Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure d’écriture ne m’ait ôté – pour citer inexactement Montesquieu –, mais l’écriture comme le paracétamol ont un effet éphémère – pour ne plus citer du tout le baron.
Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure d’écriture ne m’ait ôté – pour citer inexactement Montesquieu –, mais l’écriture comme le paracétamol ont un effet éphémère – pour ne plus citer du tout le baron.
– Candidat : Pardon de vous le dire, mais je ne m’excuserai pas.
J’ai toujours regardé avec une tendre curiosité les rencontres hétéroclites, les amitiés improbables et les associations bariolées, mais ce mariage de la harpe et du calepin me semble voué à un divorce précoce. On ne s’unit pas sur des non hostiles, mais sur des oui fertiles.
Une nouvelle voie ouverte en Himalaya.
Bravo, mais je note que c’est une impasse encore une fois, qui annonce de sérieux embouteillages au sommet.
Bartók nous l’a pourtant appris, l’harmonie a ses limites et la dissonance, sa mystérieuse endurance.
– Mais qu’est-ce que tu fais là, tu devrais être sur le terrain ?
– C’est Monsieur Bûcheron, il a dit que je n’étais pas assez clivant, répondit Coin à Scie. Et toi ?
– Moi aussi il m’a écarté, j’ai perdu mes dents avec mes vingt ans et il paraît que je caresse au lieu de diviser.
– En même temps, rétorqua Tronçonneuse, il n’a pas tort Bûcheron, on n’est pas là pour s’aimer, c’est eux ou nous.
Le monde a toujours changé, mais cette fois, n’est-ce pas le changement qui change ?
Je manque peut-être d’empathie, mais ce que les autres pensent de mon cul m’indiffère. Je manque peut-être aussi de modestie, car il est probable que peu de gens s’y intéressent.
– J’aimerais bien être pris pour ce que je suis vraiment…
– … c’est vrai, il y en a marre de la tyrannie des apparences. On veut être aimés pour nous-mêmes.
– Ah oui, et vous êtes quoi “vraiment”, demanda Nombril aux Seins ?
– Ne fais pas le nigaud, tout le monde sait bien que nous sommes des glandes dans un tissu de graisse…
– … et non pas deux faons jumeaux qui paissent parmi les lys…
– … ni une petite boule d’ivoire au milieu duquel est assise une fraise (mort de rire !)…
– … ni des petits gazons de lait (n’importe quoi !) ni un double mont d’azur…
– … ni un bouton d’ivoire sur une pomme de rose…
Dieu n’a pas d’ombre.
L’idéologie est la négation des idées. Les idées se débordent elles-mêmes, elles viennent d’ailleurs et regardent au loin, comme les sentiers de montagne, elles sont sinueuses, se croisent, se perdent et se retrouvent, comme les histoires, elles racontent la vie, elles font peur ou font rire, les idées sont amoureuses des mots, elles les cultivent et les bousculent, mais les aiment. L’idéologie est le cadavre des idées.
On me dit qu’un carré de bon chocolat est conseillé dans les moments de chute de moral. Je n’y crois pas un seul instant. Je vais même le prouver.
– On en parle ?
– De quoi ? Du bleu Majorelle, plus nomade que le bleu Klein ? Du risotto à la betterave moucheté aux algues bretonnes ? De la vie de Laure (celle de Pétrarque, pas ma voisine) si elle avait cédé ? Des tournées de Zátopek sur son camion-poubelle dans les rues de Prague ?
– Non, mais tu vois ce que je veux dire ?
– Si tu veux, on peut parler de tous les livres que Merleau-Ponty aurait écrits s’il n’était pas mort vingt ans avant Sartre ? Du chant des galets sur la plage du Barachois quand l’aube rentre ? De l’impudeur du paon qui fait la roue en criant “léon !”, dans les parcs de La Rochelle, pour séduire les femelles, impressionner les mâles et faire rigoler les enfants ? De Farida au bureau 16 qui vote pour la première fois espérant avoir une vie différente de celle de sa mère ?
– Et des él…
– Non.
Les tatamis d’État, Tatie, sont animés l’été, mais les minets à Miami, Mamie, sont anémiés à l’année.
(Quant aux carottes, Tatie, Mamie, elles sont cuites.)
Les choses sont muettes, obstinées et tellement indifférentes. Les mots quant à eux, sonnent et consonnent, comme un vent solidaire, comme un chant symphonique, comme un hymne, une épopée, un long poème patient et généreux. Oui, mais c’est un vent sans poignée, un chant sans manche et sans pédales, un poème sans touches, sans robinet, sans serrure, sans tiroir. Les mots ne servent à rien.
« Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve », écrivait Hölderlin.
Ouais ben, j’espère qu’il avait une bonne info !
Par un mécanisme psycho-digital contre-intuitif, sur les réseaux sociaux, le partage décuple haine et bêtise.
Donner le meilleur de soi… et se garder le pire !
La vie est trop triste, ne perdez pas votre temps à lire la Critique de la raison pure, allez directement à la Critique de la faculté de juger.
Il en a vu passer des stylos et des crayons dans son pot, mon coupe-papier, le même depuis plusieurs décennies. Toujours aussi ferme et tellement élégant avec son manche en cuir. Malheureusement, s’il ne vieillit plus, c’est parce qu’il ne sert plus. Même ma banque est passée à la correspondance électronique.
Ouf ! Quelle chance j’ai eue.
S’il est vrai que le Big Bang a eu lieu il y a plus de dix milliards d’années, il était tellement improbable que je naisse là, au milieu du XXe siècle, en cette époque bénie, un peu après l’invention de la machine à laver le linge, mais bien avant celle du téléphone portable.
Avant, non, ce n’était vraiment pas mieux ; après, on va attendre un peu pour juger, mais je suis inquiet.
– Tu es exilé sur une île déserte et sans librairie. Tu ne peux emporter qu’un livre. Choisis-tu le Guide des égarés de Jean d’Ormesson ou le Manuel de survie sur une île déserte de Denis Tribaudeau ?
– Je choisis mon agenda.
Être soi-même, scandent-ils comme un cri de ralliement et, dans le même geste, ils se dupliquent à l’infini.
Il me maltraite et m’épuise. Chaque soir, parce que je ne suis pas rancunier et veux lui donner une nouvelle chance, je le retrouve avec bonheur et paix, mais rapidement, il me tourne le dos et se refuse à moi. Alors, presque chaque nuit, le même combat reprend. Je demande et j’implore, je prie et supplie, et je m’énerve, et je m’acharne et plus j’insiste, plus il m’ignore. Mais pourquoi ce refus ? Pourquoi moi ? Parce que, je le sais bien, il s’offre à d’autres, sans retenue, sans pudeur. Au petit matin, parfois, il cède, pour un moment court et froid, il cède pour que je tienne jusqu’au soir suivant et recommence les mêmes suppliques. Il me maltraite, le sommeil, et m’épuise et ce soir encore, je le sais, il se refusera et m’abandonnera, seul et impuissant.
On a parlé de société du spectacle. Pour le moment, c’est plus Guignol que l’Heure de vérité.