Ils sont mal tombés les Kevin, c’était l’année des K et leurs parents n’ont pas eu le choix.
Vous imaginez un Kamikaze Martin, un Kaira Robert ou un Kadhafi Dubois ? Et pourquoi pas Karaoké, Kebab, Khmer ou Klebs. Kriegspiel, c’est exotique mais imprononçable, quant à Kwashiorkor, c’est un prénom à vous faire un dyslexique. Kirikou sonne bien, mais c’est difficile à porter après 45 ans. Kleenex ou Ketchup ? n’ y pensez pas, c’est le procès assuré et ça ne fait pas nécessairement une bonne entrée dans la vie.
Que reste-il ? Kennedy ? ça porte la poisse. Kenya ? non, c’est un nom de pays ! (vous vous voyez avec un fils appelé Burkina Faso ou Mongolie intérieure !). Kerwann ? alors là, il faut aimer, sans vouloir ne vexer personne, ça fait quand même un peu biniou… Kléber ? oui c’est bien, mais qui se souvient du général ? les plus cultivés pensent à la place et les autres aux pneus. Klein ? c’est risqué, parce qu’avec des yeux marrons, c’est une faute de goût irréparable. Klorane ? ça c’est vraiment beau (évidemment c’est déjà pris, et par une marque de champoing antipelliculaire !). Quoi d’autre ? Karambar ? le drame c’est que tu perds tous tes copains le jour où ils apprennent que ton père est contrôleur de gestion et pas inventeur de bonbons. Ky ? c’est charmant et facile à écrire mais sujet à kyproquo (− Bonjour, qui est là ? − Oui − Non je demande qui ? − Ky ? ben c’est moi. − Qui moi ? − Non pas Moi, Ky…). Kalachnikov, King Kong ? ça peut servir dans la vie mais ça ne passe pas à l’état civil.
Vraiment il n’y avait pas d’autres possibilités pour les Kevin ; c’est quand même pas de chance parce que, à quelques semaines près, ils auraient pu s’appeler Jean ou Luc.