Il ne suffit pas de boire son Laurent-Perrier frappé et son lapsang brûlant pour être un extrémiste.
Il ne suffit pas de boire son Laurent-Perrier frappé et son lapsang brûlant pour être un extrémiste.
Faudra-t-il aussi se méfier des dictionnaires ? En cherchant, sans intention de nuire, un synonyme de ‘prendre soin’, j’ai trouvé ‘bitumer’ !
Il ne suffit pas de répondre merci quand on vous dit bonjour pour être un rebelle.
Minimaliste cohérent, il joggait en faisant trois tours sur lui-même, et sans échauffement. Seule la relaxation dérogeait à son éthique du long is wrong.
Et d’une main caresser l’horizon et de l’autre sculpter des terriers.
− Bonjour, vous cherchiez à me rencontrer, m’a-t-on dit. C’est à propos du dispositif de tut…
− Yeah. J’kiff ton brain, man, si t’es ok, j’taf avec.
− Oh la la ! je vous arrête tout de suite, je suis sinologue et − oserai-je une confession ? − je n’ai jamais ni compris ni goûté la langue de Shakespeare.
− Yeah, la même. Nique la Juliette et fuck son Rom.
− Mais que dit-il ? C’est inouï ces idiotismes, inédits ne sais mais sévèrement insanes.
− Waouh trop cool ton flow, Master Griot, prochaine battle tu déchires tout. Bon tu m’veux dans ton crew ?
− Comment vous dire ? Pour la tut…
− Ok man, c’est bon pour oime.
Ne sommes-nous pas en train de nous perdre dans un temps étranger, trop rapide et sans mémoire ?
Il est moustachu pour un Bourgogne
Elle est diplomate pour une bernique
Je suis filandreux pour un haïkiste
Débraillés ballonnés
Bâillonnés empaillés
Le monde en deux moitiés
Dogme : quand la pensée se repose et fait du gras pendant que l’intelligence s’impose et met au pas.
Sans se méfier, c’est un matin d’août qu’il entra dans la vie. Il fut vite saisi par l’ampleur de la tâche et le manque de moyens.
− Bonjour, vous avez quel âge ?
− Non mais ça va pas. Foutez-moi la paix !
− Excusez-moi, mademoiselle, t’énerve pas, c’est pour mon enquête.
− Ben justement, dégagez. Vous êtes sociologue ?
− Non, je crois pas. Juste que je voulais savoir.
− Bon alors ça va, j’ai 31 ans.
− Ah ! j’aurais pas dit ; vous faites plus âgée. Mais c’est pas grave, tu sais.
– C’est ça. Ben toi, c’est incroyable comme tu fais plus malin. Mais c’est pas grave non plus. Quoique, à ce niveau, si, ça commence à l’être…
Douter, ce n’est pas renoncer à penser, pas même cesser d’affirmer, c’est mettre en congé l’intelligence.
Tous ces dossiers, toutes ces chemises sur mon bureau, ces cahiers commencés, ces feuilles blanches déjà cornées, ces notes, notices, notules, tout ce courrier à classer et ces papiers à trier.
Si j’osais, je le dirais (que j’envie les sans-papiers) ; mais non, on ne peut pas rire de tout.
Une loi mathématique doit certainement exister qui fixe très précisément le jour où tout diariste, ayant épuisé le lot limité de bons mots disponibles, commence à se répéter (d’abord il modulera, variera, puis résumera ou prolongera… mais un jour, inévitablement, il se répétera − à l’identique − c’est mathématique).
Eh bien je suis persuadé qu’on aura la surprise de constater que moins l’on écrit et plus on a de chance (il faudrait dire « de risque » − quoique en l’occurrence, il est des situations plus dangereuses, pénibles ou risquées) de se répéter tôt. Et inversement donc, que plus on écrit et moins l’on est menacé par la répétition qui n’est finalement qu’une modalité bruyante de la stérilité.
Bien, mais cela n’est à ce jour qu’une hypothèse. Laissons les mathématiciens chercher, quant à nous, tâchons d’enfanter aujourd’hui encore une minime inédite (ce qui n’a jamais été synonyme de belle, profonde ou édifiante). Très bonne lecture, nonobstant.
Un jour, le dernier homme à savoir tailler un sifflet dans une branche de sureau mourra ; c’est triste.
Nul n’est remplaçable.
J’aime les livres impatients comme les matins et les sentiers plus longs que la fatigue.
Les pigeons préfèrent le vol en compagnie : se faire plumer collectivement est moins douloureux.
J’aime les livres qui font lever les yeux et les sentiers qui font baisser la tête.
Vous connaissez sans doute les orchidées, mystérieuses et subtiles princesses des jardins, tout en grâce voluptueuse et en élégance sensuelle, qui ravissent nos sens et emportent nos rêves.
Eh bien c’est au botaniste Théophraste que ce miracle sur tige doit son nom, dérivé d’orchis, testicule. Sachez encore, plutôt que de vous inquiéter de l’anatomie du naturaliste grec, qu’il pensait à la forme des tubercules souterrains.
Pour une métaphysique à mains nues.
Et travailler les idées comme une glaise grasse et charnelle.
On est toujours déçu quand un peintre explique ses œuvres.
Mais demande-t-on au rossignol de parler de ses influences musicales ou à la bib’ dorée de révéler ses techniques de tissage ?
Religions : figer des rêves étonnés en dogmes arrogants.
Dans la loge claire de mon silence, j’ai trouvé ces mots simples que j’écris et cela suffit : la lumière des âges et le sillage du monde.
Attention chasseur de chimères, ne va pas te prendre les pieds dans ton ombre.