En fait, je m’en fous, disait à peu près Marc Aurèle. Quel confort !
En fait, je m’en fous, disait à peu près Marc Aurèle. Quel confort !
Toutes ces télévisions obsédées depuis dix jours par la mort d’Elizabeth II, c’est à vous donner envie de regarder Russia 1.
Percevoir, ce n’est pas voir des choses directement, c’est dire des mots silencieusement. Des mots ou plutôt un texte, car le monde a sa grammaire.
Fort heureusement, neuf fois sur dix, on ne dit ni ne fait ce que l’on avait prévu de dire ou de faire.
Quand je le compare avec les horaires et coefficients de marées à La Rochelle, avec le barème des tranches et taux de l’impôt sur le revenu, avec la carte du restaurant ‘La Jonque paisible’, le tableau périodique des éléments ou l’annuaire statistique mensuel de la DGCL, je trouve l’être humain un peu foutraque et très imprécis.
Plutôt que de fabriquer de l’unité, imaginons des unions.
Quelquefois je me dis que je devrais me taire dans certaines circonstances, être plus respectueux ou m’occuper de mes affaires et puis, je ne me tais pas. Par exemple, quand j’entends parler de la guerre en Ukraine, je suis d’abord (disons, également) frappé par la poésie de la toponymie. Je sais bien la tristesse, l’horreur, la douleur qui noircissent les lieux, mais je ne peux m’empêcher de me réjouir en entendant les noms de Balakliia, Belgorod, Pryshyb, Kramatorsk, Izyoum, Bakhmout… Ce peuple a engendré de vaillants soldats, il a vu naître aussi des nommeurs de lieux inspirés, à l’évidence.
De quoi la pensée est-elle le non ?
La pole danseuse s’accommodait bien de sa nouvelle vie sur le rond-point, indifférente aux migrations pendulaires comme aux variations du Brent ou au retour des soldes, elle montait et descendait comme elle l’entendait, à l’écoute seulement de son désir désindexé et de l’appel sororal des fluides cosmiques.
Son joli mari de fildefériste, en revanche, se trouvait un peu à l’étroit dans cet espace aux horizons fantasmés d’autant que les demi-tours avaient toujours été son point faible. Qui nie les lointains nuit aux prochains, répétait souvent son père, ophtalmologue très en vue.
Il décida donc de tendre un câble de son rond-point jusqu’au suivant, sur la RD 58…
Invite les amants fous du printemps
Mais n’évente les faux secrets de l’été
N’évite les peurs errantes de la nuit
Mais invente les mots confiants du matin
Avant-hier, la mort de la Reine a surpris tout le monde, surtout sur les plateaux de télévision qui avaient déjà leurs sujets et leurs invités. Eh bien figurez-vous que les généraux à la retraite, les kremlinologues, les maîtres de conférences en inflation et les spécialistes en économie de l’énergie se sont révélés être aussi des experts en monarchie britannique.
Démasqués, bande d'escrocs !
Depuis quelques temps, on constate une recrudescence d'imposteurs. Un tel qui prétendait être médecin depuis quinze ans alors qu’il n’avait pas dépassé sa troisième année, telle autre qui enseignait depuis des lustres avec de faux diplômes, un autre encore qui se faisait passer pour policier, expert-comptable ou pilote… Je ne serais pas étonné que l’on découvre que quelques auteurs célèbres publient depuis des années alors même qu’ils ne sont pas écrivains.
– En ces temps sombres et incertains, il faut toujours se préparer au pire, philosopha Dieu.
– Tu parles de l’élimination de l’équipe de France ou du risque de pénurie de foie gras pour Noël, railla Pierre.
– Je ne goûte pas tes sarcasmes, Pierre, je parle de…
– … de la mort inévitable et tragique de la Reine ?
– Pas du tout, toutes les morts se valent et toutes les vies sont vaines. Je parle du blanchissement de ma barbe.
Souvent, je m’étonne des critiques que l’on m’adresse, mais je comprends encore moins ceux qui m’admirent.
La mode, c’est un peu comme au paradis, les derniers se retrouvent les premiers et les ringards deviennent tendances. Les mocassins à glands reviennent !
(J’en connais un qui va aller faire un tour au fond de son placard et va connaître un beau succès à peu de frais !)
