23 mars 2008
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03:30
Que vous dire ce matin ?
J’ai sur mon bureau un ticket de caisse illisible, une tasse vide, une pince à linge égarée, trois bouchons de stylo orphelins et quelques petites choses encore qui me laissent, je le confesse,
sereinement indifférent. Marguerite Duras en aurait fait trois livres, Francis Ponge deux poèmes, Georges Pérec un chef d’œuvre. Je vais, quant à moi, commencer par mettre un peu d’ordre dans mes
affaires, faute de quoi mes idées seraient confuses, ma syntaxe approximative, et je vous infligerais quelque inepte et insignifiante coquecigrue.
Je m’en voudrais.
22 mars 2008
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03:29
Dieu, dit-on, a créé l’homme. C’est assez réussi, mais finalement peu méritoire pour un être omnipotent.
Bien plus fort, l’homme, cette chose ridicule qui pleure, saigne et défèque, a inventé l’illusion. Chapeau bas !
21 mars 2008
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03:27
Je me répète, me direz-vous – c’est indéniable, je me répète – mais une question me taraude, simple et impérieuse, (comme en écho à ce que demandait Adorno, écrire un poème après
Auschwitz n’est-ce pas barbare ?) :
est-ce bien sérieux de ne l’être pas davantage ?
20 mars 2008
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03:30
Ampoule encore grillée, pneus déjà usés, bouteille de gaz toujours vide, compte jamais plein… j’assiste, impuissant et excédé, à l’inexorable déchéance universelle et me mets à rêver – moi
l’athée impénitent – d’éternité.
Décidément tout déchoit.
19 mars 2008
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Capricieuses et déroutantes, elles semblent se plaire à souvent venir sans prévenir et jamais si on les attend, les idées, et disparaître ensuite très vite sans laisser traces ni
adresse.
Il faut savoir être patient, vigile et toujours disposer pour elles d’un petit bout de papier propre et accueillant.
18 mars 2008
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Cette obsession absurde de vouloir faire toujours plus court, ça en dit long.
17 mars 2008
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Poncées, vernies, sans rides ni poussière, ordonnées et toujours à leur place, certaines vies, comme des meubles très utiles, à trop demeurer, mobiliers immobiles, deviennent
transparentes et accélèrent ce qu'elles veulent ralentir.
16 mars 2008
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04:09
Ces langues qui se bousculent en moi, aux accents si différents – mathème germain, poème latin, gauloiseries absurdes, chinoiseries subtiles.
Polyglotte hospitalier, hypocrite opportuniste, bavard apatride, je m’interroge ?
15 mars 2008
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04:07
Il faut, pour ex-ister, comme le laisse deviner le préfixe, être, en un sens, déplacé, décalé, destitué, détrôné. D’où nous vient alors ce double culte de l’ordre et du
dedans ?
14 mars 2008
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04:01
Je cherche la voix, noire et sure comme une nuit d’hiver, puissante et fidèle comme la main de l’ami, qui serait le chant de ce que Pierre Soulages peint.
13 mars 2008
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04:59
Autrui, cette forteresse impénétrable, pourtant sans murailles, aux façades ouvertes et avenantes.
Autrui, cet étranger solitaire, pourtant presque toujours à la fenêtre.
12 mars 2008
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04:45
C’est bien regrettable que l’on ne soit pas d’abord des vieux puis ensuite seulement des jeunes.
Ceux-là, pressés de manger autre chose que de la soupe, ne s’incrusteraient pas, fidèlement vissés à l’habitude des jours inertes ; ceux-ci, goûtant les nuances délicates de la lente
évanescence des choses, pousseraient moins dans les rangs.
Les premiers partiraient plus vite, les seconds rouleraient moins vite.
11 mars 2008
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04:07
instants dans l’orbe nocturne
d’un bleu doux et lent
indolence sans calcul
suspens dans le souffle juste
d’un vent continu
tendres rumeurs sans désir
retours dans l’ordonnancement
inextricable
affolement sans visage
10 mars 2008
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04:08
La pensée n'est pas une chasse au trésor.
Osons la cuisine sans recette !
9 mars 2008
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04:03
Un bon aphorisme minimaliste est tolérant, généreux et participatif : il offre au lecteur la possibilité d’une interprétation neuve.
Servez-vous, c'est libre et gratuit.
8 mars 2008
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Un Moderne fidèle ou respectueux est un Ancien masqué ou précoce.
7 mars 2008
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04:50
Pourquoi n'entend-on pas ce que dit clairement le beau mot d'avenir, que le futur est à venir, qu'il n'est pas à déduire mais à imaginer et construire - pour un temps encore.
6 mars 2008
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13:49
Le monde aurait été singulièrement différent si le partage de l'ambition avait été plus équitable entre l'homme et l'holothurie.
5 mars 2008
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04:36
quand la preuve, tréblouissante, surexpose ce qu’elle prétend démontrer
quand le sentiment, nescur, floute ce qu’il prétend décrire
quand le mot juste – sinistre bavarice – insuffit ce qu’il prétend clore
quand l’image évocalisée, souvent solitudinaire, révoque ce qu’elle prétend baradiner
quand le bon usage, épusé, troublie ce qu’il prétend prodire
comment vous dire alors ce qui s’en va ou se retient ?
4 mars 2008
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Le poète tâche de se tenir dans la pénombre du sens.
3 mars 2008
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04:04
L’altérophile est celui qui porte tous les alters dans son cœur, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion.
Quand on est snob, on dit pédamment altruiste. C’est regrettable : le mot est philodéficient, dysphonique et son hésitation entre truite, triste et
truisme finit immanquablement par provoquer un agacement peu propice à l’échange amoureux.
Les linguistes – eux-mêmes souvent très snobs – parlent à ce propos de mots rétroperformatifs.
2 mars 2008
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04:58
À trop écrire on s’absente, certes, mais la présence dissipe.
À trop s’inscrire on oublie, oui, mais la mémoire retient.
1 mars 2008
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04:00
– Combien êtes-vous ?
– Pas très courageux mais fidèles.
– C’est pas assez. Vous avez des relations ?
– Fréquentes mais irrégulières.
– Ça peut servir. Vous voulez beaucoup ?
– Dans nos rêves, oui ; moins au petit matin.
29 février 2008
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Et rendre hommage à ce qui est
et provoquer ce qui peut être.
28 février 2008
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Mozart (xviiie) serait – dit-on – un E.I.P. ; il n’est pourtant que Bach plus un (xviie).
P.S. Pour les incultes parents de cancres un EIP est un enfant à intelligence précoce.