Sucer, je ne sais, mais citer, c’est bien tronquer, c’est bien tromper. Une double tromperie même, et contre l’auteur et contre le lecteur. Quant aux dictionnaires de citations, c’est un ramassis de tromperies. Détestable.
Sucer, je ne sais, mais citer, c’est bien tronquer, c’est bien tromper. Une double tromperie même, et contre l’auteur et contre le lecteur. Quant aux dictionnaires de citations, c’est un ramassis de tromperies. Détestable.
Certains reprochent à la littérature d’oublier l’homme et le monde, de se réfugier égoïstement dans un ailleurs sans danger et ce, pendant que d’autres, ingénieurs et techniciens, se coltinent le réel.
C’est curieux, j’ai l’impression – mais je ne suis pas très objectif – que c’est l’inverse : je trouve qu’il y a dans le chiffre et la formule, le piston et l’électrode, un déni de réel, parfois même un mépris.
Nos souvenirs ne sont pas posés là, sur l’étal de notre mémoire, comme les tartelettes dans la vitrine de la pâtisserie. Il faut creuser, fouiller d’abord pour ne trouver que des morceaux à rabouter, des formes peu déterminées à remodeler, des textes troués, des images effacées.
La mémoire suppose un travail, celui de restaurateur plus que de gardien de musée, et des qualités, l’imagination plus que la fidélité.
Je trouve que le monde sent de moins en moins.
À voir, à entendre, oui de plus en plus, mais à sentir, non.
– Le Lecteur : Bonjour, je suis lecteur.
– Le Râleur : Merci, je sais lire.
– L. : D’accord, mais on peut être autre chose que son titre, non ?
– R : Peut-être dans le théâtre contemporain, là où l’on veut casser les codes et troubler les genres, mais dans la littérature classique, le lecteur lit et le râleur, râle. On accorde les participes, on n’invente pas de mots et on respecte la concordance des temps. Facile à comprendre, non ?
– L. : Et ça vous convient ?
– R. : Bien sûr que non, c’est râlant. Mais imaginez qu’on me confie un rôle dans un texte contemporain, j’acquiescerais à chaque réplique et m’enjaillerais à longueur de lignes. J’y laisserais mon identité et mettrais en péril ma santé mentale.
– L : Logique. Donc vous préférez être un râleur qui râle.
– R. : Ce n’est pas une histoire de préférence – faut tout vous expliquer, vous – mais de distribution.
– L. : Ah ? Et qui distribue alors ?
– R. : C’est l’auteur. Il compense.
– L. : Pardon ?
– R. : Mais c’est crétin à ce point un lecteur ? Un auteur, c’est un dominé qui se venge sur ses personnages. Soumis dans sa vie, tyran dans ses livres.
– L. : Ça me semble un peu simpliste comme raisonnement. Vous devriez lire Se una notte d’inverno un viaggiat…
– R. : D’abord je ne parle pas espagnol, ensuite, je suis Râleur, pas Lecteur.
– L. : Ça tombe bien, c’est de l’italien !
La joie, écrit Spinoza, est une augmentation de la puissance d’agir. Je ne saurais dire si c’est facile à comprendre, mais sans aucun doute, c’est facile à sentir.
La langue généralise et abstrait et nous prive d’un rapport direct avec les choses singulières : tel galet, qui malgré un nom générique ne ressemble à aucun autre. Mais c’est la langue encore – et ses ressources quasi infinies – qui peut nous sauver de ce retrait et nous rapprocher au plus près de la réalité complexe et mystérieuse.
– Hé hé hé, qu’est-ce que tu essaies de faire, là ?
– Enfin, chérie, tu vois bien, qu’est-ce qui se passe tu n’as pas envie ?
– Ce n’est pas le problème, c’est plutôt qu’on ne rentre pas comme ça. Mot de passe ?
– Non mais c’est quoi encore cette histoire ?
– Mot de passe erroné. Encore deux tentatives.
– S’il te plait, tu ne veux pas arrêter.
– Mot de passe erroné. Plus qu’une tentative.
– Écoute s’il y a un problème, tu m’en parles, mais…
– Troisième échec. Verrouillage.
– Allez ça suffit, tu ne veux pas parler normalement.
– Je ne peux rien pour toi, tu dois appeler le service clientèle pour le déverrouillage.
