13 août 2008
3
13
/08
/août
/2008
02:54
« Je n’écris pas, je n’ai pas d’idée ».
D’où nous vient cette curieuse chronologie qui voudrait que les mots résultent et dérivent de la Pensée – soldats serviles, pantins transparents ?
L’écriture naît d’une ignorance ; elle va vers le sens, elle n’en vient pas.
9 août 2008
6
09
/08
/août
/2008
02:18
Toutes ces phrases, amples, sonores et libérales, qui commencent, la rage au ventre, par le scandale de ce monde honteux de suffisance.
Toutes ces phrases qui continuent, recentrées, par l’exposé exhaustif et inspiré comme une liste de courses de nos brillants faits d’armes potentiels.
Toutes ces phrases qui finissent, confinées, par nos maigres douleurs intestines qui n’existent que le temps de ces lamentations domestiques.
22 juillet 2008
2
22
/07
/juillet
/2008
02:18
D’abord, j’écris vite, à en perdre le souffle, à en épuiser les dictionnaires, puis je freine et me calme, pour m’arrêter presque, juste au seuil l’immobilité.
Dans le suspens du ralenti.
10 juin 2008
2
10
/06
/juin
/2008
02:32
Écrire c’est mentir.
C’est aussi ce que laisse entendre, en creux, l’expression duplice « homme de parole ».
31 mai 2008
6
31
/05
/mai
/2008
02:25
Des écritures si diverses.
Comme des visages qui changent, comme des peaux qu’on peut enlever ou remettre.
Rien de mensonger, pas des masques.
Juste un dedans qui grouille et qui gronde de mots de toutes les langues.
25 mai 2008
7
25
/05
/mai
/2008
02:31
Zut, on est déjà aujourd’hui et je n’ai encore rien écrit. Les sujets, graves ou légers, ne manquent pas pourtant. Non, ce qui manque, c’est vous.
Je n’ai pas dit que vous me manquiez, mais seulement que vous manquez. Vous, lecteurs, vous manquez, vous faites défaut, vous êtes absents, vous n’existez pas. Voilà la belle absurdité, je
m’adresse à un néant, pas même un silence ou une carence, j'écris pour un vide, une béance, je donne généreusement pour un trou noir.
Bien sûr, si vous existiez, vous diriez, « nous ne sommes pas absents, nous sommes ailleurs et bien présents ». Quelle prétention, quelle arrogance que ces petites nullités de rien du
tout qui se croient exister, ces absents qui prennent la parole et imitent les présents.
Allez, magnanime, je vous l’accorde, vous n’êtes pas rien, vous êtes des précaires de l’existence en sursis de néantisation, mais il ne tient qu’à moi de cesser d’écrire pour que vous vous
dissipiez comme un chuchotement sans écho, pas même un mauvais souvenir, une vapeur inodore, sans saveur ni talent, ridicule et minuscule.
Vous êtes mon rêve, un jour je me réveillerai.
Vous êtes mon délire, un jour je reviendrai à la raison.
Je vous aurai prévenu.
17 avril 2008
4
17
/04
/avril
/2008
02:02
Je cherche une phrase, brève, impérieuse et lumineuse comme un éclair – évidence solaire sur fond de néant noir.
Non pas pour mieux voir, éclairé, savant, prévoyant, mais pour avancer ensuite, aveuglé et naïf, guidé seulement par un avenir rémanent, souvenir incertain d’une souveraine certitude qui préserve
du repos et nourrit les échappées.
9 avril 2008
3
09
/04
/avril
/2008
02:05
Écrire une fois par jour, c’est beaucoup trop – même pour un minimaliste.
1 avril 2008
2
01
/04
/avril
/2008
02:02
Aller son erre et la laisser s’épuiser d’elle-même sans point sans virgule lentement jusqu’au silence du simple en suspens dans la présence recouvrée la laisser juste résonner encore comme un
souvenir discret comme un écho modeste la phrase
26 mars 2008
3
26
/03
/mars
/2008
03:45
Écrire et croire encore
L’espoir les cris l’esprit
Mais la croix des vies sans voix des vies sous vide
Délit des sans-avis
L’envie du vent d’avant
Mais la loi du prix des droits du prix des proies
Tu pries tu plies tu ploies
Sans poids sans toit tais-toi
25 mars 2008
2
25
/03
/mars
/2008
03:30
Ouf ! Enfants couchés, vaisselle faite, factures payées, vais enfin pouvoir me poser ; reste bien les œuvres complètes de Hegel, le ferai demain,
maintenant, c’est blog-time. J’y vais.
« Pour vous, pour moi, un mot, une voix ».
Voilà c’est tout, à demain, merci !
