S’il s’était croisé dans la rue, Nietzsche, il y a fort à parier qu’il serait rapidement tombé en désaccord avec lui. Il est tout aussi certain qu’il ne se serait pas laissé faire et se serait illico contredit.
S’il s’était croisé dans la rue, Nietzsche, il y a fort à parier qu’il serait rapidement tombé en désaccord avec lui. Il est tout aussi certain qu’il ne se serait pas laissé faire et se serait illico contredit.
Et si finalement, il n’y avait pas d’issue.
Il est plus aisé qu’une meule de foin passe par le trou d’un riche qu’il ne l’est qu’un chameau trouve une aiguille au royaume des cieux.
Sauf peut-être pour la bernique et l’Aphrodite de Cnide, stagner tue – même et surtout pour les idées.
Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère alors que l’aiguille qui est dans ta meule, tu ne la trouves pas ?
Contrairement à ce qu'ils annoncent, les croyants ne croient pas, ils sont sûrs. Comment les croire alors ?
– Ça y est, je l’ai trouvée !
Considérant le jeune Kevin, tout à sa joie de découvrir sa première meule de foin, je n’eus pas le cœur de lui demander de chercher l’aiguille.
Alors bien sûr, les conflits tribaux au Yémen et la sauvegarde du léopard des neiges du Kirghizistan sont des questions essentielles. Ceci dit, et je m’adresse aux médecins et aux dentistes, serait-il possible de doubler, dans les salles d’attente, les exemplaires de Elle et Cosmopolitan, jamais disponibles, à la différence du Monde diplomatique et de National Geographic. Car outre le sort des Yéménites et le destin des léopards, j’aurais aimé connaître les cinq erreurs à ne pas commettre quand on lave ses sous-vêtements et les dix questions que se pose un homme quand il utilise la salle de bain d’une femme.
Un homme cultivé ne doit pas faire d’impasse.
Quand manque l’idéal, résister c’est s’obstiner, dit la mouette à la bernique.
… profond.
Non, je plaisante, je n’ai aucun information sur le sujet, ce titre est juste une aguiche comme disent joliment nos néologues officiels.
Comme je suis taquin !
La maladie, pour nous soigner de la dangereuse torpeur de la santé.
« Comme chaque matin, Pierre, jeune nonagénaire, s’extasiait : « Fichtre, un nouveau jour, encore ! ». En ce jeudi d’août, il enfila son imperméable usé et partit, à son rythme, pour sa promenade quotidienne. »
Pierre est un des personnages dont je viens de déposer le brevet. S’il venait à intéresser un romancier, je serais prêt à lui céder pour un prix raisonnable.
J’ajouterai que si le quotidien de Pierre peut paraître fade, on pourra aisément lui inventer un passé éblouissant.
Ce sont ces hésitations qui me le rendent attendrissant. Après s’être acharné à dresser tout ce qui pouvait l’entourer, femmes, enfants, étrangers, animaux…, voilà que l’homme ne parle plus que de partage, d’écoute et de respect.
Allez, un petit effort et il se mettra à apprendre à miauler et à jouer à la tique.
Il me semble entendre parler d’« âme » de plus en plus souvent.
Attendons qu’un chirurgien ou un radiologue tombe dessus et la décrive ; il est à craindre d’y trouver, comme dans l’estomac d’un requin, un ensemble hétéroclite et peu original de tout ce qui traîne dans l'océan pollué de la communication (affiches 4 par 3, clips, livres de développement personnel...).
Quant au moi profond, face à l’afflux massif de ces nouveaux arrivants, il a dû probablement migrer – s’il a survécu.
« Sans modèle, l’existence » a peut-être écrit dans un ouvrage perdu un penseur inconnu.
Le génie du système tient en ce que les manipulateurs sont eux aussi manipulés.
Ils étaient longs souvent les dimanches et aujourd’hui encore les jeudis après-midi sont interminables, sans parler de la lecture des livres de Murakami ou des courses en montagne qui commencent avant l'aube et se terminent tard le soir.
C’est pour cela que je ne m’explique pas comment ça a pu passer si vite, cette existence !
Moi : Hé, toi !
Toi : Moi ?
Moi : Non, j’ai dit toi.
Toi : Comment ça, toi ?
Moi : Ben quoi, t’es pas toi ?
Toi : Si. Enfin…
Moi : Ouais je vois, tu sais même pas. Toi, t’es toi, pas moi.
Toi : Heu… c’est moi ou t’es pas net.
Moi : Quoi, tu le fais exprès, c’est toi, pas moi.
Toi : Ah non, moi je vais très bien ; toi, c’est peut-être pas grave mais ça disrupte bien.
Moi : Bon ben j’insiste pas, nous, ça l’fait pas.
Bien sûr, ces pieds que je vois sous le bureau, ces mains, ce ventre sont les miens, pourtant j’ai l’impression qu'ils ne sont pas moi, que je suis ailleurs, que je suis situé plutôt quelque part derrière mes yeux. Je, je veux dire moi, mon moi serait-il plus derrière mes yeux que dans mes pieds ? Je, le je que je suis, est-il quelque chose susceptible d'être quelque part ? Et mon dos, cette terre inconnue, n'est-il autre chose qu'un territoire quasi autonome et râleur mais finalement délaissé ? Ce jacobinisme organique m'agace et j'aimerais, quand je pense, perçois ou sens, être aussi en périphérie, loin des yeux, loin du cerveau, dans mes pieds par exemple. Je rêve d'une autre géopolitique des corps, comme un régionalisme des organes et des membres.
Ne confondons pas vivre et exister, sermonna le philosophe qui, par souci de cohérence, cessa de boire, dormir et respirer.
Allez, sors de ta zone d’inconfort, dit la mouette à la bernique.
Le résumé, la lecture digeste d’une réalité allégée.
Finalement, quelque chose nous rapproche, Neymar et nous, auteurs de restes. Non pas le salaire, ni le tee-shirt floqué à notre nom mais le dribble, l’art de la feinte : nous faisons mine d’emmener le lecteur à droite et pfiit, nous passons à gauche.
Bon, il est vrai que nous ne marquons pas toujours et que dans les tribunes les lecteurs sont clairsemés mais nous savons aussi que nous en faisons sourire un ou deux, alors le match est gagné.
Elle était nue
Il a tout vu
Elle lui a plu
Il l’a voulue
Il est têtu
Il s’est battu
Elle est émue
Il les a eus
L’a convaincue
Elle s’est rendue
Il est élu
Roi des goulus
La vie déborde.