Plus il y a de possibilités, moins on choisit librement et, passé un certain nombre d'options, on ne peut plus faire appel qu’au hasard.
Omo, Persil ou Ariel… c’est déjà trop.
Obstination, l’obsession qui a une destination.
Tout est récit.
– Gros Lulu : J’aimerais bien, comme ça, ouvrir la bouche et bim, je balance un truc de ouf, voilà, et que tous les lecteurs, et ben, y soyent scotchés, vous voyez ?
– Monsieur Lhoteur : Je vois surtout qu’il y a encore du travail.
– G. L. : Oui je sais, mais si je n’arrive pas à être un bon personnage, c’est à cause de vous, c’est vous l’auteur des dialogues. On dirait que vous n’avez plus d’inspiration.
– M. L. : Non, moi je suis Lhoteur, avec un ‘o’. Et sache aussi qu’il n’existe rien de tel que l’inspiration.
– G. L. : … avec un haut et surtout des bas, je dirais. Hé ! c’est pas mal trouvé ça !
– M. L. : Tout à fait, de la grande littérature. L’auteur se surpasse.
– G. L. : Ah oui, c’est vrai, c’est l’auteur qui écrit. Justement, comment ça vous vient les idées Monsieur l’Auteur, quand vous en avez ?
– M. L. : Grande et mystérieuse question. L’écriture, c’est un peu comme l’amour, tu peux t’inscrire sur des sites de rencontres ou faire des stages d’écriture, mais je crois plutôt à la disponibilité. Tu me suis ?
– G. L. : Non.
– M. L. : Comme d’habitude. Bon, disons que ta tête est comme une maison ; la disponibilité, c’est laisser les portes et fenêtres ouvertes, ne pas avoir une radio allumée toute la journée et avoir toujours une assiette et une chaise vides.
– G. L. : D’accord, mais parfois il doit y a des visiteurs qui squattent et vous dérangent.
– M. L. : Bien, tu vois quand tu veux. En effet, et ceux-là, idées noires, idées bêtes, poncifs ou préjugés, tu ne peux pas les chasser, tu dois juste ne pas les retenir parce qu’ils prennent vite toute la place.
– G. L. : Et si on ne s’en occupe pas, ils ne restent pas ?
– M. L. : Exactement. Mais à l’inverse, si tu as un visiteur intéressant, tu ne le lâches pas. Tu l’écoutes, le relances, le bouscules un peu, tu l’accompagnes, parfois tu le contredis, bref, tu es disponible. Tu peux même le laisser se reposer dans ta chambre, mais tu t’arranges pour qu’il ne puisse pas s’échapper en douce sans avoir laissé son téléphone. Bon, c’est métaphorique, tu comprends ?
– G. L. : Un peu, mais pas pour le téléphone.
(L’auteur, bien obligé de surveiller un peu ses personnages : Oui, pour la disponibilité il n’a pas complètement tort, enfin, c’est quand même beaucoup plus compliqué qu'il se l'imagine. Ce Lhoteur n’est pas un auteur, ça se voit bien.)
La photo la plus objective est nourrie de souvenirs et de rêves qui se logent discrètement dans le doigt qui appuie et l’œil qui cadre… sans parler du travail du regardeur. L’objectif de l’appareil n’y peut rien.
Vise une étoile, mais pousse des racines d’abord.
L’originalité est une niche.
C’est curieux ce mot qui me vient à l’esprit à l’instant, sans que je sache pourquoi ; je me demande bien quand et où je l’ai entendu pour la dernière fois. Paletot. Paletot. J’ai l’impression d’un très vieux copain, paletot, pas vu depuis plus de cinquante ans, paletot, paletot, qui réapparaît soudainement.
Salut, c’est moi, Paletot. Eh bien salut Paletot, je suis ravi de te revoir, vraiment.
(Si, si, je suis ravi de le revoir, mais dis donc, il a pris un sacré coup de vieux.)
On ne dit pas quoi, on dit pourquoi.
– En fait, je suis bipolaire.
– N’importe quoi.
– Si, si, mais ça ne se voit pas parce que je n’ai eu que deux phases. J’ai été hyperactif les six premiers jours et depuis, mon bon Pierre, je déprime, se lamenta Dieu, mais tu vas voir, je termine ce truc et je vais retrouver des couleurs.