Lune la rêveuse à Terre la pragmatique. Dis donc, tu le trouves comment, Soleil ? Amateur, velléitaire et présomptueux. Depuis le temps qu’il s’élance, il n’a jamais réussi encore à s’envoler et à chaque essai il retombe lamentablement. Tu es sévère,...
J’aime courir en meute. Pour certains, on y perd – comment disent-ils ? – son sens critique, sa personnalité, son irréductible singularité… Sans doute y laisse-t-on quelques mots savants mais on y trouve aussi, ou y retrouve, je ne sais, le râle des corps...
Propriétaires, certainement pas, exploitants, usagers, en un sens, squatteurs assurément et souilleurs, passagers, fugitifs, hôtes, émigrants, occupants, parfois, ou gérants, pèlerins, colocataires, concessionnaires, visiteurs, exilés, que sais-je encore...
Bon, j’avoue, je n’avais pas révisé. La coiffeuse m’a interrogé sur le match d’hier. Je l’ai dès le début beaucoup agacée en répondant qu’il me semblait que c’était un Espagnol qui avait gagné en quatre ou cinq sets. Elle m’a donné une deuxième chance...
L’habitude largement répandue de catégoriser, classer, mettre dans des cases dit-on aussi, vient sans doute de l’époque où identifier rapidement un prédateur était une question de survie. Maintenant que les tigres à dents de sabre se font rares dans nos...
L’écrivain a quelque chose du séducteur compulsif et goulu. Alors qu’il feint de s’adresser intimement à une personne élue, il fait de l’œil à une deuxième et du pied à une troisième (certains, jeunes et dextres, parviennent même à texter à une quatrième)....
Je respecte scrupuleusement les gestes barrières, mais il faut encore que je me défasse de ce stupide réflexe. Dès que je veux m’adresser à quelqu’un, je m’approche de lui et baisse mon masque de peur de ne pas être entendu. Drôle d’époque qui veut que...
Barak Obama, Lady Gaga, Léonard de Vinci, Raphaël Nadal, David Bowie, Scarlett Johansson, Lewis Caroll, Jimi Hendrix et moi sommes gauchers. Alors il est vrai que nous peinons un peu à écrire à l’encre sur un carnet à spirale, à découper aux ciseaux ou...
- Belim enzul ek oum ? - Non ! - Ouk alem azal etruv, déléfir apotapot. Kalik olak ? - C’est pas ça. Écoute, je suis fatigué, c’est tout. - Malorim marator ezulifor. Loripal atem arase azim eruk. Duripiotra clicaprétur rax ebruptigur jol be jul. - Tout...
– Tu as de la chance toi, pas besoin de pousser, ça vient tout seul et régulièrement. – Détrompe-toi, l’aisance est illusoire, il faut insister, revenir souvent pour ne rien faire parfois. – Ah bon ! Pourtant, ça a l’air si fluide, ça fait vraiment naturel....
Statistiquement (j’en ai eu la confirmation formelle par Kevin, le fils de madame Robert de la charcuterie Robert qui fait un BTS comptabilité en alternance), il y a neuf chances sur dix que, quelle que soit la phrase que j’écris, elle ait été déjà prononcée...
Il avait renoncé à l’usage des petits cailloux blancs qui lui amenaient toutes sortes de curieux peu à son goût. Il était revenu aux miettes de pain, bien plus efficaces. Il les semait pour tracer un chemin sinueux qui conduisait derrière le bosquet touffu....
La religion est une illusion, la science une prétention, la philosophie un délire, l’art un malentendu, la politique un spectacle. Bien sûr, mais nous avons la danse pour nous sauver. Alors dansez les amis, dansons. Tous. Jeunes, vieux, noirs, blancs,...
Non sans philosophie, Kiki le caneton comparait les destins des siens : est-il préférable de finir comme Dodo, le tonton mauricien, massacré par les marins et leurs chiens (faut dire aussi que tonton avait pris le rythme et l’humeur des îliens) ou comme...
– Au fait, Poule, tu l’as eu la Covid ? – Non. Et d’abord, Œuf, on dit le Covid. – Ah ? D’accord. Et tu es pour le passe sanitaire ? – Eh ben non, on écrit pass, sans ‘e’. – Oh, tu m’énerves Poule. T’es grammairiste, maintenant ? – Grammairienne. Tiens...
– Ce que je n’aime pas chez toi, c’est la faiblesse. Tu es faible, Poule. Tout t’effraie et tant que tu as ta ration de graines, tu acceptes tout. – Ah oui, parce que toi, tu es fort, Œuf ? À la moindre chiquenaude, tu te brises et dégoulines comme une...
Le hasard est l’autre nom de notre ignorance, que dis-je ignorance, notre incapacité à calculer. Prenons une avalanche par exemple. La boule de neige roule, grossit et tombe pile sur monsieur et madame Ledoux qui passaient des vacances au club Med de...
« Un matin, c’était à la fin de l’été 1909, Odette et ses parents étaient partis pour Lons-le-Saunier enterrer le beau-père Poirette. Il avait mal fini le vieux, à force de jouer à être qui il n’était pas, il avait fini par ne plus être qui il était....
Rimes serpentines ou léonines, embrassées ou bien croisées, la rimaille Est toujours plate et déshonnête comme une planche à savonnette. Quant au rimeur, au mieux c’est un tocard d’opérette, au pire une lopette à bobards. Il se trompe d’agenda, le ringard,...
Un lundi d’hiver, bien avant l’aube, un nouveau-né fut déposé là, dans son couffin, rue de la Belette agile, entre les numéros 12 et 14. Comme chaque matin la boulangère, vivant au n°12, et la pharmacienne, occupant le n°14, ouvrirent leurs volets au...
Mais enfin, la vérité, c’est quoi ? Ouh la ! Il faudrait des siècles pour traiter cette question, sans jours de grève ni pause-déjeuner et l’on manque de philosophes. D’ailleurs, ils en sont encore à se demander ce que c’est qu’être, alors, on n’est pas...
Cette histoire-là Elle s’est passée Un soir, comme ça. Son nez très laid Ne plaisait pas Au Népalais. De haut en bas Deux Polonais Il empala. Trois Japonais Avaient vu ça Ça va jaser Il dépêcha Pour faire la paix Sa Malala. Mais ils n’aimaient Que le...
Monsieur Fiuminello est serrurier ; assurément le meilleur de la ville. Enfin était, devrais-je dire car hier, il a fermé boutique. Il s’est arrangé avec sa propriétaire pour garder le premier étage, un deux-pièces où il vit avec sa femme depuis cinquante-neuf...
J’écris “maintenant”. Je tape vite, je ne réfléchis pas, je ne corrige pas. Pas de verbe, pas d’adjectif, pas de ponctuation. Je chasse toutes les associations d’idées qui pourraient me ralentir (Manon me vient à l’esprit, je me demande bien pourquoi...
Souvent le soir, j’ai le sentiment agréable du devoir accompli. Aucun acte héroïque, pas d’actions vertueuses ni d’œuvres notables, non, seulement le fait d’avoir existé une journée entière, du début à la fin, sans faillir. Bon, chaque matin, malheureusement,...