La veille est-elle autre que le suspens provisoire et vain d’un essentiel sommeil ?
La veille est-elle autre que le suspens provisoire et vain d’un essentiel sommeil ?
Nombre d’hommes, dit-on, ont le regard qui dérape quand ils conversent avec des femmes.
Il ne s’agit ni de contester ni d’excuser mais les femmes sont-elles certaines qu’elles continueraient de fixer les hommes dans le blanc des yeux si, par un caprice de la nature, ils portaient leur sexe autour du coup ou sur l’oreille ?
De quel bois est-il fait, poète, ton crayon, pour qu’il porte si loin de si lointains souvenirs.
La crainte d’une main vengeresse ne trouble plus nos nuits tranquillisées. Demain ne nous inquiète pas et c’est bien là le problème, on ne fait plus qu’attendre et compter.
La vertu n’est rien où la jouissance n’est pas.
Il faut, pour séduire, donner ce qui est attendu et l’affaire est conclue. Étonner, c’est autre chose, il faut insatisfaire.
« Too cool » aurait dit Héraclite dans un franglais approximatif lors de son premier (et dernier) séjour sur la Riviera sans que l’on sache s’il voulait dire « c’est trop froid pour se baigner » ou « c’est trop cool d’être ici, on s’ennuie à Éphèse ». Les traducteurs grecs, qui ne parlaient pas l’anglais, n’ont rien compris et ont opté pour panta rhei.
Souvent, les poèmes écrits la nuit gardent même en plein jour une obscurité hésitante.
La langue s’appauvrit, dit-on, je ne sais. Et ne sais pas non plus si l’on peut vérifier la chose.
Ce qui m’apparaît incontestable en revanche c’est qu’elle perd en odeurs : la langue ne sent plus très fort. Je n’entends plus de mots qui sentent le varech ou la tourbe, la Boyard maïs ou le patchouli.
Trop de livres
Et pas assez de mots
Les choses se taisent.
Allongé à l’ombre de l’infini, noyé dans de puissances théories, l’innocente piqûre d’une fourmi le rappelle à la présence.
Que ne suis-je pur esprit !, se met-il à rêver, ignorant donc qu’ils rêvent de courbatures, les esprits, de gifles et de brûlures.
Tire un mot, dit le poète à la jeune fille. « Fleur ». Trop facile, un autre. « Rétroprojecteur ». Trop difficile, un autre. « Shampoing aux œufs ». Trop moche, un autre. Y’en n’a plus.
Pas facile l’existence. On n’a pas de texte, pas de scénographe, pas de metteur en scène et jamais le temps de répéter.
C’est pour cela sans doute qu’on se fait rarement applaudir.
Le rêve est spectaculaire mais sans œuvre.
L’ignorance est le luxe du savant.
Ils sont mal tombés les Kevin, c’était l’année des K et leurs parents n’ont pas eu le choix.
Vous imaginez un Kamikaze Martin, un Kaira Robert ou un Kadhafi Dubois ? Et pourquoi pas Karaoké, Kebab, Khmer ou Klebs. Kriegspiel, c’est exotique mais imprononçable, quant à Kwashiorkor, c’est un prénom à vous faire un dyslexique. Kirikou sonne bien, mais c’est difficile à porter après 45 ans. Kleenex ou Ketchup ? n’ y pensez pas, c’est le procès assuré et ça ne fait pas nécessairement une bonne entrée dans la vie.
Que reste-il ? Kennedy ? ça porte la poisse. Kenya ? non, c’est un nom de pays ! (vous vous voyez avec un fils appelé Burkina Faso ou Mongolie intérieure !). Kerwann ? alors là, il faut aimer, sans vouloir ne vexer personne, ça fait quand même un peu biniou… Kléber ? oui c’est bien, mais qui se souvient du général ? les plus cultivés pensent à la place et les autres aux pneus. Klein ? c’est risqué, parce qu’avec des yeux marrons, c’est une faute de goût irréparable. Klorane ? ça c’est vraiment beau (évidemment c’est déjà pris, et par une marque de champoing antipelliculaire !). Quoi d’autre ? Karambar ? le drame c’est que tu perds tous tes copains le jour où ils apprennent que ton père est contrôleur de gestion et pas inventeur de bonbons. Ky ? c’est charmant et facile à écrire mais sujet à kyproquo (− Bonjour, qui est là ? − Oui − Non je demande qui ? − Ky ? ben c’est moi. − Qui moi ? − Non pas Moi, Ky…). Kalachnikov, King Kong ? ça peut servir dans la vie mais ça ne passe pas à l’état civil.
Vraiment il n’y avait pas d’autres possibilités pour les Kevin ; c’est quand même pas de chance parce que, à quelques semaines près, ils auraient pu s’appeler Jean ou Luc.
Un des rares bénéfices d’Alzheimer, c'est de pouvoir jouer seul au cadavre exquis.
« Ça passera » lui dit sa grand-mère, pour la consoler d’un gros chagrin d’amour. La vieille certes, avait un peu oublié pour les chagrins d’amour mais elle s’y connaissait bien en choses qui passent.
En amoureux attentionné, il lui avait offert un T-shirt sur lequel on pouvait lire « suis désolée, j’en aime un autre… ». Attendrie par le geste, et pour le remercier, elle ne le portait qu’en sa compagnie.
Auteurs, arrêtez de nous raconter des histoires, écrivez !
Comment voulez-vous que l’on fasse manger aux petits français des épinards avec un nom pareil. Ils ne sont pas sourds, nos enfants, et entendent très distinctement l’imbuvable pinard ; ceux chez qui l’on ne boit que du Calon-Ségur, entendent au moins épine, et tous, entendent encore, comme vous et moi, un mot sale et honteux au centre.
Les Américains, plus pédagogues, disent spinach et leurs children en raffolent parce que ça parle de spin, qui signifie pirouette, ou de spinnaker qui les fait rêver à l’America’s Cup. Quant aux Allemands, avec poésie et délicatesse, ils parlent de Spinat, et leurs Kinderen les adorent parce que cela évoque évidemment la célèbre berceuse, Stille Nacht [Douce nuit].
Le marketing est affaire de linguistique pas d’emballage.
L’homme est condamné à la médiocrité : les nuls pullulent et s’entretuent ; les purs s’exilent et sont stériles.
L’œuvre de génie survit à son créateur.
Non comme un sursis mais comme une surprise.
Comme les tennismen, les liseurs sont victimes d’une dysmorphie disgracieuse, ils ont un énorme index. À la différence des tennismen, c’est toujours le droit qui prend du volume (sauf pour les liseurs arabisants).
Aujourd’hui on peut faire le Vendée Globe derrière son ordinateur.
C’est plus sûr mais moins authentique disent les grincheux ignorants qui n’ont pas la dernière console vendue avec des bottes et un vaporisateur d’embruns.