Il faut, mais c’est mieux comme ça, être dehors ou dedans, voir ou montrer.
Il faut, mais c’est mieux comme ça, être dehors ou dedans, voir ou montrer.
Moque-les, si tu veux.
Moque-toi, si tu peux.
Il faut, si l’on veut comprendre un peu – et voilà bien qui rend la chose difficile, pour le moins – dé-prendre également.
Bien sûr, puisque prendre, c’est voler, détourner, capturer, assiéger et figer.
Mais il faut encore, si l’on veut dé-prendre, regarder et nommer et accueillir aussi dans le poème incertain et liquide des convoyages quotidiens.
Ils sont agaçants ces philosophes à toujours partir avant la fin nous laissant seuls, inquiets et sur notre faim.
Mais ne sont-ce pas les scientifiques les coupables qui rassurent et rassasient, communiquent et toujours répondent ?
Pour moi, mais je ne suis pas un modèle d’impartialité, la philosophie est apéritive, la science gavante.
Le monde radote, l’histoire bégaie, les hommes bafouillent.
Où se cache l’orthophoniste universel qui saura nous faire parler.
Fédérons nos errances
Explorons nos friches
Et sourions nos peurs
Les restes du banquet ? c’est quand les philosophes baissent la garde, quand les poètes baisent la garce, quand les Grands biaisent les angles, quand les anges fêtent la bière, quand les Fiers chantent la terre, quand les [grosses] Têtes frangent les tresses, quand les fesses frôlent les vestes, quand les restes sur la banquette
PS : pour les malheureux qui, en troisième, ont fait techno (souvenez-vous : la coupe du critérium, la tour Eiffel en allumettes, l’utilisation du pied à coulisse…) et pas latin, je rappelle que le mot français banquet est la traduction du latin symposium, copié directement sur le grec sumposion qui dérive de sumpotès, compagnon liquide avec qui [sun-] l’on partage un verre [-pinein, boire]. (Notez encore – après j’arrête, car il faut, pour ceux qui, en troisième, ont fait techno et pas latin, des activités courtes, variées et ludiques – que le compagnon, compère solide, est celui avec qui [cum-] l’on mange le pain [-panis], quant au compère – c’est fini, regardez, encore trois lignes à peine – il ne va pas sans sa commère, encore que par les temps qui courent et les mœurs qui cavalent, il ne reste plus que quelques psychanalystes obtus pour croire encore à la triangularité familiale).
Santé !
« Moins fort la télé, on bosse nous ! » caquètent, aigries et dyslexiques, les 55 000 pondeuses du poulailler industriel voisin.
Madame M. (fraîche et fruitée) : Bonjour monsieur Concept.
Monsieur C. (malicieux et gourmand) : Bonjour madame Métaphore.
Mme (en vers libre) : Madame va bien ?
M. (sceptique mais sans mysticisme) : Je ne sais pas, je suis célibataire et post-systématique. Et monsieur ?
Mme (admirablement néo-lyrique) : Il n’y a pas de monsieur, je suis néo-lyrique et libre-échangiste.
Le Voisin (paternaliste mais sans excès) : Pacsez-vous, vous mutualiserez vos ressources et paierez moins d’impôts.
Il est sept heures, tu te lèves, tu te laves, un café en silence, pas faim, il pleut un peu, tu y penses encore, enfin, penser, non, pas de la pensée ça, ça gronde là dans ton ventre, sourd, sans répit, tous ces mots aussi dans ta tête, l’histoire qui se répète, ça grouille, chaque fois une fin différente, aurais pu, est sept heures dix, regardes par la fenêtre, trop tôt pour descendre, trop tôt, trop tard, comme ta vie, un mauvais train, jamais à l’heure, sept heures seize, faudra mettre une pendule à aiguilles, c’est mieux, descends dans le bruit les odeurs la ville, pas le métro ce matin, tant pis pour la pluie, marches vite, pas l’heure encore des sourires, pas l’heure encore des touristes, marchent vite, comme toi, regardent pas, 7h32, 15 degré, 18/06/2008, c’est écrit, ça va mieux, t’arrêtes pour un deuxième café, le journal, le loto, pas très drôle ta vie, cette histoire, pas très doué, jamais gagné, huit heures moins dix, passe pas vite, c’est mieux la pendule à aiguilles du café, passe pas vite, le temps, jamais gagné
Il me semble – mais je n’ai connaissance d’aucune statistique sérieuse en la matière – que l’amour vire plus souvent à la haine que l’inverse.
