Au commencement étaient le verbe et l’amour libre.
Plus tard vint l’accord du participe passé.
Au commencement étaient le verbe et l’amour libre.
Plus tard vint l’accord du participe passé.
− Dis donc, un an à peine et je suis déjà passée, pleurnicha 2012.
− À qui le dis-tu, c’est déprimant, poursuivit 2011.
− Soyez patientes, au bout de la vieillesse, il y a la sagesse, déclara 2010.
− Trop connes ! pensa 1929
J’ai désappris l’hiver et ses silences de neige
J’habite un alizé aux parfums de jasmin
Ses levers introuvables ses livres humides et longs
Les nuits y sont rapides et les matins pressés.
Café noir
et tiède.
Comme
l’ennui.
– Hé l’ami, viens fêter !
Alcool blanc
et sec.
Comme
l’oubli.
Je les observe par la fenêtre ces ombres sales et fatiguées, grotesques et muettes.
Et qu'encombrent-ils encore nos trottoirs, ces fantômes rustiques, vestiges noueux et immobiles ?
Les courbes se répètent. La nature bégaye. Les feuilles mortes meurent.
Et cette désespérante monomanie chromatique !
C'est vert, c’est gris, pitoyablement vert. Gris et périmé.
L'arbre des villes est un lapsus, un délit, une offense, un chancre vil.
Puis je contemple les grues jolies.
Fières et élancées, mobiles et élégantes, elles chatoient et enflamment et animent et inspirent.
Non contentes d’être utiles et généreuses, elles prennent encore le temps d’être belles et spirituelles.
Tout à mon émotion, je m’interroge sur le sexe de ces stèles racées, viriles et délicates à la fois, puissantes et légères pourtant.
Elles sont le père, elles sont la femme, elles sont l'azur et le foyer.
Ô grues !
Peuple de l’espoir, promesse de transcendance, je vous offre, honteux, cette ode modeste, mais c’est une prière de louange que vous méritez !
La confusion des adresses
Les prénoms qui se déplacent
Tu est une autre encore
Le ciel est beau mais il ne voit pas.
Jette ta montre si tu veux mais ne retiens pas ton souffle.
Elle ferme sa porte le soir mais sa fenêtre donne sur le jour de ton rire.
Alors elle écrit ton nom sur le mur et invente des dialogues très osés.
Elle refuse de dormir la première et va camper dans la cuisine.
Sous la table.
Et la table est un toit, et la table est ta bouche, elle est un ciel de bois, elle est un lit nervuré pour ton corps à l’envers.
Et l’univers au loin tendrement s’éteint.
Et s’endort aussi le temps sans penser au matin.
Tant que j’ai mes deux mains, je suis vivant, disait un grand pianiste. Après son accident, il s’est mis à aimer aussi ses poumons et son anus.
Cicatrice, comme un clin d’œil du passé.
La courbe de ton cube,
Anguleux polygone,
Est raide et sans rondeur.
Où est la poésie, demande-t-on parfois ?
Elle est là, devant votre poème, comme son ombre blanche. Toujours un peu devant. Juste un peu.
L’art est difficile et la critique, malaisée, mais ce n’est rien à côté de la pâte feuilletée.
Je suis le vent, je suis l’aurore, je suis le sang et la fatigue encore, je suis l’élan et la branche tombée, je suis le bleu de tes yeux mouillés et le cri blessé, je suis la voile au loin dont je ne sais si elle va ou revient, je suis le bois flotté, le galet roulé, la peau tannée, et l’injure et le jeu et le flux, l’amertume, je suis la vie qui passe et la mort qui attend, je suis l’assiette et le fauteuil, le trottoir et le départ, je suis la mariée, le veuf et l’orpheline, le sucré, le salé, la virgule, le cahier, le crayon bien taillé, je suis la peur et la jalousie, l’éclat de rire et l’effronterie, je suis la source et l’embouchure, l’évier, le lavabo et la chasse d’eau aussi, je suis le retard, je suis le progrès, je suis le défaut et le succès si vous voulez, je suis la mère, le fils, la cousine, la marchande et le pêcheur, l’alcoolique et le menteur, je suis la bougainvillée, le jasmin de nuit, la mangue josé, je suis le premier jour de vacances, la dernière fois qu’on en parle, la deuxième chance avant la fin, la jolie voisine du troisième, je suis la vague et le château, le livre ouvert, le poing fermé, le jaune d’œuf et le verre d’eau, le piment vert et l'émotion, le chapeau sur les yeux et le sac sur l’épaule, je suis je suis, je suis tant et tant et si peu pourtant, je suis toi, je suis moi ou peut-être pas, je ne sais plus, je suis je suis je suis, quelle importance ?
Le monde est un théâtre et j’essaie tous les rôles, abandonné et confiant, le galet, le sourire, l’impatience et l’amante.
L’homme est complexe et, s’il n’en a pas les moyens, duplice. C’est le privilège du minéral de ne rien calculer.
Il y en a qui disent – et pourquoi ne pas les croire ? – que ce qu’ils disent n’est pas vrai. C’est vrai après tout, pourquoi ne pas les croire. À dire vrai, je crois que s’ils mentaient, ils ne le diraient pas. Je ne vois vraiment aucune raison de ne pas les croire.
Ce qu’il y a d’avantageux dans les rêves, les rend aussi suspects : on en sort toujours, malgré d’héroïques combats, sans bleus ni courbatures.
Les manipulateurs seraient-ils aussi manipulés ?
Excès de vit
Tess
Garde ta pou
sseT
Ça peut servi
r.
Une chose le spectateur dominé consentant aveugle repu
une autre l’acteur imposteur narcissique impacteur boulimique
et puis la scène comme une terre qui invente les désirs vite éventés par-delà les décors
et puis les corps comme un texte qui recueille le temps d’un soir et raboute des fils cassables et emmêlés pour en faire une histoire − peut-être
et le jeu des verbes qui agissent et bondissent et crissent de joie de douleur de stupeur et crient du plaisir de crier bousculant les sujets dominés dominants adjectifs enkystés
et le temps qui sursaute sans ordre et sans reliques au rythme des actes au rythme des souffles
et le tourbillon des mots qui s’affolent en des danses imponctuées pour moquer les gabions à idées et tomber les écrans sans reflets.
Tout se tient là, dehors, entre deux horizons, au théâtre peuplé de la vie et du sens
et l’on se retient pourtant dans le castel étroit de nos carcasses.
Médisez maudites
Mais dites au mieux
Les mites aussi méritent
Laissant la nuit à ses fantasmes, redoutant le jour et ses commerces, je fréquente les êtres de l’aube, passants fluides et éphémères, prostituées, éboueurs, noctambules ou forains que le matin honore.
J’ai en horreur les raccourcis, les généralisations, les jugements expéditifs, c’est bien là la signature des esprits étroits et revanchards.
Tenez par exemple, non, les absents n’ont pas toujours tort. Bon, c’est souvent le cas il faut bien le reconnaître. D’ailleurs, pour ce que j’en dis, s’ils s’absentent, c’est bien qu’il y a une raison et, évidemment, (inutile d’être docteur en droit communautaire pour le comprendre) c’est rarement une bonne raison.
Cela dit, il y a pire encore que les absents, ce sont les présents qui miment la gentillesse et la générosité pendant toute leur présence et partent les premiers, espérant secrètement qu’on s’accordera tous à dire du bien d’eux dès leur départ.
L’homme ne peut se passer de dénigrer. C’est minable.