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C'est Peu Dire

  • : Les Restes du Banquet
  • : LA PHRASE DU JOUR. Une "minime" quotidienne, modestement absurde, délibérément aléatoire, conceptuellement festive. Depuis octobre 2007
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Et Moi

  • ARNO SABATIER
  • Philosophe inquiet, poète infidèle, chercheur en écritures. 55° 27' E 20° 53' S

Un Reste À Retrouver

3 octobre 2020 6 03 /10 /octobre /2020 12:35

Un jour peut-être on observera nos idées et nos sentiments au scanner ou à l’échographie, directement dans le cerveau ou dans le cœur. J’ai peur que nous soyons bien déçus en découvrant que les premières ont des têtes de neurones et les seconds des formes de viscères. Ou au contraire nous nous féliciterons de l’incroyable faculté qu’est le langage.

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2 octobre 2020 5 02 /10 /octobre /2020 02:55

– Vas-tu encore contester, Essence ? Tout le monde sait bien que j’étais là avant toi.

– Arrête de m’appeler Essence, répondit Poule à Œuf, et enlève ce ridicule déguisement d’Existence.

– Rrrr, Rrrr ! Ah, ah, vous ne m’avez pas reconnu, hein, je me suis déguisé en vilain panda, dit gentil Panda.

– Non mais qu’est-ce qu’il vient encore faire dans notre histoire, ce crétin poilu ?

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1 octobre 2020 4 01 /10 /octobre /2020 09:28

– Alors, file de gauche les priorités prioritaires, file de droite les priorités non prioritaires, sortez vos documents, nous allons les vérifier. Les autres, vous pouvez passer.

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30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 02:32

F

Le F pourrait être un fusil posé sur le fût, une faux ou une faucille. Certains, plus imaginatifs, voient un fâcheux trop bien fagoté, un fat à la figure fermée ou une fleur fanée. D’autres, plus facétieux, distinguent parfaitement un fildefériste efféminé (là, il faut quand même le faire !) ; les moins créatifs voient un fragment de E.

Laissons-là ce florilège de fadaises qui ne valent pas un fifrelin. En mon for intérieur – ou faut-il parler de fantasme ? – je vois une femme d’affaires, une cheffe d’entreprise, à la coiffure efficace (une frange asymétrique, pour être plus spécifique) qui n’a pas de temps pour les fanfreluches et les fioritures ; jamais fatiguée, toujours influente, toujours fascinante, jamais faible, elle me fait face et fonce vers moi. Et moi, tout autant effaré qu’effrayé par cette femme (à la frange déstructurée), me sentant défaillir, je tâche de ne pas m’effondrer. Bref, la lettre F est facile à faire parler, mais difficile à déchiffrer. Comment dépasser ces fantaisies ?

Elle est étrange et familière à la fois et renvoie quelque chose d’effronté et inoffensif. Voilà, elle fusionne les genres et confond les styles : farfelue mais fiable, frontale mais fantasque, inflexible mais différente. (C’est la frange qui fait ça, je crois.) Elle a un côté félin, presque féroce à faire frémir et un côté affable, peut-être même effarouché, comme une femme fatale mais effacée pourtant, ou une fille de joie, forte et fière, mais sans fard ni afféterie. Elle fait front, mais sans passer en force ; elle fanfaronne un peu, mais sans fâcher. (La frange, sans doute !) Sur la face gauche, elle est fermée peut-être mais sans faille, sans faux-fuyants et puis il y a le côté droit, vif et expressif. Froide et fiévreuse à la fois, comme un feu follet bienfaisant. Ne voyez là ni feinte ni fausseté, elle se fiche bien d’offusquer, elle est une effusion sans artifice.

Franchement, j’aime bien la lettre F. J’aime sa fluidité – même si elle est moins fleuve que torrent fougueux –, ses facéties, ses fictions ébouriffantes, sa joyeuse effervescence. Je sais bien que l’on fatigue à se laisser entraîner dans ses farandoles effrénées, mais sa folie est douce et féconde. Oui, je le confesse, j’affectionne la lettre F ; si j’étais une lettre, je la fréquenterais ; enfin, c’est une façon de parler. Elle est moins fade que le E, c’est flagrant, et moins figée que le I, moins conforme que le T, moins falote que le L et moins parfaite que le O. Mais la perfection n’est qu’une fable qui a quelque chose de décisif et funeste, elle réconforte les craintifs que la fête effraie et que la faute affole. Ne confondons pas franchise et fixité, tartufe et fantaisiste. La symétrie et l’uniformité sont sans reflet et parfois fatals. Je préfère le difforme au définitif et l’infidèle à l’infaillible.

