Tic, cela
Tac, ceci
Le maître nomme
Tic, cela
Tac, ceci
Le maître nomme
Le romancier jouit du droit absolu de tricher impunément.
− Je ne triche pas j’invente, se croit-il permis de rectifier, ajoutant l’outrecuidance à l’injustice.
Quand les mots se souviennent longtemps du matin des mondes, quand ils sonnent loin devant au pays des songes, alors les idéologues enragent et bafouillent de ne pouvoir plus les figer dans de lourdes statues de sens.
Pour quelle secrète raison, toujours et partout, toutes les rivières abandonnent leur source, claire, vive et amicale pour une embouchure vaseuse, saumâtre et surpeuplée ?
J’ai longtemps pensé que la marge étroite sur laquelle je marche me situait dangereusement entre le mou à droite et le cru à gauche, la norme et la folie, le plan-plan et l’effondrement… et qu’il suffirait de peu pour que je bascule et m’abîme dans le gouffre effrayant de la démence.
C’était sans compter l’illusion d’optique (celle-là due à la vision du bas que j’ai du haut de mon mètre quatre-vingt-dix − moins approximativement dix centimètres, pour être exact, puisqu’il ne vous aura pas échappé que nos yeux n’occupent pas le sommet du crâne, ce qui, notez-le, est une chance pour tous les fats qui seraient alors contraints de baisser le nez pour voir devant eux et pour tous les timides qui devraient se plier en deux pour regarder leurs chaussures) qui m’a fait prendre pour une marge au bord d’un précipice, une large bande imprécise sur un terrain plat.
Petit haïku grande pensée
Grand discours petite idée
Le mètre ment dit le maître
Hier, ma cousine Leïla a rencontré, et dans la même journée, N. S., une chancelière allemande et F. H, un joueur de tennis espagnol numéro 2 mondial. (Cherchez pas, j’ai changé les initiales parce que ma cousine Leïla m’a demandé de rester discrète. Je ne suis pas jalouse mais je l’envie quand même d’évoluer dans ce milieu. En plus, elle est restée simple, ma cousine Leïla.) Elle les a tout de suite reconnus ; eux aussi, ils se sont dirigés droit vers elle. Les échanges ont été « courtois et professionnels », c’est ce qu’elle dit toujours ma cousine Leïla.
− Passeport please. − … − Thank you.
Sous les pâtés la page.
Je vous sais impatients d’avoir des nouvelles de mon poisson rouge qui n’a pas de nom. Pour ne rien vous cacher, il m’a un peu déçu, je m’attendais à le voir exécuter quelques cabrioles de dauphin ou doubles voltes d’épaulard, pour fêter l’événement, eh bien, figurez-vous que je l’ai surpris au réveil paresseusement allongé sur l’épave du pédalo qui décore le fond de son aquarium.
Je continuerai de le nourrir mais, c’est décidé, je ne lui donnerai pas de nom.
Inutile de te retourner, le bitume avale toutes les traces.
Comme le bon catcheur prépare toujours un headscissors takedown par une diversion habile, le bon bloggeur tragique doit faucher son lecteur en plein fou-rire.
On ne dira jamais assez l’importance des habitudes alimentaires.
Imaginez, par exemple, que nous ayons été faits herbivores-ruminants par le Grand Géniteur. Eh bien, il y a fort à parier que la Terre ne serait pas aujourd’hui à feu et à sang. Prévenants et fidèles, nous transhumerions placidement en troupeaux sobres et solidaires.
Resterait juste à régler l’épineux problème de l’écoulement du stock des couverts à poisson en corne de zébu, alors inutiles et surnuméraires.
Ma jeune voisine a un chien, c’est un immonde baveur obèse et apathique. Ma voisine avait choisi l’option B2I au collège. Ma voisine est contrôleuse de gestion. Il s’appelle Éros.
L’amnésie est le meilleur allié des révolutions. Gageons que le premier qui servira une tarte Tatin renversée passera pour un génie.
Vous partez sur une île déserte. Vous emmenez (retenir et classer vos dix priorités) :
un ferblantier, une bonnetière, une diéséliste, un aquarelliste de petite taille, un coupeur de langue polyglotte, une tête de nœud, un fier-à-bras, une main courante, un pied marin, une fil-de-fériste infidèle, un redresseur de torts clandestin, un placeur de premier rang, un farceur de haut vol, un souverainiste, un néo-pétainiste, un crypto-cégétiste, une fée qui existe, une fille qui insiste, une petite marchande d’amulettes, une grosse menteuse avinée, un chevillard ichtyophile, un revanchard carniphobe, un changeur de climat végétalien, une chasseuse de primevère, une pêcheuse de perle bleue, une Ève rêveuse et généreuse, une cracheuse de glaires visqueuses (eurk, c’est dégueu !), des vestiges d’esthète athlétique, une clique diabolique d’ogresses urticantes, une apothicairesse équipée mais maquée, un méchant marchand d’oublis sans adresse, un casseur de pierres tombales itinérant, un avaleur de sabre à canne à sucre à basse valeur ajoutée, un lazariste, un parnassien, un zapatiste, un clodoaldien, un liposucé, un partouzeur, un suprématiste, une activiste, une écolocentriste, une écolière excentrique, un crémier à fouetter, sa femme alitée, sa fille Alizée, un montreur d’ours en peau de synthèse, un patenôtrier d’écailles de tortues d’élevage, un syndicaliste pacifié, pas si laid mais sans papier, un ramoneur marié, un rémouleur armé, un marinier mourant, un roumain amoureux, un chasse-marée marrant, un marcheur emmuré, un chômeur enrhumé, un galochier surendetté, une épinolière épique, un colporteur à corps et à cris, une femelle phoque égarée (dans la liste pour des raisons qui m’échappent ?), un coquassier potache, une sondeuse de sortie d’urnes, un fourbisseur de démentis cinglants, un barbacole intermittent, une ukuléliste méritante, une ébroueuse décolorée, un sculpteur de vagues, un dresseur de sexes, un soigneur de textes, un dégraisseur intoxiqué, un agresseur botoxisé ou un nécrologue gérontophile.
