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C'est Peu Dire

  • : Les Restes du Banquet
  • : LA PHRASE DU JOUR. Une "minime" quotidienne, modestement absurde, délibérément aléatoire, conceptuellement festive. Depuis octobre 2007
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Et Moi

  • AR.NO.SI
  • Philosophe inquiet, poète infidèle, chercheur en écritures. 55° 27' E 20° 53' S

Un Reste À Retrouver

9 novembre 2018 5 09 /11 /novembre /2018 03:38

Depuis longtemps mon imagination a pris son indépendance. J’ai beau ouvrir grand les yeux et les oreilles, elle m’invente sans cesse des histoires, toutes plus farfelues les unes que les autres. Pas la peine non plus de lui prouver quoi que ce soit par a + b ; elle a ses raisons, n’est-ce pas, que la raison ne connaît point.

À quelques petits problèmes d’adaptation près, cela me satisfait pleinement.

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8 novembre 2018 4 08 /11 /novembre /2018 03:05

Défaut de transcendance, fin de l’histoire, absence d’idéaux… nous serions en manque. Et si l’on faisait de la vie, oui, simplement la vie, la grande cause universelle pour joyeusement combler ce petit creux.

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7 novembre 2018 3 07 /11 /novembre /2018 03:26

Peut-être est-ce le symptôme d’une maladie dont j’ignore le nom, mais parfois, je me sens moins seul en compagnie de mes lecteurs (que je ne connais pas et qui peut-être même n’existent pas) qu’en sortant dans le monde, frayant avec mes pairs, en chair et en os.

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6 novembre 2018 2 06 /11 /novembre /2018 03:26

Alors bien sûr, l’espérance de vie augmente, mais si l’on a le sentiment de vivre de plus en plus longtemps, c’est aussi et surtout parce que les objets autour de nous durent de moins en moins longtemps.

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5 novembre 2018 1 05 /11 /novembre /2018 03:04

C’est bien regrettable, mais on vit très bien sans réfléchir.

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4 novembre 2018 7 04 /11 /novembre /2018 03:42

À Lons toujours, j’avais trouvé un certain Jean-Denis Livarot, Lédonien de souche, qui m’avait confirmé l’existence du garage des frères Grosjean, avenue Jean Moulin. Ils faisaient de la petite mécanique et de la vulcanisation, jusque dans les années soixante. Ils avaient par ailleurs un magasin de cycles et vendaient des Solex et des Motobécane. Il y avait un vendeur, un vrai clown, qui faisait des démonstrations en ville. « Attendez, oui, il s’appelait Séraphin, c’est ça, oui, oui, Séraphin, les enfants le suivaient dans les rues en criant son nom. Voilà, regardez, c’était à peu près là, si je me souviens bien, juste là, à la place du Spar. » ATAC, Spar, décidément, la grande distribution semblait s’être liguée pour effacer Odette et son monde. Malgré tout, les choses se confirmaient, à tout le moins pour Séraphin.

Évidemment, j’étais allé voir rue des Cordeliers où le trio avait vécu, mais je n’avais pas le numéro. Je demandais si l’on se souvenait de deux femmes qui auraient vécu ensemble, dans les années cinquante. Ma question semblait toujours suspecte alors vous pensez bien que je n’osais parler de ménage à trois. Aucune trace d’Odette, aucune trace d’Yvonne pour le moment.

À mon tour, je me mettais à formuler des hypothèses. Nora aurait bien retrouvé la trace de son grand-père Séraphin, mais Odette aurait inventé leur histoire et imaginé un monde riche en événements, et totalement fictif.

J’étais à la fois un peu déçu (je finissais par les trouver sympathiques tous, Gustave, Berthe, Yvonne et Odette), mais soulagé : l’enjeu n’était plus le même et je me disais que je terminerais plus facilement le livre, un peu comme un jeu – je veux dire comme un roman. Il ne s’agissait plus d’une enquête historique, mais d’une fiction. Je savais faire.