In fine, le F est différent, il est différence. Cette différence, ce n’est pas une façade, c’est le flux de la vie qui affleure à même la surface de l’existence. C’est l’enfance fissurée qui refuse les influences néfastes ; c’est le féminin qui réfute les formes officielles ; c’est le profane qui se méfie des impératifs fanatiques et met sa foi dans les hommes et les femmes ; c’est le réfugié, fragile et inventif, qui nous offre un nouvel alphabet – alfabeti dit l’Albanais, alfabeto répond le Portugais.

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29 septembre 2020 2 29 /09 /septembre /2020 02:58

Je signale à certains, en train de faire les malins, qu’après 50, vient 60.

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28 septembre 2020 1 28 /09 /septembre /2020 02:15

C’est avec les mêmes pierres que l’on construit les ponts et les murs.

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27 septembre 2020 7 27 /09 /septembre /2020 02:42

Bien sûr que tu peux baisser les bras, mais que ce soit pour prendre de l’élan et repartir de plus belle.

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26 septembre 2020 6 26 /09 /septembre /2020 02:22

J’ai un doute sur la question mais il me semble que si le chien, jamais, n’admire un lever de lune, les pétales d’une orchidée ou la Petite Fille au ballon de Banksy, c’est parce qu’il n’a pas les mots.

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25 septembre 2020 5 25 /09 /septembre /2020 02:32

L’humour est ma religion.

Il est une preuve de l’existence de l’homme.

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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 03:57

N

Quand nous tombons nez à nez sur un N, nous avons l’impression d’un Z, somnolant ou aviné,  qui aurait piqué du nez ; notez bien que le Z, lui, c’est un Z, non pas un N retourné.

Si l’on continue à examiner la lettre, on peut imaginer un naja énervé, serpent aux lunettes inoffensives, mais au venin très nocif pour ses ennemis (il a des effets neurotoxiques et entraîne des nécroses) ou un dromadaire, cet animal de caravane qui sillonne nonchalamment le Yémen ou le désert du Néguev (le chameau, lui, porte un M sur le dos, c’est mieux pour se promener, mais ça peut donner la nausée). On peut voir aussi une danseuse égyptienne, de l’époque de Néfertiti ou Akhénaton, dessinée de profil sur un monument au bord du Nil. Les petits génies penseront à N, enfin ℕ pour être minutieux, l’ensemble des entiers naturels, ou pour les néophytes l’ensemble des nombres de zéro à l’infini (sans les négatifs). Je ne saurais dire en quoi les nombres sont naturels, mais je reconnais qu’ils sont plus fonctionnels pour dénombrer que pour dénommer.

Personnellement, et sans vouloir crâner, j’ai bien envie d’inventer un nouvel ensemble, à mon tour, l’ensemble des noms de choses ; nommons-le ₦. Vous allez dire, c’est nul, on en a déjà un, c’est le dictionnaire. Votre analyse est pertinente et je dois affiner mon raisonnement.

Quand on prononce N, on entend haine, oui mais non, c’est le phonème [n]… comprenez nnnn… qu’il faut entendre : nnnnégatif, nnnnul, néant, ni, nada, nicht, nein, niet, nej, nei, nem, naan, no, não. Bon je ne vais pas énumérer tous les non du monde. N, c’est la lettre des nonistes et mon nouveau ₦, c’est l’ensemble des non de choses. Pas leur nombre, pas leur nom, mais leur non ; nombre annulé, nom barré, non énoncé. Or, le non des choses, n’est-ce pas aussi le nom des choses. Souvenez-vous de René Le Belge qui nous narguait avec ses natures mortes, Ceci n’est pas un narguilé. Le nom n’est pas la chose, il en est donc le non. Ma doctrine vous paraît saugrenue, voire erronée ? Ne renonçons pas trop vite.

