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C'est Peu Dire

  • : Les Restes du Banquet
  • : LA PHRASE DU JOUR. Une "minime" quotidienne, modestement absurde, délibérément aléatoire, conceptuellement festive. Depuis octobre 2007
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Et Moi

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  • Philosophe inquiet, poète infidèle, chercheur en écritures. 55° 27' E 20° 53' S

Un Reste À Retrouver

6 décembre 2018 4 06 /12 /décembre /2018 03:30

VRD

Sous les pavés, la rage.

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5 décembre 2018 3 05 /12 /décembre /2018 03:39

On peut ruser avec ses rêves, on peut trafiquer ses souvenirs, il est plus difficile de négocier avec le présent.

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4 décembre 2018 2 04 /12 /décembre /2018 03:23

C’est curieux comme même dans les langues il y a des modes. Après, on ne voit pas pourquoi on devrait la jouer en mode espadrille et bermuda à fleurs si on trouve son voisin cool. Du coup, ça devient chaud d’être soi-même dans la vraie life. En même temps, ça fait sens – ou pas.

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3 décembre 2018 1 03 /12 /décembre /2018 03:42

BK

C’était quand même mieux avant, râlait Bacille de Koch.

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2 décembre 2018 7 02 /12 /décembre /2018 03:02

J’allais voir chez Angelina, pensant qu’elle y avait peut-être ses habitudes ; personne ne connaissait de Nora ni de Zaïna. J’allais aussi à La Vieille Trousse, mais les patrons ne connaissaient pas non plus de Nora ; désolés pour moi, ils m’avaient gentiment proposé de coller un avis de recherche sur leur porte d’entrée ; je les remerciais. Je retournais à la fac de Nanterre me disant que je trouverais là le moyen de remonter jusqu’à elle. Je n’avais trouvé aucune trace de son passage. Aucune trace de Nora à Nanterre ; je n’en revenais pas. Pas d’inscription en thèse, pas d’inscription à la B.U., pas d’inscription tout court. Personne ne se souvenait d’elle. Personne n’avait jamais entendu parler d’une Nora aux yeux noirs qui travaillait sur la mort à Madagascar ou sur le colportage au début des années quatre-vingt. Comment était-ce possible ? Le réel se lézardait ; mon propre passé commençait à lentement se fissurer.

J’avais réussi à téléphoner au professeur Henri Lavondès, son directeur de thèse ; il avait beaucoup ri quand je lui avais parlé du sujet de thèse de Nora, « l’agonie du colportage ; non je n’aurais pas accepté une thèse pareille, je ne connais ni Nora, ni Séraphin, mais faites-moi envoyer votre livre, elle me semble sympathique et originale votre Nora. À vrai dire, un vrai personnage de roman ! » Nora m’aurait menti sur ses études à Nanterre, mais pourquoi ?

 

J’essayais de faire le bilan de ce que je savais de certain sur Nora. Elle ne m’avait jamais présenté ni famille ni amis ; je ne savais pas où elle habitait ; quand on se voyait, c’était toujours chez moi ou dehors. Je ne connaissais même pas son patronyme. Je ne connaissais pas son nom ! Mais comment avais-je pu fréquenter dix mois quelqu’un sans lui demander son nom de famille ? Qui va croire cela ! Non, cela n’arrive jamais dans la vraie vie. Dix mois et je ne savais rien sur elle sinon qu’elle aimait le rouge, le jaune et le noir, Bohemian Rhapsody, les Petits LU, Renaud et les fesses de Dina.

Une chose m’avait tout de suite intrigué dans le dossier jaune qu’elle m’avait confié, il y avait une fiche très documentée sur... Nora. Nora avait écrit sa propre fiche, il n’y avait ni nom, ni adresse, ni numéro de téléphone, mais on y lisait beaucoup de détails qui n’avaient rien à voir avec Odette ou Séraphin comme si elle avait souhaité devenir un personnage aussi ; comme si elle avait voulu rentrer dans l’histoire même qu’elle racontait. Mais on atteint là une limite dangereuse au-delà de laquelle on peut perdre la tête : être personnage ou écrivain, il est plus sain de choisir. Voilà sans doute aussi ce qui explique qu’elle n’ait pas pu terminer le livre et qu’elle m’ait chargé de le faire. Enfin, c’était ce que j’avais compris. Et moi, plus ou moins involontairement, j’aurais été son complice et j’en aurais fait le personnage de mon roman.

Quand même, je ne pouvais m’empêcher de trouver tout cela complètement délirant. En rentrant bredouille de la fac, j’en étais même venu à douter de ma propre santé mentale. Aucune trace de Nora. Alors bien sûr, elle aurait pu me mentir, mais peut-être était-ce moi qui avais tout inventé. Point un récit, donc ; un délire ce serait ? Nora n’aurait pas plus existé qu’Odette ? À tout le moins, il semblait de plus en plus clair, à relire mon manuscrit, qu’elle était le personnage principal.