Les mondes imaginaires paraissent toujours profonds, riches et sans limites aux lecteurs, beaucoup moins étriqués et plats que le monde réel. Peut-être est-ce pour cette raison que les fictions plaisent tant. C’est l’inverse pour les écrivains, enfin pour moi ; le réel me semble incroyablement complexe, plein de recoins, de plis, de zones cachées et peuplé d’une foule d’inconnus aux réactions totalement imprévisibles. Comment en parler sans être submergé ; au nom de quoi trier ? Le réel me laisse désemparé et muet, un peu comme un commentateur de football qui serait devant cent écrans de télévision et qui aurait à commenter cent matchs différents en même temps. Au contraire, l’imaginaire est à ma taille : des distances courtes, des événements sommaires, une faible densité humaine, seulement quelques personnages, et à la psychologie prévisible. Bien sûr, j’apprécie quand parfois un personnage se rebiffe un peu et me refuse tel événement ou tel trait de caractère que je voudrais lui imposer ; j’aime quand il m’emmène dans une direction que je n’avais pas prévue. Mais à la fin, rien ne dépasse du cadre de ma page et mon stylo règne en maître dans ce monde à deux petites dimensions.

Perdu dans mes réflexions, j’avais marché dans les rues de Lons-le-Saunier et m’étais retrouvé par hasard rue du Commerce, devant une mercerie. Je n’avais pu m’empêcher d’entrer. J’avais rencontré Juliette Aubry qui tenait le magasin depuis presque cinquante ans, son mari Michel venait de décéder. Je reprenais mon enquête. « Oui, mais bien sûr, j’ai très bien connu Odette ! Et comment, je m’en souviens parfaitement. Elle passait souvent au magasin, elle nous faisait des broderies sur les coussins ou les nappes ; mon Dieu qu’elle était douée ! Ah ça non, je n’en ai pas gardé, vous pensez bien, ça partait tout de suite les broderies d’Odette, vous comprenez, c’était presque des œuvres d’art, ses napperons ; attention, ses coussins brodés, c’était pas fait pour s’asseoir dessus, surtout des popotins comme le mien, saperlipopette ! Et puis, je ne sais plus bien quand, après la mort de sa sœur avec qui elle vivait je crois, peut-être en 1970, peut-être avant, elle a quitté Lons. Je ne l’ai jamais revue. »

Badaboum ! Et voilà que mes hypothèses s’effondraient ! Odette redevenait bien réelle comme Yvonne (sa sœur ou sa cousine). « Comment vous dites, Bélurier ? Non. Odette Grandclément ? Non plus. Ça ne me dit rien ces noms-là. Flûte alors, si Michel était encore là, il aurait pu vous dire, mais moi non. Je crois que je l’appelais toujours simplement Odette. »

Comme par magie, Odette réapparaissait, et ce n’était pas son fantôme, c’était bien Odette en chair et en os, il lui manquait seulement son patronyme. J’avais alors éprouvé les mêmes sentiments qu’auparavant, mais pour des raisons inverses, j’étais déçu car ce livre serait donc autre chose qu’une œuvre de fiction pure, mais j’étais heureux car je retrouvais Odette, Yvonne et Séraphin dans la vraie vie.

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3 novembre 2018 6 03 /11 /novembre /2018 06:35

– Dis donc, qu’est-ce que tu penses du végétarisme ?

– T’inquiète, ce n’est qu’une mode, répondit le lion à la gazelle ?

– Ouf ! Déjà qu’on n’avait plus beaucoup d’herbe.

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2 novembre 2018 5 02 /11 /novembre /2018 03:07

Sois toi-même (si tu es quelqu’un sinon, regarde, apprends, admire, plus tard tu te fabriqueras un moi).

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1 novembre 2018 4 01 /11 /novembre /2018 03:55

Rimes serpentines ou léonines, embrassées ou bien croisées, la rimaille

Est toujours plate et déshonnête comme une planche à savonnette.

Quant au rimeur, au mieux c’est un tocard d’opérette, au pire une lopette à bobards.

 

Il se trompe d’agenda, le ringard, on ne porte plus ni chandail, ni camail.

Hé, scribouillard à clébards, jette ta cithare ! Ô, Mon Sieur le Poëte

Pour Hélène et Aurélia, c’est la retraite, pour le sérail et son sultan, c’est trop tard !

 

Le poème a muté, tombe le costard, la poésie s’est taillée, la plume s’encanaille.

Oublie la moquette, laisse tes tenailles à mots, prends ta camionnette

Et dans la brumaille des chansonnettes sans rimes, fais la fête à Ginette la cougar.