Vous comprendrez que la pertinence de l’analyse du test est liée à l’honnêteté de vos réponses. Ajouterai-je que nos testeurs ont aussi des outils pour détecter les testés menteurs…
C’est important pour l’aventurier qui prend des risques de retrouver tous les matins, à peu près au même endroit et la même heure, dans des tons assez proches, occasionnant des commentaires quasi identiques, le lever du soleil.
J’ai presque bouclé mon Nouveau Traité universel de ponctuation (il me manque juste le signe pour figurer le « point d’“évidance” » (je suis l’inventeur — vous pardonnerez cette confession bien innocente que je vous réserve amicalement — de ce qui vient combler ce que j’appelle (cf. l’heureuse formule qui ouvrira ma préface (p. VIII)) un « vide syntaxico-graphique » [sic]) dont la fonction est précisément de marquer une affirmation triplement caractérisée par : − une clarté opportunément — ou impérieusement, ou principiellement (j’hésite encore sur l’ultime formulation ; ah ces adverbes ! comme ils me troublent et m’entêtent et me transportent !?) — définitive ; − une aérienne — quasi chorégraphique, risquerais-je ! — profondeur ; − une forclusion (terme à prendre — cela va sans dire — dans son acception pré-lacanienne (c'est moi qui souligne)) conceptuelle (ce, vous l’aurez compris, au motif d’invalider toute tentative larvée — et inévitablement, piteusement et fétidement vouée à l’échec — de vi(e)d(’)ange métaphorique (si vous me passez le mot))) et n’ai plus qu’à trouver un éditeur.
Trois paroles brèves pour le haïku.
Deux hirondelles pour le printemps.
Combien de vies pour exister ?
− Il faut que tu comprennes, Môssieur l’écrivain, plus personne ne t’écoute et tu ferais bien de parler moins fort.
− Tu exagères.
− Pas du tout, d’ailleurs, c’est normal, tu nous épuises avec tes bavardages de flemmard pendant que nous, on trime pour de vrai.
− Mais je ne dis pas le con…
− Et arrête de toujours contester et croire que ce que tu écris, c’est mieux que la vie dehors. Tu cherches à nous embrouiller hein ?
− Non je veux j…
− Bien sûr que j’ai raison, et tu le sais bien, gros malin. Qu’est-ce que tu connais des choses du monde, toi, les choses qui tordent le cou, les choses qui mordent le ventre ?
− …
− Tu vois, en plus t’as rien à dire. Le pire, c’est que tu t’imagines que tes silences, ça vaut plus que nos existences. Tu me dégoutes.
− Je cr…
− Et ne m’agresse pas, par-dessus le marché. Quelle violence ! T’étonne pas si tu rencontres de sérieux problèmes. Tu crois qu’on va se laisser faire.
− J…
− Mais voilà qu’il nous joue la victime, Monsieur l’intello, et avec le ton en plus ! Le parking est complet, si tu vois ce que je veux dire. C’est complet. Tu préfères que j’te l’écrive.
−
− T’es en option pour le moment, attention à pas devenir superflu. T’as pas capté, c’est la crise, ça fuit d’partout, y’aura pas de gilet pour tout le monde.
Il ne faut pas toujours viser le milieu, concédait Giovanni Falcone.
− Maman, maman, hurla mon adorable petit dernier en sortant de l’école, tu voudrais qu’on t’apocope ou qu’on t’aphérèse si tu serais un mot ?
− … !
Le logiciel de mutation du MEN a encore buggé, ce jeune agrégé de grammaire n’a rien à faire au CP.
L’invisible porte le visible.
Non comme une main mystérieuse, un souffle inengendré ou une tendresse infinie mais comme le verso porte le recto.
Tôt ce matin, et je ne m’explique pas ce curieux phénomène, mon poisson rouge (je ne lui ai pas donné de nom, on me le reproche souvent − « tu ne l’aimes pas ton poisson rouge, ça se voit bien, autrement il aurait un nom !? » −, on voit surtout que ce n’est pas eux qui changent son eau, à mon poisson, tous les mois…) mon poisson rouge donc, s’est mis à changer de sens de rotation. Incrédule, je l’ai fait vérifier par ma mère qui maîtrise bien sa gauche et sa droite : « en effet, a-t-elle constaté, ton poisson rouge tourne à gauche, d’ailleurs, tu devrais lui donner un petit nom chouchou, a-t-elle ajouté, à ton poisson ».
Je ne vois vraiment pas le rapport. Cela étant, si le sept mai au matin, mon poisson rouge fait des cabrioles de dauphin, alors là promis, je le fais baptiser.
Et veux-tu bien cesser de raboter le monde, ponce-toi plutôt l’âme, dit à peu près Descartes (3e maxime).
Que ferais-je sans lui, roucoulait-elle tendrement, tout en imaginant la douleur du naufrage.
Que ferais-je sans ailes, roucoulait-il lucidement, tout en calculant la vitesse de la chute.