Tout passe et la vie est comme l’eau que la main ne saurait retenir.
(Ne nous y trompons pas, elle passe elle aussi, la main).
Tout passe et la vie est comme l’eau que la main ne saurait retenir.
(Ne nous y trompons pas, elle passe elle aussi, la main).
Il n’y a pas de désir brut, de désir naturel ; le désir est toujours culturel, il est la chair du symbolique.
L’intelligence est réactionnaire, progressiste est l’imagination.
L’amoureux est un bon tacticien, souvent, mais un mauvais stratège.
Déçu, en colère peut-être, il ne comprend pas pourquoi on l’arrête en fin d’après-midi alors qu’il était au mieux de sa forme ; sait-il seulement qu’il végétera dans le hangar tout le weekend pendant que d’autres iront manger des sorbets aux goyaviers à la plage.
Quant à moi, je suis partagé : je comprends sa déception, mais bon sang comme il est bruyant ce marteau-piqueur !
À la lisière de l’illisibilité – là où l’écriture seule se perdrait sans les audaces de la lecture.
Le bonheur serait vite ennuyeux si l’on ne pouvait aussi l’exposer.
Girafe et Tortue se présentèrent sur la ligne de départ avec dix bonnes minutes d’avance, bien décidées à en découdre. L’arrivée de Guépard ne les déconcentra pas, pas plus que celle de Moufette qui sentait fort pourtant. Quelques secondes plus tard, Hippo, accompagné de Rhino et Laryngo, se glissèrent comme ils purent entre les concurrents. Phacochère était là aussi, plus pour participer et voir du monde que pour autre chose. Personne ne s’aperçut de l’absence de Ragondin qui ne manquait jamais ce rendez-vous annuel ; il n’avait pas officiellement déclaré forfait et l’on n’eut jamais l’explication de son absence. En revanche, Ornithorynque et Pangolin étaient bien là, fidèles, patients, silencieux mais déterminés.
Oui mais voilà, Marcellin Labrousse, chargé de donner le départ, ne vint jamais. Le compte à rebours ne fut pas lancé, le coup de feu ne fut pas tiré et la course fut annulée. Marcellin aurait eu un problème de mobylette ; certains dirent que la boulangère l’aurait volontairement intoxiqué avec un roulé au fromage pour se venger d’une querelle ancienne à propos d’un comportement inapproprié (on a parlé d'une blague salace) qu’il aurait eu un jour qu’ils se seraient rencontrés inopinément à la pharmacie Legros, lui pour acheter du Lactulose en solution buvable, elle, un dentifrice à l’anis.
Demain, c’est promis, je m’occupe de ce problème de procrastination.
Girafe, un jour, croisa Tortue. On était le 27 mars et c’était exactement la veille du jour où le vieux Marcellin Labrousse devait réparer sa mobylette. Le ciel hésitait ; de gros nuages passaient lentement mais sans s’installer et on n’aurait su dire s’il faisait froid ou chaud. La boulangère était à l’heure, elle vendrait probablement assez rapidement ses baguettes appétissantes. Girafe, en rentrant chez elle ne croisa pas Tortue : elle ne s’en étonna pas. Une mobylette plutôt bruyante s’arrêta devant la boulangerie.
Ah, cette fois je le tiens mon incipit. Je n’ai pas encore la suite de ce roman à rebondissements mais je sens qu’il va me passionner.
A la différence des vaincus, les vainqueurs cherchent rarement des explications.
Rares sont ceux qui se posent les questions auxquelles ils n’ont pas de réponses.
Parfois, j’essaie d’écrire à voix basse.
Rire, ce n’est pas cesser de penser ou s’arrêter de faire ou fêter la fin de l’histoire, c’est bien plutôt retrouver des souffles perdus, redonner sa place à des corps relégués, rouvrir des mondes pliés.
– Non, non, non, ce n’est pas ce que tu crois !
Quant à savoir ce que Kevin pensait que sa mère croyait en le surprenant le doigt dans la mousse au chocolat ? L’histoire ne le dit pas.
– Nous sommes tous les deux linguistes, c’est un signe, risqua-t-il, timide et inspiré.
– Je ne crois pas aux signes, répondit-elle, sèche et conclusive.
Se taire. Et ne pas le dire.
– Non mais vous n’allez pas arrêter de me tourner autour ; si vous continuez je fais un signalement.
– Alors d’abord je vous ferais remarquer que c’est vous qui tournez autour de moi, répondit Soleil, ensuite, sachez Mademoiselle Terre, que vous n’êtes pas la seule dans ce cas, continua-t-il, non sans arrogance.
« Pelouse interdite », « ne pas toucher », « entrée payante »...
Faut-il être mal dégrossi pour être plus accueillant ?
Le désir est artiste, parfois il fantasme et fane, sans œuvre, parfois il invente et féconde un monde.
La sincérité n’est pas un passe-droit.
De l’intelligence, je ne sais, de la culture, peut-être, mais c’est de la souplesse surtout dont le penseur a besoin qui risque toujours le lumbago ou le cliché.
L’histoire, qui nous apprend que tout change, se construit et se détruit, devrait être une école du possible, elle est pour certains, au contraire, la preuve que tout est figé et doit nécessairement le rester.
Poule et Œuf, au seuil de l’être.
– Allez-y, je vous en prie madame.
– C’est ça, pour que tu te rinces l’œil, œuf de mes deux !
– N’importe quoi ! C’est juste que je suis tout petit, je ne suis jamais sorti de ma coquille.
– Ferme-la sale môme, je suis pas ta mère. Alors vas-y d’abord, crâne d’œuf et oublie-moi.
– Dis donc, qu’est-ce que vous êtes malpolie. De toute façon, je reste là, j’ai peur du monde, c’est mon côté poule mouillée.
– Très drôle. Comment ça tu restes là, tête d’œuf, mais là c’est le non-être, ce n’est pas possible, crétin. C’est être ou être, on n’a pas le choix.
– Bon d’accord madame, mais alors on y va ensemble, parce que, regardez, j’ai déjà la chair de poule.
– Tu sais que tu commences vraiment à m’énerver. C’est bon, on passe ensemble, mais après c’est chacun pour soi et on ne se connaît pas.
– De toute façon, on ne risque pas de penser qu’on est de la même famille, parce que, ce n’est pas pour être méchant, mais on ne se ressemble vraiment pas.
– Non mais quel œuf !
Le blogueur qui s’énerve d’être si peu liké, qui se rassure en pensant à l’écrivain qui se plaint de n’être pas lu, qui se rassure en pensant au philosophe qui peine à remplir son amphi, qui se rassure en pensant au poète qui déclame dans le désert, qui se rassure en voyant le caillou nu et sans public, qui resplendit et dure, sans assurance ni regret.