Ils sont amis ceux que la nuit honore
Amis aussi ceux que midi épargne
Le colporteur et l’arpenteur
Et l’amant bigarré et l’athée vigoureux.
Ils sont amis ceux que la nuit honore
Amis aussi ceux que midi épargne
Le colporteur et l’arpenteur
Et l’amant bigarré et l’athée vigoureux.
Cherche la ligne, je veux dire le geste vital qui porte et annonce, elle promet des crépuscules apaisés et résonne toujours du brouhaha des départs, entre désir et dénouement, toujours animée, toujours allante, elle sinue et lève, parfois secrète, parfois lovée en des retraits paresseux ou honteux, cherche la ligne, jamais rompue, jamais hostile, elle aime tes ombres et ne craint pas tes élans, la ligne tient et relie, cherche-la, sens-la, elle dessine la carte des corps et trace la silhouette du temps.
Dresse-toi
Au dessus de l’horizon
Et prononce le nom
De tous les chemins
Les bateaux les voisins
Mais ne dépasse pas
Le faîte des filaos
Des benjoins des oliviers
Au pays des dieux
On ne rêve jamais
Bricole et voyage, joue et protège, pleure tes colères et offre tes couleurs, marche et chante, demeure aussi, écoute, invente, refuse, mais surtout, assieds-toi souvent, seul à l’ombre du silence.
Je parle d’écriture.
Lente et solitaire comme une aube
Dense et frénétique comme un fol
Tourne le jour et la vie court
Un jour demain, je serai grand comme une échelle de grand, dit l’enfant
Un jour demain, j’irai voler une caresse au creux de ta paume, dit l’amant
Un jour demain, je trouverai les sentes de ton Himalaya secret, dit le pèlerin
Un jour demain, je révélerai les archives des temps usés, dit le magicien
Un jour demain, je dessinerai des rivages ridés d’envie, dit la vendeuse
Un jour demain, j’épouserai le vent et ses frères aussi, dit la rêveuse.
Le poète arpente fébrilement la frange d’un littoral instable, là où le monde parfois mord sur la langue.
Il pleut, il pleut et la pluie plus encore.
– Mais le soleil de mes rêves et le bleu de ton ombre.
La pluie dans nos yeux sur tes joues dans mes mots.
– Mais le souffle du verbe et le texte des corps.
Il pleut sans fin et la pluie qui ne cesse.
– Mais l’ocre chaud de tes plis à l’abri de nos peines.
Enfin la pluie qui m’épuise et m’ennuie.
– Mais le feu de tes nuits au sud de ma vie.
Il habitait une mémoire peuplée de rêves et de whiskys, d’oublis classés et de livres usés.
Il y a quelque chose d’héroïque à recevoir chaque nouvelle aube.
Les peurs de la nuit sont celles de l’enfance et les rêves finalement les emportent toujours mais celles du jour sont matures et organisées, la lumière les rehausse et interdit l’esquive.
Il y a quelque chose d’héroïque à attendre chaque nouveau crépuscule.
Et si tu te reposes, que ce soit pour préparer ton voyage vers quelque nouveau Tibet intime.
À vos paupières rêveuses et délicates, je préfère vos prunelles fières et nomades.
Sans fierté, non, et sûre et affranchie, chaotiques ses colères et souriants ses repos, elle coule et demeure, fidèle pourtant et détachée, qui n’use les regards à jamais fascinés sauf à oublier le sol et le souffle étouffer, qui jamais ne trompe les désirs éblouis sauf à renoncer à aller et encore cesser.
Et je fais le ciel ; et je fais la terre ; et j’ajoute la mer, chantonna le peintre en trempant son petit-gris dans un cyan saturé.
On ignore ce que la littérature peut donner simplement parce qu’on ne lui demande jamais rien, soit par timidité, soit par indifférence, soit par mépris.
Le jour exact s’est levé sur les ombres passées, dis-tu, bavard enflé à l’haleine électrique, quand ta nuit surchauffée étouffe tout et les rus hésitants sur les pentes songeuses et les chants sans raisons des oiseaux du désir.
La marche est un séjour qui honore quand elle prend soin des vents et des pleurs.
Explore le monde et nommes-en chaque ombre, si tu le peux, chaque tentative, chaque souffle, si tu le veux, et chaque voix, chaque matin.
J’ai habité l’été dernier une idée large et bien ventée.
J’y ai trouvé au marché bio un compliment sans prétention.
Je vais planter au fond du bois un chant soyeux qui aime l’ombre.
Tresse et mixte, et maille et natte, et emmêle-nous.
En vain mais sans faillir, le poète met le devenir en mots.
Terre blessée qui revient fleurie et innocente quand tes hommes nombreux, toujours dolents et arrogants, fouillent et grouillent et pèsent sans rêves.
Le poète emprunte des voies curieuses qui du détail élu nous mènent aux quartiers essentiels.
Prends ton temps et tends l’oreille, homme du bruit, le soir viendra et saura t’apaiser.
Et tu partiras, un éclat d’île azurée dans le regard mouillé ; et tu reviendras, un goût de terre brique sur les lèvres brûlées.