Nora, un personnage de roman ? Mais c’est fou !

 

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1 décembre 2018 6 01 /12 /décembre /2018 03:56

Un programme n’est pas un projet ; lui manque l’inquiétude.

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30 novembre 2018 5 30 /11 /novembre /2018 03:53

Quand je le vois planer avec grâce et indifférence, je me dis – sans pouvoir le justifier – que j’aurais fait un très bon aigle royal.

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29 novembre 2018 4 29 /11 /novembre /2018 03:50

L’homme est l’animal qui norme.

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28 novembre 2018 3 28 /11 /novembre /2018 03:08

L’homme seul est sans paysage car on ne voit que ce que l’on raconte avoir vu.

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27 novembre 2018 2 27 /11 /novembre /2018 03:52

Dans cette société 2.0., je serais une équation du second degré à une inconnue, m’annonce-t-on.

Je ne suis pas sûr de bien comprendre : faut-il prendre cela au second degré et s’agit-il de cette inconnue en jupe à fleurs, au cheveu court et au pas souple, croisée hier matin rue des Bougainvillées ?

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26 novembre 2018 1 26 /11 /novembre /2018 03:53

La preuve, irréfutablement, que l’intelligence de l’homme est loin d’être supérieure à celle des autres animaux est qu’il utilise son intelligence, incontestablement supérieure à celle de tous les autres animaux, à très mauvais escient.

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25 novembre 2018 7 25 /11 /novembre /2018 03:05

– Fin 1992 –

 

Nous étions alors fin 1992, après un passage à vide – appelons ça ainsi – je m’étais remis au travail et le livre avançait bien ; j’avais eu raison de me séparer du dossier jaune que Nora m’avait confié. Évidemment, je n’avais toujours aucune nouvelle d’elle, j’aurais donc à me passer du cahier noir, qu’il ait existé ou pas.

Un soir, en novembre je crois, après une promenade aux Tuileries (on m’avait conseillé d’éviter désormais le jardin du Carrousel et autres lieux « chargés d’histoire », enfin, chargés de la petite histoire, ma petite histoire), j’étais remonté jusqu’à la place de la Concorde puis j’avais pris l’allée Marcel Proust. Je voulais jouer les touristes et aller caresser, moi aussi, les fesses des sculptures monumentales de Botero installées sur les Champs-Élysées. Bien sûr, ces Colombiennes de bronze, froides et lisses, ne pouvaient rivaliser avec notre Dina callipyge (jamais Nora n’aurait trahi Maillol) ; je les trouvais néanmoins séduisantes et attendrissantes (j’aurais quand même aimé avoir son avis). J’avais ensuite poussé jusqu’au Gaumont-Ambassade pour voir Les Nuits fauves de Cyril Collard. Romane Bohringer était très belle (elle avait la même silhouette que Nora, elle était instinctive et habitée comme elle – l’hystérie en plus).

Nora recommençait à se faire très présente, j’avais beau éviter le Carrousel ou le Vert-Galant, ne plus lire Gary, ne plus écouter Queen ou Renaud, elle revenait se glisser dans chacune de mes pensées, malgré des parcours inhabituels, elle me retrouvait toujours en chemin ; elle ne cessait d’ouvrir des parenthèses qui trouaient mon texte de plus en plus obstinément. Elle me manquait. Nora me manquait et j’avais besoin de voir son prénom écrit.

Pourquoi lui avais-je dit, la dernière fois chez Angelina, qu’on ne faisait pas demi-tour dans la vie. Encore une phrase creuse de philosophe débile. Quel vaniteux crétin je faisais ! Quelque part dans le texte sur le voyage de noces à trois, Louis-Gonzague, l’ami du comte, dit à Yvonne qu’elle a une saison d’avance sur les autres, moi, j’en ai toujours deux de retard. Résultat : j’avais laissé filer la femme de ma vie. Minable et pathétique.

Bon, mais s’il était encore temps ? Encore temps de faire demi-tour. Et si pour une fois, j’osais, si je voulais et décidais plutôt que de laisser le destin choisir à ma place pour ensuite me lamenter ? Ça faisait un peu plus d’un an que j’enquêtais sur le passé d’Odette, je pouvais peut-être me consacrer à la recherche de Nora.

