Suis sensible comme une 3200 ASA.
Me suis encore pris une bonne volée d’émotions en pleine figure. Ai l’âme complètement décoiffée.
Suis sensible comme une 3200 ASA.
Me suis encore pris une bonne volée d’émotions en pleine figure. Ai l’âme complètement décoiffée.
Homo erectus, un peu fatigué, cède la place à homo sedens.
Bon, nous avons encore de la marge : nous dominons, et de très haut, les stupides et parfois très méchants reptiles.
Au possible chacun est tenu.
Des écritures si diverses.
Comme des visages qui changent, comme des peaux qu’on peut enlever ou remettre.
Rien de mensonger, pas des masques.
Juste un dedans qui grouille et qui gronde de mots de toutes les langues.
Nous faisons des kilomètres et endurons des heures de queue pour admirer les ruines d’un amphithéâtre, les vestiges d’un aqueduc ou les restes d’une voie dallée – empreintes à même la chair
du monde du labeur génial et de la hauteur de vue de quelques Anciens.
Je ne peux m’empêcher de sourire en imaginant la tête de nos arrière-petits-enfants, découvrant après trois heures d’attente, un ticket à 19,90 euros à la main, les ruines d’un Carrefour, les
vestiges d’un HLM ou les restes d’une usine de traitement des eaux usées.
elle dit qu’elle a peur elle dit elle hésite et en plus c’est pas grave elle c’est pas comme devrait être heureuse la mort la vie c’est elle dit son mariage elle dit qu’elle sait pas elle sait elle sait qu’elle dira oui l’amour elle sait pas se moque dira pas non elle dit qu’elle a peur d’avoir peur n’attend rien elle sait bien elle se doute il a un beau sourire comprend pas il est gentil devrait pas elle devine elle le il voit pas il oui elle dit qu’elle essaiera pas très douée ça ira il peut-être mais il non dira oui elle dit rien n’est grave pas méchante mais t’es bizarre disait sa mère non dira oui cette fois partira avec son petit mari bizarre ? alors lui non elle rit dira oui lui non oui
Hommes et femmes : plus et moins, je ne sais ; envers et endroit, probablement ; ici et là assurément et réciproquement.
- LOUIS-GONZAGUE : (faussement inquiet, à la désinvolture sournoise et la sollicitude suspecte) Il y a des jours où je m’interroge, Nan, sur ta santé mentale…
- NAN : (malheureuse victime innocente du vicieux prédateur hypocrite, avec tendresse et ingénuité) Ça c’est plutôt une bonne nouvelle, tu t’interrogerais donc parf…
- LG : (vif comme un félin, habile comme un snipper, efficace comme un court-circuit, précis comme un revanchard) … mais rapidement j’ai la réponse : les psys sont formels on
ne peut être fou et arrogant à la fois, débile et cynique. Tu es sain de corps et d’esprit, c’est ton âme qui pourrit.
- NAN : (pathétique et cohérent, excessif et complaisant) Tu as raison Elgé, mais est-ce ma faute à moi si seuls le malheur passionne et la bêtise fait rire ? Le bonheur des
autres rend triste ou jaloux, leur intelligence fatigue, leur succès agacent, leur santé énerve.
… eh ! doucement, on est lundi matin…
Zut, on est déjà aujourd’hui et je n’ai encore rien écrit. Les sujets, graves ou légers, ne manquent pas pourtant. Non, ce qui manque, c’est vous.
Je n’ai pas dit que vous me manquiez, mais seulement que vous manquez. Vous, lecteurs, vous manquez, vous faites défaut, vous êtes absents, vous n’existez pas. Voilà la belle absurdité, je
m’adresse à un néant, pas même un silence ou une carence, j'écris pour un vide, une béance, je donne généreusement pour un trou noir.
Bien sûr, si vous existiez, vous diriez, « nous ne sommes pas absents, nous sommes ailleurs et bien présents ». Quelle prétention, quelle arrogance que ces petites nullités de rien du
tout qui se croient exister, ces absents qui prennent la parole et imitent les présents.
