– Quoi, ils lèvent déjà le confinement et en plus, ils trouvent ça trop long ! Quelles chochottes ces humains. Dis-moi Pierre, ça fait combien de temps qu’on est confinés là-haut, nous ?
– Quoi, ils lèvent déjà le confinement et en plus, ils trouvent ça trop long ! Quelles chochottes ces humains. Dis-moi Pierre, ça fait combien de temps qu’on est confinés là-haut, nous ?
Hegel était plutôt bien parti avec sa dialectique, mais il a fait un pas de trop, la synthèse. Les marcheurs le savent depuis longtemps, après le pied gauche, c’est le droit qu’il faut lancer et après le droit, le gauche à nouveau (mais un autre gauche). Cette démarche est logique mais semble simpliste et pour la dépasser, on peut essayer le saut à pieds joints, la roulade ou la roue, le pas chassé, ramper ou marcher à quatre pattes. Finalement, la marche, cette dialectique sans synthèse – gauche, non droit, non gauche, non… –, a plus d’allure. Il reste le saut de l’ange encore, qui n’est pas sans panache mais requiert, sinon une nature angélique, un contexte particulier.
La course exprime mieux encore la fécondité de cette dialectique inachevée en doublant la première alternance gauche-droite d’une seconde, élan-chute : je m’élance, non je chute, non je m’élance, non… Il y a de l’ange aussi, chez le coureur qui transgresse la loi de l’attraction universelle, et il y a de la bête qui n’oublie jamais de lui rappeler qu’il est vraiment lourd. De l’élan, de la chute, mais pas de synthèse.
Si synthèse il y a, c’est plus tard, quand assis, une bière à la main, le coureur refait sa course et retrace sa vie. Mais il n’est plus un coureur alors, seulement un dialecticien fatigué.
En France, on avait à peu près trente millions de sélectionneurs de football. Vous vous demandez ce qu’ils sont devenus ? Eh bien ils sont virologues.
Depuis quelques jours, on raconte sur les réseaux sociaux – vraiment, on ne sait plus à quel saint se vouer ! – que l’hypothèse selon laquelle le coronavirus viendrait du laboratoire P4 de Wuhan a été montée de toutes pièces par des pangolins chinois. Ça semble un peu gros quand même, ça sent son infox à plein nez ; le pangolin est plutôt bonhomme et docile. En revanche, je ne serais pas étonné que ce soit un coup des chauves-souris malaisiennes dont on connaît bien la fourberie, voire la perfidie.
Attendons le verdict des modérateurs de Facebook qui sauront rétablir la vraie vérité.
Défie-toi du solitaire, crains le grégaire et ne cuis pas trop tes haricots verts.
Si vous n’avez rien à cacher, nous explique-t-on, vous n’avez rien à craindre d’une société transparente.
Tout voir, tout exposer, tout exhiber, tout pénétrer toujours plus profondément, jusqu’à ce que, précisément, de profondeur, il n’y en ait plus, laissant là une surface superficielle et muette, sans pli ni ombre. Serait-ce ce que l'on nous propose ?
Je ne veux pas d’un monde sans cachettes, d’une voisine sans secrets, d’un savoir sans incertitudes, d’un livre sans mystère.
L’opacité, c’est là que logent imagination et désir.
– Combien ?
– 30 heures, 13 minutes et 47 secondes.
– Ouais ! J’ai battu mon record. Plus de trente heures sans parler du corona !
Le matin, je ne m’ouvre pas trop vite au monde pour ne pas effrayer ce que la nuit m’a apporté.
– Le premier pas, j’aimerais qu’elle fasse le premier pas, car, voyez-vous, je n’ose pas.
– Bon, eh bien ce n’est pas gagné, pour Terre et Lune, conclut Soleil.
Dites-moi, est-ce que quelqu’un a des nouvelles de Benjamin ? Et Nicolas ? Non. François ? Non plus ?
Ça va être drôle dans le monde d’après, on pourra jouer à « qu’est-ce que tu faisais avant ? ».