L’animal du N, ce n’est ni le naja hypnotiseur, ni le narval ni la licorne, ni le chameau des dunes du Namib, c’est l’âne, indéniablement. Je ne sais s’il ahane, cet âne, s’il annone ou « hihane », mais c’est de notoriété publique qu’il refuse de venir ; n’avance pas, ne recule pas. Sans être nihiliste ni révolutionnaire, il est né borné, l’âne, et mérite son bonnet.

L’âne, ignorant et indiscipliné ? Voilà bien une… ânerie tenace et calomnieuse, mais laissons-là bonnets, ânes et ânons, et revenons à nos moutons. Le N est la lettre du non, voilà ce qu’il faut retenir, et dire non, ce n’est ni normal ni naturel. C’est le mouton qui opine, qui n’oppose aucune résistance et toujours donne son accord sans discernement.

Mais il faut continuer, dire non, et dire non au non aussi. Car il est des ânes moutonniers et des nonistes béni-oui-oui. Il faut dire non au non des fainéants, des pusillanimes, des dédaigneux, à celui des traditionalistes réactionnaires, des haineux, des routiniers, des sinistres. Le non au non n’est autre qu’un grand oui, déterminé, généreux, impertinent, imaginatif, avenant, épanoui, inventif. Un oui inouï, sans doute, neuf, non encore entendu. Un non qui importune, mais sans acharnement ; un oui qui passionne mais sans fanatisme.

Il faut donc en convenir, le N, lettre du non, est aussi la lettre du oui. Voilà qui ne va pas sans nous étonner.

(Bon, entre nous, cette histoire de non lunatique qui va finalement devenir un oui, c’est n’importe quoi, non ?)

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23 septembre 2020 3 23 /09 /septembre /2020 03:44

– Je ne comprends pas que vous restiez bloqués sur la question.

Sidérés, Œuf et Poule attendirent la suite.

– Ben oui quoi, c’est évident que Poule était là d’abord, pour pondre Œuf, lança Panda d’un trait.

– Non mais de quoi il se mêle lui, entonnèrent dans une harmonie parfaite quoique très énervés Poule et Œuf, est-ce qu’on s’occupe de savoir si tu es venu avant ou après Bambou, nous ?

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22 septembre 2020 2 22 /09 /septembre /2020 02:29

– Hé, L’Œuf, appela La Poule ?

– Qu’est-ce qu’il y a encore ?

– Non rien, c’était pour voir si tu étais là.

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21 septembre 2020 1 21 /09 /septembre /2020 02:52

Lucette Jeanjean

Marcellin Labrousse

Jean-Pierre Rallu

J’ai la nostalgie des annuaires.

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20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 02:28

Les mythes ne naissent pas, ça ne les empêche pas de mourir.

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19 septembre 2020 6 19 /09 /septembre /2020 01:41

On m’avait prévenu, il y aurait du beau monde chez le chirurgien (un ami d’ami). Une avocate, un universitaire, un attaché parlementaire, une galeriste, un végétarien et je ne sais qui encore. Pour faire bonne figure, j’avais donc révisé quelques fiches : le conflit israélo-palestinien (celui qui en fait une présentation synthétique et non partisane est toujours apprécié) ; le dernier livre d’Emmanuel Carrère (je n’ai lu que les pages sur la bipolarité, le thème est très tendance) ; l’histoire du blasphème (plutôt que son éloge par Caroline Fourest, très clivante et à réserver aux soirées bières-pizzas, j’ai mémorisé un paragraphe de l’Universalis) ; les origines gauloises du chant grégorien (je fais toujours grosse impression avec ce sujet, sauf si on me demande de chanter) ; ma recette du butter chicken sans butter ni chicken (je le confesse, c’est moi le végétalien) qui détend toujours les zygomatiques et le sphincter)…

Eh bien figurez-vous que tous mes efforts auront été vains. Il n’a été question que de Friends, Breaking Bad, Game of Thrones (of course!), Le Bureau des légendes et quelques autres séries.

Je suis resté sec. J’ai pensé faire une partie de Fortnite sur ma PS4, puis je me suis souvenu que je ne savais pas y jouer et que je n’avais pas de PS4.

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18 septembre 2020 5 18 /09 /septembre /2020 08:26

Abri confortable, cellule d’isolement, antichambre féconde, point de vue stratégique, exposition pénible, partage du sensible, il est tout cela et plus encore, le silence.

