« Ce qui ne me tue pas me blesse », Fred Niche.
« Ce qui ne me tue pas me blesse », Fred Niche.
Dégradation durable.
Je cherche une phrase, brève, impérieuse et lumineuse comme un éclair – évidence solaire sur fond de néant noir.
Non pas pour mieux voir, éclairé, savant, prévoyant, mais pour avancer ensuite, aveuglé et naïf, guidé seulement par un avenir rémanent, souvenir incertain d’une souveraine certitude qui préserve
du repos et nourrit les échappées.
– NAN (se demandant encore, tout en buvant son café, pourquoi quelque chose il y a et non pas plutôt rien ?) : Tiens, Elgé, ! bonjour, où étais-tu ?
– LOUIS-GONZAGUE (à l’excitation périurbaine, remonté comme un tribun, habité comme un militant) : J’étais dans le monde, moi, la vraie vie, les vrais gens, les vrais
mots. Ton blog c’est l’artifice pur, le virtuel frileux, la démission des bavards oiseux au ventre plein ; tu as beau t’inventer des interlocuteurs, c’est le désert, tu n’y es pas même seul, tu
n’y es rien, un non-être dans un non-monde, juste une illusion électronique, pas de visage, pas de regard, pas de voix, pas de mains. Tu n’existes pas, je n’existe pas.
– NAN (se demandant s’il n’était pas déjà un peu tard pour boire du café) : Oui, tu as raison, en un sens, tiens, bois ton non-café, il va être froid.
Je parle de fougue et d’attente, de flamme et d’usure, je parle d’érection, de brûlure, de puissance, je parle du feu et de l’abandon, du printemps et de l’absence, je parle de nostalgie, de cendre, de silence.
Un esprit sain dans un corps beau
Une ville en rose pour des gens bons
Une terre fleurie pour une vie d’ange
Un homme moderne et une femme in
Un ciel unique un pays-monde
Blanc ou noir
Nord ou sud
Pile ou face
Vie ou mort
Le temps parfois s’impatiente et, très injustement, accélère et brouille les cartes. Mais le plus souvent, discret et silencieux, plein de cette sérénité que seule la certitude de ne jamais
perdre peut donner, il attend son heure, renonçant à prendre la main.
Ça ferait un redoutable joueur de poker.
Cet endormi qui lézarde au soleil garde un œil ouvert sur le lézard endormi un peu plus bas.
Je les observe, guettant quant à moi l’heure à partir de laquelle on peut décemment aller faire la sieste.
En attendant – merci France Inter – je vais en Colombie, au Tibet, au Darfour, me battre contre la violence, le mal et l’injustice. Dieu merci, je ne suis pas seul, il y a Mélanie,
Jacques, Sylvie, Pierre et tous ces auditeurs qui téléphonent pour me soutenir dans ces redoutables combats.
"Partager" dit deux choses contraires : – diviser puis soustraire une part, se la réserver et distribuer les autres ; – additionner ses efforts ou ses sentiments pour en
multiplier l’intensité.
"Partager" réussit donc l’exploit de réunir les quatre opérations d’arithmétique ; on devrait pouvoir en faire quelque chose.
... je veux dire quelque chose d’autre qu’un joli mot.
Écrire une fois par jour, c’est beaucoup trop – même pour un minimaliste.
ta main dans mon
cou mon cou sur le toit
le toit
au-delà le la de ton rire
ton rire dans mes yeux
mes yeux sur le monde
le monde à vau l’eau
le monde avili le monde avachi
ta main dans la
mienne ta main sur le temps
le temps d’une histoire le temps d’un
combat le temps d’un espoir
l’espoir de la
paix la paix déchirée la paix
interdite
l’espoir des partages l’espoir des voyages
naïvement joyeusement l’espoir des partages naïvement joyeusement
La révolte n’est plus ce qu’elle était.
Les lycéens manifestent : ils réclament des CRS à la sortie des établissements ; les étudiants sont en grève, ils veulent des caméras de surveillance dans le campus.
Un homme aviné en voit deux.
Parfois on se retourne pour constater – amère injustice – l’absence de traces : pas d’empreintes, pas de sillage. Alors on appuie sur l’accélérateur.
Pas très écologique le CO2 mais fort égologique.
Un penseur digne n’ironise pas ; un ironiste efficace ne poétise pas ; un poète sensible ne philosophe pas ; un philosophe diplômé ne politise pas ; un politique fidèle ne
dramaturge pas ; un dramaturge officiel ne technicise pas ; un technicien patenté n’intellectualise pas ; un intellectuel labellisé ne change pas les ampoules quand même !
C’est agaçant cette paire de chaussettes noires dans le tiroir des chaussettes blanches.
Allergènes indociles et dolents, ces vieilles choses poussiéreuses et moisies ne sont pourtant que de lointains souvenirs.
Aller son erre et la laisser s’épuiser d’elle-même sans point sans virgule lentement jusqu’au silence du simple en suspens dans la présence recouvrée la laisser juste résonner encore comme un souvenir discret comme un écho modeste la phrase
Le temps s’étend, s’enroule et s’arrête, il s’arrête et reprend, comme un coureur débutant, part trop vite, se fatigue, trébuche et se blesse, vise la ligne et oublie ses pieds, puis ralentit, apprend, essaie, corrige, comme un brouillon, jusqu’à l’usure, et repart, poumons pleins, allégé d’imprenables paysages, guéri de l’attente, au désir réconcilié, le temps,
Rien ne convient plus mal au temps que la mesure.
Glisser le dimanche entre le mercredi et le jeudi, barycentre exact de la semaine.
Double effet positif : 1°) les dimanches soirs ne seraient plus gâchés par la perspective odieuse du lundi matin ; 2°) il ne resterait plus, le dimanche soir, que deux jours avant le
week end.
Deux problèmes néanmoins : 1°) débattre du sort du samedi (suivrait-il ou non son dimanche ?, le week end est-il sécable ?) ; 2°) régler la question terminologique, dimanche
ne pourrait plus faire partie du « week end ». Je proposerais le néologisme « midouique » (à l’euphonie exotique et jazzie, suffisamment gallicisé pour ne pas offusquer les
misangles francopathes gallocentrés).
- LOUIS-GONZAGUE (parménidien par son père, héraclitéen d'adoption, témoignant d’une amicale inquiétude ontologique) : finalement Nan, qui ES-tu in fine ?
- NAN (conscient du caractère eschatologique de l’enjeu, persuadé qu’on ne saurait, sans dommage, différer encore l’interrogation principielle) : la question mérite d’être posée, et je te sais gré, Elgé, de le faire, d’autant que depuis Platon à peu près, elle a été occultée.
À vaincre sans gloire on triomphe sans plaisir.