassitude, fastidio, mélancolie, taedium vitae, le spleen, la saudade et même la toska russe chez Tchekhov. Si elle tient son allure, il nous faudra trois ans pour finir le premier chapitre ! En fait, ce que je voudrais te dire, c’est que moi, je ne rêve pas d’aventures extraordinaires, mon quotidien me comble. Peut-être que je manque d’ambition, mais ça me suffit. J’ai Pap’, je t’ai toi, j’ai mes livres, les cours de Nadja, mes touristes. Je ne m’ennuie jamais. Voilà. Bon, aujourd’hui, c’est vrai, quand je te vois partir, j’ai un doute sur le réel et sur les livres. Comment on apprend la vie ? Est-ce qu’il suffit de voyager pour voyager, est-ce que, si tu ne voyages pas, tu ne voyages pas… enfin, je me comprends. Il est où le monde ?

– Ne me demande pas à moi, c’est trop philosophique tout ça. En attendant que tu écrives el libro del fin del libro, j’aimerais bien mon conte pour adultes.

– Tu insistes. OK, tu l’auras voulu, Brad.

Ouh là. Je crains le pire, s’inquiéta Nubecito. À chaque fois que Ludmilla déroule le film de son enfance, j’ai envie de me cacher les yeux, comme vous faites au cinéma. Je comprends Brad qui est toujours un peu secoué. Je comprends aussi Ludmilla qui raconte sans tricher. C’est sa mère, son enfance, son passé. Elle ne peut pas gommer ça ni colorier en bleu layette.

– Un jour, j’avais huit ou neuf ans, il pleuvait fort et j’étais à la maison en pleine lecture, alors quand ma mère est rentrée avec un client, je n’ai pas voulu sortir et je me suis cachée. Mais bon, se cacher dans une maison qui n’a qu’une pièce, ce n’est pas facile. Donc. Elle commence ses affaires. Moi, ça ne m’intéressait pas, j’étais dans mon livre. J’avais juste remarqué que le client, il devait faire au moins deux mètres cinquante et qu’il jurait en anglais avec un gros accent français, du genre « foque, foque ! ». Tout d’un coup je l’ai entendu hurler, « là, là, yo visto una chica ! ». Ensuite tout est allé très vite. Je te décris le plan. Lui, prostré, le pantalon sur les pieds, répétant en pleurant comme un veau, « una chica, yo visto una chica ! » ; ma mère, seins nus, hurlant comme un cochon, essayant de me donner des coups de balai ; moi, détalant comme un lapin et sautant par la fenêtre. Je me souviens m’être dit alors, surtout ne laisse pas ton livre, sinon elle le déchirera.

Interrompant son récit, Ludmilla sortit deux sandwichs de son sac en disant, tiens j’ai une cubaine pour toi. Ne rêve pas, c’est una torta cubana, ajouta-t-elle en éclatant de rire, de toute façon, je n’ai pas l’équipement pour, ich bin eine petite cylindrée.

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13 janvier 2025 1 13 /01 /janvier /2025 03:36

C’est vertigineux. Tout s’enchaîne et ça laisse peu de place au choix libre.

L. O.-L. (initiales modifiées pour préserver l’anonymat de mon malheureux ami) s’est installé dans son appartement il y a vingt-cinq ans. Il hésitait alors entre deux propositions, je lui avais conseillé le premier. Rapidement, il s’était intégré dans la résidence, avait sympathisé avec quelques voisins, et notamment M.-A. C. avec qui il s’était marié et avait eu deux enfants, Jim et Jules. L. avait monté une affaire florissante avec son beau-frère, et sa femme avait repris l’agence d’architecture de ses beaux-parents. Entre-temps, L. et M.-A. avait emménagé dans une maison plus belle et plus grande. Jim avait alors fréquenté sa nouvelle voisine Pénélope, riche, jolie et méchante. L’affaire avait vite mal tourné ; Pénélope préférait Glenn. Jim l’avait assassinée.

J’interromps là la chaîne des événements, parce que, entre prison, suicide du père, faillite et cancer de la nièce, ça devient insupportable.

Mais voilà, je ne peux m’empêcher de me demander : quelle aurait été la vie de L. s’il avait choisi le deuxième appartement ?

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12 janvier 2025 7 12 /01 /janvier /2025 03:12

C’est le retour du chikungunya. Ces moustiques-tigres sont une plaie. Il faut dénoncer leurs alliances clandestines avec les chauves-souris et les pangolins et s’entendre avec le Nord global pour les éradiquer.

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11 janvier 2025 6 11 /01 /janvier /2025 03:46

Ne te méfie pas des apparences, elles sont innocentes, et si elles s’avèrent être des voiles, n’est-ce pas parce que tu as caché quelque chose derrière.

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10 janvier 2025 5 10 /01 /janvier /2025 03:14

– Qu’est-ce que tu as prévu de faire aujourd’hui ?

– J’hésite. Allez, je vais faire un petit tour, répondit Lune à Terre.

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