Par exemple, il faudra deviner que la nouvelle et redoutable joueuse de crapette, Olga Krapotchenka, était championne olympique de lancer du marteau, ou bien que le meilleur joueur d’osselets de France, Armel Plouïnec, était moniteur de voile aux Glénan. Bien sûr certains auront peu changé : Li Po Sun Lime sera toujours l’un des plus efficaces avec une raquette de ping-pong (les experts noteront tout de même un resserrement de son jeu et un service qui tue deux fois sur trois) et Kevin Robert dominera toujours les sessions nocturnes de Minecraft. Il sera moins aisé de deviner que Vince Delarue, coach en rangement de vie intérieure était vendeur de voitures de sport ou que Solveig Malorie-Le Moine, marchande de cookies à l’écorce de quinquina, était DRH chez Sanofi, ou encore que les sœurs Lola et Mila, directrices d’un salon de maquillage tendance, étaient respectées sur les sites de base-jump du monde entier.
Ça va changer, dans le monde d’après. Il n’est pas impossible que l’on découvre que la dernière œuvre de Christo est un serpentin de coquillettes (plus quelques pennes et macaronis, sans doute pour rompre la monotonie) long de plusieurs centaines de mètres ou que le dernier projet de Mike Horn (au grand soulagement de ses filles) est de remplir un livre entier de coloriages sans dépasser une seule fois (toujours excessif ce Mike !).
J’ai hâte de jouer. En plus, ça va m’amuser de voir la tête des gens quand je leur apprendrai qu’avant d’être blogueur spécialisé en confinement, j’étais chasseur de pangolin en Malaisie.
Il s’agit d’un problème de focale : si l’on zoome, on voit mieux mais moins.
On a le sentiment que la politique adopte le point de vue scientifique et considère le monde, la vie, l’avenir comme à travers un microscope. On grossit l’espace, on concentre le temps et on ne s’intéresse plus ni aux causes, ni aux conséquences ; entièrement absorbés par des symptômes énormes, on gère la crise, selon la formule.
C’et le règne de l’infiniment petit, de l’infiniment étroit, de l’infiniment court. Une bonne politique de confinés finalement.
– Dis donc viens ici toi, montre-moi ce que tu caches dans ta main. Mais dis-moi, c’est un coronavirus.
– Oui, mais je ne lui fais pas de mal.
– Bon alors ça va, espèce de petite chloquine.
Quand je vois l’intelligence de certains virus, capables de traverser la planète en deux semaines, sans rien payer, tout en narguant des milliers de savants qui les traquent jour et nuit, je me désole de voir la bêtise crasse du papillon de nuit, incapable de rentrer dans une pièce porte grande ouverte sans se cogner aux murs mais qui, en revanche, fonce droit sur la lampe allumée et y retourne sans la rater, s’y brûlant ainsi une fois, dix fois, cent fois.
Alors voilà, je pose la question, il doit bien y avoir quelque chose que le papillon de nuit sait faire, sinon avec talent, avec efficacité au moins. Oui mais quoi ?
C’est dommage, je l’aimais bien, mais je ne pense pas le ressortir de sitôt mon déguisement de chauve-souris.
Tu veux faire trader. Essaie plutôt vendeur de savons, c’est un métier d’avenir.
Il y a des jours de grande fatigue où l’on n’a même pas l’énergie de faire la liste des choses que l’on devrait faire. Alors, on va jusqu’à reporter au lendemain la procrastination : pour tout ce que je n’aurai pas le temps de faire demain, on verra plus tard.
À ce stade, il n’est pas certain qu’un jus de kiwis suffise.
C’est assez rassurant de voir combien ils nous ressemblent. À part leur blouse blanche, comme nous, ils se contredisent et se disputent, ils affirment, doutent ou se trompent, ils s’énervent et s’insultent ou se rassemblent et pétitionnent.
Vus de près, ils ne sont pas très différents de nous, les scientifiques.
– Tu penses vraiment qu’ils vont tout changer, en bas, dans le monde d’après, interrogea Pierre ?
Et Dieu partit dans un fou rire inextinguible.
– Sommes-nous inévitables, s’interrogeait Homme ?
Et Dieu partit dans un fou rire inextinguible.
Bien sûr, comme vous, je lis beaucoup les journaux et écoute la radio presque toute la journée. Eh bien, je m’inquiète. Ça fait très longtemps qu’on ne nous a pas parlé de Huan Huan et de Yuan Zi.
(Mais si, vous savez bien, les deux pandas du zoo de Beauval.)