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31 octobre 2018 3 31 /10 /octobre /2018 03:56

Exister revient à commencer un livre dont on sait que l’on ne connaîtra pas la fin. C’est très énervant.

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30 octobre 2018 2 30 /10 /octobre /2018 03:49

Il est plaisant, voire jouissif, d’avoir raison. Voilà pourquoi c’est suspect.

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29 octobre 2018 1 29 /10 /octobre /2018 03:10

Et sache faire le deuil de ton œuf une fois la mayonnaise montée.

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28 octobre 2018 7 28 /10 /octobre /2018 02:01

Épilogue

(en forme d’avis aux lecteurs)

 

 

À l’heure où je finis ce livre, j’en suis à douter de tout et je me dois de vous inviter, chère lectrice, cher lecteur, à la plus grande prudence. Laissez-moi vous donner les raisons de mon trouble.

Je vous avais déjà signalé mes réserves méthodologiques sur le travail de Nora. Elle voulait retrouver le monde perdu d’Odette, elle me semblait plutôt lui avoir inventé un univers fantastique voire fantasmatique ; je me demande aujourd’hui si Nora n’a pas fini par confondre, volontairement ou non, l’histoire d’Odette et la sienne. Odette n’avait pourtant pas eu une vie si tranquille et ordinaire, mais cela ne suffisait pas à Nora, elle lui voulait un destin tragique. Il y a donc deux Odette et deux mondes d’Odette (comme vous l’avez constaté en comparant les deux premières parties du livre que j’ai peu modifiées par rapport au manuscrit que Nora m’a confié). La difficulté vient de ce que, mis à part quelques traits excessifs ou scènes manifestement délirantes d’un côté et quelques faits objectifs aisément vérifiables de l’autre, il y a une zone médiane où les deux Odette tendent à se confondre pour engendrer une Odette grise et floue, mi-réelle mi-imaginaire, qui finit par avaler les deux autres.

 

 

– Fin 1991 –

 

Un peu après avoir reçu le manuscrit, j’étais donc allé enquêter sur place pour essayer d’y voir plus clair, vérifier quelques faits et lever quelques doutes. On devait être fin décembre 1991. (Je pourrais aisément retrouver la date, car c’était le jour même de la mort d’Hervé Guibert. Cela m’avait attristé. Il avait trente-six ans. Je l’avais rencontré quelques années auparavant au vernissage d’une exposition à la galerie Agathe Gaillard. Il laissait une œuvre importante déjà. J’aimais son écriture, comment s’y mélangeaient le plus tendre et le plus sordide, le plus cru et le plus élégant, le plus technique et le plus poétique. J’avais beaucoup apprécié son « roman » À l’Ami qui ne m’a pas sauvé la vie. Il avait le sida.)

Baume-les-Messieurs, Lons-le-Saunier, Chalon-sur-Saône, je découvrais la région ; tout à fait charmante et à l’évidence, bien différente de ce qu’avait pu connaître Odette.

(À la gare de l’Est, j’avais racheté À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie en édition de poche. Comme le narrateur, je me sentais très seul. « J’entreprends un nouveau livre pour avoir un compagnon, un interlocuteur, quelqu’un avec qui manger et dormir, auprès duquel rêver et cauchemarder, le seul ami présentement tenable. » Comme Hervé mangeait et dormait avec Muzil, Bill et ses docteurs, je mangeais et dormais, moi, avec Nora, Odette et Séraphin. Et puis rapidement, j’avais eu honte de me comparer à lui, de comparer nos douleurs, nos destins, moi et mes petites malaisances existentielles.)

À Lons, j’avais rencontré Robert Fiévet. Un homme affable de plus de quatre-vingts ans ; il dirigeait encore le Groupe Bel (les Vache qui rit) et malgré son âge, il était plus intéressé par les projets que par les souvenirs. Pourtant, il se souvenait bien des années cinquante (il était déjà directeur général) et m’avait confirmé l’existence d’un Séraphin Bonito quelque chose, un ami de son beau-père, Léon Bel. « Oui, j’ai le souvenir d’un farfelu au grand cœur, un vagabond inspiré qui "traficotait" un peu pour Léon, mais je ne saurais vous en dire plus. Quant à cette histoire de vente à domicile de Vache qui rit, et en Suisse, à mon humble sentiment, c’est une bonne blague. »

Séraphin aurait donc existé, mais Nora avait aménagé la vérité, ou peut-être était-ce Odette qui, en brodeuse de talent, avait arrangé un peu la biographie de son amoureux. À moins que ce ne soit Séraphin lui-même, en bout de chaîne, le coupable : il aurait tout inventé pour distraire ses amoureuses. Rien de concluant pour le moment donc et je devais poursuivre l’enquête.

