L’inquiétude comme une courbature de l’âme
et ne rien oublier
le souffle et le silence aussi.
L’inquiétude comme une courbature de l’âme
et ne rien oublier
le souffle et le silence aussi.
On m’a raconté récemment, je ne sais s’il faut le croire, qu’un matin, après une nuit blanche dommageable, le soleil accéléra imperceptiblement sa course tout au long de la journée pour aller se coucher finalement quarante-huit minutes plus tôt que prévu.
Cette histoire, qui ne manque pas de poésie, est pourtant fort improbable à moins qu’elle ne soit codée. Et d'abord pourquoi quarante-huit ?
Avance lège, pèlerin, le chemin te reconnaîtra.
Loin des lieux
Aux coins alloués
Loue les dieux
Rien de moins
Et voue les cieux
Aux moins que rien
Que sais-tu du monde toi que n'a jamais ravi un vers ? Que sais-tu de la poésie toi que n'a jamais renversé une odeur ?
De retour d’une longue conversation, encore bruissant de rémanentes bousculades, je reviens à l’absence et y creuse une nuit. Ces exils intimes, j’en sais l’illusoire consistance et à raison les docteurs m’en détournent, je me laisse pourtant croire, menteur paresseux, qu’on y boit mieux et y mange plus, qu’on y parle une langue qui charme ou qui tue, mais toujours brillamment et sans résistance.
Ces matins de béton qui effacent grossièrement les camaïeux troublés de nos nuits chuchotées.
Les sourires ni les livres ne suffiront à convaincre la mer et son ciel de jouer encore et encore de l’aube à l’horizon la grande scène de l’appel si tu ne salues toi aussi les héros silencieux et n’explores sans excès les littoraux instables et les vallées fidèles du théâtre rougi de nos brillantes élaborations.
La mer, sans en avoir l’air, qui se rêve en rocher, en nuage, demain peut-être ou dans un siècle, en attendant, rêver lui va bien, ou bien oiseau ou pêcheur, un jour sans doute, en attendant, rêver lui va bien.
La poésie ne l’éclaire, ne l’obscurcit non plus, le monde, cartographique ni chaotique, elle l’appelle − et ses noms sont multiples.
Il est un pays où les pommes ont goût de fraises, où les garçons se chatouillent en pouffant, un pays où le ciel est parfois vert et parfois jaune, où les dieux lisent Marx en cachette et se déguisent en poisson rouge pour voir de l’intérieur ce qu’exister veut dire, il est un pays, me dis-tu, où l’on échange son chapeau en guise de salut et paye en baisers, en gifles ou câlins.
Prends soin des mots, de leur traîne et de leur ombre, de leurs reflets, de leurs echos.
Comparaison n’est que raison et calcul, restes et dividendes.
Accueille les rythmes et mêle les saisons, florilèges et sarabandes.
Je suis un océan sans horizon sans voyages sans écume ni cyclone sans épave et pas le moindre petit coquillage ni marlin ni dorade ni tornade je suis sans île et sans côte et sans port ni bitte d’amarrage sans pute iodée sans bout élimé je suis un océan mais tout petit un peu rigide, fais juste des vaguelettes sais pas onduler sais pas riser pas refléter pas dériver petit océan de terre naufragé sans exil.
Juste cette petite amertume.
Et chaque nouvelle nuit
la nuit patiente encore
amoureuse lente au sourire bleu
et redit au jour son secret sourd
lors d’une veille sans loi.
Et chaque nouveau jour
le jour agile toujours
amoureux preste au sommeil infidèle
revit avide et divin
comme un matin sans dette.
Ne confisque pas l’étoile au loin et marche sans offusquer les saisons.
Es-tu feu ? alors apprends le retrait et chante la paix.
Es-tu vent ? alors trace le foyer et attends les fruits.
Es-tu eau ? alors plante les signes et sens la roche.
Es-tu terre ? alors tends la main et souris l’horizon.
Il n'est de poésie que du désarroi.
Le reste n’est que littérature.
Sais-tu que le temps d’après va venir ; le crois-tu ?
Sais-tu que les maîtres riront alors à n’en plus finir ?
Sais-tu que les matins doucement inventeront les jours ? Le sais-tu ?
Sais-tu que les funambules, les jongleurs, les magiciens, les troubadours reviendront plus nombreux ?
Sais-tu que les chemins reprendront leur errance ? Le veux-tu ?
Perspicace et déchaîné, le poète a une mémoire d’avance.
Te revoilà, Nuit, toute de braises et de poèmes.
Je bois à ta santé.
Eh ! tu es là aussi mon ombre.
Alors nous serons trois à surprendre le matin.
Je l’invite, elle arrive, fougueuse et écumante, et tout de suite repart, souple et rêveuse, puis revient en ressac, joyeuse désordonnée, mais se retire encore, dans le remous des doutes, et encore ainsi, vient et s'en va, inlassablement, vague et toujours sur le balan.
Les rêves comme des ombres, sculptés de manques, ourlés d’absences, doubles complices et facétieux, irremplaçables néants − à la vie à la mort.
L’errance sans errements au rythme indiscipliné des cris livrés en vrac.
Et reprendre son souffle pour partager les voix.
Ne pleure le soleil ; ne mendie la lune.
Chante le feu et danse la paix.