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17 septembre 2020 4 17 /09 /septembre /2020 02:14

I

I c’est une île, me dis-je, sans réfléchir. Oui ? Mais non, c’est idiot, il n’y a pas de lien. I, c’est une tige verticale, un poteau électrique (sans les fils), ou une licorne en partie cachée derrière la ligne du bas, un ibis en partie caché par la ligne du haut, un if d’Irlande qui aurait perdu ses épines, oui, mais pas une île. Tahiti, les Maldives, la Sicile, Trinité ou Bali, ce sont des îles mais vraiment pas en forme de I. 

C’est bizarre cette image d’île qui me vient immédiatement à l’esprit, surtout écrit en capitale. Pour le i minuscule, c’est différent. Les capitales ont quelque chose de massif et continental. Le petit i, quant à lui, ouvre sur une autre géographie ; son point suscrit, minuscule et sublime est comme une fenêtre sur l’infiniment petit, une microtrace, à la lisière du rien, à la limite du vide et puis, c’est indéniable, on dirait une île, libre et fragile.

Autre chose me turlupine, j’écris Île, mais j’entends Il ; ce n’est pas logique ? Y aurait-il une méprise orthographique ou une discrépance phonique (je chéris les mots inordinaires et les tournures alambiquées) ? Je persiste avec mon idée fixe, je résiste, alors que c’est évident, I n’a rien d’une île tandis que I et Il sont intimement liés. Il désigne l’être viril, celui dont le membre s’érige, pénis, pine, bite ou biroute, zizi ; celui qui dirige et signe parce qu’il se sent rigide. Il, mot de l’hégémonie, du sérieux, de la domination, de l’autorité. Eh bien parlons-en, car il n’y a pas lieu d’être si fier. Ce serait comique si ce n’était pathétique. De quelle puissance s’agit-il ? L’empire et l’emprise de cet appendice réel ou symbolique sont iniques et injustifiés. Il a besoin d’L pour tenir debout. Il a besoin d’une consonne pour vibrer. Il a besoin d’ailes pour désirer.

Il croit intimider, mais il n’a ni épaisseur ni intensité, il est vide, privé d’idées, sans sentiments. Sans issues, ni entrée ni sortie. Comment disposer d’un intérieur quand on habite un I, jamais à l’abri de la lumière, toujours exhibé, toujours livré à sa triste réalité, lisse et aplati. Solitude et exil ; ce qui lui manque à I, précisément, c’est une île, là où l’on se retire, à l’ombre de l’implicite, une île, des îles, aux horizons multiples, aux frontières liquides, aux imaginaires métis et aux écritures pérégrines.

Île est fille, Île est ville ; jamais seule, jamais veuve, elle est dix, elle est mille, comme une famille, vivante et libertine. Myriades d’étoiles océaniques, des îles à la pelle, si belles, si belles, archipels fertiles ; féminin pluriel, singulière multitude ; litanie sans ennui de petits points sur les i ; histoire poétique de polynésies à venir.

Alors pour finir, s’il faut un compromis, disons que les I sont des presqu’îles, disons qu’ils sont un désir d’îles.

(Et si vous le vouliez bien, nous pourrions lui restituer ce qu’il avait perdu en grandissant, son petit point, İ)

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16 septembre 2020 3 16 /09 /septembre /2020 02:01

Je vais encore fâcher des écrivains, alors que je les aime bien, mais je voudrais dire un mot des bibliothèques. Pas les bibliothèques publiques qui permettent à beaucoup de lire, mais les bibliothèques privées, ces mouroirs à livres, ces cimetières à mots. N’enfermez plus vos livres, n’enterrez pas vos auteurs, ne stockez pas, n’empilez pas, ne gardez pas ; donnez. Un livre mérite plus que deux mains et une paire d’yeux ; faites tourner vos livres, et que s’usent les couvertures à en devenir illisibles, et que tournent les pages à en donner le tournis.

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15 septembre 2020 2 15 /09 /septembre /2020 03:54

Certains livres sont bien construits mais aucun n’est habitable. Manquent les voisins.

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14 septembre 2020 1 14 /09 /septembre /2020 09:35

Il faut savoir en distribuer un peu pour le conserver, car on cesse de le détester et le contester, le pouvoir, quand on peut en user et abuser aussi.

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13 septembre 2020 7 13 /09 /septembre /2020 09:29

Ce n’est pas laid le contraire de beau, mais inerte, fatigué, mutique.

