Il y a trois formes de doute qui ne partagent rien de plus que le nom. Il y a l’irrésolution ou l’indécision, qui n’est pas même l’errance, mais quelque chose comme le séjour forcé au seuil du réel, là où les possibles, creux et solitaires, font semblant...
Après d’épuisantes investigations scientifiquement menées, je suis enfin en mesure d’affirmer que, malgré un petit tiers de siècle d’écriture quasi quotidienne, jamais encore jusqu’à ce jour, je n’avais utilisé les mots, fort charmants au demeurant, hypocoristique,...
6h, 8h et même 10h ce n’est pas assez pour que le sommeil soit dépaysant et le réveil déconcertant. Il faudrait que l’on dorme toutes les nuits une dizaine d’années, chaque matin alors serait l’occasion de joyeuses retrouvailles (tu prenais du thé ou...
Vous allez dire encore que je dénigre tout, que je ne respecte rien, que je deviens insensible à l’implacable beauté du monde, que je me ferme à l’infatigable inventivité d’homo . Vous ajouterez, et vous aurez raison, que si le goût aqueux très prononcé...
Le commandant du sous-marin nucléaire déposa dans son caddy quatre rouleaux de papier toilettes, puis se dirigea vers les produits d’entretien. En passant devant le rayon thon en boîte et sardines à l’huile, pourtant conscient de l’inépuisable diversité...
Ne pourrait-on récupérer l’énergie fœtale en intubant dans la matrice des nano-turbines reliées à de micro-bateries pondérales par de minuscules canules à fibres optiques ? Ce serait écologique, ça ne priverait personne et ça responsabiliserait précocement...
− « Les mots sont une prison et la grammaire, sa geôlière » me glissa Robert Lin Tsi, en ce dimanche bruineux de grande marée, persistant à vouloir cueillir des palourdes, alors qu’il n’y avait même plus de moules. − « Ça je le comprends bien, un aphorisme...
Le chien ne veut pas miauler Le marteau ne veut pas scier La pomme ne veut pas citronner L’holothurie ne veut pas émigrer Le carré ne veut pas extrapoler Le bateau ne veut pas poivrer Le droit de grève ne veut pas mastiquer La tondeuse du voisin ne veut...
Il faut savoir écrire un poème comme on prépare un repas, le dimanche soir, avec opportunisme et inventivité : un poème frugal et bigarré qui vasouille mais sans revendiquer et espère mais sans militer. Exemple. La vaisselle, c’est au tour de qui ? J’étais...
La jalousie est le pharmakon de l’amour. [Supplément pour les illettrés : le pharmakon (cf. la lecture que Derrida fait du Phèdre de Platon) est un poison que les médecins utilisent comme médicament, c’est aussi un médicament que d’aucuns, malintentionnés,...
Rond comme un plouf Bête comme un pouet J’écris ton prénom Pire qu’un ding Plus qu’un boum À l’ombre d’un clic À l’ère du prout J’écris ton prénom Au seuil du zip Au creux d’un whooah En proie au pssst En manque de pschiiit J’écris ton prénom Sur fond...
− « Ne fais pas l’âne si tu es une dinde », me lança Robert Lin Tsi, illustrant son dit d’un sinistre braiement. Puis, cherchant généreusement à soulager la douloureuse ignorance inquiète qui m’envahissait, il poursuivit : « Pâté d’âne ou cochon d’Inde,...
Manifestation des oubliés, des fades, des ternes, des transparents, des banals, des futiles, des falots, des abandonnés, des insignifiants, des inintéressants, des inconsistants, des négligeables, des quelconques, des inoffensifs, des inodores, des anodins,...
Ils se bousculaient sans égards, dans ce lent charroi du temps, un ânon court sur pattes, se dépassaient parfois évitant de croiser les regards, un lézard désossé, une serpillère à poil ras et quelques autres animaux peu calibrés, ou se suivaient docilement...
« Qui morve en juillet crève en solo » me dit Robert Lin Tsi, sans mollesse, mais sans emphase. N’étant pas habitué au style tragique je cherchais à décoder la blague et l’invitais à m’y aider. « N’hésite pas à jouer ta vie à la tique, plus tard tu mourras...
Sais-tu que le temps d’après va venir ; le crois-tu ? Sais-tu que les maîtres riront alors à n’en plus finir ? Sais-tu que les matins doucement inventeront les jours ? Le sais-tu ? Sais-tu que les funambules, les jongleurs, les magiciens, les troubadours...
Assis sur un banc, sa vie à ses pieds comme un chien mou et patient, il avait fini par ne plus s’étonner de ce que son existence, cet inconcevable montage de nerfs, chiffres, rencontres, soumissions, rêves, cellules…, tienne encore debout, lors même que...
Mes souvenirs sont là, non pas dedans dans ma mémoire mais dans les reflets de la ville, dans le silence des nuits, non pas dans ma mémoire mais dehors dans le souffle de la mer, dans la fraicheur de la montagne. Ils sont là mes souvenirs, vivants et...
− Est-ce que je compte pour toi ? − Ô combien !Tu n’as pas de prix ! − Mais quelle valeur tes mots ont-ils ? − Fais-moi crédit, tu seras payée en retour. − Mais ton investissement à court terme me fait douter. − Épargne-moi tes inquiétudes. Profite au...
Je vous prie, Monsieur, de bien vouloir recevoir mes salutations épicées, ma trottinette aux échalotes, mon ex beau-père toutes options, mon asymptote nécrologique, mes bacchanales mi-cuites, mon agrément encalminé, mon vice de forme bien fagoté, ma déception...
Il était son rivage, sauvage à peine, son port où calmer ses désordres. Elle lui taisait ses horizons, ses tropiques, ses îles, ses secrets jamais cartographiés. Il rêvait ses ailleurs, les peuplait de folies, de jouissances, de haines, tout en démesure,...
La nature ne fait rien en vain, disait un vieux grec. Pourtant, était-il bien utile d'éloigner ainsi le nez de notre anus tant nos odeurs fécales nous indiffèrent − quand elles ne nous ravissent pas ? En revanche, il a été judicieux d’exiler notre orifice...
Depuis deux jours, je l’entends bien, mon voisin creuse. Je n’arrive pas à le surprendre mais il creuse dur, Comme un tunnel dedans mon crâne, un long tunnel. Demain ou dans trois jours, il y sera, l’imbécile Mais il n’y aura plus rien. Je vais tout vider...
quand l'énergie cinétique tend vers zéro et l'énergie potentielle vers l'infini quand le réel se dilue dans le possible quand le temps se contracte dans l'instant quasi éternel quand le silence englobe toutes les bibliothèques quand le destin retient...
On pouvait prévoir, à la vue de son regard chassieux, un épiderme halitueux ; sans surprise non plus, sa fragile carcasse cachexique se prolongeait par deux membres étiques mouchetés de plaies sanieuses ; en revanche, ce tout suintant contrastait curieusement...