– Bonjour ! – !? – Oui alors voilà. C’est pas mal vos Restes, mais je trouve qu’il n’y a pas assez de personnages. – Et donc ? – Donc, puisque je suis un personnage, je pensais que vous pourriez me faire une place. – Et pour dire quoi ? – Ça c’est vous...
[Brief an eine junge Möwe] Chère Mademoiselle Mouette, Oui je sais, vous ne m’avez pas écrit, vous ne m’avez pas envoyé vos poèmes et vous vous moquez bien de mon avis. “Les leçons, c’est pour les cons, criez-vous, la poésie, c’est tout pourri”. Ça tombe...
Parfois, face à l’innommable, il est préférable de se taire. Le mot est approximatif et toujours si froid, si grammatical. Dans ces cas extrêmes, seul le silence nous permet de ressentir dans notre corps, dans notre âme peut-être, ce dont il s’agit. Parler...
– Moi : Bon, à vous ! – Lui : À moi ? – Toi : Oui à toi. – Moi : Oui, mais à vous aussi. – Lui : À lui aussi vous voulez dire. – Moi : Oui, si vous préférez. – Toi : Moi, ça m’est égal. – Lui : Mais tais-toi donc, ce n’est pas à toi qu’il parle. – Moi...
Parfois on aime et le mot et sa chose, baladine et pitaya. Parfois on aime le mot mais pas sa chose, chlamydia et tsunami. Parfois on aime la chose mais pas son mot, bucolique et cramoisi. Parfois on n’aime ni la chose ni son mot : bronchiolite, reprographie....
Le moi – on en parle beaucoup ; on l’interroge peu – me paraît ressembler à ces boules à facettes des boites de nuit d’antan. On s’essaierait à l’effeuiller, enlevant une à une les facettes, on ne découvrirait pas un je nu, pur, profond, mais un vide,...
Je serais pour une réhabilitation du besoin et de sa satisfaction que l’on pense toujours à l’aune du désir pour nous prémunir de la bête qui somnole en nous. Boire quand on a soif, déféquer quand il le faut, s’accoupler, crier, marcher, dormir quand...
Vous l’aviez remarqué comme moi, dans les librairies, les rayons réservés aux ouvrages de philosophie se trouvaient traditionnellement au fond à droite, dans un petit coin sous l’escalier. Eh bien depuis quelque temps, cette section – rebaptisée d’ailleurs...
« La faim est une idée et la douleur, une illusion, le manque est une erreur et le désir, une faute ; ne te laisse pas piéger par tes neurones qui complotent dans ton dos. Seule ta volonté est réelle, tu peux tout m… » – À table ! Gratin de chouchou et...
Une fois par jour, c’est bien je trouve (et je sais certaines qui ne s’en plaignent pas). D'aucuns, me rapporte-t-on, le feraient trois fois par jour, sans drogue ni assistance - c’est à vérifier. En réalité, pour le plus grand nombre, c’est rarement...
– … et on dansera tout nus, la la la, croquant le fruit défendu, la la la, sous la lune d’Honolulu, la la… Eh ! mais vous êtes là ! Zut alors. Pardon chers lecteurs, je ne vous savais pas connectés. Donc, qu’est-ce que je disais déjà ? Ah oui, le Reste...
Brad et ses parents (Helena et Côme) étaient convenus d’un appel en visio sur leur groupe WhatsApp. – Est-ce que vous m’entendez bien, c’est Nadja, dit la mère, moi je vous vois. Je suis encore à la fac, j’ai cours dans une heure. J’espère qu’il n’est...
D’accord, on n’a pas les réponses, mais on ne peut pas en rester éternellement à des questions et Nubecito imaginait des scénarios sur la vie après le déferlement. Peut-être qu’Ola va renaître en chatte, ou en nuage même. Et après l’averse ? C’est vrai...
Boris regarda une dernière fois à tribord. Ola était déjà loin. Il entrait dans le port. En temps normal, il aurait fait la tournée des marchés et des restaurants de La Cruz. Il aurait vendu ses vivaneaux rouges à la Pescadería Altamar, puis une dorade...
Tout en gardant un œil sur les lumières du Susurros del Corazón pour ne pas perdre son cap, Diego leva l’autre. – Alors, tu vois ? Diego voyait le ciel lentement rosir, mais rien de particulier. Il cherchait un oiseau, un puffin ou un pélican, ou un avion...
Sans quitter du regard le phare de Cabo de Corrientes qu’il devait laisser à tribord avant de piquer nord-est, guidé par les lumières des hôtels de luxe de Punta Mita à qui il vendrait son poisson (il avait quelques vivaneaux rouges et trois belles dorades...
C’est l’histoire d’une vague. Née du côté de la fosse des Mariannes, elle avait traversé le Pacifique et pouvait déjà distinguer au loin le littoral mexicain. Encore joliment cambrée, elle commençait pourtant à perdre de la hauteur et savait qu’elle déferlerait...
– Madre mía ! Cara de mierda ! Nubecito ! J’ai oublié Nubecito ! Ola m’a confié Nubecito il y a moins d’une heure et je l’ai déjà perdu. Affolé, Diego courait dans tous les sens en jurant et hurlant. Dios mío ! Cabrón ! Les yeux rivés au ciel, évidemment,...
– Mais qu’est-ce que vous avez tous avec cette histoire de tour du monde. Et toi Ludmilla, depuis quand tu décides de ma vie. Tu n’es pas ma mère. D’ailleurs même ma mère n’a pas à décider de ma vie. Et d’abord il est où ce Nubecito ? Je regarde dans...
Brad s’était calmé. De toute façon, il n’était jamais irrité très longtemps ni très profondément. Les événements de la vie semblaient glisser sur lui comme une goutte d’eau sur une feuille de songe, mais, même en l’observant de près, il était difficile...
Brad finit par se laisser convaincre, sans enthousiasme excessif, mais sans résistance opiniâtre, égal à lui-même, donc. Il ferait ce tour du monde et raccompagnerait Nubecito à Hawaii. La petite famille se retrouva un weekend dans une maison louée au...
Le départ fut programmé fin avril, non parce que c’était la fin du deuxième semestre universitaire, mais pour éviter de traverser la Sibérie en plein hiver. Aussi parce que, selon Diego, Nubecito grandissait et s’impatientait. Il avait fallu s’organiser...
Jack Paradise était le patron et fondateur de l’agence Voyage voyage où travaillait Ludmilla. Il était l’un des rares Américains à avoir émigré au Mexique, il y a plus de trente ans. Même s’il se limitait maintenant à l’Amérique du Sud, il partait régulièrement...
– Bon, je te raconte mon histoire avec Santiago, mais ne me reproche pas de t’ennuyer si tu trouves ça fade. Au fait, Brad, tu as vu Nubecito récemment ? – Zut, c’est vrai qu’on l’oublie tout le temps. Diego m’a dit de ne pas m’inquiéter, si je ne sais...
– J’avais lu tant d’histoires d’amour, elles parlaient toutes d’un bouleversement radical. Tu aimes et tu n’es plus toi-même. Le monde n’est plus le même, les mots changent de sens et la vie change de goût. Là je n’ai pas le temps, mais je te raconterai...