 

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27 octobre 2018 6 27 /10 /octobre /2018 17:17

N’est-ce pas cette incapacité à goûter le même qui se répète, à séjourner ici, identique à soi qui nous a conduits à notre perte, nous les avides, les croissants, les insatiables ?

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26 octobre 2018 5 26 /10 /octobre /2018 18:12

Le charme impérieux des ruines, le goût subtil des fruits murs, la tendre sagesse des anciens, la bienveillance éclairée des classiques et la lumière des jeunes filles en fleur.

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25 octobre 2018 4 25 /10 /octobre /2018 16:27

C’est bien vu cette histoire de rotation de la Terre sur elle-même en 24 heures, avec un nouveau lever de soleil chaque matin. Ça permet une philosophie du « on sait jamais, ça pourrait s’arranger » ; un peu comme un nouveau tirage du loto chaque jour.

Avec une rotation d’un mois, d’un an ou d’une décennie, le taux de suicide aurait été sûrement plus élevé.

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24 octobre 2018 3 24 /10 /octobre /2018 02:38

J’aime les petits livres arides et peu fleuris, aux couleurs rares et aux phrases minérales.

J’aime les gros livres aussi, aux histoires obèses et bruyantes, ils défont vaillamment mes insomnies les plus résistantes.

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23 octobre 2018 2 23 /10 /octobre /2018 14:18

La montagne, irréfutablement.

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22 octobre 2018 1 22 /10 /octobre /2018 02:28

Puisque nous partageons tout, nous nous montrons, nous exhibons, une expérience serait sans doute riche en découverte et peut-être en enseignement. Exposer nos sommeils, dormir en public, mettre en ligne nos nuits.

On verrait sans doute alors combien nous sommes égaux, des plus puissants aux plus vulnérables, combien notre fragile nudité, notre belle insignifiance, notre native désinvolture nous rapprochent – nous les encodés, les fardés, les affétés, les distants.

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21 octobre 2018 7 21 /10 /octobre /2018 02:29

Un jour, on devait être en avril je pense, nous écoutions Reality de Richard Sanderson, la musique du film La Boum. « Dreams are my reality... », nous accompagnions le disque en chantant. « Mais c’est vraiment trop nul ! » Nora traduisait en direct, cela nous amusait beaucoup : « je t’ai rencontré par surprise, je ne réalisais pas que ma vie changerait pour toujours », puis elle reprenait sa tête sérieuse ce qui me faisait rire davantage encore « je t’ai vu là à la B.U., je ne savais pas que tu comptais pour moi, il y avait quelque chose de magic in the air », tout en chantant elle mimait un slow langoureux. Et moi je ne savais pas qu’elle pouvait être aussi drôle, j’étais plié en deux, j’en avais mal au ventre.

« Je te ferai écouter La Boum de Renaud, tu verras, c’est un autre style : "j’irai plus dans vos boums, elles sont tristes à pleurer, des filles y’en avait qu’douze, pour quatre-vingts poilus, on fait mieux comme partouze, y’a qu’avec les p’tits LU, qu’ça a été l’orgie." » Cela avait bien entendu relancé notre fou-rire. J’avais justement sous la main un demi-paquet de Petits LU, je lui tendais.

« Tiens, Petits LU… » J’étais incapable d’aligner plus de trois mots sans pouffer.

« Don’t call me Petit-LU... »

Je pense que nous n’avons pas pu terminer une seule phrase, ce soir-là, sans éclater de rire. Jamais nous n’avions autant ri.

Puis il fallut se reposer. Nous sommes alors restés un bon moment, à reprendre notre souffle, détendre nos abdominaux, ne plus rien dire, ne plus rien faire, juste laisser la nuit s’installer. Nous étions heureux, dans le sillage joyeux de nos délires.

