Que ne se tient-on à croquer l’herbe fraîche au lieu de ruminer de vieux restes fielleux ou de stocker de la paille sans vie pour des rendez-vous incertains !
Que ne se tient-on à croquer l’herbe fraîche au lieu de ruminer de vieux restes fielleux ou de stocker de la paille sans vie pour des rendez-vous incertains !
La vie est une succession de ruptures. Le néant est l’autre nom du continu.
Figurez-vous qu’hier soir, alors que je relisais le paragraphe 82 de Sein und Zeit (j’aime vérifier régulièrement que le temps n’érode pas mon incompréhension totale de certains grands textes), fit soudain irruption dans mon esprit, sans que je m’en explique encore la raison, le mot écouvillon.
Écouvillon, répétai-je à voix haute. Je pensai alors, le mot tombe lentement en désuétude pour être remplacé par goupillon, notamment par les jeunes parents (- chéri, as-tu vu le goupillon ? – oui mon cœur, je l’ai mis dans le lave-vaisselle, il sentait trop fort), je décidai donc de lui consacrer quelques lignes, écouvillon, pour le donner à voir et à entendre un peu encore. Non qu’il soit particulièrement beau ou sonore (il y a dans l’écouvillon des écrouelles, du vil et du couillon), mais enfin tout de même, les mots sont irremplaçables, et un de moins, c’est un bout de monde qui disparaît.
Bien sûr, certains diront, oui mais alors pourquoi deux mots pour une seule chose. Certes, et pourquoi trente noms pour une lessive ?
La littérature apprend peu et ne donne aucune maîtrise ; on comprend que certains s’en détournent. D’autres la tiennent en haute estime pour ces mêmes raisons.
L’ombre feutre les voix.
Quelle honte ! Lors d’un de ces spectacles immondes où d'anciens ministres de l’intérieur (encore dans la force de l’âge) sont livrés à la sauvagerie perverse de vaches cornues, on a vu dans le public, et au premier rang s'il vous plait, deux gros taureaux bien connus dans la région.
On dit qu’en vieillissant, on dort moins. Il va pourtant falloir s’habituer.
Pas encore certain que l’on y parvienne, mais on aura assurément battu tous les records de vitesse si l’on arrive à tout détruire.
Il faut, pour parler, renoncer à téter.
Si tu veux durer – sans être honteux, le projet manque pourtant d’ambition – donne ce que tu n’as pas et ne donne pas ce que tu as.
Sommes-nous trop nombreux ; je ne sais ? Trop bavards, pour sûr !
– Pierre (affligé) : Dis donc, tu as vu ça ! Ils ont transformé une église en boîte de nuit. Qu’est-ce qu’on fait ?
– Dieu (cherchant la télécommande) : Ah non Pierre, on a dit qu’on ne parlait pas boulot le dimanche.
– Pierre (consterné ; in petto) : En plus, c’est toujours lui qui choisit la chaîne.
Il faut être habile pour écrire un roman ; il faut être intelligent pour écrire un essai. Pour écrire un poème, il faut être poète.
Les Martiens n’existent pas, pas plus que les Sélénites ou les Héliotes, on le sait bien. Il y a fort à parier qu’en cas contraire, ils se seraient plaints déjà du « bruit et de l’odeur » de leurs voisins terriens.
Le désir creuse l’homme et le partage. Il peut le déchirer. Il peut le sublimer.
– Dieu (désolé mais pertinent) : Plus personne ne s’intéresse à nous Pierre, on est bons sur le fond mais on communique mal. On n’est pas sur FB, pas sur Instagram et on n’a pas de chaîne You Tube.
– Pierre (défaitiste mais inventif) : On est complétement nuls tu veux dire. Au fait, il y a un stage de community manager à Ibiza, je pourrais peut-être y aller, un petit mois. J’en profiterais pour améliorer mon espagnol.
– Dieu (conciliant mais pas trop) : C’est une bonne idée, mais j’en ai une meilleure. Il faut qu’on fasse le buzz, genre…
– Pierre (en rajoutant, comme à son habitude) : Aïe, mais arrête, tu me fais horriblement mal !
– Dieu (mégalo, comme à la sienne) … « énorme clash au paradis : Dieu tire les cheveux de Pierre ». Attends, tu n’imagines même pas le nombre de vues que l’on ferait.
– Pierre (dépité mais cynique) : Ouais ben ça ne s’arrange pas. On n’est plus au temps de l’ORTF et de la Piste aux étoiles. Tu es out. C’est sans doute ce que tu appelles la transcendance.
Savoir, c’est ne plus croire, penser, ne plus savoir et croire, ne plus penser.
