L’art est une obsession salubre.
L’art est une obsession salubre.
Il est des philosophes qui résonnent longtemps encore après avoir parlé.
Le « résonnement », vous savez, c’est cette voix amie, étrange et familière, dont on ne sait pas toujours dire si elle vient du dedans ou du dehors.
On apprend peu. Une seule vie, ce n’est pas assez.
On se baigne toujours dans le même marigot.
Je note sur mon agenda : aujourd’hui, jeudi 14 août, penser à faire mentir le second principe de la thermodynamique.
Marre de m’affadir et me pastelliser ! marre de la rouille et l’érosion !
« Je n’écris pas, je n’ai pas d’idée ».
D’où nous vient cette curieuse chronologie qui voudrait que les mots résultent et dérivent de la Pensée – soldats serviles, pantins transparents ?
L’écriture naît d’une ignorance ; elle va vers le sens, elle n’en vient pas.
Il est naïf de croire – illusion numérique – que la liberté croît à proportion du nombre de choix possibles.
Ton gros orteil maladroit et attachant comme tes coudes intègres et patients qui dans le creux de ton genou complice et sans fard parce qu’il en est ainsi mais les mots pourront-ils dans le temps et selon les trous de ma langue qui sauraient les cris loin sous ton lit quelle est juste cette main pour alors se taire et te réciter la liste complète des régions de ta chair de l’endroit le plus sud jusqu’au toit jusqu’à toi
Qui est le plus ridicule dans la fiévreuse basse-cour du monde ?
Le coq, rouge et roide de désir, ou les poulettes, rieuses et rondes d’espoir ? Ou peut-être celles qui se moquent des poulettes ? ou celui qui jalouse le coq ?
Toutes ces phrases, amples, sonores et libérales, qui commencent, la rage au ventre, par le scandale de ce monde honteux de suffisance.
Toutes ces phrases qui continuent, recentrées, par l’exposé exhaustif et inspiré comme une liste de courses de nos brillants faits d’armes potentiels.
Toutes ces phrases qui finissent, confinées, par nos maigres douleurs intestines qui n’existent que le temps de ces lamentations domestiques.
Pour toi j’irai voler le feu par-delà les hauteurs de l’improbable,
Pour toi j’irai pacifier les galaxies anarchiques du chaos primitif,
Pour toi j’irai instruire les monstres tapis dans la douleur des ignorances,
Pour toi j’irai dévergonder les instances majuscules du déclin archivé,
Pour toi j’irai consoler les océans souillés, méprisés et violés.
Le très sympathique Optimisme sort le week end avec Divertissement et sa sœur la grande Distribution, il travaille la semaine avec Inconséquence et son frère jumeau Profit.
Optimisme est le meilleur ami de Marché.
L’âme.
Existe-t-elle ? où loge-t-elle ? de quoi est-elle faite ? et puis, elle était où avant la naissance ?
Je sais seulement que si elle était un instrument de musique, assurément, elle ne serait pas le premier violon ni la flûte picolo mais bien plutôt la contrebasse.
Inaudible ou presque, simple et sans grâce mais d’une permanence grave.
Possible s’oppose moins à impossible qu’à impuissant.
Allons-ensemble (comme disaient les latins) et fécondons le réel.
L’ignorance aveugle ; le savoir rend sourd.
La recherche obsessionnelle de vérité nous a fait oublier la quête de sens.
On ne saurait jamais être que beaucoup trop sérieux.
Saviez-vous – ce n’est pas parce que c’est l’été qu’il faut cesser d’apprendre – que les molécules de chlorophylle qui illuminent vos décors estivaux sont obèses : C55H70MgN4O6 ?
Il n’y a pas que la poésie dans la vie.
Elles sont belles ces frises chronologiques qui ornent les murs des classes mais elles ont le tort de laisser croire que nous nous déplaçons sur la ligne du temps, que le passé est dépassé et que l’avenir, encore à venir, peut attendre.
Développement durable par-ci, développement durable par-là… Une véritable obsession.
Bon heureusement, ça ne va pas durer. Les « concepts », c'est un peu comme la couleur des jupes ou le fonctionnement des portables, ce n’est pas prévu pour durer très lontemps.
La puissance, ce n’est pas la force de l’État, c’est le pouvoir du possible.
– Pas très feng shui ce bâtiment, le qi circule mal.
– Vous avez raison, nous allons peindre les barreaux des fenêtres en bleu et aérer les cellules pendant la promenade.
Je signale aux amateurs de citations que « pourquoi y a-t-il quelque chose et non pas plutôt rien garé sur ma place de parking » n’a jamais été écrit par Leibniz.
D’ailleurs le mot parking n’est entré dans le vocabulaire français qu’en 1925, il vient de l’anglais to park dont la première occurrence remonte à 1529, qui était lui-même un
emprunt du français parc (1259).
Cela étant, on ne peut rien en déduire puisque Leibniz écrivait en allemand et en latin.
La nostalgie a une curieuse odeur de moisi chic.
Aujourd’hui c’est vendredi, une nouvelle après-midi est sur le point de commencer, mais je ne saurais m’y aventurer sans quelques missions calibrées, je regarde mon agenda avec gourmandise,
allégresse et excitation :
acheter produit vaisselle antidérapant ne pas oublier l’anniversaire du chien de la voisine elle y sera sensible et un os coûte toujours moins cher que l’intégrale Brassens (ne pas juger la
voisine ne pas se croire supérieur à elle même si les raisons en seraient nombreuses) apprendre un nouveau mot nouveau (le dernier impedimenta était très beau mais est impossible à
placer) penser à se coucher après s’être brossé les dents réfléchir aux statuts de l’association pour la promotion de la littérature minimale et absurde arroser les impôts payer les plantes
passer à la pharmacie prendre les pilules commander un deuxième café non demander l’addition et puis non prendre une crème brûlée l’addition s’il vous plaît excusez-moi quel jour
sommes-nous ? vendredi ? alors une crème brûlée oui ben c’est pas la peine de lever les yeux au ciel la crème c’est parce qu’on est vendredi c’est écrit là sur mon agenda justement demain
c’est samedi voyons qu’est-ce que je vais faire vous n’auriez pas un stylo s’il vous plaît ? oui en plus de la crème brûlée non ça ne la remplace pas
Un départ sans retour est un exil. Un séjour sans départ un enfermement.