Mes congénères recommencent à interagir. Ça se frotte et se regarde, ça se sent ; ça parle un peu, rit fort et trinque beaucoup ; ça s’écarte et se rapproche, ça s’attire et se repousse. C’est le sac et le ressac de la comédie humaine.
J’aime bien ce retour sur scène, je suis un inter-acteur correct.
– Est-ce que quelqu’un aurait vu Œuf par hasard, risqua Œuf ?
– Non mais Œuf, s’inquiéta Poule, ça devient pathologique, là ; faut que tu consultes.
– C’est juste que je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part, se lamenta Œuf.
– Arrête, je ne sais pas lire, précisa Poule, mais j’ai vu le film.
– Sèche tes œufs… euh tes yeux, enchaîna Panda, tu es l’inattendu, celui qui troue le temps et possibilise le possible.
– ?!
– !?
Je l’ai déjà dit, mais il faut le répéter, la langue n’est pas un moyen de communication, disons pas seulement, pas essentiellement.
C’est un peu comme votre copain, bien sûr qu’il est utile quand il vous fait la courte échelle, mais il est aussi et surtout celui qui vous console, qui vous prête sa bicyclette et partage ses rires et ses bonbons.
(Et donc, qu’est-ce qu’elle est la langue, quand elle partage ses bonbons ?)
Je ne sais trop à qui l’on doit se plaindre, mais il y a quelque chose de complétement raté dans le corps humain, toutes ses parties ne s’usent pas à la même vitesse et cela ne va pas sans entraîner quelques dysfonctionnements au bout d’un moment. Un peu comme une voiture qui aurait des essuie-glaces de Traction, des phares de 208, un carburateur de Dauphine, une calandre de BMW, des sièges de R5, etc.
Tout pouvoir porte en lui, en germe, l’abus. C’est là, plus que dans les réfrigérateurs, qu’il faut programmer l’obsolescence.
– Je suis agoraphobe et presbyte, expliqua Dieu, c’est pour ça que j’ai pris un peu de recul.
– Dis plutôt que les humains ne t’intéressent plus, rectifia Pierre.
– Mais pas du tout, bien au contraire, on approche de la fin et je suis vraiment curieux d’entendre leurs derniers mots.
En inventant aussi le sommeil, la vie a atteint à la perfection.
La frustration : autrui, disent les gens savants.
– Le coach : Ce n’est pas compliqué, essaie juste d’être toi-même.
– Moi-même : J’arrive pas.
Le monde est un théâtre, bien sûr, mais sur scène, nombreux sont ceux qui ignorent qu’ils jouent.
Aimer, c’est céder, ou offrir plutôt, une part de son indépendance. Et parfois, cette dépendance volontaire vous porte et vous élève.
– Dis donc Panda, tu mangerais de l’homme toi, s’ils étaient nos animaux domestiques, demanda Pangolin ?
– Jamais, ce sont quand même des êtres doués de sensibilité.
Qu’est-ce qui te limite ? Je veux dire qui te limite vraiment.
– Eh ! oh ! Moi et mes cinq cousins, on est en quête d’auteur, appela Œuf.
– J’ai déjà le titre, moqua Poule, Tragédie dans une boite de six.
– Tu es vraiment nulle en titre de pièce de théâtre.
– Peut-être, mais tu n’as pas le choix, l’auteur est parti avec la boulangère.
– Hein ? mais ce n’est pas déontologique, un auteur ne peut avoir de relation avec ses personnages !
– Ah, bonjour vous deux, interrompit Panda, vous n’auriez pas le tome 8 de la Somme Théologique de Saint Thomas d’Aquin, par hasard !
– Non mais c’est quoi ce blog, s’énerva Pangolin, ils sont tous malades, moi je retourne dans mon labo chinois !
Le poète n’est pas celui qui écrit des poèmes, il est celui qui joue avec l’ombre et la lumière, éclairant à droite, pour mieux camoufler à gauche, mais toujours avec le sourire des choses.
Je ne comprends pas bien en quoi penser à la mort permet de donner du sens à la vie. Par ailleurs, je crois qu’on devrait se concentrer sur la vie, c’est ça qui est difficile. Pas besoin de sortir de l’ENA pour être mort et bien mort – mais je ne sais pas tout.
Les ornithologues sont unanimes, les hirondelles disparaissent. Serait-ce parce qu’il n’y a plus de printemps à annoncer ?