Alors Nora a mis Bohemian Rhapsody de Queen et a commencé à chanter : « Is this the real life, is this just fantasy... », nous ne riions plus, nous étions assis au pied du lit, côte à côte, sans parler, « ...no escape from reality ». Elle s’est tournée vers moi, sans rien dire, m’offrant simplement son joli sourire ; elle s’est assise sur moi à califourchon et m’a longuement regardé, j’aimais ce regard fixe qui m’avait un peu gêné au début. « Laisse-toi faire », elle nous a déshabillés, j’ai tiré la couette par terre, nous nous sommes allongés dessus, je commençais à la caresser, elle m’a embrassé juste aux coins des lèvres, s’est approchée de mon oreille « ma douceur, j’ai envie », puis elle a pris mon sexe et l’a guidé jusqu’au sien. « Tout doucement, vas-y tout doucement. Viens en moi, ma tendresse. » J’ai pensé, une demi-seconde, que je n’avais pas de préservatif, d’habitude on n’en mettait jamais, puisqu’on n’en avait pas besoin, puis j’ai oublié. Je l’ai pénétrée lentement, longtemps. C’était la première fois.

Nous restions allongés, l’un contre l’autre en bougeant doucement. Elle ne me quittait pas du regard. Jamais je ne l’avais vu me regarder avec une telle intensité, elle respirait fort, elle souriait à peine, je ne lui connaissais pas ce sourire discret, mais je l’aimais aussi, parfois elle retenait sa respiration, se pinçait la lèvre, penchait la tête en arrière et fermait les yeux, puis elle me revenait, nous nous regardions sans rien dire, nous étions juste complètement ensemble. Et puis j’ai senti le plaisir monter en elle, lentement, et sa respiration accélérer, j’ai vu ses pupilles se dilater, je sentais des petites gouttes de sueur perler le long de sa colonne vertébrale, elle frémissait. Elle se cambra, s’agrippa à mes hanches, ouvrit grand la bouche, soupira bruyamment et sourit ; elle ferma les yeux quelques secondes, les rouvrit et me regarda à nouveau, oui, pour jouir avec moi, devant moi, oui, pour moi. Qu’elle était belle ! Puis ç’a été mon tour, « reste en moi, tendresse, je veux te garder » ; j’ai joui aussi, elle m’a senti venir à l’intérieur et a frémi de nouveau.

Pendant tout ce temps, elle ne m’avait pas quitté du regard et avait gardé ce sourire légèrement dessiné. Moi qui étais toujours un peu inquiet de la voir partir dans son monde, qui avais peur qu’elle m’oublie, peur qu’elle ne me revienne pas, je m’étais dit ce jour-là que ma vie était en train de changer pour toujours, que je l’avais trouvée. Elle m’avait accepté au creux de son plaisir, là où se mélangent les souffles.

C’était la première fois que nous faisions l’amour comme cela. Je l’aimais. Oui, je pense que c’était en avril ou tout début mai 1981.

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20 octobre 2018 6 20 /10 /octobre /2018 02:27

Le vide a quelque chose de très tentant. Nous sommes si obstrués.

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19 octobre 2018 5 19 /10 /octobre /2018 02:25

Je suis toujours surpris que l’on puisse défendre bec et ongles l’identité. Je trouve ça lourd et contraignant et, au contraire, je n’aime rien tant que les expériences qui permettent l’altérité, être autre, être autrement.

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18 octobre 2018 4 18 /10 /octobre /2018 02:31

Si l’on me demande, je réponds toujours la vérité, mais si l’on ne me demande pas, je ne dis pas mon âge. Je n’en suis pas très fier, pour tout dire et j’ai bien peur de ne pas beaucoup progresser dans les années à venir.

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17 octobre 2018 3 17 /10 /octobre /2018 02:22

Découvrir, chemin faisant, pas à pas, qu’au creux du même qui s’obstine à revenir, peut se loger l’autre. 

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16 octobre 2018 2 16 /10 /octobre /2018 02:43

Si on pouvait recommencer, j’aimerais bien être un artiste riche, célèbre, beau et aimé. Bon pour la chasse, ce serait toujours non.

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