L’art est le message illisible d’un messager inconnu, les œuvres sont des chantiers troubles et inachevés. Compagnons, à nos truelles et nos stylos !
L’art est le message illisible d’un messager inconnu, les œuvres sont des chantiers troubles et inachevés. Compagnons, à nos truelles et nos stylos !
L’envie n’est pas la vie
La mort est sans remords
Elle mime bien, la rime.
C’est souvent au nom du plus grand que l’on fait le plus petit.
Tout à fait entre nous, il n’y a rien. Rien qu’un entre-deux, entre toi et moi, un entre-nous-deux privé de toi qui te retiens tapie en toi, vidé de moi qui suis en moi d’où je te vois non sans émoi ma foi (surtout le soir quand dans le noir, tu sais avec ton peignoir en soie, tu… euh, je m’égare je crois, on parlera de ça une autre fois). Donc, cela va de soi, entre nous, là, c’est sans toi ni moi, ça se voit bien, on voit qu’il n’y a rien, enfin on ne voit rien qui soit. On peut y voir un accoudoir ou un long couloir, soit, mais pas de toi et pas de moi. Cela va de soi, je ne saurais être à la fois ici, en moi, et là, entre nous, pas plus que toi, même s’il y aurait la place.
Bon. Cela va-t-il de soi ? C’est à voir.
Où sommes-nous alors, je veux dire où est-il ce nous que nous sommes aussi ? Il doit bien être en quelque endroit. Pas en toi, car sans moi, nous n’y est pas ; pas en moi, puisqu’il faudrait que tu y soies aussi ce qui n’est pas le cas (je le saurais quand même, ça doit bien se sentir un peu, quand quelqu’un d’autre que soi est en soi) ; pas entre nous non plus, ce serait vraiment absurde que nous soit entre nous. Une tranche de jambon entre deux morceaux de pain, c’est un sandwich et cela n’a rien d’absurde, une tranche de pain entre deux morceaux de pain, ce n’est pas encore absurde, pour autant cela devient fort indigeste, mais que dire d’un pain entre un pain, une main entre une main, un nous entre nous, non c’est absurde, nous n’est pas entre nous. De surcroît, si nous était entre nous, ni toi ni moi n’y seraient, puisqu’entre nous, non qu’il n’y ait rien (un accoudoir et un couloir peuvent s’y glisser, on l’a vu, il y a la place) mais il n’y a ni toi ni moi ; or, c’est insensé, car sans toi et moi, nous n’est pas nous, ce pourrait être vous (tu sais bien qu’il t’arrive, à toi, d’être aussi en vous, moi, fidèle à nous, je n’y vais jamais), ou eux, éventuellement, mais pas nous.
Je sais, je les entends déjà les petits malins, il reste une hypothèse, pensent-ils, que nous soit en nous ! Nous serait en nous. Inutile de dire qu’on serait alors bien avancé, ça sent quand même sa tautologie. Non on doit être plus sérieux. Nous n’est pas en nous, un point c’est tout. (Enfin, non, un point ce n’est pas tout, c’est même plus proche de rien que de tout, parce qu’un point c’est quand même vraiment pas grand-chose, alors si tout n’était qu’un point, tout serait bien peu, presque rien, ce serait un tout ridicule, un tout petit tout. À moins que tout se tienne concentré en un point, dans un cercle par exemple dont le rayon serait quasi nul, disons de la taille d’un point, oui enfin, ça laisserait peu de place pour l’accoudoir et le couloir).
Bon alors ? et nous, on est où ?
Ah, voilà peut-être une piste, nous serait-il en on ?
Déconstruire, raccorder, déboulonner, resserrer, vidanger, alimenter, distribuer… la philosophie doit beaucoup à la plomberie. Serait-elle une canalisation de la pensée ?
Courtise le vent, et si tu le trouves volage et bavard, sache aussi qu’il est savant et parfumé.
Tu m’as manqué
dit la nuit
chaque soir
à la terre
et l’emmène
en secret
oublier
à voix basse
ses journées éblouies
et gonflées d’aventures.
