Parfois on se retourne pour constater – amère injustice – l’absence de traces : pas d’empreintes, pas de sillage. Alors on appuie sur l’accélérateur.
Pas très écologique le CO2 mais fort égologique.
Parfois on se retourne pour constater – amère injustice – l’absence de traces : pas d’empreintes, pas de sillage. Alors on appuie sur l’accélérateur.
Pas très écologique le CO2 mais fort égologique.
Un penseur digne n’ironise pas ; un ironiste efficace ne poétise pas ; un poète sensible ne philosophe pas ; un philosophe diplômé ne politise pas ; un politique fidèle ne
dramaturge pas ; un dramaturge officiel ne technicise pas ; un technicien patenté n’intellectualise pas ; un intellectuel labellisé ne change pas les ampoules quand même !
C’est agaçant cette paire de chaussettes noires dans le tiroir des chaussettes blanches.
Allergènes indociles et dolents, ces vieilles choses poussiéreuses et moisies ne sont pourtant que de lointains souvenirs.
Aller son erre et la laisser s’épuiser d’elle-même sans point sans virgule lentement jusqu’au silence du simple en suspens dans la présence recouvrée la laisser juste résonner encore comme un souvenir discret comme un écho modeste la phrase
Le temps s’étend, s’enroule et s’arrête, il s’arrête et reprend, comme un coureur débutant, part trop vite, se fatigue, trébuche et se blesse, vise la ligne et oublie ses pieds, puis ralentit, apprend, essaie, corrige, comme un brouillon, jusqu’à l’usure, et repart, poumons pleins, allégé d’imprenables paysages, guéri de l’attente, au désir réconcilié, le temps,
Rien ne convient plus mal au temps que la mesure.
Glisser le dimanche entre le mercredi et le jeudi, barycentre exact de la semaine.
Double effet positif : 1°) les dimanches soirs ne seraient plus gâchés par la perspective odieuse du lundi matin ; 2°) il ne resterait plus, le dimanche soir, que deux jours avant le
week end.
Deux problèmes néanmoins : 1°) débattre du sort du samedi (suivrait-il ou non son dimanche ?, le week end est-il sécable ?) ; 2°) régler la question terminologique, dimanche
ne pourrait plus faire partie du « week end ». Je proposerais le néologisme « midouique » (à l’euphonie exotique et jazzie, suffisamment gallicisé pour ne pas offusquer les
misangles francopathes gallocentrés).
- LOUIS-GONZAGUE (parménidien par son père, héraclitéen d'adoption, témoignant d’une amicale inquiétude ontologique) : finalement Nan, qui ES-tu in fine ?
- NAN (conscient du caractère eschatologique de l’enjeu, persuadé qu’on ne saurait, sans dommage, différer encore l’interrogation principielle) : la question mérite d’être posée, et je te sais gré, Elgé, de le faire, d’autant que depuis Platon à peu près, elle a été occultée.
À vaincre sans gloire on triomphe sans plaisir.
Ouf ! Enfants couchés, vaisselle faite, factures payées, vais enfin pouvoir me poser ; reste bien les œuvres complètes de Hegel, le ferai demain, maintenant, c’est blog-time. J’y vais.
« Pour vous, pour moi, un mot, une voix ».
Voilà c’est tout, à demain, merci !
22 mars, 7h50, salle de bains, moi brosse à dents rouge dans la bouche, vous sèche-cheveux Calor à la main. Nos regards se sont croisés. Aimerais vous revoir.
Que vous dire ce matin ?
J’ai sur mon bureau un ticket de caisse illisible, une tasse vide, une pince à linge égarée, trois bouchons de stylo orphelins et quelques petites choses encore qui me laissent, je le confesse,
sereinement indifférent. Marguerite Duras en aurait fait trois livres, Francis Ponge deux poèmes, Georges Pérec un chef d’œuvre. Je vais, quant à moi, commencer par mettre un peu d’ordre dans mes
affaires, faute de quoi mes idées seraient confuses, ma syntaxe approximative, et je vous infligerais quelque inepte et insignifiante coquecigrue.
Je m’en voudrais.
Dieu, dit-on, a créé l’homme. C’est assez réussi, mais finalement peu méritoire pour un être omnipotent.
Bien plus fort, l’homme, cette chose ridicule qui pleure, saigne et défèque, a inventé l’illusion. Chapeau bas !
Je me répète, me direz-vous – c’est indéniable, je me répète – mais une question me taraude, simple et impérieuse, (comme en écho à ce que demandait Adorno, écrire un poème après
Auschwitz n’est-ce pas barbare ?) :
est-ce bien sérieux de ne l’être pas davantage ?
Capricieuses et déroutantes, elles semblent se plaire à souvent venir sans prévenir et jamais si on les attend, les idées, et disparaître ensuite très vite sans laisser traces ni
adresse.
Il faut savoir être patient, vigile et toujours disposer pour elles d’un petit bout de papier propre et accueillant.
Cette obsession absurde de vouloir faire toujours plus court, ça en dit long.
Poncées, vernies, sans rides ni poussière, ordonnées et toujours à leur place, certaines vies, comme des meubles très utiles, à trop demeurer, mobiliers immobiles, deviennent transparentes et accélèrent ce qu'elles veulent ralentir.
Ces langues qui se bousculent en moi, aux accents si différents – mathème germain, poème latin, gauloiseries absurdes, chinoiseries subtiles.
Polyglotte hospitalier, hypocrite opportuniste, bavard apatride, je m’interroge ?
Il faut, pour ex-ister, comme le laisse deviner le préfixe, être, en un sens, déplacé, décalé, destitué, détrôné. D’où nous vient alors ce double culte de l’ordre et du dedans ?
Je cherche la voix, noire et sure comme une nuit d’hiver, puissante et fidèle comme la main de l’ami, qui serait le chant de ce que Pierre Soulages peint.
Autrui, cette forteresse impénétrable, pourtant sans murailles, aux façades ouvertes et avenantes.
Autrui, cet étranger solitaire, pourtant presque toujours à la fenêtre.
C’est bien regrettable que l’on ne soit pas d’abord des vieux puis ensuite seulement des jeunes.
Ceux-là, pressés de manger autre chose que de la soupe, ne s’incrusteraient pas, fidèlement vissés à l’habitude des jours inertes ; ceux-ci, goûtant les nuances délicates de la lente
évanescence des choses, pousseraient moins dans les rangs.
Les premiers partiraient plus vite, les seconds rouleraient moins vite.