Entre la trace
Et l’horizon
Le pied
Le brevet, le BAC et de nombreux concours sont annulés. En revanche, l’humanité va passer un examen important à la rentrée (qui sera aussi une sortie). Proposera-t-elle une copie innovante, généreuse et joyeuse ? Ou répétera-t-elle, à l’identique, ses anciens devoirs médiocres, bâclés et sans âme ? Dans ce dernier cas, ce sera à désespérer définitivement d’elle.
Lycée virtuel. Programme pour demain, lundi 13 avril.
8h. Histoire. Mars 1832, le choléra arrive à Paris ; la politique sanitaire de Casimir (non, pas lui !) Perier (un ‘r’ et pas de bulles).
Avec moi -;)
9h. Mathématiques. Croissance exponentielle, géométrique, arithmétique ; l’exemple de la propagation du coronavirus en Italie, à Taïwan et au Spitzberg. (Dans le cadre d’un EPI*, on pourra mettre en place un MID* avec le professeur de géographie ; on utilisera avantageusement les TICE*. Évidemment, compte tenu de la situation, la démarche BYOD* s’impose. Une APC* sur « la nourriture dans le monde » est possible. Un MID* avec l’EMC* pourrait être intéressant : « l’enfer, c’est les autres ; certes, mais à partir de combien de personnes et en-deçà de combien de mètres carrés (on pourra demander aux bons élèves de calculer un volume en mètres cubes plutôt qu’une surface ?) ». Le périmètre du TAP* étant brouillé, on pourra suggérer des TPE* sur « le tourisme de catastrophe ». On rappelle que les IDD* ont disparu depuis 2015, on s’abstiendra donc d’en proposer. Enfin, le ministère a confirmé que la phase 2 des E3C n’aurait pas lieu.
Avec Mme l’IA-IPR*.
[Lexique de base pour les parents qui découvrent – par la force des choses – l’enseignement.
APC : Activité pédagogique complémentaire
BYOD : Bring Your Own Device (ou « le MEN* est fauché », en français)
E3C : On ne fera pas l’affront aux parents d’expliquer ce fameux acronyme qu’ils ne sauraient ignorer !
EMC : Enseignement moral et civique
EPI : Enseignement pratique interdisciplinaire
IDD : Itinéraire de découverte
IA-IPR : Inspecteur/trice d’académie-Inspecteur/trice pédagogique régional.e
MEN : Ministère de l’éducation nationale
MID : Module Interdisciplinaire
TAP : Temps d’activités périscolaires
TPE : Travaux personnels encadrés
TICE : les Technologies de l'Information et de la Communication pour l'Enseignement.]
10h15. Philosophie. La bonne distance : proximité, promiscuité, « procheté » ; l’être-avec [Mitsein] et la fabrique du commun à l’âge du Covid-19.
Avec Ludo, (remplaçant de M. Lucien, en congé maladie depuis le 13 mars 1974 (il se repose mais va mieux, merci)).
11h15. Poésie sonore. Composez et performez un texte autour des bruits suivants « Mers-CoV, Sars-CoV, Sars-CoV2 (on pourra prononcer ‟Two”), OMS, AP-HP, CHU, skypéro, FFP2 ».
Avec LSD-93
13h30. Géopolitique. L’idéologie du sans-frontiérisme à l’épreuve des pandémies.
Avec Aldo Machado, depuis Cuba libre.
14h30. Anglais. Enrichissez votre vocabulaire (et chassez l’intrus) : lockdown, confinement, quarantine, containment, seclusion, retirement, respiratory distress.
With Mr de La Richauderie.
15h45. Espagnol. Rédigez un texte de 900 mots contenant : corona, cojones, coronavirus, corrida, tortilla.
Con Mamita.
16h45. Arts plastiques. Confectionnez un masque avec (soyez ingénieux et inventifs) : vieilles paires de lunettes, film transparent, aquarium, bas (plutôt que collants), peau de saucisson, rondelles de concombre épépinées, pots de yaourt, préservatifs XL et non usagés… Important : exceptionnellement, et contrairement aux recommandations habituelles, vous éviterez d’utiliser pattes, nouilles et pastilles colorées de chloroquine ou de viagra pour la décoration ; les rouleaux de papier toilette sont autorisés.
Avec… personne ; cherchez un tuto sur YouTube !
La pauvreté est le nouveau luxe tendance que les riches vont s’offrir.
Les pauvres vont payer, eux aussi, très cher.