Il avait toujours un peu de terre au fond de sa poche gauche et il y enfouissait la main chaque fois que sa pensée prenait la pose.
On construit tant de banques. Et manquent les pavés.
Ce soir encore, sagement, il ira se coucher à l’heure prévue. Moi aussi, pensa-t-il pourtant, j’aimerais bien sortir la nuit. Puis, se souvenant de la mine blafarde et crevassée de Lune, Soleil se persuada qu’il faisait bien de vivre à son rythme.
Par respect pour son épouse et parce qu’il était homme de principes, il s’était imposé d’attendre la majorité de son amant pour coucher avec lui. Il tint bon. La vertu ne souffre aucun accommodement, disait-il.
La frontière qui nous sépare de la barbarie sera toujours fragile et poreuse. Je parle de frontières intérieures. Je veux dire intimes.
C’est curieux qu’ils me voient toujours en homme, dit Dieu (d’ailleurs moins étonnée que très vexée).
Et puis je sors, je souris, je parle du cyclone ou de Kierkegaard, j’achète le pain et des tomates ; je fais provision de monde. Et puis je rentre.
Nos repères ont la bougeotte.
– Alors, file de gauche les priorités prioritaires, file de droite les priorités non prioritaires, sortez vos documents, nous allons les vérifier. Les autres, vous pouvez passer.
Le lion voit la gazelle parce qu’il a faim ; repu, il perd la vue. Le monde est l’œuvre du besoin.
Il y a une façon subtile, géniale peut-être, de presque-répéter. Je crois qu’un art original vient se loger là – entre la duplication stérile et l’innovation impatiente.
L’écriture post-contemporaine peut présenter quelques faiblesses au plan littéraire mais elle compense cela par une audacieuse avancée sociale, un partage des tâches en quelque sorte : l’écrivain s’occupe des mots, le lecteur du sens.
La vie est un match de football américain. Deux petites différences : on ne sait pas toujours dans quelle équipe on joue et on ne porte pas de casque.
À d’autres, la vie apparaît plus comme un match de cricket. Et ce n’est pas parce qu’on ne comprend rien que ça n’a pas de sens.
Si tu te polis l’âme, arrête avant la chair.
« Sortez du lot » dit la publicité, en 4x3, partout dans la ville. Comme ils maîtrisent le paradoxe ces charmeurs !
PAS DE RESTE AUJOURD’HUI (Je suis à la Journée mondiale contre les Broncho-Pneumopathies Chroniques Obstructives. Non que je manque de souffle mais la Journée mondiale des bloggeurs de restes quotidiens n’existe pas).
Je vous promets que je ne mens pas, hier, en fin d’après-midi, rue des Manguiers, j’ai croisé un sourire.
Elle est curieuse cette société qui, sur un stade de foot, fait payer les spectateurs pourtant condamnés à la promiscuité et l’ennui quand elle rémunère les joueurs, les seuls à s’amuser et être admirés.
Le désir se fait paresseux quand le plaisir est livré à domicile, sans supplément.
Mon bonnet j’ai perdu [prononcer ‘perdou’] De monnaie je n’ai plus [prononcer ‘plou’] Tiens ! mais c’est un haïku
J’ai toujours eu un peu de mal à hiérarchiser et je commence souvent par les finitions. Enfant déjà, je perdais beaucoup de temps, avant de rapidement passer l'aspirateur, à récupérer méticuleusement avec une aiguille les poussières et bouts de papier...
On malmène la langue comme un ennemi à abattre mais elle ne se battra pas et résistera peu. Elle se retirera dans le silence et les grognements.
Je ne suis pas mathématicien mais je ne serais pas étonné qu’il ait une loi de proportionnalité très exacte entre la diminution de la taille des croissants et la croissance de la taille des munitions.
– Ce typhon énorme a une forme de griffon en haut-de-forme avec son uniforme marron foncé. – Et ton crayon, bouffon, y serait pas côniforme, tête de siphon, t’es formellement défoncé !