Je partais donc avec l’idée de retrouver Nora. Retrouver Nora. (J’aimais ce prénom, court et lumineux – évidemment je ne lui avais jamais dit – il était concentré dans quatre petites lettres et ouvert pourtant à l’infini, ouvert sur le nord, bien sûr, mais sur le sud aussi par son origine arabe). Nora. Je devais bien concéder piteusement que si je ne l’avais pas retrouvée plus tôt, c’est parce que je ne l’avais pas cherchée. Gros nigaud, abruti, molasse ; j’étais un cancre en amour. Nora. (Je me rappelle maintenant l’avoir entendue dire une fois, je n’y avais alors pas porté attention, « c’est curieux ce prénom qui commence par dire non, ça ne me ressemble pas »). Ce n’est pas parce que l’on est rêveur que l’on doit être paresseux. Cesse d’attendre et espérer, vieil imbécile, agis !

Requinqué et excité, je me lançais donc sur les traces de Nora. Mon enthousiasme renaissant allait vite s’essouffler. Je réalisais que je n’avais ni adresse ni téléphone.

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24 novembre 2018 6 24 /11 /novembre /2018 03:28

Hier, c'était vendredi, jour de consumation noire ; aujourd'hui, je me permets de recycler un ancien reste, un peu usé mais toujours présentable.

« Je souhaite un très joyeux samedi azur aux rêveurs solidaires, un dimanche bouton d'or aux bucoliques bohèmes, un lundi blanc cassé aux frugalistes délicats, un mardi bleu électrique aux dynamiques inoffensifs, un mercredi framboise aux gourmands enchantés, un jeudi bleu Klein aux artistes du cru, un samedi cuisse de nymphe aux amoureux buissonniers et encore un dimanche flamboyant aux îliens du sud.

Je laisse le vendredi à Robinson et le noir à Soulages. »

(25 novembre 2017, reprisé à la main)

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23 novembre 2018 5 23 /11 /novembre /2018 03:31

« Une verticale n’est pas une horizontale redressée ».

[Les guillemets ne sont pas là pour indiquer une citation puisque je dois confesser, en toute humilité, être l’auteur de ce trait fulgurant. Ils sont là pour alerter contre les dangers d’un usage immodéré de ce genre de puissants perturbateurs neuronaux. D’ailleurs, comme les graffeurs travaillent masqués pour se protéger des vapeurs toxiques de leurs œuvres, je me garde bien d’interpréter mes propres pensées.]

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22 novembre 2018 4 22 /11 /novembre /2018 03:52

« … je dois attendre que le sucre fonde », écrivait génialement Bergson, en une vigoureuse synthèse d’Héraclite, Marx et Florent Pagny.

Je m’étonne seulement du début de la phrase : « Si je veux me préparer un verre d’eau sucrée… ». Mais qui, diable, boit de l’eau sucrée ?

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21 novembre 2018 3 21 /11 /novembre /2018 03:13

Indignez-vous ! disait le très sage Stéphane Hessel.

On a juste oublié la moitié du message : … et défendez une grande cause.

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20 novembre 2018 2 20 /11 /novembre /2018 03:40

Non sans une certaine audace, j’ai récemment fait mon coming out ; j’ai avoué : je suis sexagénaire. Bon, je ne l’ai pas toujours été, mais là, c’est incontestable et je ne reviendrai plus en arrière. Eh bien, j’ai été très déçu par les réactions autour de moi, presque tous m’ont dit qu’ils le savaient déjà et que, de toute façon, ça se voyait bien !

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19 novembre 2018 1 19 /11 /novembre /2018 03:35

Réparer, c’est ringard. Il est plus judicieux, plus réjouissant, plus économique même de remplacer par du neuf. Bon, pour la Terre, ça risque de ne pas être simple.

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17 novembre 2018 6 17 /11 /novembre /2018 03:12

D’accord, ils broient du noir, les gilets jaunes et certains sont verts de rage ; tout n’est pas rose, il est vrai. Attention néanmoins à ne pas agir comme des bleus en franchissant la ligne rouge, ils pourraient, après s’être fait saigner à blanc, se retrouver marron.

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15 novembre 2018 4 15 /11 /novembre /2018 03:42

L’homme ou l’impatience de l’évolution.

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14 novembre 2018 3 14 /11 /novembre /2018 03:26

C’est compliqué la politique car parfois on est pour ceux qui sont contre, mais contre ce pour quoi ils sont pour ; il arrive même que l’on soit contre ceux qui sont pour, tout en étant pour ce contre quoi ils sont.

(Ou peut-être est-ce moi qui ai un goût déviant pour les phrases alambiquées quoique creuses.)

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13 novembre 2018 2 13 /11 /novembre /2018 03:02

Est-ce parce que l’on est gros que l’on est sénateur, parce que l’on est sénateur que l’on est chasseur – je m’y perds – ou parce que l’on est chasseur que l’on est gros ?

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12 novembre 2018 1 12 /11 /novembre /2018 03:00

– Pierre : Ça ne va pas mieux en bas. Pourquoi tu ne les as pas créés parfaits, on aurait été tranquilles ?

– Dieu : Je voulais qu’ils se cherchent, s’inventent et se retrouvent en moi.

