Décidément tout déchoit.
Capricieuses et déroutantes, elles semblent se plaire à souvent venir sans prévenir et jamais si on les attend, les idées, et disparaître ensuite très vite sans laisser traces ni
adresse.
Il faut savoir être patient, vigile et toujours disposer pour elles d’un petit bout de papier propre et accueillant.
Cette obsession absurde de vouloir faire toujours plus court, ça en dit long.
Poncées, vernies, sans rides ni poussière, ordonnées et toujours à leur place, certaines vies, comme des meubles très utiles, à trop demeurer, mobiliers immobiles, deviennent transparentes et accélèrent ce qu'elles veulent ralentir.
Ces langues qui se bousculent en moi, aux accents si différents – mathème germain, poème latin, gauloiseries absurdes, chinoiseries subtiles.
Polyglotte hospitalier, hypocrite opportuniste, bavard apatride, je m’interroge ?
Il faut, pour ex-ister, comme le laisse deviner le préfixe, être, en un sens, déplacé, décalé, destitué, détrôné. D’où nous vient alors ce double culte de l’ordre et du dedans ?
Je cherche la voix, noire et sure comme une nuit d’hiver, puissante et fidèle comme la main de l’ami, qui serait le chant de ce que Pierre Soulages peint.
Autrui, cette forteresse impénétrable, pourtant sans murailles, aux façades ouvertes et avenantes.
Autrui, cet étranger solitaire, pourtant presque toujours à la fenêtre.
C’est bien regrettable que l’on ne soit pas d’abord des vieux puis ensuite seulement des jeunes.
Ceux-là, pressés de manger autre chose que de la soupe, ne s’incrusteraient pas, fidèlement vissés à l’habitude des jours inertes ; ceux-ci, goûtant les nuances délicates de la lente
évanescence des choses, pousseraient moins dans les rangs.
Les premiers partiraient plus vite, les seconds rouleraient moins vite.
instants dans l’orbe nocturne
d’un bleu doux et lent
indolence sans calcul
suspens dans le souffle juste
d’un vent continu
tendres rumeurs sans désir
retours dans l’ordonnancement
inextricable
affolement sans visage
Un bon aphorisme minimaliste est tolérant, généreux et participatif : il offre au lecteur la possibilité d’une interprétation neuve.
Servez-vous, c'est libre et gratuit.
Un Moderne fidèle ou respectueux est un Ancien masqué ou précoce.
quand la preuve, tréblouissante, surexpose ce qu’elle prétend démontrer
quand le sentiment, nescur, floute ce qu’il prétend décrire
quand le mot juste – sinistre bavarice – insuffit ce qu’il prétend clore
quand l’image évocalisée, souvent solitudinaire, révoque ce qu’elle prétend baradiner
quand le bon usage, épusé, troublie ce qu’il prétend prodire
comment vous dire alors ce qui s’en va ou se retient ?
Le poète tâche de se tenir dans la pénombre du sens.
À trop écrire on s’absente, certes, mais la présence dissipe.
À trop s’inscrire on oublie, oui, mais la mémoire retient.
Et rendre hommage à ce qui est
et provoquer ce qui peut être.
Mozart (xviiie) serait – dit-on – un E.I.P. ; il n’est pourtant que Bach plus un (xviie).
P.S. Pour les incultes parents de cancres un EIP est un enfant à intelligence précoce.
Bonne nouvelle : les auteurs de best-sellers sont souvent – on le sait bien – de médiocres écrivains.
Mauvaise nouvelle : les auteurs de « chefs-d’œuvre » inconnus – on le sait moins – aussi.
La liberté se nourrit d’impatiences ; repue, elle s'assoupit.
– LOUIS-GONZAGUE (un projet de sourire quasi imperceptible au coin des yeux pouvant laisser croire qu’il médite) : Dis donc Monsieur le poëte, tu as pensé à remplir ta déclaration de revenus ?
– L.-G. (étanche, persévérant dans son généreux amour désintéressé de l’homme) : Ni l’un ni l’autre, je te provoque, c’est une technique qui vient d’Orient, c’est pour te faire gagner en sérénité, en abnégation, en magnanimité, en force tranquille et en quiétude forte.