Allez, magnanime, je vous l’accorde, vous n’êtes pas rien, vous êtes des précaires de l’existence en sursis de néantisation, mais il ne tient qu’à moi de cesser d’écrire pour que vous vous
dissipiez comme un chuchotement sans écho, pas même un mauvais souvenir, une vapeur inodore, sans saveur ni talent, ridicule et minuscule.
Vous êtes mon rêve, un jour je me réveillerai.
Vous êtes mon délire, un jour je reviendrai à la raison.
Je vous aurai prévenu.
Moins c’est bien
Mais c’est moins.
Point c’est rien
C’est pas bien.
Plein c’est pire
et c’est trop.
Peu c’est mieux
Et c’est bon.
Le drame du minimaliste c’est qu’on remarque à peine quand il fait grève. La négociation devient alors difficile.
Hier soir, au bar, j’ai rencontré N.
Après quelques vérifications d’usage – une traçabilité exemplaire, une empreinte écologique discrète et raffinée, (voilà qui dénote une posture psychopolitique louable, ai-je pensé), un génotype
fort séduisant, à l’originalité sans arrogance, quant à son IMC... à faire fantasmer le plus exigeant des nutritionnistes – après cela donc, je lui ai rapidement proposé un speed
wedding.
Elle m’a longuement considéré, silencieuse, m’offrant seulement un sourire indéfinissable qui mélangeait, contre toute attente, l’eau et le feu, puis elle s’est connectée, a débloqué son
transcodeur et m’a laissé télécharger sa page d’accueil.
Flocons de neige, étoiles scintillantes et, en Arial 32, clignotant romantiquement : just married !
Sensible et complice, mon transcodeur a buggué.
Virtualiser l’accouplement, techniquer la fécondation, externaliser la grossesse, délocaliser l’éducation. La science progresse et nous émancipe toujours davantage.
Et dire qu’il y a quelques années à peine, homo sapiens sodomisait encore, en grognant comme un primitif indélicat, des femelles déjà usées à moins de trente ans.
Ah ! si au moins j’étais pauvre, alors je vous apprendrais l’authenticité, l’ingéniosité, la solidarité, je vous initierais à la patience et la modestie, je vous montrerais le visage sublime
de l’essentiel et vous ferais entendre le chant divin du simple.
Mais voilà, je vous prie de bien vouloir m’excuser, je suis très riche.
Un jour peut-être, nos petits-enfants ou arrière-petits-enfants découvriront que le Terre est ronde. Ils se moqueront alors bien de nous qui parlions encore au xxie siècle de développement durable.
Fabriquer du sens, produire des métaphores, investir le possible, choisir l’entreprise… et reconquérir ces mots et ces choses que le marché a confisqués.
Laissons la création au ciel et ses nuages et le travail aux machines et leur folie indolore.
Possible doit se protéger sur deux fronts : l’impossible et le nécessaire.
Et cela le rend bien sympathique, cela lui donne un côté rebelle généreux, inventeur imprévisible, imaginatif fougueux.
Et pourtant, nombreux sont les adeptes de l’impossible – fatigués et démissionnaires – et les sectaires du nécessaire – étroits et dogmatiques.
L’avenir appartient à ceux qui l’ont volé : trafiquants de désirs, contrôleurs de rêves, évaluateurs de projets...
On déçoit souvent de près (postillons et comédons) ; de loin, surtout post mortem, on a plus de succès.
Demain est un autre jour.
Comme aujourd’hui.
Il a le sourire généreux et la poignée de main rassurante. Dents en or et grosse chevalière.
Pouvoir des chiffres ; pensée en friche.
Qui ne sait rire ne sait vivre.
Qui sait pleurer sait exister.
Tout est surdimensionné chez ce taureau – inévitable et définitif – qui déplace l’espace beaucoup plus qu’il ne s’y meut : il n’est jusqu’au temps qui semble lui-même contraint de ralentir pour suivre le rythme du bovidé tout-puissant.