– P. : N’importe quoi ! Tu aurais dû faire psycho avant de faire Dieu !

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11 novembre 2018 7 11 /11 /novembre /2018 03:08

L’année suivante, en 1992, j’avais refait un petit voyage d’étude.

J’étais allé à Arlay cette fois. J’avais rencontré le comte Renaud de Laguiche, le propriétaire du château, là où Yvonne et Séraphin se seraient rencontrés, autour du fameux vin jaune si l’on suit le récit émouvant d’Odette. Le comte m’avait reçu très courtoisement. On m’avait fait goûter un délicieux vin de paille, « c’est bon contre la dépression, mais ça ne vous concerne pas manifestement, et ça accompagne à merveille une charlotte au chocolat ou un fondant aux noix ».

Mon histoire semblait beaucoup l’amuser, mais ni lui ni son épouse Anne de Vogüé ne se souvenaient de l’épisode du mariage d’Odette, Yvonne et Séraphin. Anne se rappelait bien que son père, Robert-Jean de Vogüé, comptait parmi ses amis, un artiste excentrique et rebelle qui passait souvent au château et qui ressemblait beaucoup au Louis-Gonzague de mon récit. Mais ce « mariage à trois », pour être sincère, elle n’y croyait pas une seconde. « On en aurait parlé, vous en conviendrez aisément, et cela nous aurait marqués car août 1954, figurez-vous, c’était trois mois avant notre propre mariage en novembre – mariage à deux seulement ! Quant à Yvonne, oui, il y avait bien une femme du village qui s’occupait du linge au château et qui s’appelait Yvonne, je m’en souviens bien, elle était enjouée et avenante, mais qu’elle ait eu une aventure avec mon père ou son ami, permettez-moi d’en douter. Mon père était très bon avec ses domestiques, mais c’était une époque, malgré tout, où l’on ne se mélangeait pas. J’ai le sentiment que votre belle histoire est à moitié vraie, à moitié fausse. » Oui, la comtesse avait raison, et voilà ce qui m’ennuyait, j’aurais préféré que tout fût complètement faux.

J’étais retourné également à Château-Chalon, sur les traces de la grange du Père Jacquot. Pas de grange, mais ça, c’était normal, en revanche j’avais bien retrouvé le magasin ATAC évoqué par Odette, mais cela prouvait-il quoi que ce soit ? Nora aurait pu l’avoir ajouté à son récit. Ah, la « matrice narrative » comme elle disait joliment. J’étais entré dans le magasin espérant être ébloui par je ne sais quelle vision. J’y avais acheté une bouteille de vin jaune et un morceau de comté ; effectivement, j’avais vu des caissières tristes et fatiguées (comme celles du Stoc de La Marjorie à Lons dont parlait Odette), mais cela non plus ne prouvait rien. La matrice n’était décidément pas très féconde.

À Chalon-sur-Saône, j’avais rencontré Louis Chavarol, le neveu de Gustave Lebouillu. Il m’avait confirmé l’existence des distilleries Simon Aîné (qui revenaient plusieurs fois dans le récit d’Odette) et m’avait appris qu’elles avaient fermé en 1959. Il se souvenait très bien que son oncle Gustave possédait, dans les années cinquante, un Solex et une Aronde (ça collait donc avec les souvenirs d’Odette), mais n’avait jamais entendu parler de Séraphin Bonito Oliveira. Gustave avait eu une fille, Monique qui était décédée l’année précédente et un fils Jean-Marie qui était à la maison de retraite du Bois Menuse, « bon, c’est qu’il a plus toute sa tête ». J’oubliais la piste Lebouillu, mais je n’abandonnais pas mes recherches sur les distilleries Simon Aîné.

J’avais pu téléphoner au petit-neveu d’Étienne Simon, monsieur Pelletier. Il m’avait confirmé la date de la faillite des distilleries, confirmé aussi que son grand-oncle avait trois filles Odette, Yvonne et Suzanne, mais n’avait aucun souvenir d’un certain Séraphin, de plus (voilà qui était plus contrariant) il n’avait jamais entendu parler d’un Gustave Lebouillu, censé être le proche collaborateur d’Étienne Simon.

C’est à croire que quelqu’un se moquait de moi. Chaque fois qu’un indice me donnait à penser qu’Odette (ou Nora ?) avait tout inventé, je rencontrais quelqu’un qui me prouvait le contraire et inversement, après chaque preuve incontestable de la véracité du récit d’Odette, je tombais sur un fait qui ruinait mes certitudes. Je me demandais si je devais poursuivre mon enquête ; d’ailleurs, cette quête acharnée du vrai ne me ressemblait pas. J’ai toujours placé le style au-dessus de la vérité.

 

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10 novembre 2018 6 10 /11 /novembre /2018 03:22

Dormir : le moi défait quand le monde se fait.

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