J’ai entendu dire – mais vraiment, j’ai du mal à le croire – que dans certains pays où il n’y a pas de magasins de jouets, à Noël on dépèce le doyen du village et on fait des osselets avec ses phalanges et des cordes à sauter avec ses intestins. (On dit...
Je cherche des mots volages et vagabonds pour dire l’odeur de la terre brune après la pluie, des paroles précaires et turbulentes pour mettre sur le chant brut des galets roulés, je cherche une langue pérégrine qui suive les déroutes des rêveurs sans...
Le monde est un théâtre et les êtres humains, des acteurs. – Bon alors, le metteur en scène va être un peu en retard, il est pris dans les embouteillages. En attendant, revoyez vos textes. – Euh, on n’a pas de textes. – Ah oui, c’est vrai, l’auteur est...
La sociologie est un sport de combat, disait Bourdieu. Personnellement, je rapprocherais la philosophie de la pêche à la ligne. Il faut peu de matériel mais beaucoup de patience, ne pas avoir peur du silence et de la répétition, savoir attendre, ne pas...
Bon, c’est décidé, je pars et ne reviendrai pas. Ne cherchez pas à me retrouver, je ne laisse pas d’adresse et j’ai fermé mon compte Facebook, dit Dieu, un matin de mai. Vous ne pourrez plus compter que sur vous-mêmes ; allez-y doucement sur le popcorn...
J’aurais adoré être poète mais comment voulez-vous écrire joliment dans une langue qui fait rimer mon ange avec vidange et paradis avec radis ou caddie. Notez qu’en anglais paradise rime presque avec eyes. « Capté par ton visage, je plonge dans tes eyes,...
Le jour s’ennuie la nuit alors il rêve Il rêve d’amour sous la pluie De vie au jour le jour De troubadours, de belles de nuit Et quand la nuit file et s’enfuit Le jour se languit d’elle De ses fantômes, de ses décors Et le jour s’ennuie encore Le jour...
« Lucienne Poirette, ma mère, était née à Lons-le-Saunier mais elle avait suivi mon père à Baume-les-Messieurs ; il lui avait aménagé sa mercerie dans une partie inoccupée de la cordonnerie. On avait dû retourner une fois ou deux chez les grands-parents...
– Alors, ce succès sans appel, qu’est-ce que ça vous inspire ? – L’envie de retourner marcher, moi aussi, tout seul, en montagne. – Amusant. L’ironie n’est malheureusement rien de plus que la sortie bruyante des mauvais perdants. – Rassurez-vous je serai...
Bon alors, vous prenez Charlotte Rampling mais on garde Jane Birkin. Pour les Écossais et les Irlandais, on pourrait faire une garde alternée. Le Channel Tunnel, je ne vois pas d’autres solutions que de le couper en deux parts égales. Quant à l’anneau...
Dès mon retour à Paris j’appelai Odette. Sa ligne avait été coupée. Elle était morte, ça ne pouvait être que ça. Ou bien, avec un peu de chance, elle avait été hospitalisée – mais non ! on ne coupe pas la ligne des gens hospitalisés. Je fonçais à Lons....
– Saint Pierre ! Nom de Dieu, tu n’as rien à faire de mieux que regarder les gens d’en bas jouer au foot. Toi je te préviens, tu vas te faire licencier sans préavis. – Ouais j’en ai marre, on n’a le droit de rien faire ici. – Et tu râles en plus, non...
« Gustave, mon père, était né en 1872 et ma mère, Lucienne Poirette, en 1874 ; ils s’étaient mariés le samedi 16 décembre 1893. Ils étaient morts tous les deux en 1913. J’avais 19 ans, c’était un an avant mon mariage avec Charles-Marie Bélurier, né en...
J’allais voir chez Angelina, pensant qu’elle y avait peut-être ses habitudes ; personne ne connaissait de Nora ni de Zaïna. J’allais aussi à La Vieille Trousse, mais les patrons ne connaissaient pas non plus de Nora ; désolés pour moi, ils m’avaient gentiment...
Éveil des sens pour les tout-petits, éveil musical, esthétique pour les moins de cinq ans qui écoutent Prokofiev, admirent Kandinsky et cheminent avec Platon. Non mais de qui se moque-t-on ? Qui sont les endormis, les léthargiques, les zombies ternes...
– Tiens, salut, qu’est-ce que tu deviens ? – Holà ! Alors que je devienne, ça c’est incontestable, mais ce que je deviens, c’est beaucoup plus difficile à déterminer. J’ai une conscience aiguë, douloureuse parfois, de ne plus être ce que j’ai été – et...
Dictionnaire, ça commence comme dictateur et finit comme tortionnaire ou prisonnière ou réactionnaire ou disciplinaire. Oui mais si l’on écoute bien, on entend aussi école buissonnière et imaginaire. Chaque mot est une histoire, une chanson. Chaque mot...
« À partir de là, moi aussi je rentrais dans un pays que je connaissais pas. C’était un vrai voyage comme les ducs et les comtesses ils font. On est passés par Sens-sur-Seille, Saint-Germain-du-Bois et puis Saint-Martin-en-Bresse, je vais pas tout vous...
À ceux pour qui un réveillon de nouvel an sans berniques n’est pas un réveillon de nouvel an, quelques conseils de conservation. Mettez-les dans le réfrigérateur mais laissez la porte entrouverte, remplacez le bac à légumes par des rochers humides de...
Comme il est inconstant, l’humain. Après avoir déforesté une bonne partie de la planète, voilà qu’il parle aux arbres et les enlace, après avoir éliminé bon nombre d’espèces animales, voilà qu’il cherche à réveiller le puma ou l’aigle qui dort en lui,...
Odette Bélurier était fille unique. En fait elle avait eu un frère et une sœur, mort-nés tous les deux qui avaient quand même été prénommés, baptisés et enterrés mais n’avaient laissé aucun souvenir à leur sœur (qui en avait oublié jusqu’aux prénoms –...
– Eh, toi ! – Moi ? ~ … – Ben oui toi, tiret de mes deux, tu vois quelqu’un d’autre sur ce blog ? – Alors justement, vous tombez bien parce… – Écoute d’abord. Tu es un tiret de dialogue. Bien. Je vais devoir m’absenter quelques jours et je voudrais anticiper....
La chose est de peu d’intérêt, je vous l’accorde, et j’ai bien des scrupules à vous retenir pour si peu. Aussi bien, si vous n’allez pas plus avant dans la lecture de ce texte je vous comprendrai (il est probable que je ferais de même à votre place)....
J’aime la polémique. Je veux dire le mot. Aussitôt entendu ou lu, je rejoins Éphèse et assiste, aux côtés d’Héraclite, au conflit entre le bleu des dieux et l’ocre humain, aux querelles amoureuses entre l’arc sédentaire et la flèche pérégrine et nous...
Odette Grandclément avait épousé Charles-Marie Bélurier en juin 1914 ; ils avaient tous les deux vingt ans. Odette ignorait alors qu’elle deviendrait veuve de guerre quelques semaines plus tard, le 22 août. On ignore les détails. Les oubliés de la mémoire...