Tôt ce matin, et je ne m’explique pas ce curieux phénomène, mon poisson rouge (je ne lui ai pas donné de nom, on me le reproche souvent − « tu ne l’aimes pas ton poisson rouge, ça se voit bien, autrement il aurait un nom !? » −, on voit surtout que ce...
J’ai presque bouclé mon Nouveau Traité universel de ponctuation (il me manque juste le signe pour figurer le « point d’“évidance” » (je suis l’inventeur — vous pardonnerez cette confession bien innocente que je vous réserve amicalement — de ce qui vient...
− Il faut que tu comprennes, Môssieur l’écrivain, plus personne ne t’écoute et tu ferais bien de parler moins fort. − Tu exagères. − Pas du tout, d’ailleurs, c’est normal, tu nous épuises avec tes bavardages de flemmard pendant que nous, on trime pour...
Vous partez sur une île déserte. Vous emmenez (retenir et classer vos dix priorités) : un ferblantier, une bonnetière, une diéséliste, un aquarelliste de petite taille, un coupeur de langue polyglotte, une tête de nœud, un fier-à-bras, une main courante,...
On ne dira jamais assez l’importance des habitudes alimentaires. Imaginez, par exemple, que nous ayons été faits herbivores-ruminants par le Grand Géniteur. Eh bien, il y a fort à parier que la Terre ne serait pas aujourd’hui à feu et à sang. Prévenants...
Je vous sais impatients d’avoir des nouvelles de mon poisson rouge qui n’a pas de nom. Pour ne rien vous cacher, il m’a un peu déçu, je m’attendais à le voir exécuter quelques cabrioles de dauphin ou doubles voltes d’épaulard, pour fêter l’événement,...
Hier, ma cousine Leïla a rencontré, et dans la même journée, N. S., une chancelière allemande et F. H, un joueur de tennis espagnol numéro 2 mondial. (Cherchez pas, j’ai changé les initiales parce que ma cousine Leïla m’a demandé de rester discrète. Je...
J’ai longtemps pensé que la marge étroite sur laquelle je marche me situait dangereusement entre le mou à droite et le cru à gauche, la norme et la folie, le plan-plan et l’effondrement… et qu’il suffirait de peu pour que je bascule et m’abîme dans le...
On peut être fidèle par honnêteté, obstination, incuriosité, persévérance, lâcheté, attachement, loyauté, soumission, foi, respect, timidité, dévouement, ignorance, conformisme, admiration, addiction, contentement, impuissance, amour, myopie, économie....
Comment avaient-ils osé lui faire cela ? Ils étaient comme les cinq doigts de la main, ils avaient toujours fait les quatre cents coups ensemble. Il allait leur faire passer un sale quart d’heure ; il n’y avait pas trente-six solutions, ils devaient payer...
Mon coiffeur est un fort bon commerçant, il me fait toujours, en plus et gratuitement, les sourcils, le nez, la nuque et les oreilles. Ce n’est pas comme mon dentiste qui refuse toujours de jeter un œil à mes oreilles. Quant à mon ophtalmo, il feint d’ignorer...
Je leur ai dit la joie écumeuse de l’événement qui vient, ils m’ont répondu que le compte n’y était pas. Je leur ai dit la matité dense de nos mémoires vagabondes, ils m’ont répondu que l’affaire serait classée sans suite. Je leur ai dit la bigarrure...
Était fatigué des icônes évidentes, des preuves sans épreuve, des accords du participe. Est parti faire l’inventaire du monde. A trouvé des mains bavardes, des herbes désinvoltes, des odeurs spirituelles. Ira annoncer la nouvelle aux frères sans chair,...
Quelle est donc cette féline présence qui toujours m’accompagne et me nomme, ici là d’une absence sans distance, et qui rode en dedans, obsession douce blessure lente mélopée intime, sans insistance et douleur, souple, vigile, racée comme un astre intérieur...
Le crépuscule du sens, la mort de l’art, la fin de l’histoire, le déclin des civilisations, l’automne de la vie, l’épuisement du désir, l’étiolement des liens, l’appauvrissement, l’asthénie, l’entropie, l’affadissement, la fanaison… Bon, soyons positifs,...
Certes, du matin jusqu’au soir et du soir au matin, jours fériés compris, très chère, ô si chère Muse ! tu m’inspires et m’animes et m’exaltes. Mais t’avouerai-je enfin, ma déesse de braise, que ce ne sont pas les mots qui montent. Que ne te méprends-tu,...
Il est un pays où les pommes ont goût de fraises, où les garçons se chatouillent en pouffant, un pays où le ciel est parfois vert et parfois jaune, où les dieux lisent Marx en cachette et se déguisent en poisson rouge pour voir de l’intérieur ce qu’exister...
Si vous parveniez à pénétrer secrètement le silence tyrannique et sacré qu’imposent les écrivains à leurs proches, ce n’est pas une terre désertée ou peuplée seulement de concepts exsangues et de lexiques sans vie que vous découvririez, mais une foule...
Je note − mais si cela est bien approximatif quant aux dates et fort hasardeux quant à l’inférence logique (et vos reproches seraient légitimes !) c’est empreint pourtant (concédez-le moi, je n’ai, d’ailleurs, d’autre prétention que celle d’être un «...
Les hommes s’activent, dieu qu’ils sont braves, ils arasent et comblent et dament et lissent. Un jour viendra où le monde sera beau comme une grande toile cirée, riante et familiale. Espérons alors que l’on saura encore fabriquer les paniers en osier...
Voici notre chant des possibles à nous. Trois - quatre Si ma tante en avait quatre, do ré do ré mi Il aurait droit à deux places, si ré fa sol do Si les moules avaient des dents, do ré fa do la Les frites n’iraient plus dedans, ré fa sol si do (Refrain)...
− Ne vois-tu que tu es minuscule ? − Quoi, moi ? Et toi alors ! − Moi aussi, bien sûr, je suis minusculement ridicule. − Et lui ? − Mais lui aussi est ridiculement insignifiant. − Hein, nous serions tous d’infimes presque-riens ? C’est terrible ! − Oui...
Il pleut, il pleut et la pluie plus encore. – Mais le soleil de mes rêves et le bleu de ton ombre. La pluie dans nos yeux sur tes joues dans mes mots. – Mais le souffle du verbe et le texte des corps. Il pleut sans fin et la pluie qui ne cesse. – Mais...
Oui je sais, je n’aurais pas dû le gifler si violemment, mais comme ils sont injurieux, agressifs, méprisants, crus et cruels, inutiles et cyniques aujourd’hui, les jeunes. – Je vous en prie, Monsieur, prenez ma place, avait-il osé l’insolent, et en public...
Il y a ceux qui écrivent et ne sont pas lus, ceux qui n’écrivent pas et ne sont pas lus non plus, ceux qui ne lisent pas, n’écrivent pas et ne sont pas là ou ne sont plus, il y a ceux qui lisent, sont là mais ne crient pas, ceux qui créent, hélas, mais...