J’apprends que pour accélérer le murissement d’un avocat, il faut le placer à côté d’une banane déjà bien mûre, et la raison de ce processus, me dit-on, est l’éthylène.
Je décide – on ne sait jamais – d’acheter des bananes vertes et de moins fréquenter les amies de ma mère.
– C’est moi qui étais là av…, laissa entendre une voix juvénile étouffée dans l’œuf.
– J’étais là avant, dit la poule, moins parce qu’elle craignait qu’un regressus ad infinitum mette en péril les fondements de la logique que parce qu’elle commençait à perdre la mémoire sur ses vieux jours.
Huit milliards d’êtres humains, c’est beaucoup ; sans compter les centaines de milliards d’animaux (combien de vers de terre…) et de végétaux (… et combien de brins d'herbe !), c’est colossal.
Certes, mais au regard du vide infini qui nous entoure c’est peu, presque rien. La vie est rare.
L’idée est fascinante. Se pourrait-il que, sur l’essentiel, nous nous soyons trompés jusqu’à aujourd’hui ? Se pourrait-il, le projet est grisant, qu’il nous faille tout reprendre à zéro, notre commerce avec les animaux, notre rapport au monde, notre façon d’être ensemble ?
Il y a ceux qui aiment les récits de voyage et ceux qui préfèrent voyager ; il y a ceux qui aiment les romans d’amour et ceux qui préfèrent lécher, caresser, embrasser, câliner, pénétrer.
Et puis, c’est triste, il y a ceux qui ne lisent pas, ne partent pas en vacances et se satisfont seuls.
La mode est à l’introspection, à la méditation et au développement personnel. Est-ce le signe d’un élan spirituel, est-ce le symptôme d’une fatigue du monde ?
J’aurais aimé être parfumeur, magicien ou cascadeur ; je n’aurais pas aimé être pompiste blond, routier ou vendeur de roses à la sauvette bangladeshi sur les grands boulevards le samedi soir après 23 heures. J’aurais aimé être écrivain lu et admiré ou navigateur au regard sombre ou professeur de yoga des îles ; je n’aurais pas aimé être maçon allergique, gynécologue ou spéléologue. J’aurais aimé être saxophoniste quadragénaire ou aiguilleur du ciel ; je n’aurais pas aimé être arrière droit professionnel, charcutier ou ministre des finances cycliste amateur. J’aurais aimé être photographe urbain ou urbaniste photogénique ; je n’aurais pas aimé être archevêque, trader, dresseur de tigres du Bengale ou médecin légiste. J’aurais aimé être plombier, spécialiste en recherche de fuites ou découvreur de nouveaux spécimens d’orchidées sauvages ; je n’aurais pas aimé être fil-de-fériste nationaliste, grossiste en homéopathie ou standardiste bègue. J’aurais aimé être barman, spécialiste en cocktails psychédéliques, danseuse andalouse ou critique gastronomique chargé des desserts chocolatés pour une revue gay-friendly ; je n’aurais pas aimé être fiscaliste intermittent, médiateur neutre et bienveillant, spécialiste en conflits conjugaux ou correcteur d’annuaires. J’aurais aimé être sculpteur ambidextre ou chanteur de rue l’automne au sud de la Loire ; je n’aurais pas aimé être responsable de la branche Asie du service import du département objets divers d’une grande entreprise dont le siège social aurait été à Bâle ou à Luxembourg. J’aurais aimé être Johnny Clegg, je n’aurais pas aimé être Johnny Depp. J’aurais aimé être visiteur lent de déserts ocres ; je n’aurais pas aimé être détective privé, spécialiste en recherches généalogiques ou loueur de jet-skis sans permis dans une base nautique agrée. J’aurais aimé être rédacteur des petites annonces de Libé, je n’aurais pas aimé être Jésus, Dreyfus ou trésorier de la section locale de la CGT. J’aurais aimé être voleur d’amphores au fond des criques ou négociant (à l’international) en inventaires à la Prévert ; je n’aurais pas aimé être héros mort pour la patrie ou proxénète low cost. J’aurais aimé être traducteur officiel des œuvres complètes de Ghérasim Luca ; je n’aurais pas aimé être première dame, deuxième couteau ou troisième homme. J’aurais aimé être conseiller municipal à Beaume-les-Messieurs en charge du plan de circulation des deux roues non motorisés ; je n’aurais pas aimé être promeneur-de-chien-ramasseur-de-crottes, livreur de pizzas épaisses et moelleuses ou prince d’Andorre.
Je ne comprends pas tous ces jeunes qui ne savent ni ce qu’ils veulent faire, ni ce qu’ils ne veulent pas faire. Je n’aurais pas aimé être conseiller d’orientation.