Il me semble également – c’est beaucoup moins rare et très peu spectaculaire – que l’amour vire plus souvent à l’indifférence que l’inverse.
Allez, au boulot !
une connotation en voie de putréfaction, une bouteille de gaz à pertinence faible, un gant de toilette tuné et reshapé, ton joli petit derrière très discrètement poivré, un recours en défense biodégradable, une fistule chromée avec sécurité, un souvenir mal décongelé, une boite de douze (plus une gratuite) altermondialiste, un carburateur généreusement mort de rire, mon inimitable accent de ténor spasmophile, pi sigma lambda et les autres joueurs de l’équipe, ta grand-mère à la météo, ton voisin dans les circonstances atténuantes et tes excréments sur la table des lois, un labyrinthe beaucoup trop adverbial, une cicatrice qui a fait un bon troisième trimestre, un exilé aux petits oignons
– Vous devriez vous investir davantage, dit le professeur sans état d’âme, sachant depuis le début de l’année que le placement ne serait pas rentable.
– Je préfère m’engager, répond l’élève, avec l’insolence désuète si caractéristique des membres résiduels de ces groupuscules révolutionnaires en fin de vie.
Accéder à son désir joyeusement récité suppose d’abord qu’on le risque dans l’explication, toujours approximative, jamais pleinement comprise, souvent suspecte.
Le dialogue des désirs, tel est le plus grand défi des relations amoureuses.
Criminelle pollution du désir des enfants ; leurs rêves ont goût de plastic.
pollution durable
nuisance citoyenne
éco-décharge
déforestation solidaire
pouvoir/d’achat/crachat/d’anchois/poussoir/àvache/savoir/déchoir/tavoix/dusoir/
mouroir/àchoix/mouvoir/lajoie/macroix/s’enva/pourvoir/tondoigt/tasoie/tahache/
monpas/monpoids/pasça/pacha/mouchard/detâche/mouchoir/dechats/pochard/opaque/
Écrire c’est mentir.
C’est aussi ce que laisse entendre, en creux, l’expression duplice « homme de parole ».
Tout n’est qu’illusion, certes. Mais rien ne ressemble plus à une migraine réelle qu’une migraine illusoire.
La promesse, crime ou suicide ?
Hier soir c’était théâtre à l’université : l’association dramatique des étudiants. Au programme, Giraudoux.
C’est important d’avoir de bons auteurs bien situés dans leur époque, ce sont des bornes ou des repères temporels fort utiles, un peu comme des vêtements démodés ou des yaourts avariés.
Comment sans cela avoir conscience du temps qui passe ?
Qu’est-ce qui se joue dans l’écriture ? la peur du bruit, l’oubli des chairs ?
J’hésite, je vois bien l’insignifiance de ces ridicules chiffons de mots, ridicules et prétentieux, et ne peux pourtant chasser l’intuition discrète que s’y logent quelques réserves de force.
Bien sûr l’absence est coupable, mais je me demande aussi parfois si l’urgence n’appelle pas secrètement l’attente ?
En suspens sur le fil tranchant de la lumière du soleil couchant, un instant, tu joues toi aussi à hésiter : tu retiens dans le confort de l’indécision tous les débuts, toutes les fins, rêvant sans doute à un matin déjà épanoui encore fidèle, ou à un soir léger et joyeux d’inexpérience.
Le passé s’est joué dans notre dos ; nous n’avons jamais le présent que l’on mérite ; nous sommes responsables d’un futur qui ne nous concerne pas.
Comment voulez-vous que l’on s’applique !