Méprise ton corps, méfie-toi du réel et maîtrise la nature. Voilà qui résume assez bien notre morale traditionnelle. Attention au retour de bâton !
Méprise ton corps, méfie-toi du réel et maîtrise la nature. Voilà qui résume assez bien notre morale traditionnelle. Attention au retour de bâton !
Ne sommes-nous pas en train de nous perdre dans un temps étranger, trop rapide et sans mémoire ?
Pour une métaphysique à mains nues.
Et travailler les idées comme une glaise grasse et charnelle.
La cicatrice, plus encore que la trace, a l’audace de la vie renouvelée dans le silence montant de la blessure.
Le monde n’est pas une malle à choses et à êtres, c’est un texte.
Regarder, c’est lire à voix basse.
Va-t-on enfin renoncer à vouloir tout prévoir et cesser de confondre renoncement et démission, accueil et résignation ?
Tout ne se vaut pas, certes, mais tout vaut d’être considéré, car il serait bien plus dommageable d’ignorer ce qui méritait estime que de louer ce qui ne valait pas la peine.
La passion pour la météo atteste une nostalgie de la fatalité : l’âge heureux où l’on n’était finalement ni responsable ni coupable.
Oser une éthique du repassage, une métaphysique de l’appendicite, une épistémologie de la vidange, une ontologie de la biscotte et une sociogenèse de l’essuie-glace.
Abandonner l’être, l’identité, le mal et Dieu aux pubertaires arrogants et aux retraités fugueurs.
Ne dénigre pas la branche haute et inaccessible, elle sait la langue des vents et chante loin.
Ne méprise pas la branche basse et à ta portée, elle sent les secrets de la terre et se souvient .
Poésie de l'herbe folle ou technique du hors sol : la culture de l'espèce humaine doit se chercher quelque part entre les deux.
Elles ignorent tout de l’ignorance ces lumières arrogantes et savantes qui taisent le silence et affolent les regards et moquent les doutes.
Tout révolutionnaire est aussi un héritier et toute rupture, une modalité singulière du lien.
L’universalité est à penser comme une somme inachevable, pas comme un résultat posé d’avance. Elle doit se définir en extension, non en compréhension, comme disent les mathématiciens.
Invariablement, tout change.
La perception n’est rien de moins qu’une réalité personnelle et la réalité, rien de plus qu’une perception convaincante.
La vie a quelque chose de ces longues phrases baroques, à la syntaxe approximative, qui tiennent ensemble fractures et incises, ruptures et circonstantielles, coincées entre une majuscule solennelle et prometteuse et un point minuscule, parfaitement solitaire.
Qu’il est bon de dormir.
Hegel avait raison, le malheur commence au matin de la conscience.
Qu’est-ce qu’une pensée dont on n’entend la voix ? qu’est-ce qu’un discours privé de corps, sans odeur ni ombre ?
La présence ne se délègue pas.
Se tenir entre l’idolâtrie du but − sans consistance − et le fétichisme du résultat − sans élan.
Que fais-tu de ton savoir, toi que personne n’interroge ?
Sauf à devenir, on ne saurait continuer d’être. Mais devenir, n’est-ce toujours devenir autre, partant, cesser d’être même ? Être encore et toujours tel, alors, serait − par impossible − renoncer à devenir et, finalement, s’interdire d’être.
Faudra-t-il alors conclure − ô vertigineuse rhétorique qui, bien plus âprement que la douleur la plus aiguë, bien plus délicatement que le transport le plus troublant, me donne à sentir − qu’il faut cesser d’être −abstention princeps − pour continuer à être − projet fondateur ?
Accoudé à mes incertitudes, je les regarde raidir leur grammaire. Ils ont oublié le cri et la danse et l’oubli − gardiens jaloux et zélés qui n’ont plus de l’enfance que le rêve d’infini.
Il est des vies proprement ourlées, d’autres sont frangées.
Toutes s’effilochent.
L’homme est un animal social.
La société est une fiction humaine.