Nos réjouissances sont de plus en plus bruyantes et dans ce brouhaha on entend « quel bonheur ! » au lieu de « que du leurre ! ».
On n’admire pas assez les fabricants de mots, ceux qui ont pensé à faire rimer, par exemple, dieux et cieux, gargantuesque et sardanapalesque, mollesse et fesse, Billie Holiday et Johnny Hallyday, c’est souvent pertinent et imagé.
Bien sûr, il y a quelques ratés ; je m’étonne qu’ils aient laissé passer Bernadette et galipette (une vengeance mesquine sans doute) ou Versaillaise et merguez !
Saurais-tu sculpter le creux de la vague et pourrais-tu me dessiner une nuit blanche, comment traduirais-tu, ô poète, la rumeur des âges et l’ivresse des sens, saurais-tu chanter la peur du silence ou le sourire de la vie ou l’envol du cœur ? Il te reste tant à faire, berger du sens et gardien des chants, il te reste tant à faire, toi qui portes le monde, toi qui veilles et qui ouvres.
La morale ? De la stratégie sans marketing.
L’immigration massive continue.
Prenez jogging, pourquoi laisser passer cet étranger, casse-tête orthographique de surcroît, alors que nous avions déjà le très français, très clair et très populaire footing.
Mais on me signale que déjà le running arrive. Voyez comme ils sont vites et nombreux ces clandestins !
La poésie est pauvre
un souffle
à peine
et nue
la vie
pas plus.
Le soir est fatigué
La nuit sera juste.
Mais ce moustique.
Avant le drame, elles chantent, après elles hurlent, et quand elles se taisent, les sirènes, on entend le bruit de la vie et l’ennui.
J’ai toujours été troublé par son regard tendre et indulgent, oui, ses grands yeux noirs, tout doucement inquiets ; elle est si modeste et tellement patiente. J’aime moins ses naseaux.
L’amour rend aveugle mais la cécité rend-elle amoureux ? À voir.
− Je n’existe pas.
− Évidemment. Et moi, je ne te parle pas.
− Je ne parle pas, je ne pleure pas, je ne plaisante pas.
− C'est vrai ça, tu n’es pas très drôle.
− Je n’est pas drôle, juste un jeu utile.
− Tu veux dire je ne suis…
− Non. Et tu ne veut rien dire non plus. Tu ne veut pas, ne veut rien.
− Je ne te comprends pas !
− Mais si, je comprend te et tu comprend je.
− Bien sûr. Ben moi préférer orthographe à métaphysique.
− Eh oui, les règles, les accords et chacun à sa place, c’est plus rassurant.
Ne force pas les verrous de son regard, devine et accompagne.
Mes mains creuses comprennent mal tes vagabondages, de vagues en ressac et de naufrages en amarrages ; c’est mon chant qui dessine le mieux ton rythme capricieux et tes horizons sans famille.
Dans l’urgence, on ne juge pas, on exécute.
Ne sont-ce pas les mêmes qui vous disent n’avoir ni le temps ni le désir de lire trois pages de poésie et vous assomment, des siècles durant, à grands coups de banalités.
Que gagnes-tu à perdre ton temps ?
Et à le prendre, qui lèses-tu ?
La fleur longtemps désire son fruit.
Le bon comique fait monter un rire aussi bruyant qu’incertain.
N’en déplaise aux hyperactifs opiniâtres, aux entrepreneurs audacieux, aux lève-tôt agiles, aux démiurges efficients, qui ne sauront comprendre, aux aventuriers affairés, aux battants zélés, aux militantes radioactives, aux lionnes et aux tigresses, n’en déplaise aux héros enragés, aux acharnés tenaces, qui mépriseront d’un revers de la main, aux guerrières insatiables, aux intrigants énergiques, aux conquistadors frénétiques, aux surhommes, aux surfemmes, n’en déplaise aux activistes industrieux, aux commerciaux dynamiques, aux révoltés débordés, aux survoltées ardentes, qui condamneront sans appel, aux rentables vitaminés, aux braves vigoureux, aux championnes turbulentes, n’en déplaise aux gagnants résolus, la fatigue, c’est fou comme ça épuise.