23 mars 2008
7
23
/03
/mars
/2008
03:30
Que vous dire ce matin ?
J’ai sur mon bureau un ticket de caisse illisible, une tasse vide, une pince à linge égarée, trois bouchons de stylo orphelins et quelques petites choses encore qui me laissent, je le confesse,
sereinement indifférent. Marguerite Duras en aurait fait trois livres, Francis Ponge deux poèmes, Georges Pérec un chef d’œuvre. Je vais, quant à moi, commencer par mettre un peu d’ordre dans mes
affaires, faute de quoi mes idées seraient confuses, ma syntaxe approximative, et je vous infligerais quelque inepte et insignifiante coquecigrue.
Je m’en voudrais.
21 mars 2008
5
21
/03
/mars
/2008
03:27
Je me répète, me direz-vous – c’est indéniable, je me répète – mais une question me taraude, simple et impérieuse, (comme en écho à ce que demandait Adorno, écrire un poème après
Auschwitz n’est-ce pas barbare ?) :
est-ce bien sérieux de ne l’être pas davantage ?
19 mars 2008
3
19
/03
/mars
/2008
03:23
Capricieuses et déroutantes, elles semblent se plaire à souvent venir sans prévenir et jamais si on les attend, les idées, et disparaître ensuite très vite sans laisser traces ni
adresse.
Il faut savoir être patient, vigile et toujours disposer pour elles d’un petit bout de papier propre et accueillant.
14 mars 2008
5
14
/03
/mars
/2008
04:01
Je cherche la voix, noire et sure comme une nuit d’hiver, puissante et fidèle comme la main de l’ami, qui serait le chant de ce que Pierre Soulages peint.
11 mars 2008
2
11
/03
/mars
/2008
04:07
instants dans l’orbe nocturne
d’un bleu doux et lent
indolence sans calcul
suspens dans le souffle juste
d’un vent continu
tendres rumeurs sans désir
retours dans l’ordonnancement
inextricable
affolement sans visage
9 mars 2008
7
09
/03
/mars
/2008
04:03
Un bon aphorisme minimaliste est tolérant, généreux et participatif : il offre au lecteur la possibilité d’une interprétation neuve.
Servez-vous, c'est libre et gratuit.
5 mars 2008
3
05
/03
/mars
/2008
04:36
quand la preuve, tréblouissante, surexpose ce qu’elle prétend démontrer
quand le sentiment, nescur, floute ce qu’il prétend décrire
quand le mot juste – sinistre bavarice – insuffit ce qu’il prétend clore
quand l’image évocalisée, souvent solitudinaire, révoque ce qu’elle prétend baradiner
quand le bon usage, épusé, troublie ce qu’il prétend prodire
comment vous dire alors ce qui s’en va ou se retient ?
2 mars 2008
7
02
/03
/mars
/2008
04:58
À trop écrire on s’absente, certes, mais la présence dissipe.
À trop s’inscrire on oublie, oui, mais la mémoire retient.
27 février 2008
3
27
/02
/février
/2008
06:00
Bonne nouvelle : les auteurs de best-sellers sont souvent – on le sait bien – de médiocres écrivains.
Mauvaise nouvelle : les auteurs de « chefs-d’œuvre » inconnus – on le sait moins – aussi.
20 février 2008
3
20
/02
/février
/2008
06:15
La littérature n’a pas vocation à rassurer ; nous avons déjà pour cela AXA, numéro 1 mondial, Louis Bozon sur France Inter et les romans de Marc Levy.
10 février 2008
7
10
/02
/février
/2008
06:02
Certains ont le culte de la trace et la signature dilatée.
D’autres se terrent et se taisent, insignes et désœuvrés.
Rares sont ceux qui œuvrent et qui chantent sans réclamer jamais de droits d’auteur.
31 janvier 2008
4
31
/01
/janvier
/2008
06:27
Dans le mot apocryphe de Flaubert : « je suis Madame Bovary », il faut entendre le verbe suivre.
25 janvier 2008
5
25
/01
/janvier
/2008
06:44
Lisez moins ; écrivez plus.
24 janvier 2008
4
24
/01
/janvier
/2008
06:44
Un jour sans doute, et prochainement peut-être, tout aura été déjà dit au moins une fois. On pourra encore, un temps, jouer un peu sur l’intonation, mais il faudra bien finalement
se résoudre à répéter ou se taire.
Alors on attendra le poète comme un premier matin, on l’espérera comme un messie laïque, pour un lever de sens et une renaissance au temps ; on aura compris enfin que ses mots ne sont ni
beaux ni obscurs, ni euphoniques ni licencieux, ni rimés ni rythmés, ni engagés ni passionnés, mais plus radicalement, plus simplement, toujours, mais la première fois seulement, inouïs.