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12 septembre 2020 6 12 /09 /septembre /2020 02:55

Nulla dies sine linea pensa-t-il, et il sortit sa paille à sniffer et sa carte bleue.

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11 septembre 2020 5 11 /09 /septembre /2020 02:49

– Mais… comment… ?, balbutia la princesse.

– On ne dit pas comment, on dit coâ, rectifia le prince charmant qui avait retrouvé son sens de l’humour après deux siècles passés dans la peau pustuleuse d’un crapaud.

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10 septembre 2020 4 10 /09 /septembre /2020 02:55

Q

Avec le Q, on voit tout de suite que quelque chose cloche. Non qu’il soit anachronique ou dissymétrique, mais il est quand même un peu baroque et vraiment pas académique. C’est cette queue grotesque qui inquiète. Bien sûr, sans sa queue, le Q n’est plus un Q, c’est un O. Qu’en est-il alors de cette lettre fantasque ? Quid de ce curieux Q ?

Le Q n’est pas une bouche ; il y a bien ce poil qui pique ou cette langue lubrique, mais manquent les quenottes. Le Q n’est pas un cul ; il a bien une forme de trou mais on ne voit pas ce que vient faire là cette quéquette microscopique et un peu flasque (pardon, je me moque) ; d’un point de vue anatomique, ça choque. Le Q n’est pas un nombril ; cette queue excentrique le sauve même d’un nombrilisme égocentrique. Le Q n’est pas une tarte aux quetsches, manquent les noyaux.

Le Q pourrait être un dandy d’une autre époque portant le catogan, c’est très romanesque ; il pourrait être un ballon de Banksy planant à des hauteurs stratosphériques, ça devient poétique.

Le Q est fort énigmatique. Les choses en Q ont quatre côtés ou quatre jambes ou quatre moteurs ou quatre couleurs, elles forment un quadrilatère ou un quatuor mais rien qui ne soit circulaire ou sphérique. Parfois même, elles sont rectilignes comme un quai ou presque comme un tir de pistolet automatique. Décidément rien ne colle avec le Q : imaginez le quai du port de Dunkerque en forme de Q, les paquebots ne pourraient ni entrer ni sortir et l’équipage ne trouverait pas cela très ludique. Pire encore, imaginez la remise en question des lois de la balistique, le balle n’aurait pas une course parabolique mais en forme de Q.

Voilà, tout s’explique, le Q n’est pas une question, c’est la lettre des questions. Qui, quoi, quand, lequel, pourquoi, par qui, jusqu’à quand ? Question ontologique, qu’est-ce que c’est que « être » ? Quintessence, quiddité et quoddité, réduction phénoménologique et analyse eidétique. Non mais de qui se moque-t-on ? Toute cette quincaille de concepts anémiques, toute cette fabrique de querelles métaphysiques, toute cette fornication synaptique ; ne serait-ce pas plutôt l’arnaque du théorique ? À forcer sur l’analytique, on quitte ce qui compte.

Le Q est une quête, OK, mais inutile de chercher la quadrature du cercle, sa queue – queue de cheval, queue de cochon, queue de pie, queue de rat, que de queues, qu’importe… – sa queue donc, est ce qui empêche de tourner en rond comme une bourrique, de rester statique, c’est ce qui rattache au quotidien toujours asymétrique. La queue du Q, c’est le grain de quartz dans les rouages mécaniques.

Le Q est une quête et sa queue, plus comique qu’érotique, le sauve de la perfection sphérique, le préserve du sort tragique des lettres sans manques et des êtres sans désirs.

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9 septembre 2020 3 09 /09 /septembre /2020 02:45

Bien sûr que tu n’es pas ce que je vois de toi, mais crois-tu vraiment que ce que tu montres de toi est ce que je vois ou crois voir ou veux voir. D’ailleurs, es-tu plutôt ce que tu es, ce que tu veux montrer, ce que tu aimerais que je croie que tu es, ou ce que je vois ou ce que je crois que tu veux montrer ? Tu dis te moquer de ce que l’on pense de toi, mais penses-tu que tu te moquerais de ce que l’on pense de toi si tu étais ce que tu es sans penser à ce que l’on pense que tu es ?

Certains vont chercher l’infini dans le nombre de décimales de pi ; il est là pourtant l’infini, niché dans le jeu des regards qui jamais ne s’annule.

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